Les Psaumes
Psaume 15 : qui habitera dans ta tente ? (Psaume 14 de la Vulgate)
Le psaume 15 pose la grande question du juste : Le Seigneur, qui habitera dans ta tente ? Il y répond par le portrait de l'homme droit. Texte complet dans la Bible de Fillion, latin de la Vulgate, sens des Pères et place dans l'office.

Le psaume 15 pose la question la plus grave de la vie spirituelle et y répond aussitôt : « Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? ou qui reposera sur Votre montagne sainte ? » La réponse tient en un portrait, celui de l'homme juste qui vit sans tache et dit la vérité dans son cœur. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec le sens que les Pères lui ont reconnu et sa place dans l'Office.
Psaume 15 ou psaume 14 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme, héritée de la Septante grecque, est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes — dont la Bible de Fillion —, compte un numéro de plus sur presque tout le Psautier. Ce psaume porte donc deux numéros pour un seul texte : psaume 15 (hébreu) = psaume 14 (Vulgate), Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo. La règle vaut pour l'ensemble des psaumes : du psaume 10 au psaume 148, l'hébreu a une unité d'avance sur la Vulgate.
« Tu m'apprends le chemin de la vie » : psaume 15 ou psaume 16 ?
Beaucoup cherchent « psaume 15 » en pensant au refrain « Tu m'apprends, Seigneur, le chemin de la vie ». C'est encore un effet de la double numérotation. Ce refrain appartient au psaume « Garde-moi, ô Dieu », qui s'achève sur le verset « Tu me feras connaître le sentier de la vie » : la Vulgate et la liturgie l'appellent psaume 15, mais il porte le numéro 16 dans la numérotation hébraïque. Si c'est lui que vous cherchez, nous lui consacrons un article propre : le psaume 16, « Garde-moi, ô Dieu ». La présente page traite du psaume 15 hébraïque, « Qui habitera dans ta tente ? ».
Le texte complet du psaume 15 (traduction de l'abbé Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (La Sainte Bible, 1895), établie sur la Vulgate latine que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles, avec l'équivalence de la numérotation hébraïque en tête.
Psaume 15 (XIV de la Vulgate)
Psaume de David.
Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? ou qui reposera sur Votre montagne sainte ?
Celui qui vit sans tache, et qui pratique la justice ;
qui dit la vérité dans son cœur ; qui n'a point usé de tromperie dans ses paroles ; qui n'a pas fait de mal à son prochain, et qui n'a point accueilli de calomnie contre ses frères.
Le méchant est compté pour rien à ses yeux ; mais il honore ceux qui craignent le Seigneur. Il fait serment à son prochain et ne le trompe pas ;
il ne donne point son argent à usure, et ne reçoit pas de présents contre l'innocent. Celui qui se conduit ainsi ne sera jamais ébranlé.
Et le même psaume en latin, dans la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 14
Psalmus David. Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo ? aut quis requiescet in monte sancto tuo ?
Qui ingreditur sine macula, et operatur justitiam ;
qui loquitur veritatem in corde suo : qui non egit dolum in lingua sua, nec fecit proximo suo malum, et opprobrium non accepit adversus proximos suos.
Ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus ; timentes autem Dominum glorificat. Qui jurat proximo suo, et non decipit ;
qui pecuniam suam non dedit ad usuram, et munera super innocentem non accepit : qui facit hæc non movebitur in æternum.
Le portrait du juste
La question — qui peut demeurer près de Dieu ? — n'appelle ni offrande matérielle ni prouesse, mais une vie droite. David en énumère les traits. Trois regardent la langue, ce petit membre que l'Écriture surveille de près : ne pas calomnier, ne pas jeter l'opprobre sur son prochain, ne pas trahir sa parole ; le juste tient son serment même à son propre détriment. Deux regardent l'argent : il ne prête point à usure et n'accepte pas de présent contre l'innocent. Le Catéchisme du concile de Trente range précisément l'usure parmi les vols défendus par le septième commandement. Le psaume 15 est ainsi un examen de conscience en cinq versets : celui qui veut approcher de Dieu se mesure d'abord à sa parole et à son argent, et prépare de loin l'aveu de la confession. La dernière ligne en est la promesse : « Celui qui se conduit ainsi ne chancellera jamais. » Ce même juste, éprouvé jusque dans la nuit et trouvé sans mensonge, fait entendre sa voix dans la Prière de David, où l'orant demande à Dieu de sonder son cœur sans y rien trouver de trompeur.
Le sens traditionnel : saint Augustin et les Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos (sur le psaume 14 de la Vulgate), distingue les deux termes de la question. La tente — le tabernaculum — est la demeure du temps, celle du soldat en campagne : l'Église militante, où l'on habite par la foi tant que dure le combat. La montagne sainte est la demeure de l'éternité, le repos de l'Église triomphante. On entre dans la tente pour parvenir à la montagne ; la foi conduit à la vision. Et celui qui, seul, « marche sans tache » au sens plein est le Christ, la Tête ; ses membres n'y entrent qu'en lui. Car nul, laissé à ses seules forces, ne « fait le bien » sans la grâce : c'est le constat sévère du psaume 14, où le Seigneur cherche un juste du haut des cieux et n'en trouve pas un seul.
Les Pères ont rapproché ce psaume de son frère, le psaume 24 (23 de la Vulgate), qui pose la même question sous une autre image : « Qui montera à la montagne du Seigneur ? — Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur. » Les deux se répondent, et tous deux appellent la pureté du cœur, que l'Évangile proclamera bienheureuse (Matthieu 5, 8).
Le psaume 15 dans l'Office
C'est ce psaume que saint Benoît a placé au seuil de sa Règle. Le Prologue interroge : « Seigneur, qui habitera dans ton tabernacle ? Qui habitera sur ta montagne sainte ? », puis écoute la réponse du psaume — celui dont la conduite est sans tache, qui dit la vérité du fond de son cœur, qui ne se sert pas de sa langue pour tromper — et en fait le programme de toute la vie monastique. Le psaume 15 est ainsi la porte par laquelle l'Occident chrétien est entré dans la prière régulière.
Saint Benoît le fait ensuite réciter à l'Heure de Prime : sa Règle y répartit de suite les premiers psaumes du Psautier au long de la semaine, et le psaume 15 tombe parmi les psaumes de la matinée de travail. Le bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X et conservé dans l'édition de 1962 le garde, lui aussi, dans la psalmodie fériale de l'Office. Comme toute la psalmodie, il se conclut par le Gloria Patri, que l'on ajoute quand on le prie seul.
Quand et comment prier le psaume 15
- Comme examen de conscience. Reprenez les cinq versets un à un : ma parole est-elle vraie ? ma langue a-t-elle calomnié ? ai-je tenu mon serment ? mon argent est-il juste ?
- Avant d'entrer à l'église ou avant la communion. Le psaume de « qui habitera dans ta tente » dispose à franchir le seuil de la maison de Dieu avec le cœur pur qu'il réclame.
- Au commencement du travail. À la suite des moines qui le disent à Prime, le prier le matin place la journée sous la loi de la droiture.
- Au moins le premier verset par cœur. « Seigneur, qui habitera dans Votre tabernacle ? » rappelle à qui l'on veut plaire.
Récitez-le sans hâte, laissant chaque trait du portrait vous juger, et concluez par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Le psaume 15 et le psaume 14, est-ce le même psaume ?
Oui. C'est un seul texte, « Qui habitera dans ta tente ? », sous deux numérotations : le 15 dans la Bible hébraïque et Fillion, le 14 dans la Vulgate et la liturgie (Domine quis habitabit).
Que veut dire « qui habitera dans ta tente » ?
C'est la question de savoir qui peut vivre auprès de Dieu et parvenir à sa « montagne sainte », le ciel. Le psaume y répond non par des rites, mais par une vie droite : innocence, justice, vérité, respect du prochain et de son bien.
Le psaume 15 est-il celui de « tu m'apprends le chemin de la vie » ?
Non, c'est une confusion de numéros. Ce refrain vient du psaume « Garde-moi, ô Dieu », appelé psaume 15 par la liturgie mais numéroté 16 en hébreu : voyez notre article sur le psaume 16.
Qui a écrit le psaume 15 ?
Le psaume porte le titre « Psaume de David » : la tradition de l'Église l'attribue à David. Comme tout le Psautier, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint qui a inspiré l'Écriture.
Où le psaume 15 est-il prié dans la liturgie ?
Saint Benoît l'a placé au seuil de sa Règle et le fait réciter à Prime durant la semaine ; le bréviaire romain de 1962 le garde dans la psalmodie fériale de l'Office.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier chaque jour. Télécharger ici.
Sources. Psaume 15 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 14 [Vulg.], 1-5. Texte latin : Vulgate, Psalmus 14 (Domine quis habitabit). Lecture patristique de la tente et de la montagne sainte : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (sur le psaume 14). Le cœur pur : Évangile selon saint Matthieu 5, 8 (Fillion). Usage liturgique : Règle de saint Benoît, Prologue (citation du psaume) et chapitre XVIII (psaumes de Prime) ; Breviarium Romanum, psalmodie fériale (psautier de saint Pie X, édition de 1962). Doctrine sur l'usure et le septième commandement : Catéchisme du concile de Trente, partie III (Du septième commandement).