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Le Canada renonce à ouvrir l'euthanasie aux seuls malades mentaux
Le gouvernement canadien renonce à étendre l'euthanasie aux personnes dont la seule affection est une maladie mentale. Ce que la tradition en juge.

Le 7 octobre 2026, devant la Chambre des communes, le ministre fédéral de la Justice a annoncé que le gouvernement canadien déposerait cet automne une loi maintenant « de façon indéfinie » l'exclusion qui empêche les personnes dont la seule affection médicale est une maladie mentale d'accéder à l'« aide médicale à mourir » (AMM). Cette extension devait entrer en vigueur en mars 2027 ; le gouvernement y renonce. « Bien qu'il n'existe pas de consensus parfait sur cette question », a déclaré le ministre, « nous croyons que c'est la bonne approche en ce moment précis ».
La portée de cette annonce reste ouverte, et il faut la dire telle quelle. Il s'agit d'une intention législative, non d'un texte voté : le projet n'est pas encore déposé et son libellé exact demeure inconnu. Le même mercredi, la Chambre a rejeté un projet d'origine conservatrice qui aurait purement et simplement interdit l'AMM pour maladie mentale, un seul député du parti au pouvoir l'ayant soutenu. La future loi autoriserait par ailleurs l'AMM « par demande anticipée ». Maintien indéfini pour les uns, simple pause pour les autres : nous rapportons une intention affirmée, non une chose décidée.
L'euthanasie a été légalisée au Canada en 2016, d'abord pour la fin de vie, puis étendue en 2021 aux malades graves dont la mort n'est pas imminente. L'exclusion des seuls malades mentaux avait déjà été reconduite en 2021, 2023 et 2024. Depuis 2016, près de 100 000 Canadiens sont morts par ce programme ; en 2023, l'euthanasie représentait environ un décès sur vingt. Selon les derniers relevés officiels, 95,6 % de ces morts concernaient des personnes dont la mort naturelle était jugée « raisonnablement prévisible », 4,4 % ne l'étaient pas.
Ce que la tradition enseigne
Le cinquième commandement ne dit pas « vous ne tuerez point les autres », mais simplement « Vous ne tuerez point ». Le Catéchisme du Concile de Trente en tire la conséquence que la loi des hommes refuse : « nul n'a assez de pouvoir sur sa propre vie, pour se donner la mort quand il lui plaît. » Ces paroles, enseigne-t-il, « défendent absolument l'homicide » et protègent tout le monde sans excepter personne, « quelle que soit la bassesse de sa condition ».
Le commandement ne vise pas seulement la main qui tue : il interdit encore d'« y contribuer de ses conseils, de ses moyens, de son secours ou de quelque manière que ce soit ». Car le maître de la vie est Dieu seul : « C'est Moi qui fais mourir, et c'est Moi qui fais vivre » (Dt 32, 39) ; « ce n'est pas Dieu qui a fait la mort » (Sg 1, 13).
La mesure
Tenue contre cette règle, la décision canadienne se lit à deux niveaux. Refuser d'étendre l'euthanasie à ceux dont la seule souffrance est psychique est, en soi, un recul qu'il faut nommer bon : c'est épargner les plus fragiles, ceux-là même que le Catéchisme place sous la protection expresse du précepte. Mais la règle ne juge pas seulement ce qu'un État renonce à ajouter ; elle juge ce qu'il garde. Près de cent mille morts administrées, un décès sur vingt, un dispositif que l'on prévoit d'ouvrir à la « demande anticipée » : tout cela demeure, et tout cela tombe sous l'interdit que le commandement pose, selon le Catéchisme, « sous les peines et les menaces les plus terribles ». Une porte qu'on refuse d'élargir reste une porte ouverte. La pause n'est pas la fermeture.
Pour les fidèles
Le chrétien doit tenir deux choses ensemble sans les confondre. D'une part, se réjouir sobrement de tout ce qui, dans la loi des hommes, retient le bras : un malade qui ne sera pas mis à mort cette année-là est une vie sauvée, et il faut le dire. D'autre part, ne jamais prendre une exclusion maintenue pour une conversion. L'« aide à mourir » reste un homicide lorsqu'elle supprime l'innocent, fût-ce à sa demande et au nom de la compassion ; la souffrance, même extrême, n'ouvre aucun droit sur une vie que Dieu seul a donnée et que Lui seul reprend. Notre part n'est ni le désespoir ni l'applaudissement, mais la fidélité : accompagner, soulager, veiller auprès de ceux qui souffrent, et refuser d'appeler soin ce que la loi de Dieu appelle meurtre.
Sources. Catéchisme du Concile de Trente (1566), du cinquième commandement « Vous ne tuerez point ». Deutéronome 32, 39 et Livre de la Sagesse 1, 13 (Vulgate).