Les Psaumes
Psaume 51 : le Miserere, texte complet (psaume 50 de la Vulgate)
Le psaume 51 est le Miserere, la grande prière de pénitence de David — le psaume 50 dans la Vulgate. Texte complet dans la Bible de Fillion et en latin, sens traditionnel, place dans la liturgie de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 51 est le Miserere, la plus grande prière de pénitence de la Sainte Écriture : le psaume que David composa après son péché, lorsque le prophète Nathan vint le lui reprocher en face. « Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta bonté » — l'Église le met sur les lèvres de tout pécheur depuis ses origines. Nous donnons ici son texte complet dans la Bible de Fillion, son latin, son sens traditionnel et sa place dans la liturgie.
Psaume 51 ou psaume 50 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 51 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 50. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, et la différence vient du découpage de deux psaumes au début du Psautier.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères : le Miserere y est le psaume 50. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — et déjà par le abbé Fillion dans sa traduction catholique —, le compte comme le 51. Donc : psaume 51 (numérotation hébraïque) = psaume 50 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Miserere. Ce qui vaut pour celui-ci vaut pour l'ensemble des psaumes : à partir du psaume 10 et jusqu'au psaume 148, la numérotation hébraïque a une unité d'avance sur celle de la Vulgate.
Le texte complet du psaume 51 (Bible de Fillion)
Voici le psaume dans la traduction du l'abbé Fillion**, la bible catholique française classique et traditionnelle, faite sur la Vulgate. Le titre inscrit dans l'Écriture elle-même en donne l'occasion : « Au maître de chant. Psaume de David. Lorsque Nathan le prophète vint le trouver, après qu'il fut allé vers Bethsabée. »
Psaume 51 (50 de la Vulgate)
Aie pitié de moi, ô Dieu, selon ta bonté ; selon ta grande miséricorde efface mes transgressions.
Lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché.
Car je reconnais mes transgressions, et mon péché est constamment devant moi.
C'est contre toi seul que j'ai péché, j'ai fait ce qui est mal à tes yeux, afin que tu sois trouvé juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement.
Voici que je suis né dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché.
Voici que tu veux que la sincérité soit dans le cœur : au dedans de moi fais-moi connaître la sagesse.
Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige.
Annonce-moi la joie et l'allégresse, et les os que tu as brisés se réjouiront.
Détourne ta face de mes péchés, efface toutes mes iniquités.
Ô Dieu, crée en moi un cœur pur, et renouvelle au dedans de moi un esprit ferme.
Ne me rejette pas loin de ta face, et ne me retire pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie de ton salut, et soutiens-moi par un esprit de bonne volonté.
J'enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent, et les pécheurs reviendront à toi.
Ô Dieu, Dieu de mon salut, délivre-moi du sang versé, et ma langue célébrera ta justice.
Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange.
Car tu ne désires pas de sacrifices, — je t'en offrirais, — tu ne prends pas plaisir aux holocaustes.
Les sacrifices de Dieu, c'est un esprit brisé ; ô Dieu, tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit.
Dans ta bonté, répands tes bienfaits sur Sion, bâtis les murs de Jérusalem.
Alors tu agréeras les sacrifices de justice, l'holocauste et le don parfait ; alors on offrira des taureaux sur ton autel.
Le Miserere en latin (Vulgate)
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante depuis des siècles :
Psalmus 50
Miserére mei, Deus, secúndum magnam misericórdiam tuam.
Et secúndum multitúdinem miseratiónum tuárum, dele iniquitátem meam.
Amplius lava me ab iniquitáte mea : et a peccáto meo munda me.
Quóniam iniquitátem meam ego cognósco : et peccátum meum contra me est semper.
Tibi soli peccávi, et malum coram te feci : ut justificéris in sermónibus tuis, et vincas cum judicáris.
Ecce enim in iniquitátibus concéptus sum : et in peccátis concépit me mater mea.
Ecce enim veritátem dilexísti : incérta et occúlta sapiéntiæ tuæ manifestásti mihi.
Aspérges me hyssópo, et mundábor : lavábis me, et super nivem dealbábor.
Audítui meo dabis gáudium et lætítiam : et exsultábunt ossa humiliáta.
Avérte fáciem tuam a peccátis meis : et omnes iniquitátes meas dele.
Cor mundum crea in me, Deus : et spíritum rectum ínnova in viscéribus meis.
Ne projícias me a fácie tua : et spíritum sanctum tuum ne áuferas a me.
Redde mihi lætítiam salutáris tui : et spíritu principáli confírma me.
Docébo iníquos vias tuas : et ímpii ad te converténtur.
Líbera me de sanguínibus, Deus, Deus salútis meæ : et exsultábit lingua mea justítiam tuam.
Dómine, lábia mea apéries : et os meum annuntiábit laudem tuam.
Quóniam si voluísses sacrifícium, dedíssem útique : holocáustis non delectáberis.
Sacrifícium Deo spíritus contribulátus : cor contrítum et humiliátum, Deus, non despícies.
Benígne fac, Dómine, in bona voluntáte tua Sion : ut ædificéntur muri Jerúsalem.
Tunc acceptábis sacrifícium justítiæ, oblatiónes et holocáusta : tunc impónent super altáre tuum vítulos.
« Crée en moi un cœur pur » : le psaume 51, 10 et 51, 12
Le verset le plus cherché du psaume est celui-ci : « Ô Dieu, crée en moi un cœur pur, et renouvelle au dedans de moi un esprit ferme » — en latin Cor mundum crea in me, Deus. Selon les éditions, on le cite comme psaume 51, 10 ou psaume 51, 12 : les bibles qui numérotent le titre du psaume comme versets 1 et 2, telle la Fillion, le comptent au verset 12 ; celles qui commencent la numérotation au premier mot de la prière le comptent au verset 10. C'est le même verset.
Son sens est le cœur de tout le psaume. David ne demande pas seulement d'être lavé : il demande une création. Le verbe employé est celui de la Genèse — créer, faire de rien. Le pécheur ne peut pas se refaire lui-même un cœur pur ; seul Dieu le peut, par la grâce. Le verset suivant, « ne me retire pas ton esprit saint », dit la même chose : la vie de l'âme est un don, et le péché mortel l'a perdue. C'est pourquoi la tradition fait de ce verset la prière par excellence de celui qui sort de la confession : l'absolution n'est pas une déclaration, elle est une re-création de l'âme dans la grâce.
David, Nathan et le sens traditionnel du psaume
Le titre du psaume renvoie au deuxième livre des Rois (chapitres 11 et 12) : David a pris Bethsabée, femme d'Urie, et a fait périr Urie au combat. Nathan le prophète vient le trouver et lui dit : « Tu es cet homme. » David ne se défend pas, ne s'excuse pas, n'accuse personne : « J'ai péché contre le Seigneur. » Le psaume 51 est cette confession mise en prière.
Les Pères de l'Église y ont lu le modèle parfait de la pénitence. Saint Augustin, qui a commenté ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, avertit que David est proposé aux pécheurs non pour qu'ils tombent, mais pour que, tombés, ils se relèvent comme lui. Se relever, c'est revenir à la voie du juste que le psaume 1 oppose, dès le seuil du Psautier, à celle des pécheurs qui mène à la ruine. Tout y est : l'aveu sans détour (« je reconnais mes transgressions »), la contrition (« un cœur brisé et contrit »), la racine du mal reconnue jusque dans la nature blessée (« ma mère m'a conçu dans le péché », que la tradition lit du péché originel), et la satisfaction (« j'enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent »). Cette nature blessée que David reconnaît en lui, tout le Psautier la confesse : le psaume 53 constate qu'aucun homme ne fait le bien par ses seules forces et que le pécheur ne peut se relever sans la grâce. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la pénitence intérieure — la douleur de l'âme qui déteste son péché — est la matière même du sacrement ; le Miserere en est l'expression scripturaire, et il prolonge naturellement l'acte de contrition.
Le Miserere dans la liturgie traditionnelle
Peu de psaumes tiennent une telle place dans la liturgie de l'Église.
- Au Bréviaire romain. Dans le psautier traditionnel antérieur à saint Pie X, le psaume 50 se disait chaque jour à Laudes. Dans le Bréviaire de 1962, il ouvre les Laudes du second schéma, employées aux féries de l'Avent, du Carême et du temps de la Passion, aux Quatre-Temps et aux vigiles : aux jours de pénitence, l'Église commence sa louange du matin par le Miserere.
- Les sept psaumes de la pénitence. Il est le quatrième et le plus célèbre des sept psaumes que la tradition assigne à la pénitence, récités notamment en Carême.
- L'Asperges. Avant la grand-messe du dimanche, le prêtre asperge le peuple d'eau bénite en chantant un verset de ce psaume : Aspérges me, Dómine, hyssópo, et mundábor — « Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur ».
- Les Ténèbres et l'office des défunts. À l'office des Ténèbres de la Semaine sainte, le Miserere est chanté — Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre l'Église s'unissant par ce psaume à la Passion de son Époux. Il se retrouve aussi aux Laudes de l'office des défunts.
Comment et quand prier le psaume 51
Ce psaume est la prière de tout pécheur, c'est-à-dire de tout homme. La tradition en indique les moments propres.
- Avant et après la confession. Le prier avant, pour demander la contrition ; le redire après, en action de grâces pour le cœur pur re-créé.
- En Carême et le vendredi. Aux temps et jours de pénitence, l'Église elle-même le met à Laudes ; le fidèle fait bien de l'y suivre.
- Après une chute. Sans attendre, comme David devant Nathan : l'aveu immédiat, sans excuse, puis le recours à la confession.
- Pour les défunts et pour les pécheurs. L'Église le chante pour ses morts ; on peut l'offrir aussi pour la conversion d'une âme.
Le prier lentement, verset par verset, en laissant chaque mot peser. Retenir au moins le premier verset latin, Miserére mei, Deus, secúndum magnam misericórdiam tuam : c'est par lui que l'Église gémit depuis toujours.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 51 est-il aussi appelé psaume 50 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 50 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, comme psaume 51. C'est le même psaume, le Miserere.
Qui a écrit le psaume 51 et dans quelles circonstances ?
David, roi d'Israël, après son double péché — l'adultère avec Bethsabée et la mort d'Urie —, lorsque le prophète Nathan vint le lui reprocher (deuxième livre des Rois, chapitres 11 et 12). Le titre du psaume l'indique lui-même. Comme pour tout le Psautier, l'auteur premier est l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifie « crée en moi un cœur pur » (psaume 51, 10) ?
Ce verset — numéroté 51, 10 ou 51, 12 selon les éditions — demande à Dieu ce que le pécheur ne peut pas se donner : un cœur nouveau. Le verbe est celui de la création. La tradition y lit l'œuvre de la grâce sanctifiante, perdue par le péché mortel et rendue par l'absolution dans la confession.
Le psaume 51 de la version Louis Segond est-il le même texte ?
C'est le même psaume, dans une traduction protestante du XIXe siècle. Pour un catholique, la version de référence en français est la Bible de l'abbé Fillion, traduction catholique approuvée, dont nous donnons ici le texte intégral ; la référence canonique demeure la Vulgate latine, où il est le psaume 50.
Où lire le psaume 51 dans une bible catholique ?
Dans le livre des Psaumes, au psaume 51 de la Bible de Fillion (numérotation hébraïque) ou au psaume 50 des éditions qui suivent la Vulgate. Il commence par « Aie pitié de moi, ô Dieu » — Miserére mei, Deus.
Quand l'Église chante-t-elle le Miserere ?
Aux Laudes des jours de pénitence dans le Bréviaire de 1962 (et chaque jour dans le psautier antérieur à saint Pie X), à l'Asperges avant la grand-messe du dimanche, à l'office des Ténèbres de la Semaine sainte, aux Laudes de l'office des défunts, et parmi les sept psaumes de la pénitence.
Quels sont les sept psaumes de la pénitence ?
Dans la numérotation de la Vulgate : les psaumes 6, 31, 37, 50, 101, 129 et 142 (soit 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143 en numérotation hébraïque). Le Miserere en est le quatrième et le plus connu ; le psaume 129 est le De profundis.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion et en latin, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Texte français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), Psaume 51. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 50. Circonstances : deuxième livre des Rois (2 Samuel), chapitres 11–12 (Fillion). Commentaire patristique : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 50. Doctrine de la pénitence et de la contrition : Catéchisme du concile de Trente (le sacrement de pénitence). Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, rubriques de 1960) ; Missale Romanum (rit de l'Asperges) ; Dom Guéranger, L'Année liturgique (le temps de la Passion et la Semaine sainte).