Les Psaumes
Psaume 59 : la prière de David contre ses ennemis (texte complet)
Le psaume 59 (psaume 58 de la Vulgate) est la prière de David quand Saül fit garder sa maison pour le tuer : « Délivre-moi de mes ennemis. » Texte complet dans la Bible de Fillion, sens des Pères et usage à la None du bréviaire.

Le psaume 59 est la prière de David traqué : Saül a envoyé des hommes garder sa maison pour le mettre à mort, et du fond de ce péril monte le cri « Délivre-moi de mes ennemis, ô mon Dieu. » Ce que la plupart des Bibles appellent aujourd'hui psaume 59 est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église, le psaume 58 de la Vulgate. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, l'explication de la double numérotation, le sens qu'en donnent les Pères, sa place à l'office de 1962 et la manière de le prier.
Psaume 59 ou psaume 58 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez sous le nom de « psaume 59 » porte, dans la Vulgate latine de saint Jérôme et dans la Septante grecque, le numéro 58. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de compter les psaumes. La numérotation grecque et latine, celle dont l'Église s'est servie plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères, réunit en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Du psaume 10 au psaume 113, la Vulgate compte donc un numéro de retard sur l'hébreu.
Ainsi : psaume 59 (numérotation hébraïque) = psaume 58 (Vulgate). C'est le même psaume, qui commence en latin par Eripe me de inimicis meis, Deus meus. Que vous ouvriez une Bible catholique (Fillion) ou une Bible protestante (Louis Segond), le numéro 59 relève de la numérotation hébraïque et désigne ce même texte ; nous suivons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate. Cette double numérotation traverse tout le psautier ; la différence tient au comptage, jamais aux paroles inspirées.
Le texte complet du psaume 59 (traduction Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate.
Psaume 59 (Vulgate 58)
N'exterminez pas ; de David, pour l'inscription du titre, quand Saül envoya garder sa maison pour le tuer.
Sauvez-moi des mains de mes ennemis, ô mon Dieu, et délivrez-moi de ceux qui se lèvent contre moi.
Délivrez-moi de ceux qui commettent l'iniquité, et sauvez-moi des hommes de sang.
Car voici qu'ils se sont rendus maîtres de ma vie ; des hommes puissants se sont précipités sur moi.
Il n'y a eu ni faute ni péché de ma part, Seigneur ; j'ai couru et j'ai conduit mes pas sans injustice.
Levez-Vous au-devant de moi, et voyez. Et Vous, Seigneur, Dieu des armées, Seigneur d'Israël, appliquez-Vous à visiter toutes les nations ; n'ayez pas pitié de tous ceux qui commettent l'iniquité.
Ils reviendront le soir, et ils seront affamés comme des chiens, et ils feront le tour de la ville.
Voici qu'ils parleront de leur bouche, et un glaive sera sur leurs lèvres ; car qui est-ce qui a entendu ?
Et Vous, Seigneur, Vous Vous rirez d'eux ; Vous réduirez à néant toutes les nations.
C'est en Vous que je conserverai ma force ; car, ô Dieu, Vous êtes mon défenseur.
La miséricorde de mon Dieu me préviendra.
Dieu me fera regarder par-dessus mes ennemis. Ne les tuez pas, de peur qu'on n'oublie, mon peuple. Dispersez-les par Votre puissance, et renversez-les, Seigneur, Vous qui êtes mon protecteur,
à cause du crime de leur bouche, des paroles de leurs lèvres ; et qu'ils soient pris dans leur orgueil. Et l'on publiera leurs malédictions et leurs mensonges,
au jour de la consommation, dans la colère de la consommation ; et ils ne seront plus. Et ils sauront que Dieu régnera sur Jacob et jusqu'aux extrémités de la terre.
Ils reviendront le soir, et ils seront affamés comme des chiens, et ils feront le tour de la ville.
Ils se disperseront pour manger ; mais, s'ils ne sont point rassasiés, ils murmureront.
Mais moi, je chanterai Votre puissance, et le matin je célébrerai avec joie Votre miséricorde. Car Vous Vous êtes fait mon protecteur et mon refuge au jour de ma tribulation.
O mon défenseur, je Vous célébrerai, parce que Vous êtes le Dieu qui me protégez, mon Dieu, ma miséricorde.
En latin, le psaume s'ouvre par Eripe me de inimicis meis, Deus meus, incipit sous lequel le bréviaire l'a toujours chanté.
Le contexte : la maison gardée pour tuer David
Le titre du psaume donne lui-même la circonstance : Saül, jaloux du jeune David, « envoya garder sa maison pour le mettre à mort ». L'épisode est raconté au premier livre des Rois : des hommes cernent la demeure de David dans la nuit pour le saisir au matin, et Michol, sa femme, le fait descendre par la fenêtre (1 Samuel 19, 11). De là les images du psaume : les ennemis qui « reviennent le soir », qui « grondent comme le chien » et « font le tour de la ville », rôdant autour de la maison comme des bêtes affamées.
Le psaume n'est pas d'abord une plainte, mais un acte de confiance. David proteste son innocence — « sans que je sois coupable, sans que j'aie péché » — et remet sa cause entre les mains de Dieu, comme il le fait au psaume 3, fuyant Absalom, ou au psaume 35, livrant à Dieu ceux qui le persécutent sans motif. Le mot qui revient est forteresse : « car Dieu est ma forteresse ». L'homme entouré d'ennemis ne compte plus sur ses forces, mais sur celle de Dieu seul. C'est le même appui que cherche l'exilé du psaume 61, qui nomme Dieu « une tour puissante contre l'ennemi ».
Le sens traditionnel : les Pères et saint Augustin
Les Pères ont lu ce psaume dans le Christ : la voix de David traqué est celle de Jésus livré, entouré de ceux qui veulent sa mort alors qu'il est sans péché. Saint Augustin, dans son commentaire des psaumes (Enarratio in Psalmum LVIII), s'arrête sur le verset « Ne les tue pas, de peur que mon peuple n'oublie ; fais-les errer. » Il y voit une prophétie : les ennemis ne sont pas anéantis mais dispersés, gardés comme témoins malgré eux, portant les Écritures qui annoncent Celui qu'ils ont refusé.
Cette lecture éclaire le caractère de ce que la tradition nomme un psaume imprécatoire, ce genre auquel appartient aussi le psaume 58, où David remet aux mains du Dieu qui juge la terre le sort des méchants. Les malédictions — « détruis-les dans ta fureur » — ne sont pas la vengeance d'un cœur aigri, mais le désir que triomphe la justice de Dieu et que « les nations sachent que Dieu règne sur Jacob ». Ce n'est pas l'homme qui se venge ; c'est le juste qui remet à Dieu le soin de juger, sûr que Dieu « se rit » de l'orgueil des méchants.
Le psaume 59 dans l'office de 1962 : la None du mercredi
Dans le psautier de saint Pie X (1911), tel que le bréviaire de 1962 le conserve, le psaume 58 de la Vulgate est chanté à None, la dernière des petites heures, le mercredi (Feria IV), réparti en deux parties. L'antienne du jour, tirée du psaume lui-même, en résume l'esprit : Deus meus, misericordia tua praeveniet me — « Mon Dieu, ta miséricorde me préviendra », écho du verset « Le Dieu qui m'est propice viendra au-devant de moi ». Ainsi, chaque semaine, l'Église fait sienne la prière de David traqué et la remet dans la bouche de tous ceux que le mal environne.
Quand et comment prier le psaume 59
Ce psaume est la prière de qui se sait injustement menacé et refuse de se faire justice lui-même. La tradition l'emploie de plusieurs manières :
- Dans la persécution injuste. Quand on est calomnié, cerné, trahi sans l'avoir mérité, ce psaume met des mots sur l'angoisse et la remet à Dieu, seul juge et seule forteresse. C'est un des grands textes de la prière de protection contre les ennemis de l'âme et du corps.
- Le matin. Le psaume s'achève sur un vœu : « et le matin je célébrerai ta bonté ». Après la nuit du danger vient l'action de grâces de l'aube ; on peut le joindre à la prière du matin comme un chant de délivrance.
- Contre les tentations. Les Pères ont vu dans les ennemis qui rôdent « comme le chien » les assauts de l'ennemi des âmes. Prié dans ce sens, le psaume 59 rejoint les grands psaumes de confiance, tel le psaume 91, le « Qui habitat » de la protection divine.
Priez-le sans hâte, laissant chaque image se poser, et terminez comme le fait l'Église, par le Gloire au Père (Gloria Patri). La force du psaume n'est pas dans les mots, mais en Celui à qui ils s'adressent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 59 est-il aussi appelé psaume 58 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles — le comptent comme psaume 58, parce qu'elles réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. La numérotation hébraïque, reprise par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 59. C'est le même psaume, Eripe me de inimicis meis.
Qui a écrit le psaume 59 ?
Le titre l'attribue à David : « Hymne de David. Lorsque Saül envoya garder sa maison pour le mettre à mort. » C'est la lecture constante de l'Église. Comme pour tout psaume, l'auteur humain n'est que l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Quel est le contexte historique du psaume 59 ?
Il renvoie à l'épisode où Saül, voulant tuer David, fait cerner sa maison de nuit ; David s'échappe par une fenêtre grâce à Michol (1 Samuel 19, 11). Les images des ennemis qui « reviennent le soir » et « font le tour de la ville » décrivent ces hommes rôdant autour de la demeure pour le saisir.
Où trouver le psaume 59 dans la Bible ?
Dans le livre des Psaumes (le Psautier), à l'Ancien Testament. Dans les Bibles de numérotation hébraïque — Fillion moderne, Louis Segond — c'est le psaume 59 ; dans les Bibles de numérotation traditionnelle et au bréviaire, c'est le psaume 58 de la Vulgate, qui commence par Eripe me de inimicis meis, Deus meus.
Le psaume 59 est-il une prière contre les ennemis ?
Oui. D'un bout à l'autre il demande la délivrance des « hommes de sang » et des « adversaires ». Mais ce n'est pas une formule de vengeance : David proteste son innocence et remet sa cause à Dieu, « sa forteresse », attendant de Lui seul le jugement. La tradition en fait une prière de confiance dans la persécution injuste.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 59 ?
Dans le bréviaire de 1962, selon le psautier de saint Pie X, il est chanté à None le mercredi, avec l'antienne Deus meus, misericordia tua praeveniet me. C'est le moment que l'Église lui a assigné dans le cours de la semaine.
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Sources. Texte français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, Psaume 58 (Vulg. LVIII), versets 1–18 (corpus Iter Fidei, bible-fillion). Incipit latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 58, Eripe me de inimicis meis, Deus meus. Contexte historique : premier livre des Rois (1 Samuel) 19, 11 (Fillion). Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Enarratio in Psalmum LVIII. Usage liturgique : Breviarium Romanum, psautier de saint Pie X (1911), None du mercredi (Feria IV), antienne Deus meus, misericordia tua praeveniet me.