Les Psaumes
Psaume 140 : texte complet et prière de protection (psaume 139 de la Vulgate)
Le psaume 140 est la prière de David pour être délivré de l'homme méchant et des hommes de violence — le psaume 139 de la Vulgate, « Eripe me, Domine ». Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895) et en latin, sens traditionnel et place dans la liturgie de 1962.

Le psaume 140 est la prière de David traqué qui demande à Dieu d'être délivré de l'homme méchant et des hommes de violence — de ceux qui aiguisent leur langue comme le serpent et lui tendent des pièges le long de son sentier. Dans la numérotation traditionnelle de l'Église, il porte le numéro 139 et commence en latin Eripe me, Domine, ab homine malo. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son latin, son sens traditionnel et sa place dans la liturgie.
Psaume 140 ou psaume 139 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 140 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 139. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, et la différence vient du découpage de deux psaumes au début du Psautier, là où la Vulgate réunit en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — et déjà par le abbé Fillion dans sa traduction catholique —, compte un psaume de plus à partir du psaume 10. Donc : psaume 140 (numérotation hébraïque) = psaume 139 (Vulgate). C'est le même psaume. Ce qui vaut ici vaut pour l'ensemble des psaumes du Psautier.
Le texte complet du psaume 140 (traduction Fillion)
Voici le psaume dans la traduction de l'abbé Fillion (La Sainte Bible, 1895), faite sur la Vulgate latine, la bible catholique française classique et traditionnelle.
Psaume 140 (139 de la Vulgate)
Pour la fin, psaume de David.
Délivrez-moi Seigneur, de l'homme méchant ; délivrez-moi de l'homme injuste.
Ils méditent l'iniquité dans leur cœur ; tous les jours ils entreprennent des combats.
Ils ont aiguisé leur langue comme celle du serpent ; le venin des aspics est sous leurs lèvres.
Seigneur, préservez-moi de la main du pécheur, et délivrez-moi des hommes injustes, qui ne pensent qu'à me renverser.
Les superbes m'ont dressé des pièges en secret, et ils ont tendu des filets pour me prendre ; près du chemin ils ont mis de quoi me faire tomber.
J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu ; exaucez, Seigneur, la voix de ma supplication.
Seigneur, Seigneur, qui êtes la force de mon salut, Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat.
Seigneur, ne me livrez pas au pécheur contre mon désir ; ils ont formé des desseins contre moi ; ne m'abandonnez pas, de peur qu'ils ne s'en glorifient.
Sur la tête de ceux qui m'environnent retombera l'iniquité de leurs lèvres.
Des charbons ardents tomberont sur eux ; Vous les précipiterez dans le feu ; ils ne pouront subsister dans leurs misères.
L'homme qui se laisse emporter par sa langue ne prospérera point sur la terre ; les maux accableront l'homme injuste, de manière à le perdre.
Je sais que le Seigneur fera justice à l'indigent, et qu'Il vengera les pauvres.
Mais les justes célébreront Votre Nom, et les hommes droits habiteront devant Votre visage.
Le psaume 140 en latin (Vulgate) — Eripe me, Domine
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante depuis des siècles :
Psalmus 139
In finem. Psalmus David.
Eripe me, Domine, ab homine malo ; a viro iniquo eripe me.
Qui cogitavérunt iniquitátes in corde, tota die constituébant prǽlia.
Acuérunt linguas suas sicut serpéntis ; venénum áspidum sub lábiis eórum.
Custódi me, Dómine, de manu peccatóris, et ab homínibus iníquis éripe me. Qui cogitavérunt supplantáre gressus meos :
abscondérunt supérbi láqueum mihi. Et funes extendérunt in láqueum ; juxta iter scándalum posuérunt mihi.
Dixi Dómino : Deus meus es tu ; exáudi, Dómine, vocem deprecatiónis meæ.
Dómine, Dómine, virtus salútis meæ, obumbrásti super caput meum in die belli.
Ne tradas me, Dómine, a desidério meo peccatóri : cogitavérunt contra me ; ne derelínquas me, ne forte exalténtur.
Caput circúitus eórum : labor labiórum ipsórum opériet eos.
Cadent super eos carbónes, in ignem dejícies eos : in misériis non subsístent.
Vir linguósus non dirigétur in terra : virum injústum mala cápient in intéritu.
Cognóvi quia fáciet Dóminus judícium ínopis, et vindíctam páuperum.
Verúmtamen justi confitebúntur nómini tuo, et habitábunt recti cum vultu tuo.
Le psaume 140 pour se protéger des méchants
C'est l'usage le plus cherché de ce psaume, et il est juste : le psaume 140 est une prière pour être protégé des méchants. David ne se plaint pas d'un malheur abstrait, mais d'hommes qui lui veulent du mal — la langue affilée « comme le serpent », le « venin de l'aspic » sous les lèvres, le piège tendu et les filets placés le long du chemin. Contre cela, il ne prend pas les armes des méchants ; il se tourne vers Dieu : « Seigneur, préservez-moi de la main du pécheur. »
Le fidèle qui subit la calomnie, l'intrigue, l'hostilité injuste des hommes trouve dans ce psaume les mots exacts de sa détresse et le remède qu'elle appelle. La confiance est déjà donnée au verset central : « Seigneur, Seigneur, qui êtes la force de mon salut, Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat. » L'homme attaqué n'est pas seul ; Dieu fait rempart au-dessus de sa tête. Et le psaume s'achève sur une certitude, non sur la peur : « Je sais que le Seigneur fera justice à l'indigent, et qu'Il vengera les pauvres. » Prier ce psaume, ce n'est pas jeter un sort contre un ennemi, c'est remettre sa cause entre les mains du seul Juge qui ne se trompe pas — comme le fait aussi le psaume 35, la prière de celui qui confie à Dieu son procès. Pour la protection au sens le plus large, on le rapprochera du grand psaume 91, le Qui habitat, et de la prière de protection de l'Église.
Le sens traditionnel : la prière du persécuté
Les Pères ont lu ce psaume à deux niveaux. Au premier, c'est la voix de David poursuivi par ses ennemis — Saül, puis les hommes de sa propre maison. C'est la même voix que celle du psaume 142, le Voce mea ad Dominum clamavi, où David traqué crie du fond de la caverne. Au second, c'est la voix du Christ persécuté et, en lui, de toute l'Église en butte à la haine du monde. Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans « l'homme méchant » et « l'homme de violence » non pas un seul adversaire mais le type de l'ennemi qui, depuis le commencement, dresse ses pièges contre les fidèles ; et il rappelle que la vraie délivrance demandée n'est pas d'abord d'échapper aux hommes, mais d'échapper au mal lui-même.
Les versets qui appellent le feu et les charbons ardents sur les méchants ont pu troubler. La tradition les lit non comme une vengeance personnelle, mais comme le désir que le mal soit détruit — que « l'iniquité de leurs lèvres » retombe sur ceux qui l'ont proférée, et que Dieu, et non l'homme offensé, rende justice. C'est le sens du dernier mot du psaume : que les justes habitent enfin « devant ta face ». L'âme qui prie ces lignes ne réclame pas son dû ; elle demande que triomphe la justice de Dieu, et renonce à se faire justice elle-même.
Le psaume 140 dans la liturgie de 1962
Ce psaume tient une place fixe dans la prière quotidienne de l'Église.
- Au Bréviaire romain. Dans le psautier férial en vigueur en 1962, le psaume 139 (Vulgate) se dit aux Vêpres du vendredi. Le vendredi, jour de la Passion, l'Église fait sienne la plainte de l'innocent livré aux mains des méchants : le psaume de David persécuté devient la prière du Christ souffrant et de son Corps. À la même heure voisine le psaume 139 (psaume 138 de la Vulgate), le chant de la science divine sous le regard de Dieu, que l'Église chante aussi aux Vêpres du vendredi.
- Un psaume davidique de confiance. À la différence du psaume 143, il ne fait pas partie des sept psaumes de la pénitence ; c'est une supplication de délivrance, proche par le ton et par l'heure du soir de son voisin immédiat, le psaume 141, Domine, clamavi ad te, l'encens du sacrifice vespéral.
Comment et quand prier le psaume 140
Ce psaume est la prière de l'homme entouré d'hostilité qui refuse de rendre le mal pour le mal. La tradition en indique les moments propres.
- Le soir. C'est son heure liturgique, aux Vêpres du vendredi. Le prier au terme du jour, en remettant à Dieu les blessures reçues et les hommes qui les ont faites.
- Dans la calomnie et l'injustice. Quand la « langue » des méchants attaque, quand on est pris dans un piège d'intrigues, ce psaume met des mots sur l'épreuve sans la laisser tourner en haine : il demande la protection, non la revanche.
- Pour tenir « au jour du combat ». Le verset « Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat » se retient comme une brève oraison jaculatoire dans les tentations et les épreuves de front.
Le prier lentement, verset par verset. Retenir au moins le premier mot latin, Éripe me, Dómine, ab hómine malo : c'est par lui que l'Église supplie depuis toujours d'être arrachée au pouvoir du mal. Le terminer, comme le fait l'Église, par le Glória Patri.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 140 est-il aussi appelé psaume 139 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 139 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, comme psaume 140. C'est le même psaume, qui commence par Eripe me, Domine, ab homine malo.
Le psaume 140 est-il une prière de protection contre les méchants ?
Oui. Du premier au dernier verset, c'est la supplication de l'homme menacé qui demande à Dieu d'être délivré de l'homme méchant, des hommes de violence et de leurs pièges. La tradition l'a toujours prié comme une prière de protection — non une formule magique, mais un acte de confiance qui remet sa cause au seul Juge.
Le psaume 140 de la version Louis Segond est-il le même texte ?
C'est le même psaume, dans une traduction protestante du XIXe siècle. Pour un catholique, la version de référence en français est ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate et approuvée, dont nous donnons le texte intégral ; la référence canonique demeure la Vulgate latine, où il est le psaume 139.
Qui a écrit le psaume 140 ?
Le titre l'attribue à David : « Au maître de chant. Psaume de David. » La tradition y lit la prière de David poursuivi par ses ennemis. Comme pour tout le Psautier, l'auteur premier est l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifient les charbons ardents et le feu du psaume 140 ?
Ce sont des images de la justice de Dieu contre le mal. La tradition ne les lit pas comme une vengeance personnelle, mais comme le désir que l'iniquité soit détruite et que Dieu — et non l'homme offensé — fasse droit au pauvre. Le psaume s'achève d'ailleurs sur la paix des justes « devant ta face », non sur la haine.
Quand l'Église prie-t-elle le psaume 140 ?
Aux Vêpres du vendredi, dans le psautier férial du Bréviaire romain de 1962. Le vendredi, jour de la Passion, la plainte de l'innocent livré aux méchants devient la prière du Christ souffrant et de son Église.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la traduction de l'abbé Fillion et en latin, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Texte français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé L.-C. Fillion (1895), sur la Vulgate, Psaume 139 (hébr. 140). Texte latin : Vulgate Sixto-Clémentine, Psalmus 139. Commentaire patristique : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 139. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier férial, Vêpres du vendredi).