Les Psaumes
Psaume 43 : Rends-moi justice, ô Dieu (Psaume 42 de la Vulgate, le Judica me)
Le Psaume 43, « Rends-moi justice, ô Dieu », est le Psaume 42 de la Vulgate, le Judica me que le prêtre récite au bas de l'autel au début de la messe traditionnelle. Texte complet dans la Bible de Fillion, sens des Pères et usage liturgique de 1962.

Le Psaume 43 est la prière du juste qui demande à Dieu de plaider sa cause et de le ramener à son autel : « Rends-moi justice, ô Dieu… J'irai à l'autel de Dieu, au Dieu qui est ma joie et mon allégresse. » Dans la numérotation traditionnelle de l'Église, c'est le Psaume 42 de la Vulgate, le Judica me que le prêtre récite chaque jour au bas de l'autel avant de monter célébrer la messe. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, sa double numérotation, le sens que les Pères y ont lu et sa place unique dans la liturgie de 1962.
Psaume 43 ou Psaume 42 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche sous le numéro 43 est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le Psaume 42, qui commence par « Judica me, Deus ». La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 43 ; l'écart d'une unité vient du regroupement de deux psaumes au début du Psautier. Psaume 43 (hébreu) = Psaume 42 (Vulgate) : c'est le même psaume. Nous suivons ici la numérotation hébraïque en indiquant à chaque fois l'équivalence de la Vulgate ; le texte français que nous citons est celui de l'abbé Fillion (1895), établi sur la Vulgate. Pour l'ensemble du Psautier et ses deux numérotations, voir notre guide des psaumes.
Ce psaume ne porte pas de titre propre, et pour cause : il ne fait qu'un avec le Psaume 42, le « Comme le cerf soupire après les sources d'eau ». Les deux ne sont à l'origine qu'un seul poème, coupé en deux dans le Psautier ; ils partagent le même refrain — « Pourquoi es-tu abattue, ô mon âme ? » — et le même mouvement de l'exil vers le sanctuaire. Le 42 dit la soif de la maison de Dieu ; le 43 en franchit le seuil et arrive à l'autel.
Le texte complet du Psaume 43 (traduction de l'abbé Fillion, 1895)
Psaume 43 (Vulgate 42)
Psaume de David. Jugez-moi, ô Dieu, et séparez ma cause de celle d'une nation qui n'est pas sainte ; délivrez-moi de l'homme méchant et trompeur.
Car Vous êtes ma force, ô Dieu ; pourquoi m'avez-vous repoussé, et pourquoi dois-je marcher attristé, pendant que l'ennemi m'afflige ?
Envoyez Votre lumière et Votre vérité : elles me conduiront et m'amèneront à Votre montagne sainte et à Vos tabernacles.
Et j'entrerai à l'autel de Dieu, au Dieu qui réjouit ma jeunesse. Je Vous louerai sur la harpe, ô Dieu, mon Dieu.
Pourquoi es-tu triste, mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je Le louerai encore, Lui, le salut de mon visage et mon Dieu.
Et le même psaume en latin, dans la Vulgate Clémentine, tel que l'Église le prie :
Psalmus 42
Judica me, Deus, et discerne causam meam de gente non sancta : ab homine iniquo et doloso erue me.
Quia tu es, Deus, fortitudo mea : quare me repulisti ? et quare tristis incedo, dum affligit me inimicus ?
Emitte lucem tuam et veritatem tuam : ipsa me deduxerunt et adduxerunt in montem sanctum tuum, et in tabernacula tua.
Et introibo ad altare Dei : ad Deum qui laetificat juventutem meam. Confitebor tibi in cithara, Deus, Deus meus.
Quare tristis es, anima mea ? et quare conturbas me ? Spera in Deo, quoniam adhuc confitebor illi : salutare vultus mei, et Deus meus.
Une remarque sur le verset 4. Les traductions faites sur l'hébreu portent « au Dieu qui est ma joie et mon allégresse » ; la Vulgate latine, que suit la liturgie et que traduit l'abbé Fillion, dit « ad Deum qui laetificat juventutem meam », « au Dieu qui réjouit ma jeunesse ». C'est ce texte latin que l'on entend à la messe.
« Introibo ad altare Dei » : le psaume au bas de l'autel
C'est ici que le Psaume 43 a reçu de l'Église sa place la plus insigne. Dans la messe traditionnelle, avant même de monter à l'autel, le prêtre et le servant récitent ce psaume en alternance : le prêtre commence par l'antienne « Introibo ad altare Dei » — « J'irai à l'autel de Dieu » —, et le servant répond « Ad Deum qui laetificat juventutem meam », « au Dieu qui réjouit ma jeunesse ». Puis ils disent tout le psaume verset par verset, avant de reprendre l'antienne. Ces prières au bas de l'autel ouvrent chaque messe basse et chaque messe chantée du rite romain.
Rien de plus juste pour commencer le saint Sacrifice. Le prêtre est ce juste qui demande à Dieu de séparer sa cause de celle du monde impie, qui implore « lumière et vérité » pour être conduit à la sainte montagne, et qui déclare enfin son but : « J'irai à l'autel de Dieu. » La montagne sainte et les tabernacles du psaume, ce sont désormais l'autel et le sanctuaire où va s'accomplir le Sacrifice ; la « jeunesse » que Dieu réjouit, c'est la jeunesse éternelle de la grâce. Dom Guéranger, expliquant les cérémonies de la messe, voit dans ce dialogue l'entrée solennelle de l'âme dans l'action sacrée, l'homme demandant à Dieu le discernement et la joie avant d'approcher.
Deux exceptions confirment le sens du psaume. Aux messes des défunts et durant le temps de la Passion, de la messe du dimanche de la Passion jusqu'au Samedi saint, on omet le Psaume 42 : le prêtre passe directement de l'antienne au verset « Adjutorium nostrum in nomine Domini ». La raison est ancienne : ce psaume respire la confiance et l'allégresse de monter à l'autel, et l'Église en suspend le chant quand elle pleure — sur ses morts, dans la prière pour les défunts, et sur la Passion de son Seigneur, au temps où le voile couvre les croix. L'absence même du psaume prêche son sens.
Le sens du psaume selon les Pères
Les Pères ont lu ce psaume comme la voix du juste persécuté, et d'abord comme la voix du Christ et de son Église. La « nation infidèle », la « gens non sancta », c'est le peuple qui refuse Dieu ; « l'homme de fraude et d'iniquité », tout ennemi de l'âme, et au premier chef le démon, père du mensonge. Contre eux, le juste ne se défend pas lui-même : il remet sa cause à Dieu — « Rends-moi justice » —, ce qui est le contraire de la vengeance et le fond de toute prière de protection chrétienne.
Le cœur du psaume est le verset 3 : « Envoie ta lumière et ta fidélité ; qu'elles me guident. » Saint Augustin, dans son commentaire des psaumes, entend ici les deux dons par lesquels Dieu ramène l'âme à lui, et il les rapporte au Christ, qui a dit : « Je suis la lumière du monde » et « Je suis la vérité. » La lumière et la vérité, ce sont les deux mains de Dieu qui conduisent l'exilé à la montagne sainte, c'est-à-dire à l'Église et, au terme, à la Jérusalem du ciel. Et comme dans son jumeau, l'âme se reprend elle-même par le refrain : elle ne cède pas à la tristesse, elle la tourne vers l'espérance — « Espère en Dieu. »
Comment et quand prier le Psaume 43
La tradition en suggère les usages. En union avec la messe : le fidèle peut le dire en préparation, comme le prêtre le dit au bas de l'autel, pour entrer avec lui dans le Sacrifice et désirer l'autel de Dieu ; il rejoint alors la piété de l'adoration eucharistique. Dans l'épreuve d'une injustice : quand on est accusé, calomnié ou opprimé, ce psaume remet la cause à Dieu au lieu de la reprendre soi-même, comme le peuple vaincu remet la sienne au Psaume 44, qui plaide de même sa cause devant Dieu. Dans la tristesse et l'aridité : le refrain — « Pourquoi es-tu abattue, ô mon âme ? Espère en Dieu » — est une école de vie intérieure, comme au Psaume 42 et au Psaume 63, autres grands chants de la soif de Dieu. On le prie lentement, verset par verset, et on l'achève par le Gloria Patri, comme fait l'Église.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 43 est-il aussi appelé Psaume 42 ?
Parce qu'il existe deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme Psaume 42 ; la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 43. C'est le même psaume, le Judica me.
Qu'est-ce que le Judica me ?
Judica me — « Rends-moi justice » — sont les premiers mots latins du Psaume 42 de la Vulgate. On désigne par ce nom le psaume entier tel qu'il est récité au bas de l'autel au début de la messe traditionnelle, avec l'antienne « Introibo ad altare Dei ».
Que veut dire « Introibo ad altare Dei » ?
C'est le verset 4 du psaume : « J'irai à l'autel de Dieu. » Le prêtre le dit en montant vers l'autel, et le servant répond : « Ad Deum qui laetificat juventutem meam », « au Dieu qui réjouit ma jeunesse. » Ce dialogue ouvre chaque messe du rite romain traditionnel.
Quand le Psaume 43 est-il récité à la messe ?
Au tout début, pendant les prières au bas de l'autel, avant l'introït. On l'omet cependant aux messes des défunts et durant le temps de la Passion, du dimanche de la Passion au Samedi saint, où le prêtre passe directement à « Adjutorium nostrum in nomine Domini ».
Que signifie « Envoie ta lumière et ta vérité » ?
C'est la demande d'être conduit à Dieu par ses propres dons. Saint Augustin y voit la lumière et la vérité qui sont le Christ lui-même — « Je suis la lumière du monde… Je suis la vérité » —, les deux guides qui mènent l'âme à la montagne sainte, c'est-à-dire à l'Église et au ciel.
Le Psaume 42 et le Psaume 43 sont-ils le même psaume ?
À l'origine, oui : ils ne forment qu'un seul poème, partageant le même refrain et le même sujet, l'âme exilée qui aspire à la maison de Dieu. Le Psautier les a séparés, mais les commentateurs traditionnels les lisent ensemble ; le 43 n'a d'ailleurs pas de titre propre.
Quelle Bible faut-il lire pour le Psaume 43 ?
Le lecteur catholique dispose de la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate avec l'indication de la numérotation hébraïque — c'est elle que nous citons ici intégralement. La Vulgate latine reste le texte canonique de la liturgie de l'Église.
Pour prier le Psaume 43 et suivre la messe au bas de l'autel, l'application Iter Fidei donne les psaumes, les prières traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Psaume 43 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion, 1895, sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Vulg. xlii ; Ps. hébr. xliii). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 42, « Judica me, Deus ». Usage liturgique au bas de l'autel et omission aux messes des défunts et au temps de la Passion : Missale Romanum (1962), Ordo Missæ, prières au bas de l'autel ; Dom Prosper Guéranger, Explication des prières et des cérémonies de la sainte Messe. Sens spirituel de la lumière et de la vérité : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Ps. 42. Psaume 42, poème jumeau : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion, 1895 (Vulg. xli ; Ps. hébr. xlii).