Les Psaumes
Psaume 83 : « Ô Dieu, ne te tais pas » (Psaume 82 de la Vulgate)
Le psaume 83 que vous cherchez est le psaume 82 de la Vulgate — le cri d'Asaph contre les nations liguées contre le peuple de Dieu. Texte complet dans la Bible de Fillion et en latin, double numérotation, sens des Pères et place au Bréviaire de 1962.

Le psaume 83 est le grand cri d'alarme du Psautier : Asaph y voit les nations se liguer pour effacer le peuple de Dieu, et il supplie le Ciel de ne pas se taire devant le complot. Nous en donnons ici le texte complet en français, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci.
Psaume 83 ou psaume 82 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 83 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 82. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité sur la plus grande partie du Psautier.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères ; ce psaume y est le 82, qui s'ouvre en latin par Deus, quis similis erit tibi ?. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 83. Donc : psaume 83 (numérotation hébraïque) = psaume 82 (Vulgate). C'est le même psaume, le même chant d'Asaph. Les bibles modernes adoptent la numérotation hébraïque : chez elles le psaume porte le numéro 83, celui que vous cherchez. Nous suivons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, qui en conserve la numérotation traditionnelle (82).
Le texte complet du psaume 83 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine, telle que l'Église la lit dans sa liturgie.
Psaume 83 (Vulgate : 82)
Cantique psaume d'Asaph.
O Dieu, qui sera semblable à Vous ? Ne Vous taisez pas, ô Dieu, et ne Vous reposez pas.
Car voici que Vos ennemis font un grand bruit, et ceux qui Vous haïssent ont levé la tête.
Ils ont formé un dessein plein de malice contre Votre peuple, et ils ont conspiré contre Vos saints.
Ils ont dit : Venez et exterminons-les du milieu des nations, et qu'on ne se souvienne plus jamais du nom d'Israël.
Ils ont comploté d'un même cœur, et ensemble ils ont fait alliance contre Vous :
les tentes des Iduméens et les Ismaélites ; Moab et les Agaréniens ;
Gébal, et Ammon, et Amalec ; les étrangers avec les habitants de Tyr.
Assur aussi est venu avec eux, et s'est fait l'auxiliaire des fils de Lot.
Traitez-les comme Madian et Sisara, comme Jabin au torrent de Cisson.
Ils ont été détruits à Endor, ils sont devenus comme le fumier de la terre.
Traitez leurs princes comme Oreb, et Zeb, et Zébée, et Salama ; tous leurs princes
qui avaient dit : Emparons-nous du sanctuaire de Dieu comme de notre héritage.
Mon Dieu, rendez-les semblables à une roue, et à la paille emportée par le vent.
Comme le feu qui brûle la forêt, et comme la flamme qui consume les montagnes,
ainsi Vous les poursuivrez par Votre tempête, et Vous les épouvanterez dans Votre colère.
Couvrez leurs visages de confusion, et ils chercheront Votre Nom, Seigneur.
Qu'ils rougissent et soient dans le trouble à jamais ; qu'ils soient confondus et qu'ils périssent.
Et qu'ils connaissent que Votre Nom est le Seigneur, et que Vous êtes seul le Très-Haut dans toute la terre.
Et le même psaume en latin, dans la Vulgate Clémentine, tel que l'Église le chante :
Psalmus 82
Deus, quis similis erit tibi ? ne taceas, neque compescaris, Deus :
quoniam ecce inimici tui sonuerunt, et qui oderunt te extulerunt caput.
Super populum tuum malignaverunt consilium, et cogitaverunt adversus sanctos tuos.
Dixerunt : Venite, et disperdamus eos de gente, et non memoretur nomen Israël ultra.
[...] Imple facies eorum ignominia, et quærent nomen tuum, Domine.
Et cognoscant quia nomen tibi Dominus : tu solus Altissimus in omni terra.
Le sens du psaume : la prière de l'Église assiégée
Ce psaume est attribué à Asaph, le maître de chant établi par David (1 Paralipomènes 16, 4-5). Il décrit une coalition de dix peuples — Édom, Ismaël, Moab, Amalec, Assur et les autres — ligués pour rayer Israël de la terre. Ce n'est pas d'abord une haine contre les hommes : c'est une haine contre Dieu. « Contre toi ils forment une alliance », dit Asaph ; frapper le peuple, c'est atteindre Celui qui l'a choisi. C'est la voix du peuple de Dieu tout entier qui supplie ici, comme elle supplie encore, dans une autre épreuve, au psaume 85, où les fils de Coré demandent à Dieu d'achever de relever son peuple revenu de l'exil.
Les Pères ont lu ce psaume dans le sens spirituel, comme la prière de l'Église au milieu de ses persécuteurs. Les nations conjurées figurent les puissances qui, de siècle en siècle, se dressent contre l'Épouse du Christ. Saint Augustin, commentant ce psaume, s'arrête sur un mot qui change tout : « Couvre leurs faces d'ignominie, afin qu'ils cherchent ton nom ». La confusion demandée sur les ennemis n'est pas une vengeance ; c'est une prière pour leur conversion. Que l'orgueil soit brisé, non pour que l'homme périsse, mais pour qu'humilié il cherche enfin le vrai Dieu. Ainsi les imprécations du Psautier, comme celles du psaume 137, s'entendent de la ruine du mal, non de la perte des âmes. C'est la même clef que la Tradition donne pour le psaume 35, où le juste remet à Dieu la cause de sa défense contre ceux qui l'assaillent.
« Que ton nom est le Seigneur » : le psaume 83, 18
Le dernier verset — le psaume 83, 18 dans la numérotation hébraïque (que Fillion, avec la Vulgate, compte 19, en incluant le titre) — est le plus cherché du psaume : « Et qu'ils connaissent que Votre Nom est le Seigneur, et que Vous êtes seul le Très-Haut dans toute la terre. » Là où le texte hébreu porte le Tétragramme sacré — les quatre lettres du Nom divin révélé à Moïse au buisson ardent (Exode 3, 14-15) —, la Vulgate, que suit Fillion, le rend par Dominus, « le Seigneur » : c'est ainsi que l'Église l'a toujours chanté, et que la piété juive elle-même, par révérence, ne prononçait pas le Nom.
La forme « Jéhovah » que l'on rencontre parfois pour ce verset est une lecture tardive et hybride, née de la superposition des voyelles d'Adonaï sur les consonnes du Tétragramme ; elle n'a jamais été celle de la liturgie de l'Église, qui dit « le Seigneur ». Le sens du verset, lui, est limpide et il commande tout le psaume : quelles que soient les coalitions des hommes, il n'y a qu'un seul Très-Haut, et son règne s'étend sur toute la terre. C'est la confession de foi vers laquelle tend la prière tout entière.
Le psaume 83 dans l'Office divin
Ce psaume a sa place fixe dans l'Office divin. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 82 de la Vulgate se chante aux Matines du vendredi, avec les autres psaumes du peuple assiégé (77, 78, 80). Le vendredi, jour de la Passion, l'Église fait ainsi redire à ses clercs le cri de ceux qui, entourés d'ennemis, s'en remettent au seul secours de Dieu. On retrouve ce psaume, avec l'ensemble du Psautier réparti sur la semaine, dans le bréviaire traditionnel, dont nous exposons ailleurs l'économie parmi les psaumes.
Quand et comment prier le psaume 83
Ce psaume est la prière des temps où l'Église, une famille, une âme se sentent cernées par un mal plus fort qu'elles. La Tradition en suggère quelques usages :
- Quand l'Église est attaquée. On le prie pour l'Église persécutée, pour les chrétiens haïs à cause du Nom, en demandant non la perte des adversaires mais leur confusion et leur conversion. C'est le même cri de détresse que fait monter le psaume 80, l'autre supplication d'Asaph pour le peuple ravagé comme une vigne aux clôtures rompues.
- Dans le combat spirituel. Les nations liguées figurent aussi les passions et les tentations coalisées contre l'âme. Le psaume demande que Dieu les disperse « comme le chaume qu'emporte le vent ».
- Comme une prière de protection. Devant une menace injuste, il place la cause entre les mains de Celui qui seul est le Très-Haut, et attend de lui la délivrance.
On le récite lentement, sans hâte, en laissant peser chaque nom de la coalition comme le poids réel des forces adverses — puis en le remettant à Dieu. On le conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri, qui rapporte toute victoire à la Trinité.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 83 est-il aussi appelé psaume 82 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 82 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 83. C'est le même psaume, le Deus, quis similis erit tibi.
Qui a écrit le psaume 83 ?
Le titre l'attribue à Asaph, chef des chantres établi par David pour le service du Temple (1 Paralipomènes 16). Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain n'est que l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifie « psaume 83, 18 » ?
C'est le dernier verset du psaume dans la numérotation hébraïque : « Et qu'ils connaissent que Votre Nom est le Seigneur, et que Vous êtes seul le Très-Haut dans toute la terre. » Il proclame l'unicité et la souveraineté de Dieu sur tous les peuples. La Vulgate y rend le Nom divin par « le Seigneur » (Dominus).
Le psaume 83 est-il une prophétie ?
L'Écriture le présente comme un chant de circonstance : la coalition historique des voisins d'Israël. La Tradition catholique l'a lu au sens spirituel — la ligue des ennemis de l'Église et des ennemis de l'âme — et non comme l'annonce d'un conflit politique précis. On le prie donc dans la foi, non pour deviner l'avenir.
Le psaume 83 est-il une prière contre les ennemis ?
Oui, mais entendue comme l'entendent les Pères. Saint Augustin note que la confusion demandée sur les ennemis vise leur conversion : « afin qu'ils cherchent ton nom ». Le psaume prie contre le mal et l'orgueil, non pour la perte des âmes ; il demande que les adversaires soient humiliés jusqu'à reconnaître le seul Très-Haut.
À quel moment l'Église chante-t-elle le psaume 83 ?
Dans le Bréviaire romain de saint Pie X (livres de 1962), le psaume 82 de la Vulgate se chante aux Matines du vendredi. Le fidèle peut le prier à ce jour, ou aux temps d'épreuve, de persécution et de combat spirituel.
L'application Iter Fidei donne la Bible de Fillion, les psaumes, les prières et le calendrier de 1962, avec l'audio pour prier chaque jour à la suite de l'Église. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 83 en français : La Sainte Bible avec commentaires, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 82 [hébr. 83], 1-19. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 82 (Deus, quis similis erit tibi). Sens spirituel et prière pour la conversion des ennemis : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 82. Attribution à Asaph : premier livre des Paralipomènes 16, 4-5 ; le Nom révélé : Exode 3, 14-15 (Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), Matines du vendredi.