Les Psaumes
Psaume 90 : la prière de Moïse (Psaume 89 de la Vulgate)
Le psaume 90 est la prière de Moïse, homme de Dieu : devant l'éternité de Dieu, l'homme apprend à compter ses jours. Texte complet en français (Fillion, 1895) et en latin, sens traditionnel, usage au bréviaire de 1962 — et le lien avec le psaume 91.

Le psaume 90 est la prière de Moïse, homme de Dieu : le seul psaume du Psautier attribué à Moïse, où l'homme mortel se tient devant le Dieu éternel et lui demande d'apprendre à compter ses jours. Nous en donnons le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec son sens traditionnel et sa place dans l'Office divin. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci, car sous le chiffre « 90 » se cachent deux psaumes différents.
Psaume 90 ou psaume 91 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes, et le chiffre 90 est précisément l'un des endroits où elles se croisent.
Dans la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes (Fillion, Segond), le psaume 90 est la prière de Moïse : « Seigneur, tu as été pour nous un refuge d'âge en âge. » C'est le psaume que nous donnons ici. Dans la numérotation de la Vulgate latine et de la Septante — celle de la liturgie et du bréviaire de l'Église —, ce même psaume porte le numéro 89, Domine, refugium factus es nobis.
Mais dans cette numérotation de la Vulgate, reprise par la traduction liturgique moderne (AELF), le « psaume 90 » désigne un autre psaume : le Qui habitat, la grande prière de protection, dont le refrain liturgique est « Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve ». Ce psaume-là est, en numérotation hébraïque, le psaume 91 — nous lui consacrons un article entier : le psaume 91, la prière de protection. En résumé :
- Psaume 90 (hébreu) = psaume 89 (Vulgate) : la prière de Moïse, « Seigneur, tu as été pour nous un refuge » — le présent article.
- Psaume 91 (hébreu) = psaume 90 (Vulgate) : le Qui habitat, « celui qui s'abrite sous la protection du Très-Haut » — voir notre article sur le psaume 91.
Les deux psaumes se suivent dans le Psautier et se répondent : le premier confesse la fragilité de l'homme devant Dieu, le second chante la sécurité de celui qui s'est réfugié en lui.
Le texte complet du psaume 90 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine — l'une des grandes bibles catholiques françaises accompagnées d'un commentaire. Le psaume y montre l'homme mortel et malheureux devant le Dieu éternel.
Psaume 90 (Vulgate : 89)
Prière de Moïse, homme de Dieu. Seigneur, Vous avez été pour nous un refuge, de génération en génération.
Avant que les montagnes eussent été faites, ou que la terre et le monde eussent été formés, Vous êtes Dieu de toute éternité, et dans tous les siècles.
Ne réduisez pas l'homme à l'abaissement, Vous qui avez dit : Revenez, enfants des hommes.
Car mille ans sont à Vos yeux comme le jour d'hier qui n'est plus, et comme une veille de la nuit ;
on les compte pour rien ; tel est le cas que l'on fait de leurs années.
Comme l'herbe, il passe en un matin ; le matin elle fleurit, et elle passe ; le soir elle tombe, se durcit et se dessèche.
Car nous sommes consumés par Votre colère, et nous avons été troublés par Votre fureur.
Vous avez mis nos iniquités en Votre présence, et notre vie à la lumière de Votre visage.
C'est pourquoi tous nos jours se sont évanouis, et nous avons été consumés par Votre colère. Nos années se passent en de vains soucis, comme pour l'araignée.
Les jours de nos années sont en tout de soixante-dix ans ; pour les plus forts, de quatre-vingts ans. Le surplus n'est que peine et que douleur ; car alors survient la faiblesse, et nous sommes affligés.
Qui connaît la puissance de Votre colère, et qui comprend combien Votre colère est redoutable ?
Apprenez-nous à reconnaître Votre droite, et instruisez notre cœur dans la sagesse.
Revenez, Seigneur ; jusques à quand nous rejetterez-Vous ? Laissez-Vous fléchir en faveur de Vos serviteurs.
Nous avons été comblés, dès le matin, de Votre miséricorde ; nous avons tressailli d'allégresse et de bonheur tous les jours de notre vie.
Nous nous sommes réjouis à proportion des jours où Vous nous avez humiliés, et des années où nous avons vu le malheur.
Jetez un regard sur Vos serviteurs et sur Vos œuvres, et guidez leurs enfants.
Que la lumière du Seigneur notre Dieu brille sur nous ; dirigez d'en haut les ouvrages de nos mains ; oui, dirigez l'œuvre de nos mains.
Le Domine, refugium en latin
Et le même psaume dans le psautier de la Vulgate, tel que l'Église le chante au bréviaire :
Psalmus 89
Dómine, refúgium factus es nobis : a generatióne in generatiónem.
Priúsquam montes fíerent, aut formarétur terra et orbis : a sǽculo et usque in sǽculum tu es, Deus.
Ne avértas hóminem in humilitátem : et dixísti : Convertímini, fílii hóminum.
Quóniam mille anni ante óculos tuos, tamquam dies hestérna, quæ prætériit,
et custódia in nocte, quæ pro níhilo habéntur, eórum anni erunt.
Mane sicut herba tránseat, mane flóreat, et tránseat : véspere décidat, indúret et aréscat.
Quia defécimus in ira tua, et in furóre tuo turbáti sumus.
Posuísti iniquitátes nostras in conspéctu tuo : sǽculum nostrum in illuminatióne vultus tui.
Quóniam omnes dies nostri defecérunt : et in ira tua defécimus.
Anni nostri sicut aránea meditabúntur : dies annórum nostrórum in ipsis, septuagínta anni.
Si autem in potentátibus, octogínta anni : et ámplius eórum, labor et dolor.
Quóniam supervénit mansuetúdo : et corripiémur.
Quis novit potestátem iræ tuæ : et præ timóre tuo iram tuam dinumeráre ?
Déxteram tuam sic notam fac : et erudítos corde in sapiéntia.
Convértere, Dómine, úsquequo ? et deprecábilis esto super servos tuos.
Repléti sumus mane misericórdia tua : et exsultávimus, et delectáti sumus ómnibus diébus nostris.
Lætáti sumus pro diébus, quibus nos humiliásti : annis, quibus vídimus mala.
Réspice in servos tuos, et in ópera tua : et dírige fílios eórum.
Et sit splendor Dómini, Dei nostri, super nos, et ópera mánuum nostrárum dírige super nos : et opus mánuum nostrárum dírige.
Le sens du psaume : l'éternité de Dieu, la brièveté de l'homme
Le psaume 90 met face à face deux mesures du temps. D'un côté Dieu, qui est « de l'éternité à l'éternité » ; de l'autre l'homme, herbe du matin que le soir dessèche, dont les jours « s'élèvent à soixante-dix ans, et dans leur pleine mesure à quatre-vingts ans ». Entre les deux, une seule sécurité : « Seigneur, tu as été pour nous un refuge d'âge en âge. » La même image de l'herbe qui fleurit le matin et se fane le soir revient dans le Psaume 92, le cantique du sabbat, où les méchants croissent comme l'herbe pour être exterminés, tandis que le juste demeure planté dans la maison de Dieu.
L'inscription du psaume l'attribue à Moïse, homme de Dieu — le seul du Psautier à porter ce titre. La tradition y entend la voix du conducteur d'Israël au désert, qui vit toute une génération mourir avant l'entrée en Terre promise et mesura ce que pèsent les jours de l'homme devant Dieu. Saint Pierre reprend le verset central du psaume pour enseigner la patience de Dieu : « un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour » (2 Pierre 3, 8). La lenteur apparente de Dieu n'est pas de l'oubli ; c'est l'éternité qui regarde le temps.
Ce psaume est ainsi la source scripturaire la plus pure du memento mori chrétien : se souvenir de la mort non pour désespérer, mais pour devenir sage. Il nourrit la même prière que les grands psaumes de pénitence, comme le psaume 50, le Miserere. Il touche aussi à la nuit du Psaume 88, la plainte la plus sombre du Psautier, où l'homme se voit déjà compté parmi les morts sous le poids de la colère de Dieu. Le même Psautier connaît des accents plus rudes devant l'injustice, comme le psaume 109, le psaume de Judas, où le juste trahi remet à Dieu le jugement de ses persécuteurs.
Psaume 90, 12 : « Enseigne-nous à bien compter nos jours »
Le verset 12 est le plus cité du psaume : « Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous acquérions un cœur sage » (Ps 90, 12, Fillion). Compter ses jours, ce n'est pas les additionner ; c'est les peser — savoir qu'ils sont comptés, et en tirer la seule conséquence raisonnable : vivre chaque jour pour Dieu. Le latin de la Vulgate porte ici erudítos corde in sapiéntia — des cœurs instruits dans la sagesse ; les deux leçons disent la même école, dont Dieu est le maître. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne dans le même sens que l'homme a été créé pour connaître, aimer et servir Dieu, et par ce moyen obtenir la vie éternelle : compter ses jours, c'est les ordonner à cette fin. Le Psaume 89 fait monter la même plainte devant la fragilité de l'homme — « Rappelle-toi la brièveté de ma vie... Quel est le vivant qui ne verra pas la mort ? » — que ce psaume change en prière de sagesse.
Le psaume 90 dans la liturgie : les laudes du jeudi
Dans le bréviaire romain traditionnel — le psautier de saint Pie X, conservé dans le bréviaire de 1962 —, le psaume 89 de la Vulgate (notre psaume 90) est chanté aux laudes du jeudi, l'office du matin. La place est parlante : au lever du jour, l'Église met sur les lèvres du fidèle « Rassasie-nous le matin de ta bonté » — le psaume de la brièveté des jours devient prière du matin, pour que la journée qui commence soit comptée pour Dieu.
Cet usage est plus ancien encore : la règle de saint Benoît (chapitre 13) assignait déjà ce psaume aux laudes du jeudi dans l'office monastique, dès le VIe siècle. Ceux qui veulent suivre l'office traditionnel jour par jour peuvent recourir au site Divinum Officium, qui donne le bréviaire de 1962 en entier.
Fillion, Louis Segond ou AELF : quelle traduction du psaume 90 ?
Beaucoup cherchent le « psaume 90 Louis Segond » : la Segond est une traduction protestante du XIXe siècle qui suit la numérotation hébraïque — son psaume 90 est bien la prière de Moïse —, mais elle est sans les livres deutérocanoniques et sans l'approbation de l'Église. La traduction liturgique de l'AELF suit, elle, la numérotation de la Vulgate : son « psaume 90 » est le Qui habitat, c'est-à-dire le psaume 91 hébraïque. Pour le fidèle catholique attaché à la Tradition, la référence française sûre est une traduction catholique approuvée établie sur la Vulgate — comme celle de l'abbé Fillion (1895), que nous citons ci-dessus —, complétée, pour la prière liturgique, par le latin de la Vulgate.
Comment prier le psaume 90
Ce psaume convient particulièrement à quelques moments :
- Le matin. C'est son usage liturgique propre, aux laudes du jeudi : demander que la journée qui s'ouvre soit rassasiée de la bonté de Dieu.
- Au passage des années. Fin d'année, anniversaire, deuil : quand le temps se fait sentir, ce psaume apprend à le regarder en chrétien, avec le désir d'un cœur sage.
- Dans la maladie ou la vieillesse. Le psaume ne masque pas la peine — « leur splendeur n'est que peine et misère » — mais il l'adosse au refuge qui ne passe pas.
- Avant un travail. Sa dernière demande, « affermis pour nous l'ouvrage de nos mains », est la prière de l'ouvrier chrétien.
On le récite lentement, et on le conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Il trouve sa place naturelle dans un usage régulier du Psautier entier — voir notre guide des psaumes.
Questions Fréquentes
Le psaume 90 et le psaume 91 sont-ils le même psaume ?
Non. Le psaume 90 (numérotation hébraïque) est la prière de Moïse, « Seigneur, tu as été pour nous un refuge » ; le psaume 91 est le Qui habitat, la prière de protection. La confusion vient de la Vulgate, qui compte le premier comme 89 et le second comme 90.
Quel psaume commence par « Sois avec moi, Seigneur, dans mon épreuve » ?
Ce refrain liturgique appartient au Qui habitat, le psaume 90 de la numérotation Vulgate/AELF — c'est-à-dire le psaume 91 de la numérotation hébraïque, la grande prière de protection. Ce n'est pas la prière de Moïse présentée ici.
Qui a écrit le psaume 90 ?
Son inscription le dit : « Prière de Moïse, homme de Dieu ». C'est le seul psaume du Psautier attribué à Moïse, et la lecture traditionnelle de l'Église reçoit cette attribution. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint.
Que signifie le verset 12 du psaume 90 ?
« Enseigne-nous à bien compter nos jours, afin que nous acquérions un cœur sage » (Ps 90, 12, Fillion) demande à Dieu la sagesse de vivre chaque jour à la lumière de la mort et de l'éternité. Compter ses jours, c'est savoir qu'ils sont comptés, et les ordonner à Dieu.
Pourquoi la Vulgate compte-t-elle ce psaume comme le 89 ?
Parce que la Vulgate et la Septante grecque groupent différemment deux psaumes au début du Psautier : à partir de là, leur numérotation retarde d'une unité sur la numérotation hébraïque. Le psaume 90 hébreu devient donc le 89 latin, Domine, refugium factus es nobis.
Quand prier le psaume 90 ?
Son heure liturgique est le matin : le bréviaire traditionnel le chante aux laudes du jeudi, et la règle de saint Benoît le plaçait déjà à ce même office. On le prie aussi au passage des années, dans le deuil ou la maladie, et avant un travail, pour demander que Dieu affermisse l'ouvrage de nos mains.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 90 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 90 [Vulg. 89], 1-17). Texte latin : psautier de la Vulgate, Psalmus 89, Domine, refugium. Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), laudes du jeudi (psautier de saint Pie X) ; Règle de saint Benoît, chapitre 13. La patience de Dieu : seconde épître de saint Pierre 3, 8 (Fillion). Fin de l'homme : Catéchisme de saint Pie X, premières leçons.