Les Psaumes
Psaume 123, « J'élève les yeux vers toi » (Psaume 122 de la Vulgate)
Le psaume 123, cantique des montées, est le cri du pèlerin qui lève les yeux vers Dieu et implore sa miséricorde : texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des Pères et place aux vêpres du mardi dans le Bréviaire de 1962.

Le psaume 123 — « J'élève mes yeux vers toi, ô toi qui siège dans les cieux » — est l'un des plus courts du Psautier : quatre versets où le fidèle, levant les yeux vers Dieu comme le serviteur les lève vers la main de son maître, implore la miséricorde divine sous le mépris des orgueilleux. Nous en donnons ici le texte complet en français, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci.
Psaume 123 ou psaume 122 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 123 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 122. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent à partir du psaume 9 selon la façon de grouper certains cantiques.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères : ce psaume y est le 122, qui s'ouvre en latin par Ad te levavi oculos meos. La numérotation hébraïque, adoptée par les bibles modernes, le compte comme 123. Donc : psaume 123 (numérotation hébraïque) = psaume 122 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Ad te levavi. La traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, que nous suivons, place ce psaume sous le numéro 122 de la liturgie ; nous en rappelons en tête le numéro 123 de la numérotation hébraïque, le chiffre que vous cherchez.
Le texte complet du psaume 123 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, du premier au quatrième verset, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895) — établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine, le texte latin que l'Église a toujours suivi dans sa liturgie. Ceux qui le cherchent dans la version Louis Segond trouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, faite par un prêtre de l'Église.
Psaume 123 (122 de la Vulgate)
Cantique des degrés. J'ai élevé mes yeux vers Vous, ô Dieu, qui habitez dans les cieux.
Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur les mains de leurs maîtres, et comme les yeux de la servante sont fixés sur les mains de sa maîtresse, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur notre Dieu, jusqu'à ce qu'Il ait pitié de nous.
Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, car nous sommes rassasiés de mépris ;
car notre âme n'est que trop rassasiée d'être un sujet d'opprobre pour les riches, et de mépris pour les superbes.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 122
Ad te levávi óculos meos, qui hábitas in cælis.
Ecce sicut óculi servórum in mánibus dominórum suórum, sicut óculi ancíllæ in mánibus dóminæ suæ : ita óculi nostri ad Dóminum Deum nostrum, donec misereátur nostri.
Miserére nostri, Dómine, miserére nostri : quia multum repléti sumus despectióne ;
quia multum repléta est ánima nostra : oppróbrium abundántibus, et despéctio supérbis.
Explication : le serviteur qui lève les yeux vers la main du maître
Tout le psaume tient dans un seul geste : lever les yeux. Le fidèle ne regarde ni la terre ni ses ennemis, mais celui qui siège dans les cieux ; et il précise l'image aussitôt : comme l'œil du serviteur reste fixé sur la main de son maître, guettant l'ordre, le pain ou le châtiment, ainsi nos yeux restent fixés sur Dieu, jusqu'à ce qu'il ait pitié. C'est l'attitude même de l'humilité : ne rien attendre de soi, tout attendre de la main d'un autre.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, lit dans ces « cantiques des montées » l'ascension de l'âme qui monte non par ses pieds mais par la charité. Le regard du serviteur vers la main du maître signifie, pour lui, que le fidèle attend de Dieu non pas d'abord ses dons, mais Dieu même et sa miséricorde ; et que la main qui parfois frappe pour corriger est celle-là même qui nourrit et relève. Ce psaume appartient à la même famille de confiance que le psaume 121, « Je lève les yeux vers les montagnes », et que le psaume 122, la joie du pèlerin qui monte à la maison du Seigneur : là où le psaume 121 regarde les montagnes de Sion, le psaume 123 lève les yeux plus haut encore, jusqu'au trône de celui qui habite les cieux.
« Aie pitié de nous » : le cri des versets 3 et 4
Les deux derniers versets font passer le psaume de la contemplation à la supplication :
Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, car nous sommes rassasiés de mépris ; car notre âme n'est que trop rassasiée d'être un sujet d'opprobre pour les riches, et de mépris pour les superbes.
Deux fois répété, le Miserere nostri — « aie pitié de nous » — est le cœur du psaume : une prière collective, celle du peuple de Dieu écrasé sous la moquerie, qui ne demande pas la vengeance mais la miséricorde. Le fidèle avoue qu'il en a « trop » supporté, qu'il est « rassasié » de mépris ; c'est l'aveu d'une âme à bout, mais qui, parce qu'elle est à bout, se tourne vers le seul recours. La Tradition a toujours mis ce cri sur les lèvres de l'Église raillée par les puissants d'un siècle qui abonde en tout sauf en Dieu, et qui attend, les yeux levés, l'heure de sa délivrance. Le psaume 125, tout proche dans la montée, lui répond en promettant que le sceptre des méchants ne pèsera pas toujours sur l'héritage des justes.
Un cantique des montées : le psaume des pèlerins
Le titre du psaume, « Cantique des montées » (Canticum graduum dans la Vulgate, d'où le nom de psaumes graduels), le range dans la collection des quinze psaumes (119 à 133 de la Vulgate) que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. On gravit la route vers la Ville sainte, on lève les yeux vers Celui qui l'habite, on se remet à sa miséricorde pour le chemin qui reste. L'Église a reçu ces cantiques et y a lu la figure de sa propre marche : la vie chrétienne est une montée vers la Jérusalem céleste, et le psaume 123 en est le chant de confiance, entre l'humilité du serviteur et le cri du pauvre. Son titre ne porte pas le nom de David : la Tradition le range parmi les chants du pèlerinage, dans ce Psautier qu'elle attribue globalement à David comme à son auteur principal — l'auteur véritable de toute l'Écriture étant l'Esprit-Saint, comme l'enseigne le Catéchisme du concile de Trente.
Le psaume 123 dans la liturgie traditionnelle
Le Ad te levavi occupe une place précise dans l'Office divin. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 122 de la Vulgate ouvre les vêpres du mardi, en tête des cinq psaumes de ce jour. Le psaume 124, action de grâce pour la délivrance, compte parmi ceux qui le suivent ce soir-là. L'Église lève ainsi les yeux vers Dieu au déclin du jour, dans l'attitude du serviteur qui attend la main de son maître.
Dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît (chapitre XVIII) assigne les psaumes graduels 119 à 127 aux petites heures de Tierce, Sexte et None, du mardi au samedi : le psaume 122 y revient chaque jour à Sexte, au milieu du travail. Court et facile à retenir, il fut de tout temps l'un des psaumes que le fidèle redisait de mémoire, sans avoir besoin du livre.
Comment et quand prier le psaume 123
Ce psaume convient à toute heure, mais la Tradition lui reconnaît des moments propres :
- Dans l'humiliation et le mépris. Quand on est raillé, calomnié, tenu pour rien, il donne les mots justes : non la révolte, mais les yeux levés et le Miserere nostri.
- Le soir, à l'exemple de l'Église. C'est son usage liturgique aux vêpres du mardi ; on le prie au déclin du jour, en remettant à Dieu ce que le jour a laissé de peines.
- Pour l'Église persécutée. Prière collective, on le récite pour tous ceux qui souffrent la moquerie des puissants à cause de la foi.
On le prie sans hâte, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots mais à la foi qui les porte : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que nous devons tout attendre de la bonté de Dieu, qui par sa Providence conserve et gouverne toutes choses. Le psaume 123 est cette doctrine devenue prière. Pour situer ce cantique dans l'ensemble du Psautier, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 123 est-il aussi appelé psaume 122 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 122 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes dont la Fillion, le compte comme 123. C'est le même psaume, l'Ad te levavi oculos meos.
Quel est le sens du psaume 123 ?
C'est un cantique des montées, une prière d'humble confiance. Le fidèle lève les yeux vers Dieu comme le serviteur vers la main de son maître, et implore deux fois sa miséricorde sous la moquerie des orgueilleux. Il enseigne à tout attendre de Dieu et rien de soi-même, dans la patience.
Le psaume 123 est-il un psaume de David ?
Son titre ne porte pas le nom de David : il dit seulement « Cantique des montées ». Il appartient à la collection des quinze psaumes graduels chantés par les pèlerins montant à Jérusalem. La Tradition attribue le Psautier dans son ensemble à David comme auteur principal, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint.
Où trouver le psaume 123 en Louis Segond ?
La version Louis Segond est une traduction protestante du même psaume. Nous en donnons ici le texte dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate avec l'approbation de l'Église : c'est le même psaume, dans la version que suit la Tradition catholique.
Quand l'Église prie-t-elle le psaume 123 ?
Dans le Bréviaire romain de saint Pie X, en usage dans les livres de 1962, il ouvre les vêpres du mardi. L'office monastique le redit à Sexte. On peut le prier au déclin du jour, dans l'humiliation ou le mépris, et pour l'Église persécutée.
Qu'est-ce qu'un cantique des montées ?
C'est l'un des quinze psaumes (119 à 133 de la Vulgate) que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les fêtes. On les nomme aussi psaumes graduels. L'Église y a lu la figure de sa propre montée vers la Jérusalem céleste.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 123 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 123 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 122 (123 hébreu). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 122 (Ad te levavi oculos meos). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 122. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mardi ; Règle de saint Benoît, chapitre XVIII. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X ; Catéchisme du concile de Trente.