Les Psaumes
Psaume 121, « Je lève les yeux vers les montagnes » (Psaume 120 de la Vulgate)
Le psaume 121, « Je lève les yeux vers les montagnes », est le psaume de la garde de Dieu : texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, double numérotation, sens des versets 7 et 8, place au Bréviaire et manière de le prier.

Le psaume 121 — « Je lève les yeux vers les montagnes : d'où me viendra le secours ? » — est le psaume de la garde de Dieu : huit versets où l'Écriture répète que le Seigneur garde son fidèle, au départ comme à l'arrivée, le jour comme la nuit, maintenant et à jamais. Avant de le lire en entier, une précision s'impose, car elle explique bien des confusions.
Psaume 121 ou psaume 120 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 121 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 120. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent à partir du psaume 9 selon la façon de grouper certains cantiques.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, dans son Bréviaire et dans les commentaires des Pères ; ce psaume y est le 120, qui s'ouvre en latin par Levavi oculos meos in montes. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 121. Donc : psaume 121 (numérotation hébraïque) = psaume 120 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Levavi. Nous en donnons la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate, mais nous retenons pour le titre la numérotation hébraïque, la plus répandue aujourd'hui : le psaume y porte le numéro 121.
Le texte complet du psaume 121 (traduction de l'abbé Fillion)
Voici le psaume en entier, du verset 1 au verset 8, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate — la grande bible catholique française commentée. Ceux qui le cherchent dans la version Louis Segond trouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, faite par un prêtre de l'Église.
Psaume 121 (120 de la Vulgate)
Cantique des degrés. J'ai élevé mes yeux vers les montagnes, d'où me viendra le secours.
Mon secours vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Qu'Il ne permette pas que ton pied chancelle, et que Celui qui te garde ne S'endorme point.
Non, Il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël.
Le Seigneur te garde, le Seigneur te protège, Se tenant à ta droite.
Pendant le jour le soleil ne te brûlera pas, ni la lune pendant la nuit.
Le Seigneur te garde de tout mal ; que le Seigneur garde ton âme.
Que le Seigneur garde ton entrée et ta sortie, dès maintenant et à jamais.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 120
Levávi óculos meos in montes, unde véniet auxílium mihi.
Auxílium meum a Dómino, qui fecit cælum et terram.
Non det in commotiónem pedem tuum : neque dormítet qui custódit te.
Ecce non dormitábit neque dórmiet, qui custódit Israël.
Dóminus custódit te, Dóminus protéctio tua, super manum déxteram tuam.
Per diem sol non uret te : neque luna per noctem.
Dóminus custódit te ab omni malo : custódiat ánimam tuam Dóminus.
Dóminus custódiat intróitum tuum, et éxitum tuum : ex hoc nunc, et usque in sǽculum.
Explication : le gardien qui ne dort pas
Tout le psaume tient dans un seul mot, répété comme un battement : garder. En hébreu, le verbe shamar (garder) revient six fois en huit versets — celui qui te garde, celui qui garde Israël, ton gardien, il te gardera de tout mal, il gardera ton âme, il gardera ton départ et ton arrivée. Le fidèle en chemin lève les yeux vers les montagnes, lieux des périls et des embuscades autant que des sanctuaires, et la réponse tombe aussitôt : le secours ne vient pas des hauteurs, il vient de Celui qui a fait le ciel et la terre. C'est la leçon même du psaume 118, où l'on chante qu'il vaut mieux chercher un refuge dans le Seigneur que de se confier aux princes. Un autre cantique des montées, le psaume 123, reprend ce même geste de lever les yeux, non plus vers les monts, mais jusqu'au trône de celui qui habite les cieux.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, avertit que les montagnes elles-mêmes ne sauvent pas : les hommes éminents, les appuis humains, ne sont que des relais de la lumière qu'ils reçoivent, et l'espérance doit monter plus haut, jusqu'au Seigneur seul. Et sur le verset central — « il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » —, il rappelle la barque où le Christ dormait pendant la tempête : quand la foi s'endort dans le cœur, tout semble sombrer ; que la foi se réveille, et le Gardien veille, car en réalité il n'a jamais cessé de veiller.
Ce psaume appartient à la même famille de confiance que le psaume 23, « Le Seigneur est mon pasteur », et que le psaume 91, la grande prière de protection que l'Église chante chaque nuit à Complies. Là où le psaume 91 couvre la nuit, le psaume 121 couvre la route.
« Le Seigneur te garde de tout mal » : les versets 7 et 8
Les deux derniers versets sont les plus cherchés et les plus cités du psaume :
Le Seigneur te garde de tout mal ; que le Seigneur garde ton âme. Que le Seigneur garde ton entrée et ta sortie, dès maintenant et à jamais.
Au verset 7, l'hébreu emploie deux fois le verbe shamar : le Seigneur te garde de tout mal, il garde ton âme (nephesh, l'âme, la vie). La promesse est totale : non pas que le fidèle ne rencontrera aucune épreuve, mais que rien — ni le mal du corps ni celui de l'âme — ne l'atteindra hors de la main de Dieu. Le verset 8 étend cette garde au « départ » et à « l'arrivée », c'est-à-dire, selon la manière hébraïque, à toute l'existence : chaque sortie et chaque retour, chaque entreprise du fidèle, de maintenant jusqu'à l'éternité. La Vulgate dit introitum tuum et exitum tuum, ex hoc nunc et usque in sæculum : ton entrée et ta sortie, dès maintenant et jusque dans les siècles.
C'est pourquoi la tradition a toujours mis ce psaume sur les lèvres des voyageurs et des pèlerins : il est la prière de protection de celui qui part, confié à la garde de Dieu et de ses anges — la même garde que l'Église demande dans la prière à l'ange gardien.
Un cantique des montées : le psaume des pèlerins
Le titre du psaume, « Cantique pour les montées » (Canticum graduum dans la Vulgate, d'où le nom de psaumes graduels), le range dans la collection des quinze psaumes (119 à 133 de la Vulgate) que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. On monte vers la Ville sainte ; on lève les yeux vers les montagnes de Sion ; on se remet, pour la route, à Celui qui ne dort pas. Le premier de ces cantiques, le psaume 120, part du cri de l'exilé retenu loin de sa patrie ; plus haut, le psaume 122 dira la joie d'entrer enfin dans la maison du Seigneur. L'Église a reçu ces cantiques et y a lu la figure de sa propre marche : la vie chrétienne est une montée vers la Jérusalem céleste, et le psaume 121 est le chant de cette montée.
Contrairement à d'autres cantiques des montées, celui-ci ne porte pas le nom de David dans son titre : la tradition le range simplement parmi les chants du pèlerinage, dans ce Psautier que l'Église, à la suite des Pères, attribue globalement à David comme à son auteur principal — l'auteur véritable de toute l'Écriture étant l'Esprit-Saint, comme l'enseigne le Catéchisme du concile de Trente en présentant les Livres saints comme la parole même de Dieu.
Le psaume 121 dans la liturgie traditionnelle
Le Levavi occupe une place précise dans l'Office divin traditionnel. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 120 de la Vulgate est chanté aux vêpres du lundi, avec les autres psaumes graduels qui se répartissent sur les vêpres de la semaine. L'Église commence ainsi sa semaine de travail en levant les yeux vers les montagnes.
Dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît (chapitre XVIII) assigne les neuf psaumes 119 à 127 aux petites heures de Tierce, Sexte et None, de la troisième férie (le mardi) jusqu'au samedi : les moines redisent donc le psaume 120 chaque jour ou presque, au milieu du travail, comme une respiration de confiance. Enfin, l'Office des morts le place aux vêpres des défunts : au moment où un fidèle achève son dernier voyage, l'Église chante pour lui que Dieu « gardera ton départ et ton arrivée » — c'est l'un des textes les plus consolants de la prière pour les défunts.
Comment et quand prier le psaume 121
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Avant un départ, un voyage, un pèlerinage. C'est son usage le plus ancien. On le récite en quittant la maison, en confiant la route à la garde de Dieu.
- Dans l'inquiétude et la veille. Quand le sommeil fuit, quand l'angoisse guette, redire « il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël » est un acte de foi qui remet l'âme à sa place : sous la garde d'un Autre.
- Pour ceux qu'on aime et qui sont loin. Enfants, malades, voyageurs : on demande pour eux la garde promise aux versets 7 et 8.
- Pour un mourant ou un défunt. À la suite de l'Office des morts, ce psaume accompagne le grand passage.
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots mais à la foi en la Providence : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, conserve et gouverne toutes choses. Le psaume 121 est cette doctrine devenue prière. Pour situer ce cantique dans l'ensemble du Psautier et découvrir les autres psaumes de confiance, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 121 est-il aussi appelé psaume 120 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 120 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 121. C'est le même psaume, le Levavi oculos meos.
Le psaume 121 est-il un psaume de David ?
Son titre ne porte pas le nom de David : il dit seulement « Cantique pour les montées ». Il appartient à la collection des quinze psaumes graduels chantés par les pèlerins montant à Jérusalem. La tradition attribue le Psautier dans son ensemble à David comme auteur principal, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint.
Que signifient les versets 7 et 8 du psaume 121 ?
« Le Seigneur te garde de tout mal ; que le Seigneur garde ton âme. Que le Seigneur garde ton entrée et ta sortie, dès maintenant et à jamais » (traduction de l'abbé Fillion, 1895, sur la Vulgate). Au verset 7, l'hébreu répète le verbe shamar, garder ; le verset 8 étend cette garde à toute l'existence, chaque départ et chaque retour, jusque dans l'éternité. C'est la promesse de la Providence sur toute la vie du fidèle.
Le psaume « Dans la joie nous irons » est-il le psaume 121 ?
Non, c'est le psaume suivant. « Je me suis réjoui quand on m'a dit : allons à la maison du Seigneur » est le Lætatus sum, psaume 121 de la Vulgate mais 122 de la numérotation hébraïque. La confusion vient précisément de la double numérotation : le psaume dont nous traitons ici est le Levavi, 121 hébreu, 120 Vulgate.
Quelle différence entre le psaume 121 de l'abbé Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La version Segond est une traduction protestante ; la traduction de l'abbé Fillion (1895) est une traduction catholique française faite sur la Vulgate, avec l'approbation de l'Église. Nous citons toujours l'abbé Fillion.
Où écouter le psaume 121 en audio ?
L'application Iter Fidei propose les psaumes en audio, en français et en latin, avec le texte sous les yeux. Écouter le psaume en le lisant est une manière ancienne et sûre de le graver dans la mémoire, pour pouvoir le redire de cœur sur la route.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 121 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 121 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 120 (Levavi oculos meos). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 120. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du lundi et Office des morts ; Règle de saint Benoît, chapitre XVIII. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X ; Catéchisme du concile de Trente.