Les Psaumes
Psaume 129, « Ils m'ont opprimé dès ma jeunesse » (Psaume 128 de la Vulgate)
Le psaume 129, « Ils m'ont cruellement opprimé dès ma jeunesse », est le cri du juste persécuté mais jamais vaincu : texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des versets, place aux vêpres du mercredi de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 129 — « Ils m'ont cruellement opprimé dès ma jeunesse » — est le cri d'Israël, et de l'Église après lui, persécutés depuis leur origine mais jamais vaincus. En huit versets, ce cantique des montées oppose la haine des ennemis, qui ont labouré le dos du juste comme on laboure un champ, à la justice du Seigneur, qui brise les liens des méchants. Avant de le lire en entier, une précision s'impose, car elle explique presque toutes les confusions.
Psaume 129 ou psaume 128 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 129 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 128. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité à partir du psaume 9. La Vulgate est la numérotation que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie et dans le Bréviaire ; ce psaume y est le 128, qui s'ouvre en latin par Sæpe expugnaverunt me a iuventute mea. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 129. Donc : psaume 129 (hébreu) = psaume 128 (Vulgate). C'est le même psaume, le même cantique. La traduction que nous en donnons ci-dessous est celle de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate.
Il faut éviter une confusion voisine. Le psaume 129 de la Vulgate, lui, n'est pas celui-ci : c'est le De profundis, « Des profondeurs je crie vers toi », que la numérotation hébraïque compte comme psaume 130. Nous lui consacrons un article distinct. Le présent article traite du psaume 129 des bibles modernes, le Sæpe expugnaverunt, psaume 128 de la Vulgate.
Le texte complet du psaume 129 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine. Ceux qui le connaissent par la version Louis Segond retrouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, faite par un prêtre de l'Église.
Psaume 129 (128 de la Vulgate)
Cantique des degrés. Ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse, qu'Israël le dise maintenant ;
ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse, mais ils n'ont pas prévalu contre moi.
Les pécheurs ont travaillé sur mon dos ; ils m'ont fait sentir longtemps leur injustice.
Le Seigneur est juste, Il tranchera la tête des pécheurs.
Qu'ils soient confondus et qu'ils reculent en arrière, tous ceux qui haïssent Sion.
Qu'ils deviennent comme l'herbe des toits, qui se sèche avant qu'on l'arrache ;
le moissonneur n'en remplit pas sa main, et celui qui ramasse les gerbes n'en remplit pas son sein.
Et les passants n'ont point dit : Que la bénédiction du Seigneur soit sur nous. Nous vous bénissons au Nom du Seigneur.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 128
Cánticum gráduum. Sæpe expugnavérunt me a iuventúte mea, dicat nunc Israël ;
sæpe expugnavérunt me a iuventúte mea : étenim non potuérunt mihi.
Supra dorsum meum fabricavérunt peccatóres ; prolongavérunt iniquitátem suam.
Dóminus iustus concídit cervíces peccatórum.
Confundántur et convertántur retrórsum omnes qui odérunt Sion.
Fiant sicut fœnum tectórum, quod priúsquam evellátur exáruit ;
de quo non implévit manum suam qui metit, et sinum suum qui manípulos cólligit.
Et non dixérunt qui præteríbant : Benedíctio Dómini super vos ; benedíximus vobis in nómine Dómini.
Explication : le sens traditionnel du psaume
Le psaume se divise en deux mouvements. Les quatre premiers versets sont le regard en arrière d'un peuple qui a beaucoup souffert : on l'a opprimé « dès sa jeunesse », c'est-à-dire depuis ses origines, et l'image est brutale — les ennemis ont labouré son dos comme un champ, y traçant de longs sillons. Mais aussitôt monte la certitude qui tient tout le psaume : « ils n'ont pas prévalu contre moi », car « le Seigneur est juste ». Les quatre derniers versets tournent le regard vers ceux qui haïssent Sion, et souhaitent qu'ils soient comme l'herbe des toits, qui pousse sans racine et sèche avant même qu'on l'arrache — figure de la prospérité des méchants, éclatante et sans lendemain, comme la paille qu'emporte le vent au psaume 1. Les derniers versets poussent ce refus jusqu'au bout : le moissonneur n'emplit pas sa main de cette herbe, et les passants ne saluent pas les méchants d'un « Que la bénédiction du Seigneur soit sur vous » — tout le contraire de la maison bénie que chante le psaume 128, comblée de Sion et de fruits.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, entend Israël de l'Église, persécutée dès sa jeunesse. Cette jeunesse remonte à Abel, le premier juste tué par son frère : depuis le commencement, dit-il, le corps du Christ est en butte à la haine, et depuis le commencement il n'est pas vaincu, parce que sa tête est le Christ ressuscité. Les sillons tracés sur le dos, les Pères les ont rapprochés de la flagellation du Sauveur, dont la chair fut labourée par les fouets ; le juste persécuté du psaume annonce le Juste par excellence, souffrant dans ses membres jusqu'à la fin des temps. C'est pourquoi ce cantique n'appelle pas la vengeance de l'homme : il remet la cause à Dieu seul, « qui est juste », et laisse la ruine des ennemis à celui qui coupe leurs liens.
Les versets les plus cherchés
« Ils m'ont opprimé dès ma jeunesse » (versets 1 et 2)
C'est le verset qui ouvre le psaume et lui donne son nom. Répété deux fois, il dit à la fois la durée de l'épreuve — « dès ma jeunesse », depuis toujours — et sa limite : « mais ils n'ont pas prévalu contre moi ». La foi ne nie pas la souffrance ; elle refuse de lui donner le dernier mot. Celui qui prie ce psaume dans la persécution injuste ne demande pas d'être épargné, mais de tenir, sachant que la haine des hommes n'a jamais eu raison de Dieu.
« Ils ont labouré mon dos » (verset 3)
L'image est celle du champ ouvert par la charrue : le dos du juste porte les marques des coups comme la terre porte les sillons. Elle dit la cruauté de la persécution, mais aussi sa fécondité cachée — car le champ labouré est celui qui portera du fruit. La tradition y a lu la Passion du Christ et le sang des martyrs, semence de chrétiens. La souffrance endurée avec Dieu n'est jamais stérile.
« Le Seigneur est juste » (verset 4)
Le centre du psaume est là. Après le cri de l'opprimé vient l'acte de foi : Dieu est juste, il « a coupé les liens des méchants ». Le fidèle ne se fait pas justice ; il la confie à Celui qui gouverne toutes choses par sa Providence. Tout le reste — que les ennemis de Sion soient confondus, qu'ils sèchent comme l'herbe des toits — n'est que la conséquence de cette justice, et non le désir d'une revanche personnelle.
Le psaume 129 dans la liturgie de 1962
Le Sæpe expugnaverunt appartient au groupe des quinze cantiques des montées (psaumes 119 à 133 de la Vulgate), que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 128 de la Vulgate est chanté aux vêpres du mercredi, au milieu de la série des psaumes graduels répartis sur les vêpres de la semaine, à côté du psaume 130, le De profundis et du psaume 131, l'humble « enfant sevré » qui s'abandonne à Dieu. L'Église fait ainsi monter, chaque semaine et au soir tombant, le cri du peuple persécuté et sa confiance dans la justice de Dieu. Pour situer ce cantique parmi les autres, voir notre guide sur les psaumes et l'article voisin sur le psaume 127, autre cantique des montées.
Comment et quand prier le psaume 129
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Dans la persécution et l'injustice. Quand on est calomnié, méprisé, opprimé sans l'avoir mérité, ce psaume met des mots sur l'épreuve et remet la cause à Dieu, sans réclamer vengeance.
- Au soir, avec l'Église. On peut le prier comme elle le prie aux vêpres, en regardant la journée écoulée et en confiant ses peines à la justice du Seigneur.
- Pour l'Église persécutée. Israël du psaume, c'est l'Église de tous les siècles ; le prier, c'est s'unir à ceux qui souffrent aujourd'hui pour la foi, certains qu'« ils n'ont pas prévalu contre moi ».
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots mais à la foi qu'ils portent : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, conserve et gouverne toutes choses, et que rien n'arrive sans qu'il le veuille ou le permette pour un plus grand bien. Le psaume 129 est cette doctrine devenue prière au cœur de l'épreuve.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 129 est-il aussi appelé psaume 128 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle, le comptent comme psaume 128 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 129. C'est le même psaume, le Sæpe expugnaverunt me a iuventute mea.
Que signifie « Ils m'ont opprimé dès ma jeunesse » ?
Que le peuple de Dieu — et l'Église après lui — a été persécuté depuis ses origines, sans jamais être vaincu. « Dès ma jeunesse » veut dire depuis le commencement ; « ils n'ont pas prévalu contre moi » affirme que la haine des hommes n'a jamais eu le dernier mot contre Dieu.
Que veut dire « Ils ont labouré mon dos » ?
C'est l'image des coups reçus, comparés aux sillons que la charrue trace dans un champ. Elle dit la cruauté de la persécution. La tradition y a lu la flagellation du Christ et les souffrances des martyrs, un dos labouré qui, comme la terre ouverte, portera du fruit.
Où trouver le psaume 129 en entier (texte à imprimer ou en PDF) ?
Le texte complet est donné ci-dessus dans la traduction de l'abbé Fillion (1895) et dans le latin de la Vulgate ; on peut le copier ou l'imprimer tel quel. L'application Iter Fidei le réunit aussi en français et en latin, avec l'audio pour le prier.
Quelle différence entre le psaume 129 de Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La version Segond est une traduction protestante ; la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate latine, est une traduction catholique faite avec l'approbation de l'Église. Nous citons toujours Fillion.
Le psaume 129 est-il un psaume de malédiction ?
Non. Le souhait que les ennemis de Sion soient confondus et sèchent comme l'herbe des toits n'est pas une vengeance privée : c'est la remise de la cause à la justice de Dieu, « qui est juste ». Le fidèle ne maudit pas ; il désire que le mal cesse et que Dieu rétablisse le droit.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 129 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 129 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psalmus 128. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 128 (Sæpe expugnaverunt me a iuventute mea). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 128. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mercredi. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X.