Les Psaumes
Psaume 131, « Comme un enfant sevré » (Psaume 130 de la Vulgate)
Le psaume 131, « le Seigneur, mon cœur ne s'est pas enflé d'orgueil », est le court cantique de l'âme apaisée comme un enfant sevré sur le sein de sa mère — le psaume 130 de la Vulgate. Texte complet dans la Bible de Fillion et en latin, sens traditionnel, usage liturgique de 1962 et manière de le prier contre les angoisses.

Le psaume 131 — « Seigneur, mon cœur ne s'est pas enflé d'orgueil » — est le plus court des cantiques de confiance : en trois versets, l'âme renonce à courir après les grandes choses et se tient dans le calme, « comme un enfant sevré sur le sein de sa mère ». C'est le psaume de l'humilité paisible, celui que la tradition met sur les lèvres de qui veut apaiser ses angoisses en s'abandonnant à Dieu. Dans la numérotation traditionnelle de l'Église, il porte le numéro 130. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son latin, son sens traditionnel et sa place dans la liturgie.
Psaume 131 ou psaume 130 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 131 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 130. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité depuis le psaume 9, à cause du découpage de deux psaumes au début du Psautier.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie et dans le Bréviaire : ce cantique y est le psaume 130, qui s'ouvre en latin par Domine, non est exaltatum cor meum. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes et déjà par le abbé Fillion, le compte comme le 131. Donc : psaume 131 (hébreu) = psaume 130 (Vulgate), le même cantique. Il faut éviter une confusion voisine : le psaume 130 des bibles modernes n'est pas celui-ci, mais le De profundis, que la Vulgate appelle psaume 129. Ce qui vaut ici vaut pour tout le Psautier.
Le texte complet du psaume 131 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate Sixto-Clémentine, le texte latin dont l'Église s'est servie pendant des siècles. L'Écriture le range parmi les Cantiques des montées, ces psaumes que les pèlerins chantaient en gravissant les degrés du Temple de Jérusalem.
Psaume 131 (130 de la Vulgate) — Cantique des montées. De David.
Cantique des degrés, de David. Seigneur, mon cœur ne s’est pas enorgueilli, et mes yeux ne se sont point élevés. Je n’ai pas non plus recherché de grandes choses, ni ce qui est placé au-dessus de moi.
Si je n’avais pas d’humbles sentiments, et si au contraire j’ai élevé mon âme, que mon âme soit traitée comme l’enfant que sa mère a sevré.
Qu’Israël espère au Seigneur, dès maintenant et dans tous les siècles.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 130
Cánticum gráduum David. Dómine, non est exaltátum cor meum, neque eláti sunt óculi mei ; neque ambulávi in magnis, neque in mirabílibus super me.
Si non humíliter sentiébam, sed exaltávi ánimam meam : sicut ablactátus est super matre sua, ita retribútio in ánima mea.
Speret Israël in Dómino, ex hoc nunc et usque in sǽculum.
Un mot sur le deuxième verset : le latin de la Vulgate, traduit sur le grec, est ici plus obscur que l'hébreu, et se lit comme un serment d'humilité — « si je n'avais pas d'humbles sentiments… ». Fillion, traduisant fidèlement la Vulgate, en garde la lettre, tout en laissant transparaître l'image : « que mon âme soit traitée comme l'enfant que sa mère a sevré ». L'hébreu, lui, la donne dans toute sa douceur, celle de l'âme apaisée comme un enfant sevré. Les deux disent la même vérité : l'homme qui a fait taire son orgueil.
« Comme un enfant sevré » : le sens du psaume
Tout tient dans une image. L'enfant sevré ne crie plus après le lait de sa mère : il repose contre elle sans rien réclamer, content d'être là. Ainsi l'âme qui a renoncé aux « grandes choses », à l'ambition et à l'inquiétude, se tient auprès de Dieu « dans le calme et le silence ». Le psaume n'est pas un éloge de la petitesse pour elle-même, mais de cette humilité qui a désarmé l'orgueil : « mon cœur ne s'est pas enflé, mes regards n'ont pas été hautains ». Le premier péché fut de vouloir monter plus haut que sa place ; ce cantique redescend l'âme à la sienne, et l'y fait reposer.
Saint Augustin, commentant ce psaume, voit dans l'enfant sevré le fidèle qui, jadis nourri du lait des consolations et des biens de ce monde, en est peu à peu détaché pour prendre la nourriture solide de Dieu seul. Se sevrer, c'est renoncer à téter le monde. La tradition a lu aussi ce psaume comme le portrait de l'humilité de la Sainte Vierge, qui n'a « point recherché les grandes choses » et s'est dite la servante du Seigneur, ce cœur qui « ne s'est pas enflé d'orgueil ». Le psaume s'achève, comme presque tous les cantiques des montées, en tournant la confiance vers tout le peuple : « Israël, mets ton espérance dans le Seigneur. » C'est le même mouvement bref et paisible que le psaume 133, autre court cantique des montées de David, qui chante « qu'il est bon, qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble » et se ferme, lui aussi, sur la bénédiction « pour toujours ».
Le psaume 131 contre les angoisses
Beaucoup cherchent ce psaume pour apaiser l'inquiétude, et la tradition leur donne raison. L'angoisse naît le plus souvent de deux racines que ce cantique tranche d'un coup : l'orgueil, qui veut tout maîtriser, et l'avidité, qui court après « ce qui est trop élevé pour soi ». À l'un et à l'autre le psaume oppose le geste de l'enfant sevré, qui lâche prise et s'abandonne. « Je tiens mon âme dans le calme et le silence » : voilà le remède, non une technique, mais un acte de foi dans la Providence de Dieu.
Le prier lentement, dans le trouble, c'est remettre à Dieu ce que l'on prétendait porter seul. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, conserve et gouverne toutes choses, et que rien n'arrive sans qu'il le veuille ou le permette pour un plus grand bien. Croire cela, c'est pouvoir se taire enfin : l'enfant sevré ne s'inquiète pas de son lendemain, parce qu'il repose sur sa mère. Le psaume 131 fait de cette confiance une prière, et c'est pourquoi il apaise. Il rejoint ici les autres cantiques de la remise entre les mains de Dieu, comme le psaume 121, le psaume du gardien qui ne dort pas.
Le psaume 131 dans la liturgie de 1962
Le Domine, non est exaltatum appartient au groupe des quinze cantiques des montées (psaumes 119 à 133 de la Vulgate), que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 130 de la Vulgate est chanté aux vêpres du mercredi, au sein de la série des psaumes graduels répartis sur les vêpres de la semaine. L'Église fait ainsi monter, chaque semaine et au soir tombant, cet acte d'humilité paisible. Sa brièveté et sa douceur l'ont fait aimer comme prière du soir, quand l'âme dépose le poids du jour avant le sommeil.
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri.
Quand et comment prier le psaume 131
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des usages propres :
- Contre l'inquiétude et l'angoisse. Quand l'esprit s'agite et veut tout tenir, le prier, c'est refaire le geste de l'enfant sevré : lâcher prise et s'abandonner à Dieu.
- Le soir, avec l'Église. On peut le prier comme elle le prie aux vêpres, en déposant le souci du jour avant la nuit.
- Contre la tentation d'orgueil. Il remet l'âme à sa juste place, sous le regard de Dieu, et guérit l'ambition qui trouble le cœur.
- En latin, au moins le premier verset. Retenir le Domine, non est exaltatum cor meum unit votre prière à celle de l'Église de tous les siècles.
La force du psaume ne tient pas aux mots eux-mêmes, mais à Celui à qui ils s'adressent. Le dire souvent apprend peu à peu ce silence intérieur que le monde ne donne pas.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 131 est-il appelé psaume 130 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle, le comptent comme psaume 130 ; la numérotation hébraïque, reprise par les bibles modernes et par le abbé Fillion, le compte comme 131. C'est le même psaume, le Domine, non est exaltatum cor meum.
Que signifie « comme un enfant sevré sur le sein de sa mère » ?
C'est l'image de l'âme apaisée. L'enfant sevré ne réclame plus le lait : il repose contre sa mère, content d'être là. De même, l'âme qui a fait taire son orgueil et renoncé aux « grandes choses » se tient auprès de Dieu dans le calme, sans rien exiger. Saint Augustin y voit le fidèle détaché des consolations du monde pour se nourrir de Dieu seul.
Le psaume 131 est-il un psaume contre les angoisses ?
La tradition le prie ainsi. L'angoisse naît de l'orgueil qui veut tout maîtriser et de l'avidité qui court après ce qui nous dépasse ; le psaume tranche les deux par l'abandon confiant : « Je tiens mon âme dans le calme et le silence. » Ce n'est pas une formule magique, mais un acte de foi dans la Providence de Dieu, et c'est en cela qu'il apaise.
Qui a écrit le psaume 131 ?
Le titre du psaume l'attribue à David (« Cantique des montées. De David »), et c'est la lecture traditionnelle de l'Église. Comme pour tous les psaumes, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, le Saint-Esprit, qui a inspiré l'Écriture.
Où trouve-t-on le psaume 131 dans la Bible ?
Dans le Livre des Psaumes, parmi les Cantiques des montées (psaumes 120 à 134 en numérotation hébraïque). Dans les bibles catholiques de numérotation traditionnelle, comme la Vulgate, c'est le psaume 130, qui commence par Domine, non est exaltatum cor meum.
Quand faut-il prier le psaume 131 ?
Dans l'inquiétude et l'angoisse, pour s'abandonner à Dieu ; le soir, comme l'Église le prie aux vêpres du mercredi, en déposant le souci du jour ; et chaque fois que l'orgueil trouble le cœur. Sa brièveté le rend facile à retenir et à répéter tout au long de la journée.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes dans la Bible de Fillion et en latin, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 131 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 131 : traduction de l'abbé Fillion (1895), La Sainte Bible, sur la Vulgate Sixto-Clémentine, psaume 131 (Vulg. 130), Cantique des degrés. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 130 (Domine, non est exaltatum cor meum). Sens spirituel de l'enfant sevré et de l'humilité : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 130. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mercredi. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X.