Les Psaumes
Psaume 89 : le cantique de l'alliance avec David (Psaume 88 de la Vulgate)
Le psaume 89 est le grand cantique de l'alliance : Dieu jure à David un trône éternel, que le Christ accomplit. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, sens traditionnel, place au bréviaire de 1962 et lien avec la prière de Moïse.

Le psaume 89 est le grand cantique de l'alliance : Dieu y jure à David un trône qui ne finira pas, et la foi chrétienne reconnaît dans ce serment la royauté éternelle du Christ. C'est le Cantique d'Ethan l'Ezrahite, que la Vulgate latine ouvre par les mots Misericordias Domini in aeternum cantabo — « Je veux chanter à jamais les bontés du Seigneur. » Nous en donnons ci-dessous le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, avec son sens traditionnel et sa place dans l'Office divin. Mais un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci, car sous le chiffre « 89 » se cachent deux psaumes différents.
Psaume 89 ou psaume 88 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes, et le chiffre 89 est l'un des endroits où elles se croisent.
Dans la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes (Fillion, Segond), le psaume 89 est le cantique de l'alliance avec David que voici — « Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur. » Dans la numérotation de la Vulgate latine et de la Septante grecque — celle de la liturgie et du bréviaire de l'Église —, ce même psaume porte le numéro 88, le Misericordias Domini. C'est le même psaume, le même cantique d'Ethan.
Il faut cependant se garder d'une confusion. Dans la numérotation de la Vulgate, reprise par la traduction liturgique de l'AELF, le « psaume 89 » désigne un autre psaume : la prière de Moïse, « Seigneur, tu as été pour nous un refuge », qui est, en numérotation hébraïque, le psaume 90. En résumé :
- Psaume 89 (hébreu) = psaume 88 (Vulgate) : le cantique d'Ethan sur l'alliance avec David — le présent article.
- Psaume 89 (Vulgate) = psaume 90 (hébreu) : la prière de Moïse, Domine, refugium — voir notre article sur le psaume 90.
Nous suivons ici la numérotation hébraïque, celle que l'on cherche en tapant « psaume 89 », en donnant partout l'équivalence latine.
Le texte complet du psaume 89 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine, texte de référence de la liturgie latine. Fillion l'inscrit en tête : Psaume 89 (Vulg. LXXXVIII) — Instruction d'Ethan l'Ezrahite.
Psaume 89 (Vulgate : 88)
Instruction d'Ethan l'Ezrahite.
Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur ; de génération en génération ma bouche annoncera Votre vérité.
Car Vous avez dit : La miséricorde s'élèvera comme un édifice éternel dans les Cieux ; Votre vérité y sera solidement établie.
J'ai contracté une alliance avec Mes élus ; J'ai fait ce serment à David, Mon serviteur :
Je conserverai éternellement ta race, et J'affermirai ton trône pour toute les générations.
Les Cieux publieront Vos merveilles, Seigneur, et Votre vérité dans l'assemblée des saints.
Car qui, dans les Cieux, sera égal au Seigneur ? et qui sera semblable à Dieu parmi les fils de Dieu ?
Dieu, qui est glorifié dans l'assemblée des saints, est plus grand et plus redoutable que tous ceux qui L'environnent.
Seigneur, Dieu des armées, qui est semblable à Vous ? Vous êtes puissant, Seigneur, et Votre vérité Vous environne.
Vous dominez sur la puissance de la mer, et Vous apaisez le mouvement de ses flots.
Vous avez humilié l'orgueilleux, comme un blessé ; Vous avez, par la force de Votre bras, dispersé Vos ennemis.
A Vous sont les cieux, et à Vous la terre ; c'est Vous qui avez fondé l'univers et tout ce qu'il contient ;
Vous avez créé l'aquilon et la mer. Le Thabor et l'Hermon tressaillent d'allégresse à Votre Nom ;
Votre bras est armé de puissance. Que Votre main s'affermisse, et que Votre droite s'élève.
La justice et l'équité sont l'appui de Votre trône. La miséricorde et la vérité marcheront devant Votre face.
Heureux le peuple qui connaît les acclamations joyeuses. Seigneur, ils marcheront à la lumière de Votre visage ;
ils se réjouiront tout le jour en Votre Nom, et ils seront élevés par Votre justice.
Car Vous êtes la gloire de leur force, et c'est sur Votre bonté que s'élèvera notre puissance.
Car c'est le Seigneur qui nous soutient ; c'est le Saint d'Israël, notre Roi.
Alors Vous avez parlé dans une vision à Vos saints, et Vous avez dit : J'ai prêté Mon secours à un homme puissant, et J'ai élevé celui que J'ai choisi du milieu de Mon peuple.
J'ai trouvé David, Mon serviteur ; Je l'ai oint de Mon huile sainte.
Car Ma main l'assistera, et Mon bras le fortifiera.
L'ennemi n'aura jamais l'avantage sur lui, et le fils d'iniquité ne pourra lui nuire.
Et Je taillerai ses ennemis en pièces devant lui, et Je mettrai en fuite ceux qui le haïssent.
Ma vérité et Ma miséricorde seront avec lui, et par Mon Nom s'élèvera sa puissance.
Et j'étendrai sa main sur la mer, et sa droite sur les fleuves.
Il m'invoquera : Vous êtes mon Père, mon Dieu, et l'auteur de mon salut.
Et Moi, Je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre.
Je lui conserverai éternellement Ma miséricorde, et Mon alliance avec lui sera inviolable.
Et Je ferai subsister sa race durant tous les siècles, et son trône autant que les cieux.
Que si ses enfants abandonnent Ma loi, et s'ils ne marchent point dans Mes préceptes ;
s'ils violent Mes ordonnances, et ne gardent point Mes commandements :
Je visiterai avec la verge leurs iniquités, et leurs péchés par des coups ;
mais Je ne lui retirerai pas Ma miséricorde, et Je ne trahirai pas Ma vérité.
Et Je ne violerai pas Mon alliance, et Je ne rendrai pas vaines les paroles sorties de Mes lèvres.
Je l'ai une fois juré par Ma sainteté, et Je ne mentirai point à David :
Sa race demeurera éternellement.
Et son trône sera comme le soleil en Ma présence, et comme la lune qui subsistera à jamais, et le Témoin qui est au Ciel est fidèle.
Et pourtant Vous avez rejeté et méprisé ; Vous avez repoussé Votre oint.
Vous avez détruit l'alliance faite avec Votre serviteur ; Vous avez profané en le jetant à terre son diadème sacré.
Vous avez abattu toutes ses clôtures ; Vous avez rempli de frayeur ses forteresses.
Tous ceux qui passaient par le chemin l'ont pillé, et il est devenu l'opprobre de ses voisins.
Vous avez élevé la droite de ses oppresseurs ; Vous avez réjoui tous ses ennemis.
Vous avez enlevé toute force à son glaive, et Vous ne l'avez pas secouru dans la guerre.
Vous l'avez dépouillé de son éclat, et Vous avez brisé son trône contre la terre.
Vous avez abrégé les jours de son règne ; Vous l'avez couvert d'ignominie.
Jusques à quand, Seigneur, Vous détournerez-Vous à jamais ? Jusques à quand Votre colère s'embrasera-t-elle comme le feu ?
Rappelez-Vous ce qu'est ma vie ; car est-ce pour le néant que Vous avez créé tous les enfants des hommes ?
Quel est l'homme qui pourra vivre sans voir la mort, et qui arrachera son âme à la puissance de l'enfer ?
Où sont, Seigneur, Vos anciennes miséricordes, que Vous avez jurées à David au nom de Votre vérité ?
Souvenez-Vous, Seigneur, de l'opprobre de Vos serviteurs ; je l'ai tenu caché dans mon sein ; il venait de nations nombreuses.
Souvenez-Vous au reproche de Vos ennemis, Seigneur, du reproche qu'ils ont fait au sujet de Votre changement à l'égard de Votre oint.
Béni soit le Seigneur à jamais. Ainsi soit-il, ainsi soit-il.
Le sens du psaume : l'alliance jurée à David
Le psaume 89 est le plus long et le plus solennel des cantiques de l'alliance. Son inscription l'attribue à Ethan l'Ezrahite, l'un des sages du temps de Salomon et l'un des chantres établis dans le service du Temple. Le cantique qui le précède immédiatement au Psautier, le Psaume 88, est l'œuvre d'Héman l'Ezrahite, de la même lignée de sages, et pousse jusqu'à l'extrême la plainte de la détresse. Il médite une seule chose : le serment que Dieu a fait à David, de lui affermir une race et un trône « pour toutes les générations ».
Le mouvement du psaume est net et se divise en trois. D'abord un long chant de louange sur la fidélité de Dieu, hesed et emeth — la bonté et la vérité qui « se tiennent devant sa face » et fondent son trône. Puis le rappel de l'alliance elle-même, mise dans la bouche de Dieu : « J'ai trouvé David, mon serviteur, je l'ai oint de mon huile sainte… J'établirai sa postérité pour jamais, et son trône aura les jours des cieux. » Enfin, brutalement, la plainte : le roi est vaincu, son diadème jeté à terre, ses murailles en ruines. Le psalmiste ne comprend plus. Il termine sur un cri — « Où sont, Seigneur, tes bontés d'autrefois, que tu juras à David ? » — mais scelle le tout d'une bénédiction : « Béni soit le Seigneur à jamais. Ainsi soit-il, ainsi soit-il. »
Ce contraste est le cœur du psaume. Dieu a juré, et pourtant le trône est renversé. La foi ne renie ni la promesse ni la ruine ; elle attend, contre toute apparence, que Dieu tienne parole. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, lit ici une prophétie : le trône de David que les hommes croyaient perdu, Dieu le relève dans le Christ, fils de David selon la chair, dont le règne n'aura pas de fin.
Le psaume 89 et le Christ Roi
Trois versets de ce psaume ne trouvent leur mesure qu'en Jésus-Christ. Dieu dit de son oint : « Il m'invoquera : Tu es mon père… Et moi je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre » (Ps 89, 27-28). Or aucun roi de Juda ne fut jamais le premier-né de Dieu ni le plus élevé des rois de la terre : cette parole ne s'accomplit que dans le Christ, le Fils, « premier-né avant toute créature » et « roi des rois. »
La promesse d'un trône « établi pour toujours comme la lune » est exactement celle que l'ange Gabriel rapporte à Marie : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin » (Luc 1, 32-33, Fillion). Le serment du psaume 89 et l'Annonciation disent la même chose. Ce que le psalmiste voyait ruiné, Dieu l'accomplit au-delà de toute attente humaine : c'est la fête du Christ Roi, dont le règne est celui-là même que Dieu jura à David.
Le psaume 89 dans la liturgie : none du vendredi
Dans le bréviaire romain traditionnel — le psautier de saint Pie X, conservé dans le bréviaire de 1962 —, le psaume 88 de la Vulgate (notre psaume 89) est chanté à none du vendredi, l'office de l'après-midi, où il est réparti en trois portions. L'antienne du jour est tirée du psaume lui-même : Misericordia et veritas praecedent faciem tuam, Domine — « La miséricorde et la vérité marchent devant ta face, Seigneur. »
La place est parlante. Le vendredi, jour où l'Église fait mémoire de la Passion, elle met sur les lèvres du fidèle ce cantique où le trône de l'Oint semble renversé — et où, précisément, la fidélité de Dieu triomphe de la ruine.
Le psaume 89 chanté : partition et ton grégorien
Beaucoup cherchent une partition du psaume 89 ou le psaume 89 chanté. La manière propre de le chanter est celle de l'Église : la psalmodie sur un ton grégorien, comme il se chante à none du vendredi. Chaque verset se cantille sur une même formule mélodique, encadrée par l'antienne Misericordia et veritas. C'est la partition la plus ancienne et la plus sûre, celle que le fidèle trouve dans l'antiphonaire et le bréviaire. On le conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri.
Comment prier le psaume 89
Ce psaume convient particulièrement à quelques dispositions :
- Dans l'action de grâce pour la fidélité de Dieu. Sa première moitié est une pure louange : Dieu tient ses promesses, et « sa bonté est un édifice éternel. »
- Dans l'épreuve où Dieu semble absent. Quand tout paraît ruiné et que la promesse semble démentie, le psaume apprend à crier sans cesser de bénir : « Béni soit le Seigneur à jamais. »
- Le vendredi. C'est son usage liturgique propre, à none : unir sa prière à la mémoire de la Passion, où la royauté du Christ passa par la croix.
- En regardant le Christ Roi. Prier le psaume 89, c'est confesser que le trône promis à David subsiste, non dans un empire terrestre, mais dans le règne du Christ qui n'aura point de fin.
On le récite lentement, et il trouve sa place naturelle dans un usage régulier du Psautier entier — voir notre guide des psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 89 est-il appelé psaume 88 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de mille cinq cents ans — le comptent comme psaume 88, le Misericordias Domini. La numérotation hébraïque, plus récente, le compte comme 89. C'est le même psaume, le cantique d'Ethan.
Qui a écrit le psaume 89 ?
Son inscription le dit : « Cantique d'Ethan l'Ezrahite ». Ethan était l'un des sages et des chantres du Temple au temps de David et de Salomon. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint, qui inspira l'Écriture.
De quoi parle le psaume 89 ?
De l'alliance que Dieu a jurée à David : lui affermir une race et un trône pour toujours. Le psaume chante d'abord la fidélité de Dieu, rappelle le serment, puis se plaint que le trône soit renversé — et s'achève dans la confiance. La Tradition y lit la promesse d'un royaume que le Christ, fils de David, accomplit.
Ne pas confondre : le psaume 89 est-il la prière de Moïse ?
Non. La prière de Moïse, « Seigneur, tu as été pour nous un refuge », est le psaume 90 dans la numérotation hébraïque — mais le psaume 89 dans la numérotation de la Vulgate et de l'AELF. Le présent article traite du psaume 89 hébreu, le cantique d'Ethan. Pour la prière de Moïse, voir notre article sur le psaume 90.
Quel verset du psaume 89 annonce le Christ ?
Le verset 27-28 : « Il m'invoquera : Tu es mon père… Et moi je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre. » Aucun roi de Juda ne fut jamais le premier-né de Dieu ; la Tradition y reconnaît le Christ, dont l'ange annonça à Marie le trône éternel de David (Luc 1, 32-33).
Quand prie-t-on le psaume 89 dans la liturgie ?
Le bréviaire traditionnel de 1962 le chante à none du vendredi, réparti en trois parties, sous l'antienne Misericordia et veritas praecedent faciem tuam, Domine. On peut aussi le prier dans l'action de grâce ou dans l'épreuve, quand la promesse de Dieu paraît démentie par les événements.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 89 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Psaume 88 [Vulg.], 1-53, « Instruction d'Ethan l'Ezrahite »). Incipit latin Misericordias Domini in aeternum cantabo : psautier de la Vulgate, Psalmus 88. Usage liturgique et antienne Misericordia et veritas : Breviarium Romanum (1962), none du vendredi (psautier de saint Pie X). Lecture messianique du psaume : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps 88. Le trône éternel de David annoncé à Marie : Évangile selon saint Luc 1, 32-33 (Fillion).