Les Psaumes
Psaume 137, « Au bord des fleuves de Babylone » (Psaume 136 de la Vulgate)
Le psaume 137, « Au bord des fleuves de Babylone », est le chant des exilés loin de Sion : texte complet dans la Bible de Fillion et en latin, double numérotation, sens spirituel des Pères et place au Bréviaire de 1962.

Le psaume 137 — « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, en nous souvenant de Sion » — est le chant des Juifs déportés, exilés loin de Jérusalem, qui refusent de chanter le cantique du Seigneur sur une terre étrangère. C'est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église, le psaume 136 de la Vulgate, le Super flumina Babylonis. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis le latin, avec le sens que la Tradition lui a toujours reconnu. Deux précisions de numérotation s'imposent d'abord, car elles expliquent bien des confusions.
Psaume 137 ou psaume 136 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 137 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 136. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité sur la plus grande partie du Psautier.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, dans son Bréviaire et dans les commentaires des Pères ; ce psaume y est le 136, qui s'ouvre en latin par Super flumina Babylonis. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 137. Donc : psaume 137 (numérotation hébraïque) = psaume 136 (Vulgate). C'est le même psaume, le même chant des exilés. La traduction de l'abbé Fillion (1895), que nous donnons ici, suit la Vulgate : chez lui le psaume porte le numéro 136.
Le psaume « en présence des anges » n'est pas celui-ci
Beaucoup cherchent sous « psaume 137 » le cantique dont le refrain est « je te chante, Seigneur, en présence des anges ». Ce refrain appartient à un autre psaume, une action de grâces qui commence par « Je te loue de tout mon cœur ». La liturgie francophone, qui suit le comput grec, l'appelle parfois psaume 137, mais la numérotation hébraïque des bibles le compte comme psaume 138 (137 de la Vulgate). Si c'est ce psaume d'action de grâces que vous cherchez, voyez notre article sur le psaume 138. Le présent article traite du Super flumina Babylonis, le chant de l'exil.
Le texte complet du psaume 137 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, du premier au dernier verset, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895) — la grande Bible catholique française, établie sur la Vulgate latine. Ceux qui le cherchent dans la version Louis Segond trouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, faite par un prêtre de l'Église.
Psaume 137 (136 de la Vulgate)
Psaume de David, par Jérémie. Au bord des fleuves de Babylone nous nous sommes assis, et nous avons pleuré, en nous souvenant de Sion.
Aux saules qui étaient là nous avons suspendu nos instruments.
Car ceux qui nous avaient emmenés captifs nous demandaient de chanter des cantiques ; ceux qui nous avaient enlevés disaient : Chantez-nous quelqu’un des hymnes de Sion.
Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur dans une terre étrangère ?
Si je t’oublie, ô Jérusalem, que ma main droite soit mise en oubli.
Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens point de toi, si je ne place pas Jérusalem au premier rang de mes joies.
Souvenez-Vous, Seigneur, des enfants d’Édom, qui, au jour de la ruine de Jérusalem, disaient : Exterminez, exterminez jusqu’à ses fondements.
Malheur à toi, fille de Babylone ! Heureux celui qui te rendra le mal que tu nous as fait.
Heureux celui qui saisira tes petits enfants, et les brisera contre la pierre.
Le Super flumina Babylonis en latin
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 136
Super flúmina Babylónis, illic sédimus et flévimus, cum recordarémur Sion.
In sálicibus in médio eius suspéndimus órgana nostra.
Quia illic interrogavérunt nos, qui captívos duxérunt nos, verba cantiónum ; et qui abduxérunt nos : Hymnum cantáte nobis de cánticis Sion.
Quómodo cantábimus cánticum Dómini in terra aliéna ?
Si oblítus fúero tui, Ierúsalem, oblivióni detur déxtera mea.
Adhǽreat lingua mea fáucibus meis, si non memínero tui ; si non proposúero Ierúsalem in princípio lætítiæ meæ.
Memor esto, Dómine, filiórum Edom, in die Ierúsalem ; qui dicunt : Exinaníte, exinaníte usque ad fundaméntum in ea.
Fília Babylónis mísera ! beátus qui retríbuet tibi retributiónem tuam quam retribuísti nobis.
Beátus qui tenébit et allídet párvulos tuos ad petram.
Le chant des exilés : que signifie le psaume 137 ?
Le psaume est daté par son objet même : la captivité de Babylone. En 587 avant Jésus-Christ, Nabuchodonosor prit Jérusalem, brûla le Temple et déporta le peuple. Les fleuves de Babylone sont le Tigre et l'Euphrate et leurs canaux ; c'est là, en terre païenne, que les exilés se souviennent de Sion et pleurent. Ils ont suspendu leurs harpes aux saules, car les vainqueurs leur réclament, par dérision, « un cantique de Sion » — les chants sacrés du Temple, réduits à un divertissement. Et le peuple refuse : « Comment chanterions-nous le cantique du Seigneur, sur la terre de l'étranger ? » Le chant du Seigneur n'est pas un spectacle ; il ne se donne pas à qui méprise Dieu.
Vient alors le serment le plus cité du psaume : « Si jamais je t'oublie, Jérusalem ; que ma droite oublie de se mouvoir. Que ma langue s'attache à mon palais, si je cesse de penser à toi. » L'exilé aime mieux perdre la main qui joue de la harpe et la langue qui chante que d'oublier la Ville sainte. Jérusalem est mise « au premier rang de ses joies » : au-dessus de tout bonheur terrestre passe la fidélité à la maison de Dieu. Ce psaume rejoint ainsi la grande famille des chants de l'exil et du désir, comme le psaume 42, où l'âme soupire après Dieu « comme le cerf altéré vers les sources ».
Babylone et Jérusalem : les deux cités
Les Pères de l'Église n'ont pas lu ce psaume comme une simple page d'histoire. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, y voit la figure des deux cités qui traversent tout le temps du monde : Babylone, la cité de la confusion et de l'orgueil, l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu ; et Jérusalem, la cité de la paix, l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi. Tout chrétien est un exilé assis au bord des fleuves de Babylone — c'est-à-dire au milieu des choses de ce monde, qui coulent et passent comme un fleuve. Il y pleure en se souvenant de sa patrie, la Jérusalem d'en haut, et il refuse de s'y installer comme dans une demeure.
Cette lecture n'a rien d'une fantaisie : l'Écriture elle-même reprend le nom de Babylone pour désigner le règne du mal en ce monde, jusque dans l'Apocalypse, où « Babylone la grande » tombe pour que monte la Jérusalem céleste. Le fidèle qui récite ce psaume apprend à ne pas confondre l'exil avec la patrie, et à garder au cœur, « au premier rang de ses joies », la cité vers laquelle il marche.
Les derniers versets et leur sens
Le psaume s'achève par des paroles dures : la malédiction contre Édom, complice du sac de Jérusalem, et contre Babylone — jusqu'à ce cri terrible : « Heureux celui qui saisira et brisera tes petits enfants contre la pierre. » La tradition catholique ne l'a jamais entendu comme une invitation à la vengeance, mais l'a lu dans le sens spirituel. Saint Augustin demande : que sont les petits enfants de Babylone ? Ce sont les mauvais désirs à leur naissance. Quand la convoitise vient de naître, avant que l'habitude lui donne des forces, il faut la briser pendant qu'elle est petite. Et pour qu'elle meure vraiment, il faut la briser contre la pierre — « et la pierre, c'est le Christ » (1 Corinthiens 10, 4). Ainsi le verset le plus violent du Psautier devient, pour l'âme, la loi du combat spirituel : ne rien laisser grandir en soi de ce qui vient de Babylone, mais le porter aussitôt au Christ.
Le psaume 137 dans la liturgie traditionnelle
Le Super flumina Babylonis a sa place fixe dans l'Office divin. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 136 de la Vulgate se chante aux vêpres du jeudi. Dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît (chapitre XVIII) l'assigne aux vêpres du mercredi. Chaque semaine, l'Église fait donc redire à ses clercs et à ses moines le chant de l'exil : au soir d'un jour de labeur, le fidèle se souvient qu'il n'est pas encore arrivé, et qu'il siège encore au bord des fleuves de Babylone. On retrouve ce psaume, avec l'ensemble du Psautier réparti sur la semaine, dans le bréviaire traditionnel. Sa gravité a inspiré aussi les grands motets de la Renaissance, un Palestrina, un Victoria, qui l'ont mis en musique sous ce même titre.
Comment et quand prier le psaume 137
Ce psaume convient à toute l'existence chrétienne comprise comme un exil, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Au temps de la désolation et de l'épreuve. Quand tout semble étranger, quand la joie s'est tue et que « les harpes sont suspendues », ce psaume met des mots sur les larmes sans les laisser désespérer : on pleure en se souvenant de Sion, non sans espérance.
- Comme prière de fidélité. Redire « si jamais je t'oublie, Jérusalem » est un acte de foi qui remet Dieu et sa maison au premier rang, au-dessus des consolations d'ici-bas.
- Dans le combat contre le péché. Selon la lecture des Pères, briser contre la pierre les « petits enfants de Babylone », c'est écraser la tentation naissante sur le Christ, avant qu'elle ne prenne racine.
- Le soir, à la suite de l'Église. Prié aux vêpres du jeudi, il clôt la journée par la mémoire de la vraie patrie.
On le récite lentement, verset par verset, et on le conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Pour situer ce chant dans l'ensemble du Psautier et découvrir les autres psaumes de l'exil et de la confiance, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 137 est-il aussi appelé psaume 136 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 136 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 137. C'est le même psaume, le Super flumina Babylonis.
Le psaume 137 est-il celui « en présence des anges » ?
Non. Le refrain « je te chante, Seigneur, en présence des anges » appartient à un psaume d'action de grâces que la numérotation hébraïque compte comme psaume 138 (137 de la Vulgate). Le psaume 137 des bibles est « Au bord des fleuves de Babylone », le chant de l'exil. La confusion vient de la double numérotation.
Que signifie le psaume 137 ?
Il exprime la douleur des Juifs déportés à Babylone après la ruine de Jérusalem en 587 avant Jésus-Christ : assis au bord des fleuves, ils pleurent, refusent de chanter les cantiques sacrés pour leurs vainqueurs, et jurent de ne jamais oublier la Ville sainte. Les Pères y lisent l'exil de toute âme loin de sa patrie céleste.
Que veulent dire les derniers versets, « briser tes petits enfants contre la pierre » ?
La tradition les lit au sens spirituel. Saint Augustin explique que les « petits enfants de Babylone » sont les mauvais désirs à leur naissance ; les briser contre la pierre, c'est les écraser sur le Christ — « la pierre, c'est le Christ » (1 Corinthiens 10, 4) — avant qu'ils ne deviennent des habitudes. Ce n'est pas un appel à la violence, mais une loi du combat intérieur.
Qui a écrit le psaume 137 ?
Le texte hébreu ne porte pas de nom d'auteur ; la tradition rattache le Psautier à David comme auteur principal, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint. Le psaume lui-même se place au temps de la captivité de Babylone, qu'il chante comme un souvenir présent.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 137 ?
Dans le Bréviaire romain de saint Pie X (livres de 1962), le psaume 136 de la Vulgate se chante aux vêpres du jeudi ; la Règle de saint Benoît le place aux vêpres du mercredi dans l'office monastique. Le fidèle peut le prier au soir, ou aux temps d'épreuve et de désolation.
Quelle différence entre le psaume 137 de Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La Segond est une traduction protestante du XIXe siècle ; la Bible de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine avec l'approbation de l'Église, est une traduction catholique française de référence. Nous citons toujours Fillion.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes en français et en latin avec audio, les prières catholiques traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962 — le psaume 137 s'y trouve pour la prière de chaque jour. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 137 en français : La Sainte Bible, traduction et commentaire de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 136 [héb. 137], 1-9. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 136 (Super flumina Babylonis). Sens spirituel et lecture des deux cités : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 136 ; La Cité de Dieu. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du jeudi ; Règle de saint Benoît, chapitre XVIII. « La pierre, c'est le Christ » : première épître aux Corinthiens 10, 4 (Fillion).