Les Psaumes
Psaume 136 : texte complet et sens (psaume 135 de la Vulgate)
Le psaume 136, le grand Hallel dont chaque verset s'achève sur « car sa miséricorde est éternelle », est le psaume 135 de la Vulgate. Texte intégral en français (Fillion) et en latin, sens traditionnel et usage liturgique de 1962.

Le psaume 136 est la grande litanie d'action de grâces du Psautier : vingt-six versets qui rappellent les œuvres de Dieu, de la création à la délivrance d'Israël, et qui reprennent tous le même refrain — « car sa miséricorde est éternelle ». Dans la numérotation traditionnelle de l'Église, celle de la Vulgate latine, il porte le numéro 135 et commence en latin par Confitemini Domino, quoniam bonus. La tradition juive l'appelle le « grand Hallel ». Nous en donnons ici le texte complet en français et en latin, son sens et sa place dans la liturgie.
Psaume 136 ou psaume 135 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 136 » porte, dans la numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque, le numéro 135. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : le découpage de certains psaumes au début du Psautier donne à la numérotation hébraïque une unité d'avance sur celle de la Vulgate.
Donc : psaume 136 (numérotation hébraïque) = psaume 135 (Vulgate et grec). C'est le même psaume. La plupart des bibles modernes suivent la numérotation hébraïque et rejoignent ainsi le chiffre que vous cherchez, tandis que la Vulgate latine — sur laquelle repose la traduction de l'abbé Fillion que nous citons — le compte comme psaume 135. Ce système de double numéro vaut pour tout le Psautier, et nous l'expliquons en détail dans notre article sur les psaumes.
Le texte complet du psaume 136 (traduction Fillion)
Voici le psaume dans son intégralité, selon la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, l'une des grandes bibles catholiques françaises de référence, faite sur la Vulgate Sixto-Clémentine.
Psaume 136 (Vulg. CXXXV)
Alleluia. Célébrez le Seigneur, car Il est bon, car Sa miséricorde est éternelle.
Célébrez le Dieu des dieux, car Sa miséricorde est éternelle.
Célébrez le Seigneur des seigneurs, car Sa miséricorde est éternelle.
C'est Lui qui fait seul de grands prodiges, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a fait les cieux avec intelligence, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a affermi la terre sur les eaux, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a fait les grands luminaires, car Sa miséricorde est éternelle :
le soleil pour présider au jour, car Sa miséricorde est éternelle ;
la lune et les étoiles, pour présider à la nuit, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a frappé l'Égypte avec ses premiers-nés, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a fait sortir Israël du milieu d'eux, car Sa miséricorde est éternelle ;
avec une main puissante et un bras élevé, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a divisé en deux la mer Rouge, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a fait passer Israël par le milieu, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a renversé le Pharaon et son armée dans la mer Rouge, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a conduit Son peuple à travers le désert, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a frappé les grands rois, car Sa miséricorde est éternelle.
Il a fait mourir les rois puissants, car Sa miséricorde est éternelle :
Séhon, roi des Amorrhéens, car Sa miséricorde est éternelle ;
et Og, roi de Basan, car Sa miséricorde est éternelle.
Et Il a donné leur terre en héritage, car Sa miséricorde est éternelle,
en héritage à Israël Son serviteur, car Sa miséricorde est éternelle.
Il S'est souvenu de nous dans notre humiliation, car Sa miséricorde est éternelle ;
et Il nous a délivrés de nos ennemis, car Sa miséricorde est éternelle.
Il donne la nourriture à toute chair, car Sa miséricorde est éternelle.
Célébrez le Dieu du Ciel, car Sa miséricorde est éternelle. Célébrez le Seigneur des seigneurs, car Sa miséricorde est éternelle.
En latin, dans la Vulgate clémentine, le psaume s'ouvre par une Alleluia et déroule le même refrain d'un bout à l'autre :
Psalmus 135
Alleluja. Confitemini Domino, quoniam bonus, quoniam in æternum misericordia ejus.
Confitemini Deo deorum, quoniam in æternum misericordia ejus.
Confitemini Domino dominorum, quoniam in æternum misericordia ejus.
Le verset latin Quoniam in æternum misericordia ejus se répète ainsi à chacun des vingt-six versets, jusqu'au dernier : Confitemini Deo cæli, quoniam in æternum misericordia ejus.
« Car sa miséricorde est éternelle » : le refrain du grand Hallel
La force du psaume 136 tient à sa forme : un chœur alterné. Un chantre proclame une œuvre de Dieu — la création du ciel, la sortie d'Égypte, le passage de la mer Rouge — et le peuple répond chaque fois : « car sa miséricorde est éternelle ». Cette insistance enseigne que derrière chaque acte de Dieu, du plus grand au plus caché, il n'y a qu'un seul motif, sa bonté qui ne passe pas.
C'est ce refrain que les lévites chantèrent à la dédicace du Temple de Salomon, quand la gloire de Dieu remplit la maison : « Célébrez le Seigneur, car il est bon, car sa miséricorde est éternelle » (2 Paralipomènes 5, 13). Ce psaume est le chant liturgique de la reconnaissance d'Israël, et l'Église l'a fait sien. La tradition juive le nomme le « grand Hallel », la grande louange, par distinction d'avec le Hallel ordinaire des psaumes 112 à 117. Il ne va pas seul : le psaume 135, Laudate nomen Domini, le précède immédiatement et forme avec lui l'entrée de ce grand Hallel, énumérant les mêmes œuvres de Dieu que celui-ci reprendra en litanie.
Le sens traditionnel du psaume 136
Le psaume parcourt trois grandes œuvres : la création du monde, la délivrance de l'Égypte, le don de la Terre promise. Les Pères y ont lu bien plus qu'un récit du passé. Commentant les psaumes, saint Augustin rappelle que le mot latin confiteri — que l'abbé Fillion rend par « célébrez » — signifie ici non pas confesser ses péchés, mais rendre grâce et louer. C'est la même confession de louange qui ouvre le psaume 138, le Confitebor tibi Domine, « Je veux te louer de tout mon cœur ». Le psaume n'est pas un examen de conscience : il est une action de grâces qui monte à la seule vue de la bonté divine.
Pour la Tradition, la sortie d'Égypte et le passage de la mer Rouge figurent la Rédemption : Dieu arrache son peuple à l'esclavage comme il nous arrache au péché, « d'une main forte et d'un bras étendu ». La miséricorde éternelle chantée à chaque verset est celle qui s'est manifestée pleinement à la Croix. Ce psaume prolonge naturellement toute prière de remerciement : là où nous rendons grâce pour un bienfait, il nous apprend à remonter jusqu'à sa source.
Le psaume 136 dans la liturgie de 1962
Dans le Bréviaire romain en usage en 1962, le psaume 135 (notre psaume 136) se chante aux Vêpres du jeudi, l'office du soir de l'Église, dont nous donnons le sens dans notre article sur les Vêpres. En raison de sa longueur, il y est partagé en deux sous deux antiennes : la première sur les versets de la création (« Confitemini Domino, quoniam in æternum misericordia ejus »), la seconde sur ceux de la délivrance (« Confitemini Domino, quia in humilitate nostra memor fuit nostri »).
On le chante en latin, sur les tons du plain-chant grégorien, une simple psalmodie encadrée de son antienne. Aux Vêpres du jeudi, il précède immédiatement le psaume voisin de l'exil, le psaume 137, « Au bord des fleuves de Babylone » : après avoir chanté la miséricorde qui délivre, l'Église fait mémoire de la captivité d'où elle attend d'être délivrée encore.
Quand et comment prier le psaume 136
Ce psaume convient à tout moment d'action de grâces, mais la Tradition en suggère quelques-uns.
- Le soir, à l'heure des Vêpres. C'est son usage liturgique propre. Le redire au terme du jour, c'est relire la journée reçue comme une œuvre de la miséricorde qui « est éternelle ».
- En grande action de grâces. Après une délivrance, une guérison, une épreuve traversée, il donne les mots de la reconnaissance à un chœur : on peut le prier à deux voix, l'une énumérant les bienfaits, l'autre reprenant le refrain.
- Pour ne pas oublier les bienfaits de Dieu. Sa forme litanique grave dans la mémoire la vérité que le psaume martèle : tout vient de la bonté de Dieu, rien de nous.
Une précision utile à qui cherche. Le chant pascal Rendez grâce au Seigneur, car il est bon commence par les mêmes mots, mais c'est un autre psaume : le Confitemini Domino quoniam bonus que la numérotation hébraïque compte comme psaume 118. Deux psaumes d'action de grâces au même incipit, un seul décalage de numéro. On termine le psaume 136, selon l'usage de l'Église, par le Gloria Patri, qui rapporte à la Sainte Trinité toute la louange du grand Hallel.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 136 est-il aussi appelé psaume 135 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles — le comptent comme psaume 135. La numérotation hébraïque, reprise par la plupart des bibles modernes, le compte comme 136. C'est le même psaume, le Confitemini Domino quoniam bonus.
Quel est le refrain du psaume 136 ?
Chaque verset s'achève sur les mêmes mots : « car sa miséricorde est éternelle » (en latin quoniam in æternum misericordia ejus). Ce refrain revient vingt-six fois, un par verset. C'est la structure même du psaume : un chantre proclame une œuvre de Dieu, le peuple répond par le refrain.
Qu'est-ce que le grand Hallel ?
C'est le nom que la tradition juive donne au psaume 136, « la grande louange », par distinction d'avec le Hallel ordinaire (psaumes 112 à 117). Il était chanté aux grandes fêtes, notamment à la Pâque. L'Église l'a repris dans son office comme chant d'action de grâces.
Qui a écrit le psaume 136 ?
Le psaume ne porte pas de nom d'auteur dans le texte hébreu. La tradition le rattache au recueil davidique et au chant du Temple ; les lévites l'entonnèrent à la dédicace bâtie par Salomon (2 Paralipomènes 5, 13). L'Église le lit comme l'œuvre de l'Esprit Saint, véritable auteur de toute l'Écriture.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 136 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, il se chante aux Vêpres du jeudi, partagé en deux sous deux antiennes en raison de sa longueur. On le prie en latin sur la psalmodie grégorienne. C'est un psaume d'action de grâces du soir.
Le psaume 136 existe-t-il dans la Bible Louis Segond ?
Oui, sous le même numéro 136, car la Bible Segond, protestante, suit la numérotation hébraïque. Pour un catholique, nous citons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Psaume 136 (Vulg. CXXXV) : La Sainte Bible, traduction et commentaires de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine. Texte latin : Vulgata Clementina, Psalmus 135. Le refrain à la dédicace du Temple : 2 Paralipomènes 5, 13 (Vulgate / Fillion). Sens de confiteri comme louange et non aveu des péchés : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 135. Usage aux Vêpres du jeudi et division en deux antiennes : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X) ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique. Doctrine de la louange et de l'action de grâces : Catéchisme de saint Pie X.