Les Psaumes
Psaume 88 : le cri des profondeurs (Psaume 87 de la Vulgate)
Le psaume 88 est la grande prière de la détresse : le plus sombre du psautier, la voix d'une âme abandonnée qui s'accroche à Dieu. Texte complet dans la Bible de Fillion, sens traditionnel et place aux Ténèbres du bréviaire de 1962.

Le psaume 88 est la prière la plus sombre de tout le psautier : le cri d'une âme accablée, plongée dans la détresse, qui n'a plus qu'un seul appui et s'y tient jusqu'au bout — Dieu lui-même. Nul autre psaume ne va aussi loin dans la nuit, et nul ne finit sur un mot aussi noir : « mes compagnons, ce sont les ténèbres de la tombe. » Nous en donnons ci-dessous le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, avec son sens traditionnel et sa place dans l'Office divin. Mais un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci, car le chiffre « 88 » recouvre deux comptes différents.
Psaume 88 ou psaume 87 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes, et le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 88 » n'a pas le même numéro selon celle que l'on suit.
Dans la numérotation hébraïque, reprise par la plupart des bibles modernes — Fillion, Segond —, ce psaume de la détresse porte le numéro 88. Dans la numérotation de la Vulgate latine et de la Septante grecque, celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie et son bréviaire, le même psaume porte le numéro 87, et commence en latin par les mots Domine, Deus salutis meae — « Seigneur, Dieu de mon salut. » C'est le même psaume, le Cantique d'Héman l'Ezrahite.
En résumé : psaume 88 (hébreu) = psaume 87 (Vulgate). L'écart d'une unité vient de la façon dont les deux traditions regroupent certains psaumes du début du psautier. Nous suivons ici la numérotation hébraïque, celle qui correspond à la recherche, en donnant partout l'équivalence latine. Ce psaume est le frère jumeau du psaume 89, le cantique de l'alliance avec David, qui le suit immédiatement et porte lui aussi un titre des fils de Coré.
Le texte complet du psaume 88 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate — le texte latin même que l'Église a prié pendant des siècles. Le titre porte en tête : Psaume 88 (Vulg. LXXXVII) — Cantique d'Héman l'Ezrahite.
Psaume 88 (Vulgate : 87)
Cantique psaume des fils de Coré, Pour la fin, sur Mahéleth, pour répondre, instruction d'Eman l'Ezrahite.
Seigneur, Dieu de mon salut, devant Vous, la nuit, j'ai crié.
Que ma prière pénètre jusqu'à Vous ; prêtez l'oreille à ma supplication.
Car mon âme est remplie de maux, et ma vie s'approche du séjour des morts.
On me compte parmi ceux qui descendent dans la fosse ; je suis devenu comme un homme dénué de tout secours,
abandonné parmi les morts ; comme les blessés qui dorment dans les sépulcres, dont Vous ne Vous souvenez plus, et qui ont été repoussés de Votre main.
Ils m'ont mis dans une fosse profonde, dans des lieux ténébreux et à l'ombre de la mort.
Votre fureur s'est appesantie sur moi, et Vous avez fait passer sur moi tous Vos flots.
Vous avez éloigné de moi ceux qui me connaissaient ; ils ont fait de moi l'objet de leur abomination. J'ai été livré, et sans pouvoir sortir ;
mes yeux se sont affaiblis par l'affliction. J'ai crié vers Vous, Seigneur, tout le jour ; j'ai étendu vers Vous mes mains.
Ferez-Vous des miracles pour les morts ? ou les médecins les ressusciteront-ils, afin qu'ils Vous louent ?
Quelqu'un racontera-t-il dans le sépulcre Votre miséricorde, et Votre vérité dans le tombeau ?
Vos merveilles seront-elles connues dans les ténèbres, et Votre justice dans la terre de l'oubli ?
Et moi, Seigneur, je crie vers Vous, et le matin ma prière va au-devant de Vous.
Pourquoi, Seigneur, rejetez-Vous ma prière, et détournez-Vous de moi Votre visage ?
Je suis pauvre et dans les travaux depuis ma jeunesse ; et, après avoir été exalté, j'ai été humilié et troublé.
Votre colère a passé sur moi, et Vos terreurs m'ont épouvanté.
Elles m'ont environné comme l'eau tout le jour ; elles m'ont environné toutes ensemble.
Vous avez éloigné de moi mes amis et mes proches, et ceux qui me connaissaient, à cause de ma misère.
Le psaume de la détresse la plus profonde
Ce psaume déconcerte, parce qu'il ne console pas. La plupart des supplications du psautier tournent vers la lumière avant la fin : le psaume 130, le De profundis, crie du fond de l'abîme mais finit par l'espérance de la rédemption ; le psaume 22, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné », s'achève sur la louange ; le psaume 86, cri du pauvre au jour de la détresse, monte de même jusqu'à la louange. Le psaume 88 est le seul qui reste jusqu'au dernier mot dans la nuit. Il ne feint pas la sérénité qu'il n'a pas ; il tient une seule chose, continuer de parler à Dieu. L'homme est « à bout de forces », abandonné de ses amis, jeté dans la fosse ; et pourtant, du matin au soir, il crie encore vers celui qui semble le repousser.
C'est là toute la doctrine du psaume. La foi n'est pas l'absence de ténèbres ; elle est de crier vers Dieu du fond des ténèbres. L'âme qui prie ce psaume n'a plus le sentiment de la consolation, mais elle garde l'acte de foi : « Seigneur, Dieu de mon salut. » Ce premier mot reste une confession de confiance, alors que tout le reste est plainte. La tradition y a toujours reconnu la prière des jours où Dieu paraît absent — l'épreuve que les maîtres appellent la désolation, quand la grâce se retire du sentiment sans se retirer de l'âme.
Le psaume de la Passion du Christ
Les Pères de l'Église ont lu ce psaume comme la voix du Christ souffrant. Saint Augustin, dans ses commentaires sur les psaumes, y entend le Sauveur en sa Passion : non le Verbe dans la gloire, mais le Fils « en la forme de serviteur », plongé dans l'angoisse de Gethsémani et l'abandon de la Croix. Le psaume 88 dit d'avance ce que l'Évangile montrera : l'Homme des douleurs, compté parmi les morts, jeté au tombeau, entouré de ténèbres. Le psaume 88 est de la même heure que le cri du Christ en Croix.
C'est pourquoi l'Église a placé ce psaume au cœur de sa liturgie de la Passion. Dans le bréviaire romain de 1962, il trouve sa place la plus solennelle aux Ténèbres, les Matines chantées durant le Triduum sacré : le psaume 87 y est chanté au troisième nocturne, tandis qu'on éteint une à une les lumières et que l'Église veille auprès de son Seigneur descendu au tombeau. La désolation du texte et le noir de l'office ne font qu'un.
Quand et comment prier le psaume 88
Ce psaume est la prière des heures les plus dures, celles où l'on ne sent plus rien et où l'on serait tenté de se taire devant Dieu. La tradition en propose plusieurs usages.
- Dans l'épreuve, la maladie, l'angoisse de l'âme. Quand le poids devient trop lourd, ce psaume met des mots sur ce que le cœur n'ose plus dire, et les adresse à Dieu au lieu de les retourner contre soi. Il a sa place parmi les psaumes de la prière de guérison, non comme une formule, mais comme un acte de confiance nue.
- Pour les défunts et les mourants. Psaume de la descente au tombeau, il convient à la prière pour les défunts et à la veille auprès de ceux qui passent, remis entre les mains de Dieu.
- En union avec la Passion du Christ. Prié le vendredi, ou durant la Semaine Sainte, il unit notre nuit à la sienne, seule manière d'en faire une nuit qui sauve.
Priez-le sans hâte, en laissant chaque verset porter. Terminez, comme le fait l'Église, par le Gloria Patri — car la plainte s'achève toujours, dans la bouche de l'Église, sur la gloire de la Trinité, et l'espérance que le sentiment ne donnait pas, la foi la rend.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 88 est-il aussi appelé psaume 87 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 87. La numérotation hébraïque, plus récente et reprise par les bibles modernes, le compte comme 88. C'est le même psaume, le Domine, Deus salutis meae.
Qui a écrit le psaume 88 ?
Son titre l'attribue à Héman l'Ezrahite, un chantre du Temple de la lignée des fils de Coré, comme le porte la traduction de l'abbé Fillion. C'est la lecture traditionnelle de l'Église. Comme pour tous les psaumes, l'auteur humain reste l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint qui a inspiré l'Écriture.
Le psaume 88 est-il vraiment le plus sombre de la Bible ?
Oui. C'est le seul psaume de supplication qui ne s'ouvre à aucune lueur d'espérance et finit sur les ténèbres : « mes compagnons, ce sont les ténèbres de la tombe. » Sa grandeur est justement là : il montre qu'on peut prier Dieu même quand on ne sent plus rien, et que crier vers lui du fond de la nuit est déjà un acte de foi.
Que signifie le dernier verset du psaume 88 ?
Le verset « mes compagnons, ce sont les ténèbres de la tombe » dit l'abandon total : l'homme n'a plus d'amis, plus de forces, plus de consolation, rien que l'obscurité. Mais il le dit en s'adressant encore à Dieu. La tradition y voit la nuit de l'âme éprouvée, et l'annonce du Christ enseveli, avant la lumière de Pâques que le psaume ne nomme pas mais que la foi attend.
Le psaume 88 parle-t-il de la Passion du Christ ?
Selon les Pères, oui. Saint Augustin y entend la voix du Christ en sa Passion, l'Homme des douleurs compté parmi les morts et jeté au tombeau. C'est pourquoi l'Église le chante aux Ténèbres du Triduum sacré, quand elle veille auprès de son Seigneur descendu dans la mort.
Quand faut-il prier le psaume 88 ?
Dans les temps de détresse, de maladie ou d'angoisse spirituelle, quand toute consolation manque ; pour les défunts et les mourants ; et en union avec la Passion, le vendredi ou durant la Semaine Sainte. On le prie lentement, et on le termine par le Gloria Patri, qui remet la plainte dans l'espérance de l'Église.
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Sources. Texte du psaume 88 (Vulg. 87) : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (psaume 87, titre et versets), corpus Iter Fidei. Lecture de la Passion et voix du Christ souffrant : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (commentaire du psaume 87). Usage liturgique aux Ténèbres du Triduum sacré et distribution du psautier : Breviarium Romanum (Office des Ténèbres, troisième nocturne ; psautier férial). Titre et attribution à Héman l'Ezrahite : La Sainte Bible, Fillion (superscription du psaume 87, Vulgate).