Les Psaumes
Psaume 35 : la prière du juste persécuté (Psaume 34 de la Vulgate)
Le psaume 35 est la prière de David injustement persécuté, qui remet sa cause entre les mains de Dieu. Texte complet dans la Bible de Fillion, sens traditionnel selon les Pères, place au bréviaire de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 35 est la prière du juste injustement persécuté : David, entouré de faux témoins et de calomniateurs, ne se venge pas, mais remet sa cause entre les mains de Dieu. Dans la numérotation de la Vulgate latine, suivie par la liturgie de l'Église, il porte le numéro 34 et commence par les mots Judica, Domine, nocentes me — « Seigneur, combats ceux qui me combattent ». Nous donnons ici son texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son sens traditionnel et sa place dans l'office divin.
Psaume 35 ou psaume 34 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 35 » est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine et de la Septante grecque —, le psaume 34. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a utilisée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères ; la numérotation hébraïque, adoptée par les bibles modernes, compte ce psaume comme le 35. La différence vient du découpage de deux psaumes au début du Psautier. Donc : psaume 35 (numérotation hébraïque) = psaume 34 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Judica, Domine. La traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, que nous citons, indique l'équivalence : Psaume 35 (Vulg. 34).
Le texte complet du psaume 35 (Bible de Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate latine, le texte de référence de la liturgie de l'Église. Elle rend le nom divin par Dominus, « le Seigneur », comme le chante la liturgie latine.
Psaume 35 (Vulg. 34)
De David. Jugez, Seigneur, ceux qui me font du mal ; combattez ceux qui me combattent.
Prenez Vos armes et Votre bouclier, et levez-Vous pour me secourir.
Tirez Votre épée et barrez le passage à ceux qui me persécutent ; dites à mon âme : Je suis ton salut.
Qu’ils soient couverts de honte et de confusion, ceux qui en veulent à ma vie. Qu’il reculent et soient confondus, ceux qui méditent le mal contre moi.
Qu’ils deviennent comme la poussière emportée par le vent, et que l’Ange du Seigneur les serre de près.
Que leur chemin soit ténébreux et glissant, et que l’ange du Seigneur les poursuive.
Car sans raison ils ont caché un piège pour me perdre ; ils ont sans motif outragé mon âme.
Qu’un piège dont il ne se doute pas tombe sur lui ; que le rets qu’il a caché le saisisse, et qu’il tombe dans son propre filet.
Mais mon âme se réjouira dans le Seigneur, et mettra ses délices dans son Sauveur.
Tous mes os diront : Seigneur, qui Vous est semblable, à Vous, qui arrachez le pauvre des mains de ceux qui sont plus forts que lui ; l’indigent et le pauvre à ceux qui le dépouillent ?
Des témoins iniques se sont élevés ; ils m’ont interrogé sur ce que j’ignorais.
Ils n’ont rendu le mal pour le bien ; c’était la stérilité pour mon âme.
Mais moi, quand ils me tourmentaient, je me revêtais d’un cilice. J’humiliais mon âme par le jeûne, et ma prière retournait dans mon sein.
J’avais pour eux la même compassion que pour un proche ou un frère ; je me courbais comme dans le deuil et la tristesse.
Et ils se sont réjouis, et se sont assemblés contre moi ; les malheurs se sont réunis sur moi, sans que j’en connusse la raison.
Ils ont été dispersés ; mais, sans componction, ils m’ont de nouveau mis à l’épreuve ; ils m’ont accablé d’insultes ; ils ont grincé des dents contre moi.
Seigneur, quand regarderez-Vous ? Sauvez mon âme de leur malignité ; arrachez mon unique à ces lions.
Je Vous célébrerai dans une grande assemblée ; je Vous louerai au milieu d’un peuple nombreux.
Qu’ils ne se réjouissent point à mon sujet, ceux qui m’attaquent injustement, qui me haïssent sans raison et qui clignent des yeux.
Car ils me disaient des paroles de paix ; mais, parlant dans le pays avec colère, ils méditaient des tromperies.
Et ils ont ouvert au grand large leur bouche contre moi, et ils ont dit : Courage, courage ! nos yeux ont vu.
Vous avez vu, Seigneur ; ne restez pas en silence ; Seigneur, ne Vous éloignez pas de moi.
Levez-Vous et prenez soin de mon droit ; mon Dieu et mon Seigneur, défendez ma cause.
Jugez-moi selon Votre justice, Seigneur mon Dieu, et qu’ils ne se réjouissent pas à mon sujet.
Qu’ils ne disent pas dans leur cœurs : Courage, courage ! réjouissons-nous. Qu’ils ne disent pas : Nous l’avons dévoré.
Qu’ils rougissent et soient confondus, ceux qui se félicitent de mes maux. Qu’ils soient couverts de confusion et de honte, ceux qui parlent avec orgueil contre moi.
Qu’il soient dans l’allégresse et la joie, ceux qui veulent ma justification ; et qu’ils disent sans cesse : Gloire au Seigneur, ceux qui désirent la paix de Son serviteur.
Et ma langue célébrera Votre justice, et Votre louange tout le jour.
Le sens traditionnel : David persécuté, figure du Christ
Le titre du psaume l'attribue à David. La tradition y reconnaît la situation du roi poursuivi sans raison par Saül et par ses courtisans : accusé de choses qu'il ignore (v. 11), payé du mal pour le bien qu'il a fait (v. 12), il ne rend pas coup pour coup, mais demande à Dieu de juger sa cause (cf. 1 Samuel 24). Le psaume lui-même montre la charité de celui qui prie : quand ses ennemis étaient malades, il jeûnait et priait pour eux comme pour un frère (v. 13-14). Ces persécuteurs sans scrupule, chez qui « la crainte de Dieu n'est point devant les yeux », sont ceux-là mêmes que dépeint le psaume 36.
L'Église lit ce psaume plus haut encore. Le verset 19 — « ceux qui me haïssent sans cause » — est appliqué par Notre-Seigneur à sa propre Passion : « ils m'ont haï sans sujet » (cf. Jean 15, 25). Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans ce psaume la voix du Christ livré aux faux témoins et aux moqueurs, et avec lui celle de son Corps, l'Église persécutée à travers les siècles. Le juste calomnié qui prie le psaume 35 prie donc avec le Christ, et non pour sa seule cause. Son cri « jusques à quand ? » (v. 17) rejoint celui de la prière de Moïse, le psaume 90, où l'homme mesure la brièveté de ses jours devant l'éternité de Dieu.
Quant aux imprécations — « qu'ils soient comme la paille au souffle du vent » —, la tradition les comprend comme un appel à la justice de Dieu, non comme une vengeance personnelle : le psalmiste demande que le mal retombe sur ceux qui le commettent et que le piège se referme sur celui qui l'a tendu. C'est le même registre que le psaume 109, le grand psaume imprécatoire du Psautier : l'Écriture y annonce le jugement de Dieu, elle ne dispense jamais du pardon.
Psaume 35 et 91 : deux prières souvent associées
Beaucoup cherchent à prier ensemble les psaumes 35 et 91. Les deux sont distincts et se complètent. Le psaume 91, le Qui habitat, est le psaume de la protection : celui qui s'abrite sous les ailes du Très-Haut ne craint ni les terreurs de la nuit ni la flèche qui vole de jour. Le psaume 35 est le psaume de la délivrance : il s'adresse à Dieu quand l'attaque est déjà là — calomnie, persécution, injustice — et lui demande de prendre la cause en main.
On peut les prier l'un après l'autre, comme la tradition prie les prières de protection : non comme des formules qui agiraient d'elles-mêmes, mais comme des actes de foi en Celui qui protège et qui juge. La force du psaume n'est pas dans les mots, elle est en Dieu à qui ils s'adressent.
Le psaume 35 au bréviaire de 1962
Dans le psautier du bréviaire romain distribué par saint Pie X (bulle Divino afflatu, 1911) et conservé dans le bréviaire de 1962, le psaume 34 de la Vulgate ouvre les matines du mardi : il y est chanté en trois parties (versets 1-10, 11-17 et 18-28), qui forment les trois premiers psaumes de l'office. Chaque semaine, l'Église commence ainsi la nuit du mardi en mettant sur les lèvres de ses clercs la plainte du juste persécuté.
Celui qui veut suivre cet office trouvera le texte complet dans le bréviaire traditionnel, ou en ligne sur Divinum Officium, qui donne jour après jour l'office de 1962 en latin et en français.
Quelle version lire : Segond, Bible de Jérusalem, Fillion ?
Les recherches « psaume 35 Louis Segond » renvoient à la traduction de Louis Segond (1880), qui est une bible protestante ; la Bible de Jérusalem est une traduction moderne. Pour un catholique attaché à la tradition, la référence est la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate : approuvée par l'Église, antérieure aux bouleversements modernes, elle donne le texte que nous citons plus haut, avec la double numérotation des psaumes. Le texte que la liturgie chante reste, lui, le latin de la Vulgate.
Comment prier le psaume 35
- Dans l'injustice et la calomnie. C'est son usage propre : accusé faussement, trahi, payé du mal pour le bien, on remet sa cause à Dieu au lieu de se faire justice soi-même.
- Dans le combat spirituel. Les Pères voient dans les ennemis du psaume les figures du démon et de la tentation ; le verset 2 — « saisis le petit et le grand bouclier » — se prie contre l'ennemi des âmes.
- Sans haine. Le psaume l'exige lui-même : celui qui le prie a jeûné et prié pour ses persécuteurs (v. 13). Notre-Seigneur commande d'aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent (cf. Matthieu 5, 44).
- Lentement, et conclu par le Gloria Patri. Comme l'Église conclut chaque psaume à l'office, on achève par la doxologie : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.
Le psaume finit là où il doit finir : non sur la ruine des ennemis, mais sur la louange — « et ma langue célébrera ta justice, ta louange tous les jours ».
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 35 est-il numéroté 34 dans certaines bibles ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 34 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme psaume 35. C'est le même psaume, le Judica, Domine, nocentes me.
Qui a écrit le psaume 35 ?
Le titre du psaume l'attribue à David, et la tradition y voit sa prière au temps de la persécution de Saül. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du Saint-Esprit, véritable auteur de l'Écriture.
Peut-on prier le psaume 35 contre ses ennemis ?
On le prie pour remettre sa cause à Dieu, non pour maudire. Les imprécations du psaume appellent la justice de Dieu sur le mal ; celui qui les prie doit lui-même pardonner et prier pour ses persécuteurs, comme le psalmiste (v. 13) et comme Notre-Seigneur le commande.
Quelle est la différence entre le psaume 35 et le psaume 91 ?
Le psaume 91 est une prière de protection : il se prie avant le danger, dans la confiance. Le psaume 35 est une prière de délivrance : il se prie dans l'épreuve déjà présente, quand l'injustice frappe. La tradition les associe volontiers l'un à l'autre.
Quand la liturgie chante-t-elle le psaume 35 ?
Dans le bréviaire romain de 1962, héritier du psautier de saint Pie X, le psaume 34 de la Vulgate est chanté aux matines du mardi, divisé en trois parties. Son verset 19 est en outre appliqué à la Passion du Christ par l'Évangile selon saint Jean.
Où écouter le psaume 35 en audio ?
L'application Iter Fidei donne les psaumes avec l'audio, dans le texte catholique traditionnel, avec les prières et le calendrier liturgique de 1962. On peut ainsi l'écouter et le méditer verset par verset.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier — télécharger ici.
Sources. Psaume 35 (Vulg. 34) : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate. Incipit latin : Vulgate, Psalmus 34, Judica, Domine, nocentes me. Usage liturgique : Breviarium Romanum, psautier de saint Pie X (bulle Divino afflatu, 1911), matines du mardi, rubriques de 1960. Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 34 ; Évangile selon saint Jean 15, 25 ; Évangile selon saint Matthieu 5, 44 ; 1 Samuel 24.