Les Psaumes
Psaume 22 : Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné (Psaume 21 de la Vulgate)
Le psaume 22 de la numérotation hébraïque est le grand psaume de la Passion — celui que Notre-Seigneur a récité sur la croix. Texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des Pères et place dans la liturgie traditionnelle. Si vous cherchez « Le Seigneur est mon berger », voyez le psaume 23.

Le psaume 22 de la numérotation hébraïque — le psaume 21 de la Vulgate latine — est le grand psaume de la Passion : il commence par le cri que Notre-Seigneur a poussé sur la croix, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46). Nous en donnons ici le texte complet en français dans la Bible catholique de l'abbé Fillion, avec le sens que les Pères lui ont toujours reconnu et sa place dans la liturgie traditionnelle. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci, car sous le titre « psaume 22 » deux psaumes très différents se rencontrent.
Psaume 22 ou psaume 21 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme (héritée de la Septante grecque) est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — dont la Bible de Fillion —, compte un numéro de plus sur presque tout le Psautier, la différence tenant à la façon de grouper deux psaumes au début du recueil.
Le psaume dont nous traitons ici porte donc deux numéros pour un seul et même texte : psaume 22 (numérotation hébraïque) = psaume 21 (Vulgate). En latin, il commence par Deus, Deus meus, respice in me : quare me dereliquisti ? C'est le psaume de David que toute la Tradition lit comme la prophétie littérale de la Passion du Christ.
« Le Seigneur est mon berger » : psaume 22 ou psaume 23 ?
Beaucoup cherchent « psaume 22 » en pensant au « Le Seigneur est mon berger ». La confusion vient de la même double numérotation : dans la Vulgate et dans les livres liturgiques, le Dominus regit me — « Le Seigneur est mon pasteur » — porte le numéro 22 ; dans la numérotation hébraïque des bibles modernes, il porte le numéro 23. C'est pourquoi la traduction liturgique actuelle (AELF) affiche « Le Seigneur est mon berger » sous le numéro 22, tandis qu'une bible protestante comme la Louis Segond le place au 23.
Si c'est ce psaume du berger que vous cherchez — son texte complet, son chant et son sens —, nous lui consacrons un article propre : le psaume 23, « Le Seigneur est mon berger ». La présente page traite du psaume 22 de la numérotation hébraïque, le psaume de la Passion. Les Pères ont aimé ce voisinage dans le Psautier : après le psaume de la croix vient celui du pasteur qui conduit sa brebis vers les eaux du repos.
Le texte complet du psaume 22 (Bible de Fillion)
Nous donnons le texte dans la traduction du l'abbé Fillion**, la grande bible catholique française faite sur la Vulgate, qui suit la numérotation hébraïque (psaume 22, avec l'équivalence Vulgate 21).
Psaume 22 (Vulgate 21)
Au maître de chant. Sur « Biche de l'aurore ». Chant de David.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Je gémis, et le salut reste loin de moi !
Mon Dieu, je crie pendant le jour, et tu ne réponds pas ; la nuit, et je n'ai point de repos.
Pourtant tu es saint, tu habites au milieu des louanges d'Israël.
En toi se sont confiés nos pères ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés.
Ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés ; ils se sont confiés en toi, et ils n'ont pas été confondus.
Et moi, je suis un ver, et non un homme, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple.
Tous ceux qui me voient se moquent de moi ; ils ouvrent les lèvres, ils branlent la tête :
« Qu'il s'abandonne au Seigneur ! Qu'il le délivre, qu'il le sauve, puisqu'il l'aime ! »
Oui, c'est toi qui m'as tiré du sein maternel, qui m'as fait reposer avec confiance sur les mamelles de ma mère.
Dès ma naissance, je t'ai été abandonné ; depuis le sein de ma mère, c'est toi qui es mon Dieu.
Ne t'éloigne pas de moi, car l'angoisse est proche, car personne ne vient à mon secours.
Autour de moi sont de nombreux taureaux, les forts de Basan m'environnent.
Ils ouvrent contre moi leur gueule, comme un lion qui déchire et rugit.
Je suis comme de l'eau qui s'écoule, et tous mes os sont disjoints ; mon cœur est comme de la cire, il se fond dans mes entrailles.
Ma force s'est desséchée comme un tesson d'argile, et ma langue s'attache à mon palais ; tu me couches dans la poussière de la mort.
Car des chiens m'environnent, une troupe de scélérats rôde autour de moi ; ils ont percé mes mains et mes pieds.
Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils m'observent, ils me regardent ;
ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique.
Et toi, Seigneur, ne t'éloigne pas ! Toi qui es ma force, viens en hâte à mon secours !
Délivre mon âme de l'épée, ma vie du pouvoir du chien !
Sauve-moi de la gueule du lion, tire-moi des cornes du buffle !
Alors j'annoncerai ton nom à mes frères, au milieu de l'assemblée je te louerai :
« Vous qui craignez le Seigneur, louez-le ! Vous tous, postérité de Jacob, glorifiez-le ! Craignez-le, vous tous, postérité d'Israël ! »
Car il n'a pas méprisé, il n'a pas rejeté la souffrance de l'affligé, il n'a pas caché sa face devant lui, et quand l'affligé a crié vers lui, il a entendu.
Grâce à toi, mon hymne retentira dans la grande assemblée, j'acquitterai mes vœux en présence de ceux qui te craignent.
Les affligés mangeront et se rassasieront ; ceux qui cherchent le Seigneur le loueront. Que votre cœur revive à jamais !
Toutes les extrémités de la terre se souviendront et se tourneront vers le Seigneur, et toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face.
Car au Seigneur appartient l'empire, il domine sur les nations.
Les puissants de la terre mangeront et se prosterneront ; devant lui s'inclineront tous ceux qui descendent à la poussière, ceux qui ne peuvent prolonger leur vie.
La postérité le servira ; on parlera du Seigneur à la génération future.
Ils viendront et ils annonceront sa justice ; au peuple qui doit naître ils raconteront ce qu'il a fait.
Ceux qui cherchent les paroles du psaume 22 dans une version Louis Segond trouveront des variantes de traduction ; le texte de Fillion est la version catholique classique en notre langue, antérieure aux refontes contemporaines.
Le psaume du Christ en croix : le sens traditionnel
Ce psaume est celui que Notre-Seigneur a fait sien sur la croix. Les Évangiles rapportent qu'à la neuvième heure Jésus cria d'une voix forte : « Eli, Eli, lamma sabacthani ? », c'est-à-dire « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » (Matthieu 27, 46 ; Marc 15, 34). En prononçant le premier verset, le Christ, selon l'usage juif, assumait le psaume entier — et le psaume entier parle de lui.
Les correspondances sont littérales. Les passants qui branlent la tête (v. 8 ; Matthieu 27, 39) ; la moquerie « Il s'est confié en Dieu, qu'il le délivre » (v. 9 ; Matthieu 27, 43) ; les mains et les pieds percés (v. 17) ; les vêtements partagés et la tunique tirée au sort (v. 19), que saint Jean signale expressément comme l'accomplissement de l'Écriture (Jean 19, 23-24). Écrit environ mille ans avant la croix, ce psaume décrit la Passion avec la précision d'un témoin.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, enseigne que c'est le Christ lui-même qui y parle : la tête prend sur elle la voix de son corps, l'Église, et porte en elle le cri de tous les pécheurs. Le cri d'abandon n'est donc pas un désespoir : le psaume qui commence dans les ténèbres s'achève en action de grâces. À partir du verset 23 — « J'annoncerai ton nom à mes frères », que l'épître aux Hébreux (2, 12) met dans la bouche du Christ — le supplicié annonce la louange dans la grande assemblée et la conversion de toutes les nations. Les Pères y ont lu la Résurrection et la naissance de l'Église parmi les gentils : ce passage du cri à la gloire rejoint le chant du roi triomphant qu'est le psaume 21, l'action de grâces du Ressuscité couronné.
Le psaume 22 dans la liturgie traditionnelle
La liturgie romaine réserve ce psaume aux jours où elle contemple la Passion. Au dimanche des Rameaux, le Trait de la Messe — l'un des plus longs de l'année — est tiré tout entier du psaume 21 de la Vulgate : Deus, Deus meus, respice in me. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre l'Église plaçant ainsi sur les lèvres des fidèles, à l'entrée de la Semaine sainte, le propre cri du Rédempteur.
Au Vendredi saint, l'office des Ténèbres chante ce même psaume au premier nocturne, pendant que l'Église veille auprès de la croix. Dans le psautier du Bréviaire romain réparti par saint Pie X, le psaume 21 est en outre récité chaque semaine à Prime du vendredi, jour consacré à la Passion. Ceux qui veulent entendre le psaume 22 chanté le trouveront donc d'abord là : dans le chant grégorien du Trait des Rameaux et dans la psalmodie des Ténèbres.
Comment prier le psaume 22
La Tradition en fait le psaume des heures d'épreuve extrême, prié avec le Christ et dans le Christ.
- Dans la désolation. Quand la prière semble sans réponse — « je crie pendant le jour, et tu ne réponds pas » —, ce psaume apprend à tenir : le juste dit sa détresse entière à Dieu sans cesser de l'appeler « mon Dieu ». Il rejoint le psaume 13, autre cri de l'âme qui se croit oubliée de Dieu et refuse pourtant de désespérer, et les grands psaumes de supplication comme le psaume 51, le Miserere.
- En méditant la Passion. Récité devant un crucifix, verset par verset, il est un chemin de croix scripturaire.
- Le vendredi, et particulièrement le Vendredi saint, selon l'usage même de l'Église.
- Jusqu'au bout. Ne pas s'arrêter au verset du cri : la fin du psaume est l'action de grâces du Ressuscité. Le prier entier, c'est passer avec le Christ de la croix à la gloire.
Ce psaume s'insère dans la lecture suivie du Psautier, dont nous donnons le plan d'ensemble dans notre article sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Le psaume 22 est-il « Le Seigneur est mon berger » ?
Non, pas dans la numérotation hébraïque des bibles courantes : « Le Seigneur est mon berger » y est le psaume 23. C'est dans la numérotation de la Vulgate et des livres liturgiques que le psaume du berger porte le numéro 22. Le psaume 22 hébraïque est le psaume de la Passion.
Pourquoi le psaume 22 porte-t-il aussi le numéro 21 ?
Parce qu'il existe deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 21 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes dont la Fillion, le compte comme 22. C'est un seul et même texte, le Deus, Deus meus.
Qui a écrit le psaume 22 ?
Le titre du psaume l'attribue à David (« Chant de David », selon Fillion). C'est la lecture traditionnelle de l'Église : David, roi et prophète, y décrit sous l'inspiration du Saint-Esprit les souffrances du Messie, mille ans avant la croix.
Pourquoi Jésus a-t-il récité le psaume 22 sur la croix ?
En criant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » (Matthieu 27, 46), Notre-Seigneur désignait ce psaume comme la prophétie de sa Passion et montrait qu'elle s'accomplissait en lui. Saint Augustin enseigne qu'il portait alors la voix de tous les pécheurs, sans que la divinité l'ait quitté un seul instant.
Quand le psaume 22 est-il chanté dans la liturgie ?
Dans le rite romain traditionnel, il est chanté comme Trait à la Messe du dimanche des Rameaux, récité au premier nocturne des Ténèbres du Vendredi saint, et chaque vendredi à Prime dans le psautier du Bréviaire romain. Il est le psaume liturgique de la Passion.
Quelle traduction du psaume 22 lire ?
Pour un catholique, la traduction de l'abbé Fillion — donnée en entier plus haut — est la version française classique, traditionnelle et faite sur la Vulgate. La Louis Segond est une traduction protestante ; le texte du lectionnaire actuel suit la numérotation liturgique, où « psaume 22 » désigne le psaume du berger.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 22 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (Psaume 22 [Vulg. 21], 1-32). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 21. Accomplissement dans la Passion : Évangiles selon saint Matthieu 27, 35-46, saint Marc 15, 34, saint Jean 19, 23-24 ; Épître aux Hébreux 2, 12 (Fillion). Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 21. Usage liturgique : Missale Romanum (1962), Trait du dimanche des Rameaux ; Breviarium Romanum (1962), Ténèbres du Vendredi saint et Prime du vendredi. Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, La Passion et la Semaine sainte.