Les Psaumes
Psaume 109 : le psaume de Judas (Psaume 108 de la Vulgate)
Le psaume 109 est le plus sévère des psaumes imprécatoires — la tradition l'appelle le psaume de Judas. Texte complet en français (Bible de Fillion), sens traditionnel des Pères, usage au bréviaire de 1962 et manière chrétienne de le prier.

Le psaume 109 est le plus sévère des psaumes imprécatoires du Psautier : la plainte d'un innocent trahi, qui remet à Dieu le jugement de ses persécuteurs. La tradition de l'Église l'appelle le psaume de Judas, parce que saint Pierre lui-même en applique le verset 8 au traître, lorsqu'il fallut lui donner un successeur (Actes 1, 20). Nous en donnons le texte complet en français dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le sens que la Tradition lui a toujours reconnu, son usage au bréviaire et la manière chrétienne de le prier. Un point de numérotation doit d'abord être précisé.
Psaume 109 ou psaume 108 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 109 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine et de la Septante grecque —, le numéro 108 : c'est le Deus, laudem meam ne tacueris. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes et donnée en tête par la Bible de Fillion, le compte comme 109. La différence tient à la façon de grouper deux psaumes au début du Psautier.
Donc : psaume 109 (numérotation hébraïque) = psaume 108 (numérotation de la Vulgate). Il faut se garder de la confusion inverse : le psaume qui porte le numéro 109 dans la Vulgate est le Dixit Dominus, le premier psaume des vêpres du dimanche — ce n'est pas celui-ci. Dans tout cet article, nous parlons du psaume 109 de la numérotation hébraïque, le psaume 108 des Pères et du bréviaire.
Le texte complet du psaume 109 en français (Bible catholique)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, l'une des grandes Bibles catholiques françaises traditionnelles.
Psaume 109 (Vulgate : 108)
Pour la fin, psaume de David.
O Dieu, ne Vous taisez pas sur ma louange, car la bouche du pécheur et la bouche de l'homme fourbe sont ouvertes contre moi.
Ils ont parlé contre moi avec une langue perfide, ils m'ont comme assiégé par leurs discours haineux, et ils m'ont fait la guerre sans sujet.
Au lieu de m'aimer, ils me calomniaient ; mais moi, je demeurais en prière.
Ils m'ont rendu le mal pour le bien, et la haine pour mon amour.
Livrez-le au pouvoir du pécheur, et que le démon se tienne à sa droite.
Lorsqu'on le jugera, qu'il sorte condamné, et que sa prière même soit imputée à péché.
Que ses jours soient abrégés, et qu'un autre reçoive sa charge.
Que ses enfants deviennent orphelins, et que sa femme devienne veuve.
Que ses enfants errent vagabonds et qu'ils mendient, et qu'ils soient chassés de leurs demeures.
Que l'usurier recherche et enlève tout son bien, et que les étrangers ravissent le fruit de ses travaux.
Que personne ne l'assiste, et que nul n'ait compassion de ses orphelins.
Que tous ses enfants périssent, et que son nom soit effacé au cours d'une seule génération.
Que l'iniquité de ses pères revive dans le souvenir du Seigneur, et que le péché de sa mère ne soit point effacé.
Qu'ils soient toujours présents devant le Seigneur, et que leur mémoire disparaisse de dessus la terre ;
parce qu'il ne s'est point souvenu de faire miséricorde,
qu'il a poursuivi l'homme pauvre et indigent, et l'homme au cœur brisé, pour le faire mourir.
Il a aimé la malédiction, et elle tombera sur lui ; il n'a pas voulu de la bénédiction, et elle sera éloignée de lui. Et il s'est revêtu de la malédiction comme d'un vêtement ; elle a pénétré comme l'eau au dedans de lui, et comme l'huile dans ses os.
Qu'elle lui soit comme le vêtement qui le couvre, et comme la ceinture dont il est toujours ceint.
C'est ainsi que le Seigneur punira ceux qui me calomnient, et qui profèrent le mal contre mon âme.
Et Vous, Seigneur, Seigneur, prenez ma défense à cause de Votre Nom, parce que Votre miséricorde est pleine de douceur. Délivrez-moi,
car je suis pauvre et indigent, et mon cœur est tout troublé au dedans de moi.
Je disparais comme l'ombre à son déclin, et je suis secoué comme les sauterelles.
Mes genoux se sont affaiblis par le jeûne, et ma chair est toute changée, parce qu'elle est privée d'huile.
Je suis devenu pour eux un sujet d'opprobre ; ils m'ont vu, et ils ont branlé la tête.
Secourez-moi, Seigneur mon Dieu ; sauvez-moi selon Votre miséricorde.
Et qu'ils sachent que c'est Votre main, et que c'est Vous, Seigneur, qui faites ces choses.
Ils maudiront, mais Vous, Vous bénirez. Que ceux qui se lèvent contre moi soient confondus, tandis que Votre serviteur se réjouira.
Que ceux qui me calomnient soient couverts de honte, et qu'ils soient revêtus de leur confusion comme d'un manteau double.
Ma bouche célébrera le Seigneur de toute sa force, et je Le louerai au milieu d'une grande assemblée,
parce qu'Il S'est tenu à la droite du pauvre, pour sauver mon âme de ceux qui la persécutent.
Psaume 109 signification : le psaume de Judas
Le psaume se lit en trois mouvements : la plainte de l'innocent assiégé de paroles haineuses, à qui l'on rend le mal pour le bien — et qui « ne fait que prier » ; la longue série des imprécations contre le persécuteur ; enfin la supplication et l'action de grâces, car Dieu « se tient à la droite du pauvre pour le sauver de ceux qui le condamnent ». Le dernier mot n'est pas la malédiction mais la louange — « je le célébrerai au milieu de la multitude » —, cette même louange publique que déploie tout entier le psaume 111, le grand cantique des œuvres de Dieu.
La Tradition a toujours entendu dans ce psaume la voix du Christ trahi. La preuve en est donnée par l'Écriture elle-même : au premier chapitre des Actes des Apôtres, saint Pierre cite le verset 8 — « que sa charge passe à un autre », en latin episcopatum ejus accipiat alter — et l'applique à Judas Iscariote, pour justifier l'élection de Matthias à sa place (Actes 1, 20). C'est pourquoi les anciens l'appellent le psaume de Judas : l'ami qui rend la haine pour l'amour, c'est le traître ; l'innocent qui prie au milieu des outrages, c'est Notre-Seigneur dans sa Passion, comme dans le psaume 22, le grand psaume du Crucifié.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes sur les psaumes, résout la difficulté des malédictions : elles ne sont pas des souhaits de haine, mais des prophéties. Le psalmiste, parlant sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, annonce sous forme d'imprécation le châtiment que le méchant s'attire librement à lui-même — « il aimait la malédiction : elle tombe sur lui ». Dieu ne maudit pas arbitrairement : le méchant se revêt de sa malédiction comme d'un vêtement.
Peut-on prier le psaume 109 pour chasser ses ennemis ?
Beaucoup cherchent le « psaume 109 pour chasser ses ennemis », et des sites le présentent comme un rituel à réciter contre une personne. L'Église rejette cet usage. Employer un texte sacré comme une formule agissant par elle-même relève de la superstition, que le Catéchisme de saint Pie X condamne comme un péché contre le premier commandement. Le psaume n'est pas une arme de vengeance privée : David, dans le psaume même, ne se venge pas — il prie, et remet le jugement à Dieu.
La manière chrétienne de prier ce psaume dans l'épreuve est donc celle-ci : dire à Dieu l'injustice subie, sans rien se dissimuler de sa gravité, puis lui en abandonner entièrement la sentence — « prends ma défense à cause de ton nom ». Notre-Seigneur commande d'aimer ses ennemis et de prier pour ceux qui nous persécutent (Matthieu 5, 44), et le Notre Père fait du pardon des offenses la condition de notre propre pardon. Celui qui souffre une persécution injuste priera dans le même esprit le psaume 35, l'autre grande prière du juste calomnié : Dieu est juge, et il suffit.
Le psaume 109 au bréviaire : none du samedi
Dans l'Office divin selon les livres de 1962 — le psautier distribué par saint Pie X —, le psaume 108 de la Vulgate est chanté chaque semaine à none du samedi, la petite heure de l'après-midi, divisé en trois parties (versets 2-13, 14-21 et 22-31). L'Église le met ainsi régulièrement sur les lèvres de ses prêtres et de ses religieux : elle ne retranche pas les psaumes difficiles, elle les prie dans le Christ, à qui ils appartiennent. Celui qui récite le bréviaire, ou qui suit l'office sur Divinum Officium, rencontre donc ce psaume chaque samedi, à la veille du dimanche.
Fillion ou Louis Segond : quelle traduction du psaume 109 ?
Beaucoup cherchent le « psaume 109 Louis Segond » : la Segond est une traduction protestante du XIXe siècle, sans les livres deutérocanoniques et sans l'approbation de l'Église. Pour le fidèle catholique attaché à la Tradition, une référence française sûre est la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate avec approbation ecclésiastique — c'est elle que nous citons ci-dessus — et, pour la prière liturgique, le latin de la Vulgate, où ce psaume commence par Deus, laudem meam ne tacueris. Le texte complet donné plus haut est donc bien le psaume 109 de la Bible catholique en français.
Comment prier le psaume 109
On le prie avec l'Église : lentement, en laissant à chaque verset son poids, et en le concluant par le Gloria Patri. Trois dispositions le rendent fructueux : le lire comme une prophétie de la Passion, en écoutant la voix du Christ trahi ; le prier dans l'injustice subie, en remettant toute la cause à Dieu au lieu de se faire justice ; y trouver enfin une crainte salutaire, car le sort de Judas rappelle où conduit la trahison de la grâce. Il prend sa place dans la prière de tout le Psautier — voir notre guide des psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 109 est-il aussi appelé psaume 108 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église dans sa liturgie, le comptent comme psaume 108 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes et par la Fillion, le compte comme 109. C'est le même psaume, le Deus, laudem meam ne tacueris.
Pourquoi appelle-t-on le psaume 109 le psaume de Judas ?
Parce que saint Pierre en cite le verset 8 — « qu'un autre prenne sa charge » — et l'applique à Judas Iscariote lors de l'élection de Matthias (Actes 1, 20). La Tradition y entend la voix du Christ trahi et la prophétie du châtiment du traître.
Peut-on prier le psaume 109 pour chasser ses ennemis ?
Pas comme une formule agissant contre une personne : cet usage est superstitieux et contraire au premier commandement. On le prie pour remettre à Dieu une injustice subie, en gardant le commandement d'aimer ses ennemis et de prier pour ses persécuteurs (Matthieu 5, 44).
Que signifie le psaume 109 ?
C'est la plainte d'un innocent trahi par un ami, qui remet le jugement à Dieu. Les malédictions y sont, selon saint Augustin, des prophéties du châtiment que le méchant s'attire lui-même, non des souhaits de haine ; le psaume s'achève sur la louange de Dieu qui « se tient à la droite du pauvre ».
Qui a écrit le psaume 109 ?
Le titre du psaume l'attribue à David : « Pour la fin, psaume de David » (Fillion). Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint, ce qui fonde la lecture prophétique qu'en fait saint Pierre.
Quand le psaume 109 est-il récité dans la liturgie ?
Dans le bréviaire romain de 1962, le psaume 108 de la Vulgate est récité chaque samedi à l'heure de none, divisé en trois parties. L'Église le prie ainsi toutes les semaines, dans le Christ, sans en retrancher les versets sévères.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 109 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 108 [hébr. 109], 1-31). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 108. L'application à Judas : Actes des Apôtres 1, 20 (Fillion) ; saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 108. Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), none du samedi (psautier de saint Pie X). Le commandement de l'amour des ennemis : Évangile selon saint Matthieu 5, 44 (Fillion). Sur la superstition et le pardon des offenses : Catéchisme de saint Pie X.