Les Psaumes
Psaume 24 : le Roi de gloire (psaume 23 de la Vulgate)
Le psaume 24, « Au Seigneur est la terre », est le psaume 23 de la Vulgate — le Domini est terra, le grand chant du Roi de gloire. Texte complet en français (Fillion) et en latin, sens des Pères, usage liturgique de l'Ascension et manière de le prier.

Le psaume 24, « Au Seigneur est la terre », est le chant du Roi de gloire qui fait son entrée : la terre entière appartient à Dieu, seul l'homme aux mains innocentes monte à sa montagne, et les portes antiques s'ouvrent pour laisser passer le vainqueur. Nous en donnons ici le texte complet en français, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu. Un point de numérotation demande d'abord d'être éclairci.
Psaume 24 ou psaume 23 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 24 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme —, le numéro 23. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate, héritée de la Septante grecque, est celle que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères : ce psaume y est le 23, qui commence en latin par Domini est terra. La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes, le compte comme 24. La différence tient à la façon de grouper deux psaumes au début du Psautier. À ne pas confondre, donc, avec le psaume 23, « Le Seigneur est mon berger », qui est le psaume qui le précède dans la numérotation hébraïque.
Donc : psaume 24 (numérotation hébraïque) = psaume 23 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, le même Domini est terra. Notre titre reprend la numérotation hébraïque (24), celle que vous cherchez ; le texte français que nous suivons est celui de l'abbé Fillion (1895), établi sur la Vulgate, qui indique la correspondance des deux numérotations.
Le texte complet du psaume 24 en français
Voici le psaume de David en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine, le texte reçu par l'Église.
Psaume 24 (Vulgate : 23)
Pour le premier jour de la semaine, psaume de David. Au Seigneur est la terre et tout ce qu'elle renferme, le monde et tous ceux qui l'habitent.
Car c'est Lui qui l'a fondé sur les mers, et qui l'a établi sur les fleuves.
Qui montera sur la montagne du Seigneur ? ou qui se tiendra dans Son lieu saint ?
Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur, qui n'a pas livré son âme à la vanité, ni fait à son prochain un serment trompeur.
Celui-là recevra la bénédiction du Seigneur, et la miséricorde de Dieu, son Sauveur.
Telle est la race de ceux qui Le cherchent, de ceux qui cherchent la face du Dieu de Jacob.
Levez vos portes, ô princes, et élevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera.
Qui est ce roi de gloire ? C'est le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans les combats.
Levez vos portes, ô princes, et élevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera.
Quel est ce roi de gloire ? Le Seigneur des armées est Lui-même ce roi de gloire.
Le Domini est terra en latin
Et le même psaume dans la Vulgate Clémentine, tel que l'Église le récite :
Psalmus 23
Prima sábbati. Psalmus David. Dómini est terra, et plenitúdo ejus : orbis terrárum, et univérsi qui hábitant in eo.
Quia ipse super mária fundávit eum : et super flúmina præparávit eum.
Quis ascéndet in montem Dómini ? aut quis stabit in loco sancto ejus ?
Ínnocens mánibus et mundo corde, qui non accépit in vano ánimam suam, nec jurávit in dolo próximo suo.
Hic accípiet benedictiónem a Dómino, et misericórdiam a Deo salutári suo.
Hæc est generátio quæréntium eum, quæréntium fáciem Dei Jacob.
Attóllite portas, príncipes, vestras, et elevámini, portæ æternáles : et introíbit Rex glóriæ.
Quis est iste Rex glóriæ ? Dóminus fortis et potens : Dóminus potens in prǽlio.
Attóllite portas, príncipes, vestras, et elevámini, portæ æternáles : et introíbit Rex glóriæ.
Quis est iste Rex glóriæ ? Dóminus virtútum ipse est Rex glóriæ.
« Au Seigneur est la terre » : signification du psaume 24
Le psaume s'ouvre sur une affirmation totale : la terre entière, avec tout ce qu'elle contient, appartient à Dieu qui l'a créée et posée sur les eaux. Saint Augustin, commentant ce verset, y voit d'abord la réponse à toute étroitesse : le Seigneur n'est pas le Dieu d'un seul peuple ni d'un seul lieu, mais de tous ceux qui habitent le monde. C'est le psaume de l'Église répandue par toute la terre.
Vient alors la grande question : « Qui montera sur la montagne du Seigneur ? » Qui a le droit d'approcher du sanctuaire ? La réponse n'est pas rituelle mais morale : celui qui a les mains innocentes et le cœur pur, qui ne ment pas et ne jure pas pour tromper. Les Pères ont lu ce verset comme la loi de tout culte véritable : ce n'est pas la seule propreté des mains, mais la pureté du cœur, qui ouvre l'accès à Dieu — la même que promet la sixième béatitude, « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu » (Matthieu 5, 8, Fillion). Cette pureté du cœur, l'âme la demande à Dieu dans le psaume 25, quand elle le prie d'effacer ses fautes et de lui enseigner ses voies.
Le psaume s'achève sur une scène de triomphe : des portes qu'on somme de se relever pour laisser entrer un Roi. C'est le sommet du texte, et le motif qui lui a donné son nom.
Qui est le Roi de gloire du psaume 24 ?
« Levez vos portes, ô princes… et le roi de gloire entrera. Qui est ce roi de gloire ? C'est le Seigneur fort et puissant, le Seigneur puissant dans les combats. » Le dialogue se répète, comme un cortège qui frappe à la porte d'une ville et se fait reconnaître. La question — Quis est iste Rex gloriæ ? — est la clé du psaume.
La Tradition chrétienne répond d'une seule voix : le Roi de gloire est le Christ. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend ici le Seigneur qui monte au ciel le jour de son Ascension : les portes éternelles sont celles du Ciel qui s'ouvrent devant l'Homme-Dieu victorieux de la mort, et les puissances angéliques se demandent quel est ce vainqueur qui porte encore les traces des combats de sa Passion. Le « fort et puissant, puissant dans les combats » est le Crucifié devenu triomphateur — le même que l'Église honore sous le titre du Christ-Roi. Les Pères y lisent aussi une seconde entrée : celle du Roi qui demande à l'âme d'ouvrir devant lui les portes du cœur.
Le psaume 24 dans la liturgie de 1962
Ce psaume est par excellence le chant de l'Ascension. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, applique les versets Attollite portas à l'entrée du Sauveur dans les cieux : l'Église les met sur les lèvres des Anges qui accueillent le Christ montant vers le Père. C'est pourquoi la piété traditionnelle unit ce psaume à la fête de l'Ascension, quarante jours après Pâques.
Il tient une autre place, ancienne et solennelle, dans la dédicace d'une église. Selon le Pontifical romain, l'évêque frappe à la porte du sanctuaire encore fermé en chantant « Attollite portas, principes, vestras » : le Roi de gloire réclame l'entrée de la maison qu'on lui consacre. Le titre latin du psaume, Prima sabbati — « le premier jour de la semaine » —, l'attachait déjà chez les Pères au dimanche, jour de la Résurrection.
Dans le cursus du bréviaire romain, ce psaume compte parmi les psaumes des Heures du jour. Comme toute la psalmodie, il se chante sur un ton simple, verset après verset, et se conclut par le Gloria Patri.
Louis Segond, Fillion ou version moderne : quel texte du psaume 24 ?
Beaucoup cherchent le « psaume 24 Louis Segond », qui commence par « L'Éternel est le Roi de gloire » : la Segond est une traduction protestante du XIXe siècle, sans les livres deutérocanoniques et sans l'approbation de l'Église. D'autres versions circulent encore. Pour le fidèle catholique attaché à la Tradition, la référence française est la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine avec approbation ecclésiastique — c'est elle que nous citons plus haut —, et, pour la prière liturgique, le latin de la Vulgate. Le texte complet donné ci-dessus est donc le psaume 24 de la sainte Bible catholique en français, celui qu'on peut lire et prier sans crainte de s'écarter de la foi.
Comment et quand prier le psaume 24
Ce psaume convient à tous les moments, mais la tradition en indique quelques-uns particulièrement :
- Le matin. Chant du Roi qui entre, il ouvre bien la journée : le réciter en se levant, c'est ouvrir devant Dieu les portes du jour et du cœur. Il prolonge naturellement la prière du matin.
- Au temps de l'Ascension et le dimanche. C'est son heure liturgique propre. Le prier durant la neuvaine qui prépare la Pentecôte, ou le dimanche, jour de la Résurrection, c'est s'unir à l'Église qui accueille le Roi de gloire.
- Avant d'entrer dans une église. Le Domini est terra est le psaume de la maison de Dieu ; le réciter au seuil du sanctuaire dispose à y entrer avec le cœur pur que le psaume réclame — le désir même qu'exprime le psaume 26, « habiter dans la maison du Seigneur… pour contempler son sanctuaire. »
- Comme examen de conscience. Le verset « Qui montera sur la montagne du Seigneur ? » est une question à se poser : ai-je les mains innocentes et le cœur pur pour approcher de Dieu ?
On le récite lentement, en laissant chaque image se poser, et on le conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Il trouve sa place naturelle dans un usage régulier du Psautier entier — voir notre guide des psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 24 est-il aussi appelé psaume 23 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 23 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 24. C'est le même psaume, le Domini est terra.
Qui a écrit le psaume 24 ?
Le psaume porte le titre « Psaume de David » (Fillion), Psalmus David dans la Vulgate. La lecture traditionnelle l'attribue donc à David. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint, qui inspire l'Écriture.
Qui est le Roi de gloire dans le psaume 24 ?
C'est Dieu, et pour la Tradition chrétienne, le Christ. Saint Augustin y voit le Seigneur montant au ciel le jour de l'Ascension, devant qui les portes éternelles s'ouvrent. Le « fort et puissant dans les combats » est le Crucifié devenu vainqueur de la mort.
Que signifie « Portes, élevez vos linteaux » ?
C'est l'ordre donné aux portes de se relever pour laisser entrer le Roi. Les Pères y lisent les portes du Ciel qui s'ouvrent à l'Ascension, et les portes du cœur que l'âme doit ouvrir au Christ. Dans la dédicace d'une église, l'évêque chante ce verset en frappant à la porte du sanctuaire.
Que signifie le psaume 24 ?
Que toute la terre appartient à Dieu son créateur, que seul l'homme au cœur pur peut approcher de lui, et que le Roi de gloire — le Christ — fait son entrée triomphale. C'est un psaume de la souveraineté de Dieu et de la victoire du Sauveur.
Où lire le psaume 24 en français ?
Le texte complet donné plus haut, dans la traduction de l'abbé Fillion, peut être copié ou imprimé librement pour la prière personnelle. Pour l'écouter et le réciter chaque jour en français et en latin, l'application Iter Fidei propose les psaumes avec audio.
Le psaume 24 est-il un psaume de l'Ascension ?
Oui. La Tradition, et Dom Guéranger dans L'Année liturgique, appliquent ses versets Attollite portas à l'entrée du Christ dans le Ciel. C'est le psaume que l'Église associe par excellence à la fête de l'Ascension.
L'application Iter Fidei réunit les prières catholiques traditionnelles, les psaumes en français et en latin avec audio, et le calendrier liturgique de 1962. Télécharger ici.
Sources. Psaume 24 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 24 [Vulg. 23], 1-10). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 23. Lecture patristique du Roi de gloire et de l'universalité de l'Église : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (sur le psaume 23). Usage liturgique de l'Ascension : Dom Guéranger, L'Année liturgique (Temps pascal, Ascension). Chant Attollite portas à la dédicace d'une église : Pontifical romain (rite de la dédicace). Le cœur pur : Évangile selon saint Matthieu 5, 8 (Fillion).