Les Psaumes
Psaume 143 : texte complet et sens (psaume 142 de la Vulgate)
Le psaume 143 est le dernier des sept psaumes de la pénitence — le psaume 142 de la Vulgate, Domine, exaudi orationem meam. Texte complet dans la Bible de Fillion et en latin, sens traditionnel et place dans la liturgie de 1962.

Le psaume 143 est le dernier des sept psaumes de la pénitence : la prière de David traqué, qui ne demande pas d'être jugé mais d'être fait miséricorde — « N'entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun homme vivant n'est juste devant toi. » Dans la numérotation traditionnelle de l'Église, il porte le numéro 142 et commence en latin Domine, exaudi orationem meam. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son latin, son sens traditionnel et sa place dans la liturgie.
Psaume 143 ou psaume 142 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 143 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 142. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, et la différence vient du découpage de deux psaumes au début du Psautier.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — et déjà par le abbé Fillion dans sa traduction catholique —, ajoute une unité à partir du psaume 10. Donc : psaume 143 (numérotation hébraïque) = psaume 142 (Vulgate). C'est le même psaume. Ce qui vaut ici vaut pour l'ensemble des psaumes de cette section du Psautier.
Le texte complet du psaume 143 (traduction Fillion, sur la Vulgate)
Voici le psaume dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate latine, la bible catholique française classique et traditionnelle. Le titre latin de la Vulgate ajoute une circonstance que le texte hébreu ne porte pas : quando persequebatur eum Absalom filius ejus — « lorsque son fils Absalom le poursuivait ». La tradition y a lu la prière de David en fuite devant son propre fils révolté. Comme le psaume 142, le cri de David caché dans la caverne, c'est la voix du roi traqué qui n'espère qu'en Dieu ; et comme le psaume 144, il supplie d'être délivré de la main des ennemis, « car je suis ton serviteur ».
Psaume 143 (142 de la Vulgate)
Psaume de David, lorsque son fils Absalon le poursuivait. Seigneur, exaucez ma prière ; prêtez l'oreille à ma supplication selon Votre vérité ; exaucez-moi selon Votre justice.
Et n'entrez pas en jugement avec Votre serviteur, parce que nul homme vivant ne sera trouvé juste devant Vous.
Car l'ennemi a poursuivi mon âme ; il a humilié ma vie jusqu'à terre. Il m'a placé dans les lieux obscurs, comme ceux qui sont morts depuis longtemps.
Mon esprit s'est replié sur moi dans son angoisse ; mon cœur a été troublé au dedans de moi.
Je me suis souvenu des jours anciens ; j'ai médité sur toutes Vos œuvres ; j'ai médité sur les ouvrages de Vos mains.
J'ai étendu mes mains vers Vous ; mon âme est devant Vous comme une terre sans eau.
Hâtez-Vous, Seigneur, de m'exaucer ; mon esprit est tombé en défaillance. Ne détournez pas de moi Votre visage, de peur que je ne sois semblable à ceux qui descendent dans la fosse.
Faites-moi sentir dès le matin Votre miséricorde, parce que j'ai espéré en Vous. Faites-moi connaître la voie où je dois marcher, parce que j'ai élevé mon âme vers Vous.
Délivrez-moi de mes ennemis, Seigneur, je me réfugie auprès de Vous.
Enseignez-moi à faire Votre volonté, parce que Vous êtes mon Dieu. Votre bon esprit me conduira dans une terre droite et unie.
Seigneur, à cause de Votre Nom Vous me ferez vivre dans Votre justice. Vous ferez sortir mon âme de la tribulation,
et, dans Votre miséricorde, Vous détruirez mes ennemis. et Vous perdrez tous ceux qui persécutent mon âme, car je suis Votre serviteur.
Le psaume 143 en latin (Vulgate) — Domine, exaudi orationem meam
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante depuis des siècles :
Psalmus 142
Psalmus David, quando persequebatur eum Absalom filius ejus. Dómine, exáudi oratiónem meam ; áuribus pércipe obsecratiónem meam in veritáte tua ; exáudi me in tua justítia.
Et non intres in judícium cum servo tuo, quia non justificábitur in conspéctu tuo omnis vivens.
Quia persecútus est inimícus ánimam meam ; humiliávit in terra vitam meam ; collocávit me in obscúris, sicut mórtuos sǽculi.
Et anxiátus est super me spíritus meus ; in me turbátum est cor meum.
Memor fui diérum antiquórum ; meditátus sum in ómnibus opéribus tuis : in factis mánuum tuárum meditábar.
Expándi manus meas ad te ; ánima mea sicut terra sine aqua tibi.
Velóciter exáudi me, Dómine ; defécit spíritus meus. Non avértas fáciem tuam a me, et símilis ero descendéntibus in lacum.
Audítam fac mihi mane misericórdiam tuam, quia in te sperávi. Notam fac mihi viam in qua ámbulem, quia ad te levávi ánimam meam.
Éripe me de inimícis meis, Dómine : ad te confúgi.
Doce me fácere voluntátem tuam, quia Deus meus es tu. Spíritus tuus bonus dedúcet me in terram rectam.
Propter nomen tuum, Dómine, vivificábis me : in æquitáte tua, edúces de tribulatióne ánimam meam,
et in misericórdia tua dispérdes inimícos meos, et perdes omnes qui tríbulant ánimam meam, quóniam ego servus tuus sum.
« Fais-moi de bonne heure sentir ta bonté » : le psaume 143, 8
Le verset le plus cherché de ce psaume est le huitième : « Fais-moi de bonne heure sentir ta bonté, car c'est en toi que j'espère ; fais-moi connaître la voie où je dois marcher, car c'est vers toi que j'élève mon âme » — en latin Audítam fac mihi mane misericórdiam tuam. Le mot mane signifie « au matin », et c'est ainsi que le rend la version protestante Louis Segond, familière à beaucoup : « Fais-moi dès le matin entendre ta bonté. » L'homme qui a passé la nuit dans l'angoisse — le psaume vient de dire « mon esprit défaille » — demande que le jour se lève sur une parole de miséricorde.
Ce verset tient deux demandes en une : entendre la bonté de Dieu, et connaître la voie où marcher. La miséricorde reçue et la volonté à suivre ne se séparent pas. C'est pourquoi la tradition en fait un verset de commencement, propre au lever du jour, tout près de l'esprit de la prière du matin : l'âme confie sa journée à Celui dont elle attend à la fois le pardon et la conduite.
Le dernier des psaumes de la pénitence
Le psaume 143 est le septième et dernier des psaumes de la pénitence, cette série que la tradition a réunie pour exprimer la contrition du pécheur : les psaumes 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143 en numérotation hébraïque (6, 31, 37, 50, 101, 129 et 142 dans la Vulgate). Après le psaume 51, le grand Miserere, et le De profundis du psaume 130, le psaume 143 vient clore la série sur une note de pur abandon.
Son cœur est le second verset : « N'entre pas en jugement avec ton serviteur, car aucun homme vivant n'est juste devant toi. » Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, y voit l'aveu qui désarme la présomption : nul ne peut se tenir devant Dieu en réclamant son dû, car nul ne serait justifié par ses seules œuvres ; la seule issue est de demander non pas justice mais grâce. David ne plaide pas son innocence — il en appelle à la miséricorde. C'est la disposition même que réclame la confession : reconnaître qu'on n'a rien à négocier, et tout à recevoir. Le psaume passe alors de l'aveu à la prière de conduite — « Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu » —, car le pénitent absous demande aussitôt la grâce de ne plus retomber.
Le psaume 143 dans la liturgie traditionnelle
Ce psaume tient une place précise dans la prière de l'Église.
- Au Bréviaire romain. Le psaume 142 figure à l'office de Laudes dans le psautier ferial ; c'est aux Laudes, à l'aube, que se dit ce psaume dont le verset central demande la miséricorde « au matin ». On le trouve dans les livres de l'office divin parmi les psaumes de la louange matinale.
- Les sept psaumes de la pénitence. Comme septième et dernier de la série, il est récité en particulier pendant le Carême et aux jours de pénitence, lorsque l'Église fait dire ces sept psaumes à la suite.
- L'absoute des défunts. Le second verset de ce psaume — Non intres in judícium cum servo tuo, Dómine — est devenu le cri de l'Église pour ses morts. C'est la prière que le prêtre dit devant le cercueil, à l'absoute : nul homme ne sera justifié devant Dieu s'il est jugé sans miséricorde. Ce psaume est ainsi tout proche de la prière pour les défunts.
Comment et quand prier le psaume 143
Ce psaume est la prière de l'homme accablé qui ne compte plus que sur la bonté de Dieu. La tradition en indique les moments propres.
- Le matin. Le verset 8 lui donne son heure : « Fais-moi de bonne heure sentir ta bonté. » Le prier au réveil, pour confier le jour à la miséricorde et à la conduite de Dieu.
- Dans l'épreuve et la persécution. Quand l'ennemi « foule à terre ma vie » et que « l'esprit défaille », ce psaume met des mots sur l'accablement sans jamais quitter l'espérance : « c'est en toi que j'espère. »
- En Carême et après une chute. Comme psaume de pénitence, il prolonge naturellement l'acte de contrition : l'aveu que nul vivant n'est juste devant Dieu, et la demande d'un cœur qui apprenne enfin à faire sa volonté.
- Pour les défunts. Le dire pour ses morts, avec l'Église, en reprenant le Non intres in judicium : que Dieu ne les juge pas selon leurs fautes, mais selon sa bonté.
Le prier lentement, verset par verset. Retenir au moins le premier mot latin, Dómine, exáudi oratiónem meam : c'est par lui que l'Église supplie depuis toujours pour les vivants et pour les morts.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 143 est-il aussi appelé psaume 142 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 142 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, comme psaume 143. C'est le même psaume, qui commence par Domine, exaudi orationem meam.
Que dit le psaume 143, 8 ?
Le verset 8 demande : « Fais-moi de bonne heure sentir ta bonté, car c'est en toi que j'espère ; fais-moi connaître la voie où je dois marcher, car c'est vers toi que j'élève mon âme. » Le latin mane signifie « au matin » : l'âme demande, dès l'aube, d'entendre la miséricorde de Dieu et de connaître le chemin à suivre.
Le psaume 143 de la version Louis Segond est-il le même texte ?
C'est le même psaume, dans une traduction protestante du XIXe siècle. Pour un catholique, la version de référence en français est la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate et approuvée, dont nous donnons ici le texte intégral ; la référence canonique demeure la Vulgate latine, où il est le psaume 142.
Quels sont les sept psaumes de la pénitence ?
En numérotation hébraïque : les psaumes 6, 32, 38, 51, 102, 130 et 143 (soit 6, 31, 37, 50, 101, 129 et 142 dans la Vulgate). Le psaume 143 en est le septième et dernier ; le psaume 51 est le Miserere et le psaume 130 le De profundis.
Qui a écrit le psaume 143 ?
Le titre l'attribue à David. Le titre latin de la Vulgate précise la circonstance : « lorsque son fils Absalom le poursuivait ». Comme pour tout le Psautier, l'auteur premier est l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Quand l'Église prie-t-elle le psaume 143 ?
À Laudes dans le psautier du Bréviaire romain, parmi les sept psaumes de la pénitence récités en Carême et aux jours de pénitence, et à l'absoute des défunts, où son verset Non intres in judicium cum servo tuo est chanté devant le cercueil.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion et en latin, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Texte français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 143 (Vulg. 142). Texte latin : Vulgate Sixto-Clémentine, Psalmus 142. Commentaire patristique : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 142. Circonstance de la fuite devant Absalom : titre de la Vulgate (cf. deuxième livre des Rois / 2 Samuel, chapitres 15–17, Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier ferial, office de Laudes) ; Rituale Romanum et Missale Romanum (absoute des défunts, Non intres in judicium).