Les Psaumes
Psaume 122, « Je me suis réjoui quand on m'a dit » (Psaume 121 de la Vulgate)
Le psaume 122, « Je me suis réjoui quand on m'a dit : allons à la maison du Seigneur », est le chant de joie du pèlerin : texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, place au Bréviaire de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 122 — « Je me suis réjoui quand on m'a dit : allons à la maison du Seigneur » — est le chant de joie du pèlerin qui monte vers Jérusalem : neuf versets où l'on entre dans la Ville sainte, où l'on prie pour sa paix, où l'on désire le bonheur de la maison de Dieu. Avant de le lire en entier, une précision s'impose, car elle explique bien des confusions.
Psaume 122 ou psaume 121 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 122 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 121. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent à partir du psaume 9 selon la façon de grouper certains cantiques.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, dans son Bréviaire et dans les commentaires des Pères ; ce psaume y est le 121, qui s'ouvre en latin par Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 122. Donc : psaume 122 (numérotation hébraïque) = psaume 121 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Lætatus sum. La traduction de l'abbé Fillion (1895), que nous donnons, suit la Vulgate : le psaume y porte le numéro 121.
Le texte complet du psaume 122 (traduction Fillion, sur la Vulgate)
Voici le psaume en entier, du verset 1 au verset 9, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate — la grande bible catholique française faite sur le texte latin de saint Jérôme. Ceux qui le cherchent dans la version Louis Segond trouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, fidèle au texte que l'Église a prié pendant quinze siècles.
Psaume 122 (121 de la Vulgate)
Cantique des degrés. Je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : Nous irons dans la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont arrêtés à tes portes, ô Jérusalem.
Jérusalem, qui est bâtie comme une ville, dont toutes les parties se tiennent ensemble.
Car c'est là que montaient les tribus, les tribus du Seigneur, selon le précepte donné à Israël, pour célébrer le Nom du Seigneur.
Là ont été établis les trônes de la justice, les trônes de la maison de David.
Demandez des grâces de paix pour Jérusalem, et que ceux qui t'aiment, ô cité sainte, soient dans l'abondance.
Que la paix soit dans tes forteresses, et l'abondance dans tes tours.
A cause de mes frères et de mes proches, j'ai demandé pour toi la paix.
A cause de la maison du Seigneur notre Dieu, j'ai cherché pour toi le bonheur.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 121
Lætátus sum in his quæ dicta sunt mihi : In domum Dómini íbimus.
Stantes erant pedes nostri in átriis tuis, Jerúsalem.
Jerúsalem, quæ ædificátur ut cívitas : cujus participátio ejus in idípsum.
Illuc enim ascendérunt tribus, tribus Dómini : testimónium Israël, ad confiténdum nómini Dómini.
Quia illic sedérunt sedes in judício, sedes super domum David.
Rogáte quæ ad pacem sunt Jerúsalem : et abundántia diligéntibus te.
Fiat pax in virtúte tua : et abundántia in túrribus tuis.
Propter fratres meos et próximos meos, loquébar pacem de te.
Propter domum Dómini Dei nostri, quæsívi bona tibi.
« Je me suis réjoui » : le chant du pèlerin
Le psaume s'ouvre sur une joie, et cette joie est celle d'un homme à qui l'on vient de dire : allons à la maison du Seigneur. Il ne se réjouit pas de partir en voyage, mais de monter vers le Temple, vers le lieu où Dieu se laisse trouver. Puis les pieds s'arrêtent : le pèlerin est entré, il se tient aux portes de Jérusalem, et il regarde la Ville sainte bâtie « comme une ville où tout se tient ensemble » — une cité compacte, unie, où montent les tribus pour louer le Nom et où siège la maison de David qui rend la justice.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, rappelle que le nom même de Jérusalem signifie vision de paix, et que la ville de pierre n'est que la figure d'une autre cité : la Jérusalem céleste, la patrie des saints, dont l'Église en marche est déjà le commencement. Le fidèle qui chante « je me suis réjoui » désire, au fond, non pas Sion selon la chair, mais la maison de Dieu où il habitera sans fin. C'est la lecture constante des Pères : chaque montée vers le Temple annonce la montée de l'âme vers le ciel. Ce psaume appartient ainsi à la même veine que le psaume 84, où l'on chante le bonheur de ceux qui habitent la maison du Seigneur et le désir des parvis du Seigneur.
« Priez pour la paix de Jérusalem » : les versets 6 à 9
La seconde moitié du psaume est une prière, et c'est la partie la plus citée : Rogate quæ ad pacem sunt Jerusalem — « demandez la paix pour Jérusalem ». Le pèlerin, avant de repartir, souhaite à la Ville sainte la sécurité, la paix dans ses murs, la prospérité dans ses palais.
Ce vœu n'est pas d'abord politique. La tradition y lit la prière du chrétien pour l'Église, la Jérusalem nouvelle, et pour la paix des âmes qui la composent : « à cause de mes frères et de mes amis, je dis : paix sur toi ». Et le dernier verset donne le motif de tout le psaume — « à cause de la maison du Seigneur, notre Dieu, je désire pour toi le bonheur » : c'est pour Dieu, non pour soi, que le fidèle aime et bénit la cité. Aimer l'Église, désirer sa paix, prier pour ses membres, voilà ce que ces versets mettent sur nos lèvres.
Un cantique des montées : le psaume des pèlerins
Le titre du psaume, « Cantique des montées » (Canticum graduum dans la Vulgate, d'où le nom de psaumes graduels), le range dans la collection des quinze psaumes (119 à 133 de la Vulgate) que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. Il est le voisin immédiat du psaume 121, le Levavi oculos meos, « je lève les yeux vers les montagnes » : là où le 121 confie la route à Celui qui garde, le 122 dit la joie de l'arrivée. Et le cantique suivant, le psaume 123, lèvera de nouveau les yeux, du pèlerin arrivé vers celui qui siège dans les cieux. La confusion entre les deux vient précisément de la double numérotation, l'un et l'autre étant séparés d'un cran selon que l'on compte à l'hébraïque ou à la Vulgate.
Le titre porte le nom de David. La tradition, à la suite des Pères, attribue le Psautier dans son ensemble au roi David comme à son auteur principal, l'auteur véritable de toute l'Écriture étant l'Esprit-Saint, comme l'enseigne le Catéchisme du concile de Trente en présentant les Livres saints comme la parole même de Dieu. Pour situer ce cantique dans l'ensemble du Psautier, voir notre guide sur les psaumes.
Le psaume 122 dans la liturgie traditionnelle
Le Lætatus sum occupe une place précise dans l'Office divin. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 121 de la Vulgate est chanté aux vêpres du mardi, avec les autres psaumes graduels qui se répartissent sur les vêpres de la semaine. L'Église fait ainsi monter, au soir des jours de travail, le chant de ceux qui vont à la maison de Dieu. Parmi ces mêmes psaumes du mardi figure le psaume 124, l'action de grâce de qui vient d'être délivré d'un péril mortel.
Dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît (chapitre XVIII) assigne les psaumes graduels aux petites heures de Tierce, Sexte et None du mardi au samedi : les moines redisent donc ce psaume au fil de la semaine, entre deux tâches, comme un rappel du terme vers lequel tout monte. Ceux qui veulent découvrir l'économie de cet Office se reporteront à notre article sur le Bréviaire.
Comment et quand prier le psaume 122
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Avant d'entrer à l'église. C'est son usage le plus naturel : redire « je me suis réjoui quand on m'a dit : allons à la maison du Seigneur » au moment de franchir le seuil, pour aller à la messe ou à l'adoration, réveille la joie qui devrait toujours nous y porter.
- En pèlerinage. Il est le chant des routes qui montent vers un sanctuaire ; on le récite en marchant, en confiant sa démarche à Dieu.
- Pour l'Église et pour la paix. Les versets « demandez la paix pour Jérusalem » se prient pour l'Église, pour ses pasteurs, pour la concorde entre les fidèles.
- En latin, au moins le premier verset. Retenir le Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi unit à la voix de l'Église de tous les siècles.
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots mais à la foi qui les anime : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que la fin de l'homme est de connaître, aimer et servir Dieu, pour jouir de lui dans l'éternité. Le psaume 122 est ce désir de la maison de Dieu devenu chant.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 122 est-il aussi appelé psaume 121 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 121 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes dont la Fillion, le compte comme 122. C'est le même psaume, le Lætatus sum.
Que veut dire « Lætatus sum » ?
C'est le premier mot latin du psaume : Lætatus sum in his quæ dicta sunt mihi, « je me suis réjoui de ce qui m'a été dit : nous irons dans la maison du Seigneur ». C'est par ce mot que la tradition désigne le psaume 121 de la Vulgate, comme on nomme le psaume 91 par son Qui habitat.
Le psaume 122 est-il un psaume de David ?
Son titre porte le nom de David : « Cantique des montées. De David. » Il appartient à la collection des quinze psaumes graduels chantés par les pèlerins montant à Jérusalem. La tradition attribue le Psautier dans son ensemble à David comme auteur principal, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint.
Que signifie « priez pour la paix de Jérusalem » ?
Au sens premier, c'est le vœu du pèlerin pour la sécurité et la prospérité de la Ville sainte (versets 6 à 9). La tradition y lit la prière du chrétien pour l'Église, la Jérusalem nouvelle, et pour la paix des âmes qui la composent. On demande cette paix « à cause de la maison du Seigneur », c'est-à-dire pour Dieu et non pour soi.
Quelle différence entre le psaume 122 de Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La version Segond est une traduction protestante ; les traductions catholiques françaises sont faites avec l'approbation de l'Église. Nous citons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate latine que l'Église a priée pendant quinze siècles.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 122 ?
Dans le Bréviaire romain de saint Pie X, en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 121 de la Vulgate est chanté aux vêpres du mardi, parmi les psaumes graduels. Le fidèle peut le prier à ce moment, et aussi chaque fois qu'il entre à l'église ou monte vers un sanctuaire.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 122 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 122 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 121 (Lætatus sum). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 121. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mardi ; Règle de saint Benoît, chapitre XVIII. Attribution du Psautier et inspiration de l'Écriture : Catéchisme du concile de Trente. Fin de l'homme : Catéchisme de saint Pie X.