Les Psaumes
Psaume 69 : Sauve-moi, ô Dieu (Psaume 68 de la Vulgate)
Le psaume 69 de la numérotation hébraïque — psaume 68 de la Vulgate — est, après le psaume 22, le grand psaume de la Passion : celui du fiel et du vinaigre. Texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des Pères et place dans la liturgie traditionnelle.

Le psaume 69 de la numérotation hébraïque — le psaume 68 de la Vulgate latine — est, après le psaume 22, le grand psaume de la Passion : celui où le Juste englouti dans les eaux crie « Sauve-moi, ô Dieu », celui du fiel et du vinaigre que Notre-Seigneur a bus sur la croix. Nous en donnons ici le texte complet en français dans la traduction de l’abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, avec le sens que les Pères lui ont toujours reconnu et sa place dans la liturgie traditionnelle. Un point de numérotation demande d’abord d’être éclairci, car ce psaume porte deux numéros.
Psaume 69 ou psaume 68 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme, héritée de la Septante grecque, est celle que l’Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — dont la Bible de Fillion —, compte un numéro de plus sur presque tout le Psautier, la différence tenant à la façon de grouper deux psaumes au début du recueil.
Le psaume dont nous traitons ici porte donc deux numéros pour un seul et même texte : psaume 69 (numérotation hébraïque) = psaume 68 (Vulgate). En latin, il commence par Salvum me fac, Deus, quoniam intraverunt aquæ usque ad animam meam. Que vous cherchiez « psaume 69 » ou « psaumes 69 », c’est bien ce cri de détresse du Juste persécuté que vous cherchez, et non le psaume voisin Deus in adiutorium qui, lui, porte le numéro 69 dans la Vulgate et 70 en hébreu — nous lui consacrons un article distinct, le psaume 70.
Le psaume 69 dans la Bible Louis Segond et dans la Bible catholique
Beaucoup cherchent ce texte dans la Bible Louis Segond. La traduction protestante de Segond suit la numérotation hébraïque : chez elle aussi ce psaume porte le numéro 69, ce qui explique que « psaume 69 Louis Segond » désigne le même cantique. Nous donnons pour notre part le texte catholique dans la traduction de l’abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate et pourvu de l’équivalence liturgique (Vulgate 68), afin que le lecteur retrouve le psaume tel que l’Église le prie.
Le texte complet du psaume 69 (traduction Fillion, sur la Vulgate)
Nous donnons le texte dans la traduction de l’abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate (psaume 68, avec l’équivalence hébraïque : psaume 69).
Psaume 69 (Vulgate 68)
Pour la fin, pour ceux qui seront changés, Psaume de David.
Sauvez-moi, ô Dieu, car les eaux sont entrées jusqu’à mon âme.
Je suis enfoncé dans une boue profonde, où il n’y a pas de consistance. Je suis descendu au fond de la mer, et la tempête m’a submergé.
Je me suis fatigué à crier, ma gorge en a été enrouée ; mes yeux se sont épuisés, tandis que j’attends mon Dieu.
Ils sont devenus plus nombreux que les cheveux de ma tête, ceux qui me haïssent sans cause. Ils sont devenus forts, mes ennemis qui me persécutent injustement ; j’ai dû payer ce que je n’avais pas pris.
O Dieu, Vous connaissez ma folie, et mes péchés ne Vous sont point cachés.
Que ceux qui espèrent en Vous ne rougissent pas à cause de moi, Seigneur, Seigneur des armées. Qu’ils ne soient pas confondus à mon sujet, ceux qui Vous cherchent, Dieu d’Israël.
Car c’est à cause de Vous que j’ai souffert l’opprobre, et que la confusion a couvert mon visage.
Je suis devenu un étranger pour mes frères, et un inconnu pour les fils de ma mère.
Car le zèle de Votre maison m’a dévoré, et les outrages de ceux qui Vous insultaient sont tombés sur moi.
J’ai affligé mon âme par le jeûne, et l’on m’en a fait un sujet d’opprobre.
J’ai pris pour vêtement un cilice, et je suis devenu leur fable.
Ceux qui étaient assis à la porte parlaient contre moi, et ceux qui buvaient du vin me raillaient par leurs chansons.
Mais moi je Vous adresse, Seigneur, ma prière. Voici le temps favorable, ô Dieu. Selon la grandeur de Votre miséricorde exaucez-moi, selon la vérité de Vos promesses de salut.
Retirez-moi de la boue, afin que je n’y enfonce pas ; délivrez-moi de ceux qui me haïssent et des eaux profondes.
Que les flots en fureur ne me submergent point ; que l’abîme ne m’engloutisse pas, et que le puits ne ferme pas sa bouche sur moi.
Exaucez-moi, Seigneur, car Votre miséricorde est toute suave ; regardez-moi selon l’abondance de Vos bontés.
Et ne détournez pas Votre visage de Votre serviteur ; parce que je suis dans l’angoisse, exaucez-moi promptement.
Soyez attentif sur mon âme, et délivrez-la à cause de mes ennemis.
Vous connaissez mon opprobre, et ma confusion, et ma honte.
Tous ceux qui me persécutent sont devant Vous ; mon cœur s’attend à l’insulte et à la misère. Et j’ai attendu que quelqu’un s’attristât avec moi, mais nul ne l’a fait ; et que quelqu’un me consolât, mais je n’ai trouvé personne.
Et ils m’ont donné du fiel pour nourriture, et dans ma soif ils m’ont abreuvé de vinaigre.
Que leur table soit devant eux comme un filet, un juste châtiment et une pierre de scandale.
Que leurs yeux soient obscurcis, pour qu’ils cessent de voir, et courbez à jamais leur dos.
Déversez sur eux Votre colère, et que la fureur de Votre courroux les saisisse.
Que leur demeure devienne déserte, et qu’il n’y ait personne qui habite dans leurs tentes.
Parce qu’ils ont persécuté celui que Vous avez frappé, et qu’ils ont ajouté à la douleur de mes blessures.
Ajoutez l’iniquité à leur iniquité, et qu’ils n’entrent pas dans Votre justice.
Qu’ils soient effacés du livre des vivants, et qu’ils ne soient point inscrits avec les justes.
Pour moi, je suis pauvre et dans la douleur ; Votre salut, ô Dieu, m’a relevé.
Je louerai le Nom de Dieu par des cantiques, et je le glorifierai par des louanges ;
et ce sera plus agréable à Dieu que le jeune veau, à qui poussent les cornes et les ongles.
Que les pauvres le voient et se réjouissent. Cherchez Dieu, et votre âme vivra ;
car le Seigneur a exaucé les pauvres, et Il n’a pas méprisé Ses captifs.
Que les cieux et la terre Le louent ; la mer, et tout ce qui s’y meut.
Car Dieu sauvera Sion, et les villes de Juda seront bâties. Ils y habiteront, et ils l’acquerront en héritage.
Et la race de Ses serviteurs la possédera, et ceux qui aiment Son Nom y habiteront.
Le psaume de la Passion : le sens traditionnel
La Tradition n’a jamais lu ce psaume comme la seule plainte de David. Elle y entend la voix du Christ souffrant, et l’Écriture elle-même autorise cette lecture, car le Nouveau Testament cite le psaume 69 plus que tout autre après le psaume 22. Le zèle qui dévore le priant, saint Jean l’applique à Notre-Seigneur chassant les vendeurs du Temple : « Le zèle de ta maison me dévore » (Jean 2, 17). La haine « sans cause » de ses ennemis, le Sauveur la revendique pour lui : « Ils m’ont haï sans sujet » (Jean 15, 25). Le fiel et le vinaigre du verset 21 sont bus au Calvaire (Matthieu 27, 34 et 48 ; Jean 19, 29). Et la demeure dévastée du verset 25, saint Pierre l’applique au traître Judas (Actes 1, 20).
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend tout le psaume comme la prière du Corps mystique : le Chef et les membres crient d’une seule voix depuis les eaux profondes de ce monde. Les imprécations contre les persécuteurs — que leurs yeux s’obscurcissent, que leur demeure soit dévastée, qu’ils soient effacés du livre de vie — ne sont pas un souhait de vengeance mais l’annonce prophétique du jugement qui frappe ceux qui refusent le Rédempteur, comme la cécité tombée sur ceux qui n’ont pas voulu voir. Lu ainsi, le psaume 69 est jumeau du grand psaume 22 de la Passion, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » : l’un donne le cri de l’abandon, l’autre celui de l’engloutissement. À ce cri du fond des eaux répond, dans le même registre prophétique, le triomphe du psaume 68, où le Christ tiré de la mort « monte sur la hauteur emmenant la foule des captifs ».
Le psaume 69 dans la liturgie traditionnelle
L’Église a placé les versets de ce psaume au cœur de la contemplation de la Passion. Au dimanche des Rameaux, l’Offertoire de la Messe est tiré tout entier de ce psaume : Improperium exspectavit cor meum et miseriam — « L’opprobre a brisé mon cœur… ils me donnèrent du fiel pour nourriture, et dans ma soif ils m’abreuvèrent de vinaigre » (versets 21 et 22 de la Vulgate). Le chant liturgique met ainsi, à l’entrée de la Semaine sainte, la plainte du Rédempteur sur les lèvres des fidèles, et l’on retrouve la même parole du fiel et du vinaigre dans le récit de la Passion lu le Vendredi saint.
Dans le psautier hebdomadaire du Bréviaire romain, ce psaume se chante aux Matines de la semaine, avec l’ensemble des psaumes de supplication : celui qui récite l’Office divin porte ainsi régulièrement, sans le savoir toujours, cette prière du Juste persécuté. Il appartient, comme le psaume 51, à ces cantiques de larmes et de componction que le Carême rend particulièrement présents.
Comment prier le psaume 69
Ce psaume est la prière de l’homme submergé — par la maladie, la calomnie, l’abandon des siens, l’angoisse de l’âme. On peut le prier :
- Dans l’épreuve où tout secours humain manque. Quand « des consolateurs, je n’en trouve aucun », ce psaume ne nie pas la détresse ; il la porte devant Dieu avec la certitude du verset final : « le Seigneur écoute les pauvres. »
- En union avec la Passion du Christ, surtout pendant le Carême et la Semaine sainte. Le réciter, c’est se tenir au pied de la croix et joindre sa peine à celle du Sauveur qui a bu le fiel et le vinaigre.
- Comme examen et confession. Le priant reconnaît « ma folie » et ses fautes devant Dieu ; ce mouvement de vérité prépare à la confession et à la componction du cœur.
Priez-le sans hâte, en laissant chaque image des eaux, de la boue et du gouffre déposer son poids, puis terminez comme fait l’Église, par le Gloire au Père. La force du psaume ne tient pas aux mots, mais à Celui qui, du fond des eaux, a été exaucé et glorifié.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 69 est-il aussi appelé psaume 68 ?
Parce qu’il existe deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l’Église, le comptent comme psaume 68 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes dont la Fillion, le compte comme 69. C’est un seul et même texte, le Salvum me fac, Deus.
De quoi parle le psaume 69 ?
C’est le cri d’un juste submergé par la détresse et la persécution injuste : les eaux montent jusqu’à son âme, ses ennemis le haïssent sans cause, on lui donne du fiel et du vinaigre. Il finit dans l’espérance : Dieu écoute les pauvres et sauvera Sion.
Le psaume 69 annonce-t-il la Passion du Christ ?
Oui. C’est, après le psaume 22, le psaume de la Passion le plus cité par le Nouveau Testament : le zèle de la maison de Dieu (Jean 2, 17), la haine sans cause (Jean 15, 25), le fiel et le vinaigre (Jean 19, 29). La Tradition et saint Augustin y entendent la voix même du Christ souffrant.
Qui a écrit le psaume 69 ?
Le titre du psaume l’attribue à David : « Au maître de chant. Sur les lys. De David. » C’est la lecture constante de l’Église. Comme pour tout le Psautier, l’auteur humain est l’instrument de l’auteur véritable, l’Esprit-Saint qui a inspiré l’Écriture.
Où lire le psaume 69, en Louis Segond ou en Bible catholique ?
La Bible protestante Louis Segond le place au numéro 69, comme la numérotation hébraïque. Le lecteur catholique le trouvera sous le même numéro dans la Bible de Fillion, avec l’équivalence liturgique (Vulgate 68), ou sous le numéro 68 dans les bibles à numérotation traditionnelle et dans les livres de l’Office.
Quand le psaume 69 est-il chanté dans la liturgie ?
Ses versets forment l’Offertoire du dimanche des Rameaux (Improperium exspectavit cor meum), et la parole du fiel et du vinaigre revient dans la Passion du Vendredi saint. Dans le psautier du Bréviaire romain, le psaume entier se chante aux Matines de la semaine.
L’application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 69 en français : La Sainte Bible, traduction de l’abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Psaume 68 [héb. 69], 1-37). Latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 68, Salvum me fac, Deus. Accomplissement dans la Passion : Évangiles selon saint Jean 2, 17 ; 15, 25 ; 19, 29 ; saint Matthieu 27, 34 et 48 ; Actes des Apôtres 1, 20 (Fillion). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 68. Usage liturgique : Missale Romanum (1962), Offertoire du dimanche des Rameaux ; Breviarium Romanum (1962), psautier ferial des Matines.