Les Psaumes
Psaume 4 : la prière du soir de l'Église (texte complet)
Le psaume 4, "En paix je me coucherai et je m'endormirai", est la grande prière du soir de la tradition : psaume de David chanté à Complies. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, sens du verset 9, usage liturgique et manière de le prier.

Le psaume 4 est la prière du soir par excellence de la tradition catholique : un psaume de David qui s'achève sur le verset célèbre, "En paix je me coucherai et je m'endormirai aussitôt" (Ps 4, 9). L'Église le chante depuis des siècles à Complies, le dernier office de la journée, avant le repos de la nuit. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, le sens que les Pères y ont lu, et la manière traditionnelle de le prier.
Psaume 4 : un seul numéro, dans la Vulgate comme dans la Bible hébraïque
Beaucoup de psaumes portent deux numéros — celui de la Vulgate latine, que l'Église a toujours suivi dans sa liturgie, et celui de la Bible hébraïque, adopté par la plupart des bibles modernes. Pour le psaume 4, la question ne se pose pas : les deux numérotations ne divergent qu'à partir du psaume 9, et notre psaume porte donc le même numéro 4 partout. C'est le psaume qui commence en latin par "Cum invocárem exaudívit me Deus iustítiæ meæ" — "Quand je t'invoque, réponds-moi, Dieu de ma justice".
La seule différence de chiffres que le lecteur rencontrera concerne les versets : les bibles catholiques traditionnelles (Vulgate, Fillion) comptent le titre du psaume comme verset 1, si bien que le dernier verset y est le verset 9 ; certaines traductions qui ne numérotent pas le titre en font le verset 8. Nous y revenons plus bas, car c'est précisément ce verset que l'on cherche le plus.
Le texte complet du psaume 4 (traduction de l'abbé Fillion 1895, sur la Vulgate)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate :
Psaume 4
Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David.
Lorsque je L'ai invoqué, le Dieu de ma justice m'a exaucé ; Vous m'avez mis au large dans la tribulation. Ayez pitié de moi, et exaucez ma prière.
Enfants des hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur appesanti ? Pourquoi aimez-vous la vanité, et cherchez-vous le mensonge ?
Sachez donc que le Seigneur a merveilleusement glorifié Son Saint. Le Seigneur m'exaucera quand j'aurai crié vers Lui.
Irritez-vous, mais ne péchez point. Ce que vous dites contre moi au fond de vos cœurs, répétez-le avec componction sur vos couches.
Offrez un sacrifice de justice, et espérez au Seigneur. Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bonheur ?
La lumière de Votre visage est gravée sur nous, Seigneur ; Vous avez mis la joie dans mon cœur.
Ils se sont multipliés par l'abondance de leur froment, de leur vin et de leur huile.
Et moi je dormirai et me reposerai en paix ;
parce que Vous, Seigneur, m'avez affermi dans une espérance singulière.
Le psaume est attribué à David par son titre même. La tradition le lit comme la prière du roi persécuté qui, au milieu de ses ennemis et des railleries des hommes, garde une confiance entière en Dieu — et peut donc dormir en paix. Il forme une paire naturelle avec le psaume 3, prière du matin de David fuyant Absalom : le psaume 3 dit "je me suis couché et endormi, et je me suis réveillé, car le Seigneur me soutient" ; le psaume 4 s'endort sur la même confiance. C'est l'assurance que le psaume 27 porte au grand jour : une armée dressée contre lui, David affirme que son cœur ne craindra point.
Psaume 4 verset 9 : "En paix je me coucherai et je m'endormirai"
C'est le verset le plus cherché et le plus aimé du psaume : "En paix je me coucherai et je m'endormirai aussitôt ; car toi, le Seigneur, toi seul, tu me fais habiter dans la sécurité" (Ps 4, 9, Fillion). Dans la Vulgate : "In pace in idípsum dórmiam et requiéscam".
Selon les éditions, ce verset est numéroté 9 ou 8 : la Vulgate et la traduction de l'abbé Fillion comptent le titre ("Au maître de chant...") comme premier verset, tandis que des traductions comme la Segond, qui laissent le titre hors numérotation, donnent le même texte au verset 8. Psaume 4, 9 et psaume 4, 8 désignent donc le même verset ; seul le décompte change, non le texte inspiré.
Le sens en est double dans la tradition. Au sens premier, c'est la confiance du juste : celui qui s'est remis à Dieu peut dormir sans crainte, car sa sécurité ne vient ni de ses forces ni de ses biens, mais de Dieu seul. Au sens plénier, les Pères y ont lu le repos du Christ au tombeau et l'espérance de la résurrection : ce sommeil "en paix" est aussi celui de la bonne mort, dans laquelle le fidèle s'endort en Dieu. C'est pourquoi ce verset revient chaque soir sur les lèvres de l'Église, et qu'il nourrit aussi la prière pour les défunts.
Le psaume 4, prière du soir : l'office de Complies
Le psaume 4 est le psaume d'entrée de Complies, la dernière heure de l'Office divin, que l'Église récite avant le repos de la nuit. Pendant plus d'un millénaire, le rite romain a fait dire chaque soir à Complies les psaumes 4, 90 et 133 (numérotation de la Vulgate) ; dans le bréviaire issu de la réforme de saint Pie X et conservé dans l'édition de 1962, le psaume 4 ouvre les Complies du dimanche et des grandes fêtes. Il y voisine avec le Qui habitat, le grand psaume 91 de protection.
La raison de ce choix est dans le texte même : tout le psaume conduit au sommeil confiant du verset 9. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre que Complies est la prière où le chrétien s'endort dans la pensée de Dieu, comme en préparation à son dernier sommeil ; le psaume 4 en est l'âme. Celui qui cherche une prière du soir selon la tradition trouve donc ici la réponse de l'Église elle-même : depuis des siècles, sa prière du soir commence par le psaume 4.
Le sens traditionnel : saint Augustin et les Pères
Le psaume 4 occupe une place singulière dans la vie de saint Augustin. Au livre IX des Confessions, il raconte comment, au lendemain de sa conversion, retiré à Cassiciacum, il lut ce psaume et fut bouleversé : il y reconnut le cri de l'homme exaucé — "Quand je t'invoque, réponds-moi, Dieu de ma justice" — et la vanité de tout ce qu'il avait aimé loin de Dieu, "la vanité et le mensonge" du verset 3.
Les Pères relèvent encore deux versets. Le verset 5, que la Vulgate rend "Irascímini, et nolíte peccáre" — "mettez-vous en colère et ne péchez point" —, est repris littéralement par saint Paul (Éphésiens 4, 26) : la colère elle-même doit se soumettre à la loi de Dieu, et le soir, sur sa couche, l'homme fait silence et examine son cœur. Le verset 7, "Fais lever sur nous la lumière de ta face", est lu comme l'empreinte de Dieu dans l'âme, restaurée par le Christ, vraie lumière du Père. Ainsi le psaume trace tout un programme de vie chrétienne : renoncer à la vanité, offrir "des sacrifices de justice", chercher sa joie en Dieu plutôt que dans l'abondance "du froment et du vin nouveau", et s'endormir en paix.
Comment prier le psaume 4
La tradition en suggère des usages précis :
- Le soir, avant de dormir. C'est son lieu propre. On peut le réciter seul, ou au sein des Complies, en s'unissant à la prière de l'Église ; on le conclut par le Gloria Patri, comme tous les psaumes dans l'usage liturgique.
- Dans l'épreuve et la calomnie. Comme David outragé, celui qui subit l'injustice remet sa cause à Dieu : "Le Seigneur entend quand je l'invoque".
- Pour l'examen du soir. Le verset 5 — se parler à soi-même sur sa couche et cesser de pécher — est l'examen de conscience en germe ; il prépare, s'il le faut, la confession.
- Au moins le verset 9 par cœur. "En paix je me coucherai et je m'endormirai aussitôt" : une phrase suffit pour confier sa nuit à Dieu.
Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière du chrétien s'appuie sur la confiance en la bonté de Dieu, qui écoute ceux qui l'invoquent ; le psaume 4 est cette doctrine faite prière du soir.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 4 verset 9 ?
Dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate : "En paix je me coucherai et je m'endormirai aussitôt ; car toi, le Seigneur, toi seul, tu me fais habiter dans la sécurité." C'est le verset final du psaume, celui que l'Église redit chaque soir à Complies.
Pourquoi ce verset est-il parfois numéroté psaume 4, 8 ?
Parce que certaines traductions, comme la Segond, ne comptent pas le titre du psaume comme un verset. La Vulgate et la traduction de l'abbé Fillion (1895) le comptent : le dernier verset y porte le numéro 9. Psaume 4, 8 et psaume 4, 9 désignent le même texte.
Qui a écrit le psaume 4 ?
Son titre l'attribue à David : "Au maître de chant, sur les instruments à cordes. Psaume de David." La tradition le lit comme la prière du roi persécuté qui garde en Dieu une confiance entière. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur principal le Saint-Esprit.
Le psaume 4 est-il une prière du soir ?
Oui. C'est le premier psaume de Complies, la prière du soir de l'Office divin ; pendant des siècles l'Église l'a récité chaque nuit, et le bréviaire de 1962 le maintient aux Complies du dimanche. Tout le psaume conduit au sommeil paisible du verset 9.
Le psaume 4 porte-t-il un autre numéro dans la Vulgate ?
Non. Les numérotations hébraïque et latine ne divergent qu'à partir du psaume 9 : le psaume 4 est le psaume 4 dans toutes les bibles. En latin, il commence par "Cum invocárem exaudívit me Deus iustítiæ meæ".
Que signifie "Séla" dans le psaume 4 ?
C'est un terme hébreu conservé tel quel par les traducteurs, probablement une indication musicale marquant une pause dans le chant. Il n'appartient pas au texte de la prière et ne se récite pas.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier Complies chaque soir. Télécharger ici.
Sources. Psaume 4 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaumes 4, 1-9. Texte latin : Vulgate, Psalmus 4 (Cum invocárem). Usage liturgique : Breviarium Romanum, office de Complies (psautier traditionnel et psautier de saint Pie X, édition 1962) ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique. Lecture patristique : saint Augustin, Confessions, livre IX, et Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 4 ; saint Paul, Éphésiens 4, 26 (citation du verset 5). Doctrine sur la prière : Catéchisme du concile de Trente, partie IV (De la prière).