Les Psaumes
Psaume 80 : le Pasteur d'Israël et la vigne (texte intégral et sens)
Le Psaume 80 que vous cherchez est le Psaume 79 de la Vulgate, le grand psaume de l'Avent : Pasteur d'Israël, réveille ta force et viens. Texte intégral Fillion, sens traditionnel, usage liturgique.

Le Psaume 80 est le grand cri de supplication d'un peuple abandonné à ses ennemis : Pasteur d'Israël, réveille ta force, et viens à notre secours. Avant tout, un point de numérotation qu'il faut lever d'emblée : le psaume que vous cherchez sous le chiffre 80 est, dans la tradition liturgique de l'Église, le Psaume 79 de la Vulgate. C'est le même texte, celui d'Asaph, qui chante la vigne arrachée d'Égypte et le berger qui trône sur les Chérubins.
Psaume 80 ou Psaume 79 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes. La numérotation hébraïque, plus récente et retenue par la plupart des Bibles modernes, en fait le Psaume 80. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque — celle dont l'Église s'est servie plus de quinze siècles dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères — en fait le Psaume 79. L'écart d'une unité vient d'un regroupement de psaumes au début du Psautier.
Ainsi : Psaume 80 (hébreu) = Psaume 79 (Vulgate). On le désigne d'ailleurs souvent « Psaume 80 (Vulg. LXXIX) », donnant les deux comptes. C'est le même psaume, celui qui commence en latin par Qui regis Israel, intende.
Le texte intégral du Psaume 80 (Fillion)
Nous donnons le texte français dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, fidèle au texte latin dont l'Église s'est servie dans sa liturgie.
Psaume 80 (Vulg. LXXIX)
Pour la fin, pour ceux qui seront changés, témoignage d'Asaph, Psaume.
Vous qui conduisez Israël, prêtez l'oreille ; Vous qui menez Joseph comme une brebis. Vous qui êtes assis sur les chérubins, manifestez-Vous
devant Éphraïm, Benjamin et Manassé. Excitez Votre puissance, et venez pour nous sauver.
O Dieu, rétablissez-nous ; montrez Votre visage, et nous serons sauvés.
Seigneur, Dieu des armées, jusques à quand serez-Vous irrité contre la prière de Votre serviteur ?
Jusques à quand nous nourrirez-Vous d'un pain de larmes, et nous abreuverez-Vous de pleurs à pleine mesure ?
Vous avez fait de nous un sujet de dispute pour nos voisins, et nos ennemis se sont moqués de nous.
Dieu des armées, rétablissez-nous ; montrez-nous Votre visage, et nous serons sauvés.
Vous avez transporté Votre vigne de l'Égypte ; Vous avez chassé les nations, et Vous l'avez plantée.
Vous avez été un guide devant elle dans le chemin ; Vous avez planté ses racines, et elle a rempli la terre.
Son ombre a couvert les montagnes, et ses rameaux les cèdres de Dieu.
Elle a étendu ses branches jusqu'à la mer, et ses rejetons jusqu'au fleuve.
Pourquoi avez-Vous détruit sa clôture, de sorte que tous ceux qui passent dans le chemin la pillent ?
Le sanglier de la forêt l'a ravagée, et la bête sauvage l'a dévorée.
Dieu des armées, retournez-Vous ; regardez du haut du Ciel, et voyez, et visitez cette vigne,
et protégez celle que Votre droite a plantée, et le fils de l'homme que Vous avez établi pour Vous.
Elle a été brûlée par le feu, et arrachée ; devant Votre visage menaçant l'on va périr.
Étendez Votre main sur l'homme de Votre droite, et sur le fils de l'homme que Vous avez établi pour Vous.
Et nous ne nous éloignerons plus de Vous ; Vous nous rendrez la vie, et nous invoquerons Votre Nom.
Seigneur, Dieu des armées, rétablissez-nous, et montrez-nous Votre visage, et nous serons sauvés.
Le refrain et la structure du psaume
Le Psaume 80 est bâti sur un refrain qui revient trois fois, chaque fois plus pressant : Ô Dieu, rétablis-nous ; fais briller ta face, et nous serons sauvés — en latin Deus, converte nos, et ostende faciem tuam, et salvi erimus. Ce vers scande la prière comme un cœur qui bat : le peuple sait qu'il ne se sauvera pas lui-même, et que tout tient à la face de Dieu tournée de nouveau vers lui. « Convertis-nous » et « rétablis-nous » sont le même verbe : le salut commence par la conversion.
Entre les refrains, le psaume déploie deux images. D'abord le berger qui conduit son troupeau et trône sur les Chérubins ; puis la vigne tirée d'Égypte, plantée par la main de Dieu, qui a couvert les montagnes de son ombre, et que l'ennemi ravage maintenant que ses clôtures sont rompues. Le sanglier de la forêt, les passants, le feu : c'est le portrait d'un peuple dévasté qui n'a d'autre recours que le cri. L'image du Pasteur qui « conduit Joseph comme un troupeau » rejoint le Psaume 77, où Asaph rappelle le peuple mené « comme un troupeau, par la main de Moïse et d'Aaron ».
Le sens traditionnel : la vigne, le Fils de l'homme, le Christ
Les Pères ont lu ce psaume à la lumière du Nouveau Testament. La vigne arrachée d'Égypte, c'est le peuple de Dieu ; mais saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, voit dans le vers Que ta main soit sur l'homme de ta droite, sur le fils de l'homme que tu t'es choisi l'annonce du Christ, le vrai Fils de l'homme assis à la droite du Père. La vigne trouve son accomplissement en Celui qui dira : « Je suis la vraie vigne » (Jean, 15). Ce que le psaume demande — que Dieu regarde du haut du ciel et vienne visiter sa vigne — s'accomplit dans l'Incarnation, où Dieu descend planter de nouveau ce que le péché avait dévasté. On lira sur ce mystère notre article sur l'Incarnation et la Rédemption.
Le refrain prend alors tout son poids. « Fais briller ta face » : c'est la demande de la venue du Sauveur, la lumière du visage de Dieu levée sur les hommes assis dans les ténèbres. On retrouve la même leçon dans le Psaume 23, où le Seigneur est le berger qui conduit et protège son troupeau — l'autre versant, apaisé, du Pasteur d'Israël imploré ici.
L'usage liturgique : le psaume de l'Avent
Aucun psaume ne dit mieux l'Avent que celui-ci. Son premier vers, Qui regis Israel, intende — « Pasteur d'Israël, prête l'oreille » —, ouvre le grand répons par lequel l'Église, aux Matines du premier dimanche de l'Avent, appelle la venue du Sauveur. Et son cri central, réveille ta force, et viens à notre secours (en latin Excita potentiam tuam, et veni), est la source même de la collecte de l'Avent : Excita, quæsumus, Domine, potentiam tuam, et veni — « Réveille, Seigneur, ta puissance, et viens ». Tout le temps de l'attente respire dans ce verset.
Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre comment l'Église emprunte à ce psaume la voix de son désir pendant les quatre semaines qui précèdent Noël : le peuple sait sa vigne ravagée, il sait qu'il ne se relèvera pas seul, et il supplie le Pasteur de paraître. Prier le Psaume 80 pendant l'Avent, c'est s'unir à cette attente séculaire. Le psaume figure aussi dans la distribution ordinaire des Psaumes au fil de la semaine, que l'Église récite au Bréviaire selon le cycle de l'Office divin.
Quand et comment prier le Psaume 80
Ce psaume convient à toute heure où l'on se sent dévasté et sans défense — mais la tradition en fait d'abord une prière de désir et de conversion.
- Pendant l'Avent, comme prière d'attente du Sauveur, en reprenant le cri viens à notre secours.
- Dans l'épreuve, quand la vie ressemble à une vigne aux clôtures rompues : pour l'Église persécutée, pour une famille éprouvée, pour une âme assaillie. C'est la même détresse que porte le Psaume 83, le cri d'Asaph contre les nations liguées pour effacer le peuple de Dieu.
- Comme prière de conversion, en s'arrêtant sur le refrain rétablis-nous ; fais briller ta face : c'est demander à Dieu de revenir vers nous et de nous ramener à lui.
Priez-le sans hâte, en laissant le refrain revenir. Terminez, selon l'usage de l'Église, par le Gloria Patri. On pourra lire enfin notre article sur saint Augustin, le plus grand des commentateurs du Psautier, dont l'Enarratio sur ce psaume demeure la lecture de référence.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 80 est-il aussi appelé Psaume 79 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — dont l'Église s'est servie plus de quinze siècles — le comptent comme Psaume 79. La numérotation hébraïque, plus récente, le compte comme Psaume 80. C'est le même texte, le Qui regis Israel.
Qui a écrit le Psaume 80 ?
Le titre du psaume l'attribue à Asaph, le maître de chant établi par David pour le service du Temple. C'est la lecture traditionnelle de l'Église. Comme pour toute l'Écriture, l'auteur humain n'est que l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint.
Que signifie la vigne du Psaume 80 ?
La vigne arrachée d'Égypte et plantée par Dieu représente le peuple d'Israël, et par accomplissement l'Église. Les Pères y ont vu l'annonce du Christ, la vraie vigne, et le « Fils de l'homme » assis à la droite du Père que le psaume nomme au dernier tiers.
Pourquoi le Psaume 80 est-il le psaume de l'Avent ?
Parce que son cri réveille ta force, et viens à notre secours (Excita potentiam tuam, et veni) est la voix même de l'attente du Sauveur. L'Église le chante au premier dimanche de l'Avent et en tire la collecte Excita, quæsumus, Domine, potentiam tuam, et veni.
Quel est le verset le plus connu du Psaume 80 ?
C'est le refrain : Ô Dieu, rétablis-nous ; fais briller ta face, et nous serons sauvés — Deus, converte nos, et ostende faciem tuam, et salvi erimus. Il revient trois fois et résume tout le psaume : le salut vient de la face de Dieu tournée de nouveau vers nous.
Quand faut-il prier le Psaume 80 ?
Pendant l'Avent comme prière d'attente, dans l'épreuve quand on se sent sans défense, et comme prière de conversion. Reprenez le refrain lentement et achevez par le Gloria Patri.
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Sources. Texte français du Psaume 80 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 79). Texte latin et refrain Deus, converte nos : Vulgate Clémentine, Psalmus LXXIX. Sens traditionnel de la vigne et du Fils de l'homme : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. LXXIX. Usage liturgique de l'Avent (Qui regis Israel, collecte Excita potentiam tuam) : Breviarium Romanum, Matines du premier dimanche de l'Avent ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique, tome de l'Avent.