Les Psaumes
Psaume 18 : Je t'aime, le Seigneur, ma force (Psaume 17 de la Vulgate)
Le psaume 18 est le grand cantique d'action de grâces de David délivré de Saül et de tous ses ennemis. Texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des Pères et place au bréviaire de 1962.

Le psaume 18 est le grand cantique d'action de grâces de David : au jour où Dieu l'eut délivré de la main de Saül et de tous ses ennemis, le roi chante celui qui fut son rocher, sa forteresse et son libérateur. Il s'ouvre sur le cri le plus intime du Psautier, « Je Vous aimerai, Seigneur, Vous qui êtes ma force », et il se déploie en une immense action de grâces où toute la création tremble devant le Dieu qui descend sauver son serviteur. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu et sa place dans la liturgie. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci.
Psaume 18 ou psaume 17 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez en tapant « psaume 18 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 17. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes.
La différence vient du regroupement des psaumes 9 et 10. L'hébreu en fait deux psaumes distincts ; la Septante et la Vulgate n'en font qu'un seul. À partir de là, et jusqu'au psaume 147, la numérotation latine reste d'une unité en arrière de l'hébraïque. Ainsi le psaume 18 (numérotation hébraïque) est le psaume 17 (Vulgate), celui qui commence en latin par « Diligam te, Domine, fortitudo mea ». C'est cette numérotation latine que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères. Dans cet article nous suivons le texte de la Vulgate, mais sous le titre « psaume 18 » que cherche le lecteur d'aujourd'hui.
Ceux qui consultent une bible protestante — la Louis Segond, souvent recherchée — y trouveront le même psaume au numéro 18, puisque Segond suit la numérotation hébraïque. Une seule différence de comptage subsiste : Segond compte le titre du psaume (« Au chef des chantres… ») comme premier verset, de sorte que le « Je t'aime » y devient le verset 2. C'est pourquoi l'on cherche parfois « psaume 18 2 » : c'est le verset d'ouverture. Nous donnons ci-dessous le texte dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, plus sûre que les traductions séparées de l'Église.
Le texte complet du psaume 18
Voici le psaume en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate.
Psaume 18 (17 de la Vulgate)
Pour la fin, de David, serviteur du Seigneur, qui adressa au Seigneur les paroles de ce cantique, au jour où le Seigneur le délivra de la main de tous ses ennemis et de la main de Saül ; et il dit :
Je Vous aimerai, Seigneur, Vous qui êtes ma force.
Le Seigneur est mon ferme appui, mon refuge et mon libérateur. Mon Dieu est mon secours, et j'espérerai en Lui. Il est mon protecteur, et la corne de mon salut, et mon défenseur.
J'invoquerai le Seigneur en Le louant, et je serai délivré de mes ennemis.
Les douleurs de la mort m'ont environné, et les torrents de l'iniquité m'ont rempli de trouble.
Les douleurs de l'enfer m'ont entouré, les filets de la mort m'ont saisi.
Dans mon affliction j'ai invoqué le Seigneur, et j'ai crié vers mon Dieu. Et de Son saint temple Il a entendu ma voix ; et mon cri a pénétré en Sa présence jusqu'à Ses oreilles.
La terre a été ébranlée et a tremblé ; les fondements des montagnes ont été secoués et agités, parce qu'Il S'est irrité contre elles.
La fumée a monté à cause de Sa colère, et le feu s'est allumé par Ses regards ; des charbons en ont été embrasés.
Il a abaissé les cieux, et est descendu ; un nuage obscur était sous Ses pieds.
Et Il est monté sur les chérubins, et Il S'est envolé ; Il a volé sur les ailes des vents.
Et Il a fait des ténèbres le lieu de Sa retraite ; Sa tente était tout autour de Lui, l'eau ténébreuse des nuées de l'air.
Devant l'éclat de Sa présence, les nuées se sont élancées ; de la grêle et des charbons de feu.
Et le Seigneur a tonné du haut du Ciel, et le Très-Haut a fait entendre Sa voix ; de la grêle et des charbons de feu.
Et Il a tiré Ses flèches, et Il les a dispersés ; Il a multiplié les éclairs, et Il les a mis en déroute.
Alors les sources des eaux ont paru, et les fondements de la terre ont été mis à nu Votre menace, Seigneur, et par le souffle impétueux de Votre colère.
Il a tendu d'en haut Sa main et Il m'a pris, et Il m'a tiré de l'inondation des eaux.
Il m'a arraché à mes très puissant ennemis, et à ceux qui me haïssaient, car ils étaient plus forts que moi.
Ils m'ont attaqué les premiers au jour de mon affliction, et le Seigneur S'est fait mon protecteur.
Il m'a retiré et mis au large ; Il m'a sauvé parce qu'Il m'aimait.
Et le Seigneur me rendra selon ma justice ; Il me récompensera selon la pureté de mes mains.
Car j'ai gardé les voies du Seigneur, et n'ai rien fait d'impie qui m'éloignât de mon Dieu.
Car tous Ses jugements sont présents devant moi, et je n'ai point rejeté Ses préceptes loin de moi.
Et je serai sans tache envers Lui, et je me garderai de mon iniquité.
Et le Seigneur me rendra selon ma justice, et selon la pureté de mes mains qui est présente à Ses yeux.
Avec celui qui est saint Vous serez saint, et avec l'homme qui est innocent Vous serez innocent.
Avec celui qui est pur Vous serez pur, et avec le pervers vous agirez avec détours.
Car Vous sauverez le peuple qui est humble, et Vous humilierez les yeux des superbes.
Car c'est Vous, Seigneur, qui allumez ma lampe ; mon Dieu, éclairez mes ténèbres.
Car par Vous je serai arraché à la tentation, et par mon Dieu je franchirai le mur.
La voie de mon Dieu est pure ; les paroles du Seigneur sont éprouvées au feu ; Il est le protecteur de tous ceux qui espèrent en Lui.
Car qui est Dieu, si ce n'est le Seigneur ? et qui est Dieu, si ce n'est notre Dieu ?
Le Dieu qui m'a ceint de force, et qui a rendu ma voie immaculée ;
qui a fait mes pieds agiles comme ceux des cerfs, et m'a établi sur les hauts lieux ;
qui enseigne à mes mains le combat, et c'est Vous qui avez fait de mes bras comme un arc d'airain ;
et Vous m'avez donné Votre protection pour me sauver, et Votre droite m'a soutenu ; et Vos leçons m'ont corrigé jusqu'à la fin, et ces leçons continuent de m'instruire.
Vous avez élargi la voie sous mes pas, et mes pieds ne se sont point affaiblis.
Je poursuivrai mes ennemis, et je les atteindrai ; et je ne m'en retournerai pas qu'ils ne soient anéantis.
Je les briserai, et ils ne pourront se tenir debout ; ils tomberont sous mes pieds.
Car Vous m'avez ceint de force pour la guerre, et Vous avez abattu sous moi ceux qui s'élevaient contre moi.
Et Vous avez fait tourner le dos à mes ennemis devant moi, et Vous avez exterminé ceux qui me haïssaient.
Ils ont crié, et il n'y avait personne pour les sauver ; ils ont appelé le Seigneur, et Il ne les a pas exaucés.
Et je les briserai comme la poussière que le vent emporte ; je les écraserai comme la boue des rues.
Vous me délivrerez des dissensions du peuple ; Vous m'établirez chef des nations.
Un peuple que je ne connaissais pas m'a été assujetti ; il m'a obéi au premier ordre.
Les fils de l'étranger m'ont menti ; les fils de l'étranger sont en défaillance, et ils sont sortis en chancelant de leurs sentiers.
Vive le Seigneur, et béni soit mon Dieu ! et que le Dieu de mon salut soit exalté !
O Dieu, qui prenez soin de me venger, et qui me soumettez les peuples ; Vous qui me délivrez de mes ennemis furieux.
Et Vous m'élèverez au-dessus de ceux qui se dressent contre moi ; Vous m'arracherez des mains de l'homme inique.
C'est pourquoi je Vous louerai, Seigneur, parmi les nations, et je chanterai un cantique à la gloire de Votre Nom ;
à la gloire d'un Dieu qui procure de merveilleuses délivrances à Son Roi, et qui fait miséricorde à David Son oint, et à sa postérité jusqu'à la fin des siècles.
Ce long cantique se retrouve presque mot pour mot au second livre de Samuel (2 Samuel 22), placé à la fin de la vie de David comme le chant récapitulatif de toute son existence sauvée. C'est le même poème, conservé deux fois par l'Écriture : signe de l'importance qu'Israël lui accordait.
Le sens du psaume : de David au Christ
Le psaume 18 est bâti sur une seule certitude : Dieu descend sauver celui qui l'invoque. Les premières images sont concrètes et pressées — le rocher, la forteresse, le bouclier, la corne du salut. Puis vient la grande théophanie : le ciel s'abaisse, la terre tremble, Dieu chevauche les chérubins et vole sur les ailes du vent pour arracher son serviteur « des grandes eaux ». Aucun autre psaume ne peint avec une telle force l'intervention de Dieu dans l'histoire d'un homme. Là où le psaume 19 fait raconter aux cieux la gloire de Dieu dans la paix du jour, celui-ci montre ces mêmes cieux s'ouvrir et tonner pour descendre au secours de son serviteur.
Les Pères, et saint Augustin le premier dans ses Enarrationes in Psalmos, ont lu ce psaume comme la voix du Christ et de son Corps. Les « liens de la mort » et les « liens du schéol » dont le priant est délivré annoncent la descente aux enfers et la Résurrection : le Christ, vrai fils de David, est réellement tiré des grandes eaux de la mort. Et la fin du psaume achève cette lecture : « je te louerai parmi les nations… des peuples que je ne connaissais pas me sont asservis » est, pour Augustin, l'appel des Gentils, l'Église rassemblée d'entre toutes les nations autour du Christ ressuscité. Le dernier mot, « à David et à sa postérité pour toujours », ne désigne plus seulement le roi d'Israël, mais celui dont le règne n'aura pas de fin. Le psaume que David chante pour lui-même, l'Église le chante du Christ, et de chacun de nous en lui.
Il faut noter aussi la sobriété doctrinale du texte sur la justice de David. Quand il dit « le Seigneur me rendra selon ma justice », il ne se vante pas d'être sans péché — le psaume 51, son grand acte de pénitence, dit assez le contraire — mais il proclame que sa cause était droite face à Saül qui le persécutait injustement. C'est la confiance de l'innocent persécuté, non la présomption de l'orgueilleux, dans la ligne du roi David tel que l'Écriture le montre.
La place du psaume 18 dans la liturgie
Dans le bréviaire de 1962, qui suit la distribution du Psautier de saint Pie X, le psaume 17 (notre psaume 18) est chanté aux Matines du lundi. En raison de sa longueur, il y est divisé en trois parties réparties sur les nocturnes de l'office de nuit. C'est ainsi que l'Église le prie chaque semaine, dans le grand office de louange nocturne dont nous parlons à propos du bréviaire. Plusieurs de ses versets nourrissent en outre les antiennes et les répons du temps, tant l'image du Dieu rocher et libérateur convient à toute prière de délivrance. Il voisine dans ces veilles nocturnes avec la Prière de David, autre cri du juste tiré de la main de ses ennemis.
Quand et comment prier le psaume 18
Ce psaume est la prière de l'action de grâces après une délivrance. On le récite naturellement lorsque Dieu nous a tirés d'un danger, d'une maladie, d'une épreuve où l'on se croyait perdu : il met sur nos lèvres la reconnaissance que nous ne savons pas toujours formuler. Il est aussi la prière du combat spirituel, car ses images guerrières — « qui forme mes mains au combat » — s'entendent, chez les Pères, de la lutte contre le péché et l'ennemi des âmes. On le rapproche alors du psaume 20, la supplication que l'on élève avant la bataille, sûr que le salut vient du Nom de Dieu et non des chars ni des chevaux.
Priez-le sans hâte, en laissant chaque image se déposer, et unissez-le aux autres grands psaumes de confiance : le psaume 91, la prière de protection sous l'ombre du Très-Haut, et le psaume 22, le psaume de la Passion que le Christ récita sur la croix. Terminez, comme le fait toujours l'Église, par le Gloire au Père, qui rapporte au Dieu trine la louange que David adressait à son libérateur. Le psaume 18 prend ainsi sa place dans la prière quotidienne, entre la supplication et le chant de victoire.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 18 est-il aussi appelé psaume 17 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, employées par l'Église pendant plus de quinze siècles, comptent ce psaume comme le 17, parce qu'elles réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. La numérotation hébraïque, reprise par les bibles modernes, le compte comme 18. C'est le même psaume, « Diligam te, Domine ».
Que dit le psaume 18, verset 2 ?
Dans la numérotation de la Louis Segond, qui compte le titre comme premier verset, le verset 2 est le cri d'ouverture : « Je Vous aimerai, Seigneur, Vous qui êtes ma force ». C'est la déclaration d'amour la plus directe du Psautier, aussitôt suivie de l'énumération des titres de Dieu : rocher, forteresse, libérateur, bouclier, corne du salut.
Qui a écrit le psaume 18 ?
Le titre l'attribue à David, « serviteur du Seigneur », et le situe au jour où Dieu l'eut délivré de Saül et de tous ses ennemis. C'est la lecture constante de l'Église. Le même cantique se lit au second livre de Samuel, chapitre 22. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint.
Quelle différence entre le psaume 18 catholique et celui de la Louis Segond ?
C'est le même psaume. La Louis Segond, bible protestante, suit la numérotation hébraïque et le comptage des versets qui inclut le titre. Nous donnons ici le texte dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, celle que nous recommandons pour la prière ; sur ce qui sépare les deux traditions, voyez notre article catholique ou protestant.
Le psaume 18 parle-t-il du Christ ?
Oui, selon la lecture des Pères. Saint Augustin y voit la voix du Christ délivré des « liens de la mort » — sa Résurrection — et l'appel des nations à la fin du psaume : « je te louerai parmi les nations ». Le dernier verset, « à David et à sa postérité pour toujours », désigne le règne sans fin du Christ, fils de David.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 18 ?
Dans le bréviaire de 1962, elle le chante aux Matines du lundi, où il est réparti en trois parties à cause de sa longueur. C'est l'un des grands psaumes de l'office de nuit. On peut le prier soi-même en action de grâces après une délivrance, ou comme prière du combat spirituel.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion, les prières et le calendrier de 1962, avec l'audio pour prier chaque jour. Télécharger l'application.
Sources. Texte du psaume : La Sainte Bible (texte latin et traduction française) de l'abbé Louis-Claude Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 18 (17 de la Vulgate), versets 1 à 51. Cantique parallèle : 2 Samuel 22. Numérotation Vulgate / Septante : usage de la Vulgate Sixto-Clémentine. Sens christologique et lecture des « liens de la mort » : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Psaume 17. Place au bréviaire : distribution du Psautier de saint Pie X (Divino afflatu, 1911), Matines du lundi, reprise dans le Breviarium Romanum de 1962.