Les Psaumes
Psaume 12 : le cri contre la langue trompeuse (Psaume 11 de la Vulgate)
Le Psaume 12 que vous cherchez est le Psaume 11 de la Vulgate, le Salvum me fac Domine : un cri vers Dieu contre le mensonge des hommes et une confiance dans sa parole pure. Texte intégral en français et en latin, sens et usage liturgique.

Le Psaume 12 est le cri de l'homme fidèle au milieu d'un monde de mensonge : il demande à Dieu de le sauver quand la vérité disparaît d'entre les hommes, et se repose sur la parole divine, pure comme un argent sept fois purifié. Une précision s'impose dès l'abord, car elle déroute beaucoup de lecteurs : le psaume que vous cherchez sous le numéro 12 est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église, le Psaume 11.
Psaume 12 ou Psaume 11 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes, et ce n'est ni une erreur ni une contradiction. La numérotation hébraïque, la plus répandue aujourd'hui dans les bibles modernes, appelle ce texte Psaume 12. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque, que l'Église a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères, l'appelle Psaume 11. L'écart vient d'une manière différente de regrouper certains psaumes au début du Psautier.
Donc : Psaume 12 (numérotation hébraïque) = Psaume 11 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, celui qui commence en latin par Salvum me fac, Domine. Dans cet article nous donnons le texte français selon la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, ancre canonique de toute prière de l'Église. Pour comprendre ce principe une fois pour toutes, on pourra lire notre présentation générale sur les psaumes et leur numérotation.
Le texte intégral du Psaume 12 (Fillion)
Voici d'abord le texte en français, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, qui rend le nom divin par Seigneur là où la Vulgate porte Dominus.
Psaume 12 (XI Vulgate)
Pour la fin, pour l'octave, psaume de David.
Sauvez-moi, Seigneur, car il n'y a plus de saint, car les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes.
Chacun ne dit à son prochain que des choses vaines ; leurs lèvres sont trompeuses, et ils parlent avec un cœur double.
Que le Seigneur détruise toutes les lèvres trompeuses, et la langue qui se vante avec jactance.
Ils ont dit : Nous ferons de grandes choses par notre langue ; nos lèvres ne dépendent que de nous. Qui est notre maître ?
A cause de la misère des malheureux et du gémissement des pauvres, Je Me lèverai maintenant, dit le Seigneur. Je procurerai leur salut ; J'agirai en cela avec une entière puissance.
Les paroles du Seigneur sont des paroles pures : c'est un argent éprouvé au feu, purifié dans la terre, et raffiné sept fois.
C'est Vous, Seigneur, qui nous garderez, et qui nous préserverez à jamais de cette génération.
Les impies vont et viennent à l'entour. Selon la profondeur de Votre sagesse, Vous avez multiplié les enfants des hommes.
Et le même psaume en latin, dans la Vulgate, exactement comme l'Église le chante :
Psalmus 11
In finem, pro octava. Psalmus David.
Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutæ sunt veritates a filiis hominum.
Vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum ; labia dolosa, in corde et corde locuti sunt.
Disperdat Dominus universa labia dolosa, et linguam magniloquam.
Qui dixerunt : Linguam nostram magnificabimus ; labia nostra a nobis sunt. Quis noster dominus est ?
Propter miseriam inopum, et gemitum pauperum, nunc exsurgam, dicit Dominus. Ponam in salutari ; fiducialiter agam in eo.
Eloquia Domini, eloquia casta ; argentum igne examinatum, probatum terræ, purgatum septuplum.
Tu, Domine, servabis nos, et custodies nos a generatione hac in æternum.
In circuitu impii ambulant : secundum altitudinem tuam multiplicasti filios hominum.
Le sens du psaume : contre la langue trompeuse
Ce psaume court est bâti sur un contraste net. D'un côté, la parole des hommes : lèvres flatteuses, cœur double, langue qui discourt avec jactance. De l'autre, la parole de Dieu : des paroles pures, un argent fondu dans un creuset, sept fois purifié. Entre les deux se tient le fidèle, qui voit les hommes pieux disparaître et la vérité s'amoindrir, et qui n'a plus qu'un recours : Sauvez-moi, Seigneur.
Le péché que dénonce le psaume est celui de la langue, tenu pour grave par l'Église. Le Catéchisme du concile de Trente, expliquant le huitième commandement, range parmi les fautes contre la vérité le mensonge, la flatterie et la médisance, qui blessent le prochain et déshonorent Dieu, source de toute vérité. Le cœur double du psaume, in corde et corde, désigne exactement l'homme qui dit une chose et en pense une autre.
Mais le psaume n'est pas qu'une plainte. Son centre est une promesse que Dieu prononce lui-même : À cause de l'oppression des affligés, du gémissement des pauvres, je veux maintenant me lever, dit le Seigneur. Dieu se lève pour les petits que les puissants écrasent de leurs discours. C'est l'affirmation de la Providence divine, qui ne laisse pas mourir la vérité ni les pauvres sans défense. Face au mensonge des hommes, le fidèle se remet à celui qui garde : Toi, Seigneur, tu les garderas ; tu les préserveras à jamais de cette génération. Ce psaume rejoint ainsi les grandes prières de confiance et de protection du Psautier, comme le psaume 11, où le juste environné d'ennemis oppose à ceux qui le pressent de fuir un seul mot : dans le Seigneur je me confie.
« Tu, Domine, servabis nos » : le Psaume 12 aux Complies
L'Église chante ce psaume chaque semaine. Dans le Bréviaire romain, à l'office de Complies du mardi (feria III), le Psaume 11 de la Vulgate est chanté avec les psaumes qui le suivent, sous cette antienne tirée du psaume lui-même : Tu, Domine, servabis nos, et custodies nos in æternum — « Toi, Seigneur, tu nous garderas et nous préserveras à jamais. »
Le choix est limpide. Complies est la dernière heure de l'Office divin, priée avant le sommeil, quand l'âme remet la nuit entre les mains de Dieu. Le verset tu les garderas, tu les préserveras devient la prière de celui qui va dormir au milieu d'un monde trompeur, confié à la seule garde sûre. Le Psaume 12 y est chanté à la suite du Psaume 13 et d'autres cantiques de confiance, chacun s'achevant par le Gloria Patri, qui rapporte à la Trinité la louange née de l'Ancien Testament.
Le sens traditionnel : « pour l'octave »
Le titre du psaume porte une mention énigmatique : pro octava, « sur l'octave » ou « pour l'octave ». Saint Augustin, dans ses commentaires sur les psaumes, y a lu une annonce du huitième jour — celui qui suit la semaine du temps, le jour de la résurrection et du jugement, où la vérité si amoindrie ici-bas sera enfin rétablie. Le psaume qui pleure la disparition des hommes pieux regarde ainsi vers le terme où Dieu se lèvera pour de bon.
Les Pères ont vu de même dans l'argent sept fois purifié la perfection de la parole de Dieu, sans mélange d'erreur, éprouvée comme un métal au feu. Le chiffre sept, chez Augustin, évoque la plénitude de l'Esprit Saint qui a inspiré l'Écriture. Contre les paroles vaines des hommes, le psaume oppose la seule parole qui ne trompe jamais.
Comment et quand prier le Psaume 12
Ce psaume convient à tout moment, mais la tradition en suggère quelques-uns de façon particulière.
- Le soir, avant de dormir. C'est son usage liturgique propre, aux Complies. Priez-le comme l'Église le prie, en remettant votre nuit à la garde de Dieu.
- Quand vous êtes environné de mensonge. Devant la calomnie, la flatterie intéressée, la médisance qui vous atteint ou atteint les vôtres, ce psaume met des mots sur la détresse et la remet à Dieu, qui se lève pour les affligés.
- Pour tenir à la vérité. Le psaume nourrit l'amour de la parole pure au milieu d'un monde de discours. On le prie utilement à côté des autres prières catholiques du quotidien.
Priez-le sans hâte, en laissant chaque image se poser. Retenez, si vous le pouvez, le verset latin Tu, Domine, servabis nos, pour vous unir à la voix de l'Église de tous les siècles. La force du psaume ne tient pas aux mots, mais à celui à qui ils s'adressent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 12 est-il aussi appelé Psaume 11 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de mille cinq cents ans, le comptent comme Psaume 11. La numérotation hébraïque, plus récente et usuelle aujourd'hui, le compte comme 12. C'est le même psaume, le Salvum me fac Domine.
Qui a écrit le Psaume 12 ?
Le titre du psaume l'attribue à David : Chant de David. C'est la lecture traditionnelle de l'Église. Comme pour tous les psaumes, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifie « pour l'octave » dans le titre ?
C'est une mention musicale et spirituelle. Les Pères, avec saint Augustin, y ont lu une annonce du huitième jour, celui de la résurrection et du jugement, où la vérité amoindrie parmi les hommes sera rétablie par Dieu.
Quel est le verset le plus connu du Psaume 12 ?
Deux versets se détachent. D'abord Les paroles du Seigneur sont des paroles pures, un argent sept fois purifié — l'éloge de la parole de Dieu. Ensuite Tu, Domine, servabis nos — « Toi, Seigneur, tu nous garderas » — que l'Église a fait l'antienne des Complies du mardi.
Quand l'Église prie-t-elle le Psaume 12 ?
Dans le Bréviaire romain, il est chanté aux Complies du mardi, l'office du soir avant le sommeil, sous l'antienne Tu, Domine, servabis nos. On peut donc le prier à ce moment, et aussi chaque fois qu'on se sent entouré de mensonge ou de calomnie.
Que veut dire « argent éprouvé au feu, sept fois purifié » ?
C'est une image de la pureté totale de la parole de Dieu. Comme l'argent fondu dans un creuset perd toute impureté, la parole du Seigneur est sans mélange d'erreur ni de tromperie. Le chiffre sept marque la plénitude ; les Pères y voyaient l'œuvre de l'Esprit Saint.
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Sources. Texte français du Psaume 12 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate (Psaume XI de la Vulgate = Psaume 12 de la numérotation hébraïque). Texte latin : Vulgata Clementina, Psalmus 11 (Salvum me fac, Domine). Usage liturgique du Psaume 11 aux Complies du mardi et antienne Tu, Domine, servabis nos : Breviarium Romanum, Psautier férial. Sens traditionnel du titre pro octava et de l'argent sept fois purifié : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 11. Doctrine sur les péchés de la langue (mensonge, flatterie, médisance) : Catéchisme du concile de Trente, huitième commandement.