Les Psaumes
Psaume 57 : texte complet, sens et prière (psaume 56 de la Vulgate)
Le psaume 57, Aie pitié de moi, ô Dieu, est la prière de David réfugié dans la caverne pour fuir Saül : psaume 56 dans la Vulgate, prié à l'office de Sexte. Texte complet dans la Bible de Fillion, son sens chez les Pères et la manière de le prier.

Le psaume 57 est la prière de David réfugié dans la caverne pour échapper à Saül : "Aie pitié de moi, ô Dieu, aie pitié de moi, car en toi mon âme cherche un refuge ; je m'abriterai à l'ombre de tes ailes" (Ps 57, 2, Fillion). Du fond de la détresse, ce cri s'élève jusqu'à un chant d'action de grâces — "Mon cœur est affermi, ô Dieu, mon cœur est affermi ; je chanterai." Dans la tradition catholique il porte le numéro 56 de la Vulgate, et l'Église le prie à l'office de Sexte. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son sens selon les Pères, et la manière de le prier.
Psaume 57 ou psaume 56 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant "psaume 57" est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme —, le psaume 56. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate, héritée de la Septante grecque, est celle que l'Église catholique a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, dans son bréviaire et dans les commentaires des Pères. À partir du psaume 9, elle réunit en un seul deux psaumes du début du psautier, si bien qu'elle compte un numéro de retard sur la Bible hébraïque. L'hymne de David "Miserére mei, Deus, miserére mei" y est donc le 56. La numérotation hébraïque, adoptée par la plupart des bibles modernes, le compte comme 57. Ce double « Miserere mei » fait écho au psaume 56, qui l'ouvre déjà — « Miserere mei, Deus, quoniam conculcavit me homo » —, autre prière de David poursuivi.
Ainsi : psaume 57 (numérotation hébraïque) = psaume 56 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, le même cri de David. Nous suivons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, qui porte le numéro 56 et rappelle l'équivalence avec la numérotation hébraïque 57. Cette question de chiffres se retrouve dans la plupart des psaumes, et l'Église n'y a jamais vu qu'une différence de comptage, non de texte inspiré.
Le texte complet du psaume 57 (traduction Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine, la version latine de saint Jérôme reçue par l'Église :
Psaume 57 (Vulgate 56)
1 n'exterminez pas ; de David, inscription du titre, lorsqu'il s'enfuit de devant Saül dans une caverne.
2 Ayez pitié de moi, ô Dieu, ayez pitié de moi, car mon âme a confiance en Vous. Et j'espérerai à l'ombre de Vos ailes, jusqu'à ce que l'iniquité ait passé.
3 Je crierai vers le Dieu très haut, le Dieu qui m'a fait du bien.
4 Il a envoyé du Ciel Son secours, et Il m'a délivré ; Il a couvert d'opprobre ceux qui me foulaient aux pieds. Dieu a envoyé Sa miséricorde et Sa vérité,
5 et Il a arraché mon âme du milieu des petits des lions ; j'ai dormi plein de trouble. Les enfants des hommes ont pour dents des armes et des flèches, et leur langue est un glaive acéré.
6 Soyez exalté au-dessus des cieux, ô Dieu, et que votre gloire brille par toute la terre.
7 Ils ont préparé un filet pour mes pieds, et ils ont courbé mon âme. Ils ont creusé une fosse devant moi, et ils y sont eux-mêmes tombés.
8 Mon cœur est préparé, ô Dieu, mon cœur est préparé ; je chanterai, et je psalmodierai.
9 Levez-vous, ma gloire ; levez-vous, mon luth et ma harpe ; je me lèverai dès l'aurore.
10 Je Vous célébrerai, Seigneur, au milieu des peuples, et je Vous chanterai parmi les nations ;
11 car Votre miséricorde s'est élevé jusqu'aux cieux, et Votre vérité jusqu'aux nues.
12 Soyez exalté, ô Dieu, au-dessus des cieux, et que Votre gloire brille par toute la terre.
Le titre attribue le psaume à David et le rattache à un épisode précis de sa vie : la fuite dans la caverne. Traqué par le roi Saül, David se cacha dans une grotte du désert, où il eut la vie du roi entre les mains et refusa d'y toucher (1 Samuel 24). Une autre nuit de cette même persécution de Saül — le roi faisant garder sa maison pour le mettre à mort — donnera le psaume 59. Le titre du psaume porte d'ailleurs l'indication mélodique « Ne détruis pas », qu'il partage avec le psaume 58, le chant du Dieu qui juge la terre. C'est de ce refuge de pierre, "au milieu des lions", que monte la prière. Elle prolonge la confiance du roi David fuyant déjà ses ennemis : cerné par les hommes, le juste ne s'appuie que sur Dieu.
Psaume 57 : signification et sens traditionnel
La signification du psaume 57 tient dans son mouvement. Il s'ouvre sur un double cri de détresse — "aie pitié de moi, aie pitié de moi" — et s'achève sur un double chant d'assurance — "mon cœur est affermi, mon cœur est affermi". Entre les deux, rien n'a changé au-dehors : les lions rôdent encore, le piège est toujours tendu. Ce qui a changé, c'est le regard. La foi voit le secours avant qu'il n'arrive, et le persécuté se met à chanter dans la caverne.
Deux images portent tout le psaume. La première est l'ombre des ailes : "je m'abriterai à l'ombre de tes ailes, jusqu'à ce que la calamité soit passée". C'est le geste de l'oiseau qui couvre ses petits, l'une des figures les plus tendres de la protection divine dans l'Écriture, celle-là même que reprend le grand psaume 91 : "il te couvrira de ses ailes". Le fidèle traqué ne demande pas d'abord d'échapper, mais de se tenir sous cette aile jusqu'à ce que passe l'orage.
La seconde est le refrain répété au verset 6 et au verset 12 : "Élève-toi au-dessus des cieux, ô Dieu" — en latin Exaltáre super cælos, Deus. La tradition y a lu bien plus qu'un souhait de gloire. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans ce psaume la voix du Christ : la caverne devient le tombeau, les lions les persécuteurs de la Passion, et le cri "élève-toi au-dessus des cieux" annonce l'Ascension du Sauveur, monté au ciel après avoir été abaissé jusqu'à la mort. Le verset 9 — "Éveille-toi, ma gloire... que j'éveille l'aurore" (en latin exsúrgam dilúculo, "je me lèverai à l'aurore") — a été lu de tout temps comme la voix du Christ ressuscitant au point du jour. Ce que David chante dans sa grotte, l'Église le rapporte à la Pâque : l'abaissement, puis la gloire de l'Ascension. Le psaume du roi persécuté devient ainsi la prière du Christ dans son tombeau, et la nôtre en Lui.
Le psaume 57 à l'office de Sexte
Il est un lieu où l'Église prie ce psaume chaque semaine : l'office de Sexte, la petite heure de midi, récitée au plus fort du jour et du labeur. Dans le bréviaire romain, le psaume 56 — "Miserére mei, Deus" — est chanté à Sexte du mercredi, avec les psaumes 55 et 57, sous l'antienne "In Deo sperávi, non timébo quid fáciat mihi homo" : "En Dieu j'ai espéré, je ne craindrai pas ce que l'homme peut me faire." Le psautier réformé par saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, le maintient à cette place.
Le choix est éclairant. Midi est l'heure où la fatigue et les contrariétés pèsent, où l'ennemi se fait pressant. Quoi de plus juste, au milieu du combat, que de prier avec David : "aie pitié de moi, car en toi mon âme cherche un refuge" ? Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, rappelle que les petites heures sanctifient le cours du jour et unissent le fidèle à la prière perpétuelle de l'Église ; Sexte est cette halte de confiance au cœur des heures laborieuses. Celui qui découvre ici ce psaume en trouvera la place exacte dans le bréviaire, parmi les prières que l'Église élève à chaque heure du jour.
Psaume 57 dans la Bible Louis Segond
La Bible protestante de Louis Segond suit la numérotation hébraïque : elle range donc ce psaume sous le numéro 57, comme les bibles modernes. Le texte demeure le même hymne de David — "Aie pitié de moi, ô Dieu" —, seule change la traduction. Pour la prière et l'étude selon la tradition, nous nous en tenons à la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine de saint Jérôme et reçue dans l'Église : c'est le texte que nous avons donné plus haut. Que l'on cherche "psaume 57 Louis Segond" ou psaume 56 de la Vulgate, il s'agit du même psaume ; la numérotation et la version diffèrent, non la parole inspirée.
Comment et quand prier le psaume 57
La tradition en suggère des usages précis :
- À midi, au milieu des épreuves du jour. C'est son lieu liturgique propre, à Sexte. On se remet sous "l'ombre des ailes" de Dieu quand la journée devient lourde.
- Dans la persécution et la calomnie. Comme David traqué par Saül, celui qui subit l'injustice des hommes se réfugie en Dieu plutôt que de se venger, et laisse ses ennemis tomber dans la fosse qu'ils ont creusée.
- En temps de peur ou de danger. Le psaume conduit du cri à la paix : "Mon cœur est affermi, ô Dieu, mon cœur est affermi." On le prie comme une prière de protection contre l'ennemi de l'âme.
- Au moins le premier verset par cœur. "Aie pitié de moi, ô Dieu, car en toi mon âme cherche un refuge" — une phrase suffit pour tout remettre à Dieu.
On le conclut, comme tout psaume dans l'usage de l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière du chrétien s'appuie sur la confiance en la bonté de Dieu, qui écoute ceux qui l'invoquent ; le psaume 57 est cette doctrine faite chant, jusque dans la caverne.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 57 est-il aussi appelé psaume 56 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 56. La numérotation hébraïque, reprise par les bibles modernes, le compte comme 57. C'est le même psaume de David, "Miserere mei Deus".
Que signifie le psaume 57 ?
C'est la prière d'un homme traqué qui se réfugie en Dieu. David, caché dans la caverne pour fuir Saül, demande pitié et s'abrite "à l'ombre des ailes" de Dieu, puis passe de la détresse au chant : "Mon cœur est affermi." Les Pères y ont lu la voix du Christ dans sa Passion et son Ascension.
Qui a écrit le psaume 57 ?
Son titre l'attribue à David : "Hymne de David, lorsque, poursuivi par Saül, il se réfugia dans la caverne" (cf. 1 Samuel 24). La tradition le lit comme la prière du roi persécuté. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur principal le Saint-Esprit, qui inspira l'auteur humain.
À quel office l'Église prie-t-elle le psaume 57 ?
Le psaume 56 de la Vulgate est chanté à l'office de Sexte, la petite heure de midi, le mercredi, avec les psaumes 55 et 57. Le bréviaire romain le fait dire sous l'antienne "In Deo speravi", et le psautier de saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, le maintient à cette place.
Le psaume 57 de la Louis Segond est-il le même que le psaume 56 catholique ?
Oui. La Bible Louis Segond suit la numérotation hébraïque (57), la Vulgate et la liturgie catholique suivent l'ancienne numérotation (56) : c'est le même psaume, "Aie pitié de moi, ô Dieu". Seules la numérotation et la traduction changent.
Que signifie "à l'ombre de tes ailes" ?
C'est l'image de l'oiseau qui abrite ses petits sous son aile. Elle dit la protection de Dieu, sûre et proche, sous laquelle le fidèle se met jusqu'à ce que passe le danger. La même figure revient dans le psaume 91, l'un des grands psaumes de protection de l'Écriture.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier l'office chaque jour. Télécharger ici.
Sources. Psaume 57 (Vulgate 56) : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 56 (hébreu 57), versets 1-12. Texte latin : Vulgate, Psalmus 56 (Miserére mei, Deus, miserére mei). Épisode de la caverne : 1 Samuel 24 (Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum, office de Sexte du mercredi (psautier de saint Pie X, édition 1962), antienne In Deo sperávi ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique. Lecture patristique : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 56. Doctrine sur la prière : Catéchisme du concile de Trente, partie IV (De la prière).