Les Psaumes
Psaume 3 : le psaume du matin et de la confiance (texte complet)
Le psaume 3 est la prière de David fuyant Absalom : couché au milieu des ennemis, il dort en paix et se réveille gardé par Dieu. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), latin de la Vulgate, sens des Pères et usage au bréviaire.

Le psaume 3 est la prière de David en fuite devant son fils Absalom : entouré d'ennemis qui le disent abandonné de Dieu, il se couche, dort et se réveille, parce que Dieu le soutient. C'est le psaume de la confiance au milieu du danger, et la tradition en a fait un psaume du matin : l'Église le chante à l'ouverture de Matines, la première heure de l'office. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), le latin de la Vulgate, le sens qu'en donnent les Pères et la manière de le prier.
Le psaume 3 dans la Bible : numérotation et contexte
Contrairement au psaume 91 ou au psaume 23, le psaume 3 ne pose aucun problème de numérotation : il porte le même numéro dans la Vulgate latine et dans la Bible hébraïque. L'écart entre les deux numérotations ne commence qu'au psaume 9 ; les huit premiers psaumes sont comptés de la même façon partout. Le psaume 3 de votre Bible est donc bien le Psalmus 3 du bréviaire, celui qui commence en latin par Domine, quid multiplicati sunt.
Son titre indique la circonstance : « Chant de David. A l'occasion de sa fuite devant Absalom, son fils » (Ps 3, 1). L'épisode est raconté au deuxième livre des Rois (2 Sm 15-18) : Absalom soulève Israël contre son père, et David, roi oint de Dieu, doit fuir Jérusalem, trahi par les siens, insulté en chemin. C'est du fond de cette détresse que monte le psaume — non une plainte, mais un acte de confiance.
Le texte complet du psaume 3 (traduction de l'abbé Fillion, 1895)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate latine, le texte de la liturgie de l'Église.
Psaume 3
Psaume de David lorsqu'il fuyait devant Absalom son fils.
Seigneur, pourquoi ceux qui me persécutent se sont-ils multipliés ? Une multitude s'élève contre moi.
Beaucoup disent à mon âme : Il n'y a pas de salut pour elle dans son Dieu.
Mais Vous, Seigneur, Vous êtes mon protecteur et ma gloire, et Vous relevez ma tête.
De ma voix j'ai crié vers le Seigneur, et Il m'a exaucé du haut de Sa montagne sainte.
Je me suis endormi, et j'ai été assoupi ; et je me suis levé, parce que le Seigneur a été mon soutien.
Je ne craindrai point les milliers d'hommes du peuple qui m'environnent. Levez-Vous, Seigneur ; sauvez-moi, mon Dieu.
Car Vous avez frappé tous ceux qui s'opposaient à moi sans raison ; Vous avez brisé les dents des pécheurs.
Le salut vient du Seigneur ; et c'est Vous qui bénissez Votre peuple.
Le psaume 3 en latin (Vulgate)
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante à l'office depuis des siècles :
Psalmus 3
Psalmus David, cum fugeret a facie Absalom filii sui.
Domine, quid multiplicati sunt qui tribulant me ? Multi insurgunt adversum me.
Multi dicunt animae meae : Non est salus ipsi in Deo ejus.
Tu autem, Domine, susceptor meus es, gloria mea, et exaltans caput meum.
Voce mea ad Dominum clamavi, et exaudivit me de monte sancto suo.
Ego dormivi, et soporatus sum ; et exsurrexi, quia Dominus suscepit me.
Non timebo millia populi circumdantis me. Exsurge, Domine ; salvum me fac, Deus meus.
Quoniam tu percussisti omnes adversantes mihi sine causa ; dentes peccatorum contrivisti.
Domini est salus, et super populum tuum benedictio tua.
Le sens traditionnel : le sommeil et la résurrection du Christ
Les Pères de l'Église lisent ce psaume plus haut que David. Saint Augustin, dans ses Commentaires sur les Psaumes, voit dans le verset central — « Je me suis couché et me suis endormi ; je me suis réveillé, car le Seigneur est mon soutien » — la voix du Christ lui-même : le sommeil est sa mort librement acceptée sur la Croix, le réveil est sa Résurrection. David fuyant devant son fils révolté est la figure de Notre-Seigneur trahi par Judas, l'un des siens, et sortant de Jérusalem vers sa Passion. Ce que le psaume dit en figure, l'Évangile l'accomplit en vérité.
Cette lecture n'efface pas le sens premier, elle le fonde. Les ennemis qui disent « Plus de salut pour lui auprès de Dieu » sont de tous les temps : c'est la voix du monde chaque fois qu'il juge une âme perdue, une cause de Dieu ruinée. Le psaume répond par trois certitudes : Dieu est un bouclier, il répond à celui qui crie vers lui, et le salut appartient à lui seul — Domini est salus. Le fidèle qui récite ce psaume dans l'épreuve prend les paroles mêmes que l'Église met dans la bouche du Christ. La même assurance porte le psaume 46, où l'on demeure sans crainte quand la terre est bouleversée, parce que Dieu est notre refuge et notre force.
Le psaume 3 à l'office divin
Le psaume 3 est, par excellence, le psaume qui ouvre la prière de la nuit et du matin.
Dans la règle de saint Benoît (chapitre 9), les vigiles de chaque nuit commencent par le verset Domine, labia mea aperies, puis par le psaume 3, avant le psaume 94 invitatoire : les moines, depuis le VIe siècle, se lèvent chaque nuit avec ces mots — je me suis réveillé, car le Seigneur est mon soutien. Le choix n'a rien d'arbitraire : c'est le psaume du sommeil traversé sous la garde de Dieu, dit à l'instant même du réveil. Nous en parlons dans notre article sur saint Benoît.
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962, le psaume 3 est chanté à Matines du dimanche, au premier nocturne, à la suite des psaumes 1 et 2 : le Psautier s'ouvre ainsi chaque semaine par ses trois premiers psaumes, que la tradition lit comme un tout — la voie du juste, le Christ-Roi contre les nations, le Christ endormi et ressuscité. Sur l'office et sa structure, voir notre article sur le bréviaire.
Comment et quand prier le psaume 3
- Au réveil. C'est son heure propre dans la tradition. Le dire le matin, c'est offrir la nuit passée et le jour qui vient à celui qui « soutient » — dans l'esprit de la prière du matin.
- Quand on est accablé par le nombre. Ennemis, difficultés, jugements des hommes : le psaume est fait pour l'âme assiégée « de toutes parts » qui refuse de céder à la peur.
- Dans la calomnie et l'abandon. Quand tout semble dire « plus de salut pour lui », le psaume oppose la seule réponse : tu es mon bouclier, tu es ma gloire, et tu relèves ma tête.
- Avec le Christ. Le prier en pensant à la Passion et à la Résurrection, comme les Pères, en fait une prière pascale et non un simple cri de détresse.
On le récite lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière appuyée sur la confiance en Dieu obtient ce qu'elle demande ; le psaume 3 est cette confiance faite texte. Pour situer ce psaume dans l'ensemble du Psautier, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le psaume 3 ?
Le titre du psaume l'attribue à David, à l'occasion de sa fuite devant son fils Absalom (2 Sm 15). C'est la lecture constante de la tradition. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument de l'auteur véritable, l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que raconte le psaume 3 ?
David, chassé de Jérusalem par la révolte d'Absalom, est entouré d'ennemis qui le disent abandonné de Dieu. Il répond par la confiance : Dieu est son bouclier, il dort et se réveille sous sa garde, et il ne craint pas la multitude. Le psaume s'achève sur la certitude que le salut appartient à Dieu seul.
Que signifie « je me suis couché et me suis endormi ; je me suis réveillé » ?
Au sens premier, David dort en paix au milieu du danger parce que Dieu le garde. Au sens que donnent les Pères, saint Augustin en tête, c'est le Christ qui parle : le sommeil est sa mort sur la Croix, le réveil sa Résurrection. C'est pourquoi la tradition en a fait un psaume du matin.
Que veut dire « Séla » dans le psaume 3 ?
Séla est un terme hébreu qui revient trois fois dans ce psaume. C'est une indication musicale du Psautier, comprise généralement comme une pause ou une élévation du chant. Elle ne se prononce pas quand on récite le psaume : elle invite au silence et à la méditation du verset.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 3 ?
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962, le psaume 3 est chanté à Matines du dimanche, au premier nocturne. Dans l'office monastique, la règle de saint Benoît (chapitre 9) le place en ouverture des vigiles de chaque nuit, avant le psaume 94.
Quelle traduction du psaume 3 faut-il lire ?
La version « Louis Segond » que l'on trouve souvent en ligne est une traduction protestante. Le catholique dispose de la traduction de l'abbé Fillion (1895), traduction française classique faite sur la Vulgate latine ; c'est elle que nous citons ici, avec le latin de la Vulgate qui reste le texte de la liturgie.
Le psaume 3 est-il un psaume de protection ?
Oui, au sens où toute sa substance est la garde de Dieu sur celui qui s'abandonne à lui : bouclier, sommeil paisible, réveil assuré. Il rejoint en cela la prière de protection et le psaume 91, avec un accent propre : la confiance quand les ennemis sont les plus nombreux.
L'application Iter Fidei donne les psaumes et les prières traditionnelles en français et en latin, avec l'audio et le calendrier liturgique de 1962, pour prier le psaume 3 comme l'Église le prie. Télécharger ici.
Sources. Psaume 3 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé A. Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Ps 3, 1-9). Texte latin : Vulgate, Psalmus 3. Contexte historique : deuxième livre des Rois (2 Sm 15-18, Fillion). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 3. Usage liturgique : Règle de saint Benoît, chapitre 9 ; Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, livres de 1962), Matines du dimanche. Doctrine sur la prière : Catéchisme du concile de Trente, partie IV.