Les Psaumes
Psaume 127, « Si le Seigneur ne bâtit la maison » (Psaume 126 de la Vulgate)
Le psaume 127, « Si le Seigneur ne bâtit la maison », est le psaume de la maison bâtie par Dieu et des enfants reçus comme un héritage : texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens des versets 1 et 3, place aux vêpres de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 127 — « Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent » — est le psaume de la maison que Dieu seul édifie et des enfants reçus comme un héritage de sa main. En cinq versets attribués à Salomon, l'Écriture enseigne que tout travail humain reste vain sans la bénédiction de Dieu. Avant de le lire en entier, une précision s'impose, car elle explique presque toutes les confusions.
Psaume 127 ou psaume 126 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 127 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 126. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité à partir du psaume 9. La Vulgate est la numérotation que l'Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie et dans le Bréviaire ; ce psaume y est le 126, qui s'ouvre en latin par Nisi Dominus ædificaverit domum. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 127. Donc : psaume 127 (hébreu) = psaume 126 (Vulgate). C'est le même psaume, le même Nisi Dominus. Nous en donnons le texte dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate.
Une confusion mérite d'être levée tout de suite. Ceux qui cherchent « psaume 127 heureux qui craint le Seigneur » attendent un autre texte : dans la numérotation de la Vulgate, le psaume 127 est Beati omnes qui timent Dominum, « Heureux tous ceux qui craignent le Seigneur », qui est le psaume 128 des bibles hébraïques. Nous lui consacrons un article distinct, le psaume 128. Le présent article traite du Nisi Dominus.
Le texte complet du psaume 127 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate Sixto-Clémentine. Ceux qui le connaissent par la version Louis Segond retrouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, fidèle au texte latin que l'Église a prié pendant des siècles.
Psaume 127 (126 de la Vulgate)
Cantique des degrés, de Salomon. Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent. Si le Seigneur ne garde la cité, c'est en vain que veille celui qui la garde.
C'est en vain que vous vous levez avant le jour. Levez-vous après vous être reposés, vous qui mangez le pain de la douleur, car c'est Dieu qui donne le sommeil à Ses bien-aimés.
C'est un héritage du Seigneur que des enfants ; le fruit des entrailles est une récompense.
Comme les flèches dans la main d'un homme vaillant, ainsi sont les fils des hommes opprimés.
Heureux l'homme qui en a rempli son désir. Il ne sera point confondu lorsqu'il parlera à ses ennemis à la porte de la ville.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 126
Cánticum gráduum Salomónis. Nisi Dóminus ædificáverit domum, in vanum laboravérunt qui ædíficant eam. Nisi Dóminus custodíerit civitátem, frustra vígilat qui custódit eam.
Vanum est vobis ante lucem súrgere : súrgite postquam sedéritis, qui manducátis panem dolóris. Cum déderit diléctis suis somnum,
ecce hæréditas Dómini, fílii ; merces, fructus ventris.
Sicut sagíttæ in manu poténtis, ita fílii excussórum.
Beátus vir qui implévit desidérium suum ex ipsis : non confundétur cum loquétur inimícis suis in porta.
Explication : le sens traditionnel du psaume
Tout le psaume tient dans un renversement : ce que l'homme croit faire par ses seules forces, c'est Dieu qui le donne. On bâtit une maison, on garde une ville, on se lève avant le jour, on mange le pain de la peine — et tout cela reste vain si le Seigneur n'y met sa bénédiction. À l'anxiété de celui qui veut tout tenir par lui-même, le psaume oppose le repos du fidèle : Dieu donne à son bien-aimé jusque dans son sommeil. C'est la doctrine même de la Providence, qui conserve et gouverne toutes choses, faite prière. Ce que ce psaume dit du travail par le négatif — vain sans Dieu — un autre cantique des montées le dit par le positif : au psaume 126, « ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse », car c'est Dieu qui donne à la peine sa moisson.
Saint Augustin, commentant ce psaume dans ses Enarrationes in Psalmos, lit la « maison » comme l'Église, que le Christ seul édifie : les prédicateurs et les pasteurs travaillent, mais en vain s'ils comptent sur eux-mêmes plutôt que sur Celui qui bâtit. Les « fils de la jeunesse » comparés aux flèches, il les entend des Apôtres, arrachés au monde et lancés par la main du Puissant jusqu'aux extrémités de la terre. Le psaume passe ainsi de la maison charnelle à la maison spirituelle sans quitter son sens premier : Salomon, le fils de David à qui le titre attribue le psaume, a bâti le premier Temple de Jérusalem, mais le vrai Temple, c'est Dieu qui le construit.
Les versets les plus cherchés : 127, 1 et 127, 3
« Si le Seigneur ne bâtit la maison » (verset 1)
C'est le verset qui donne son nom au psaume et le plus cité de tous : Nisi Dominus ædificaverit domum, in vanum laboraverunt qui ædificant eam. La maison n'est pas seulement le bâtiment ; c'est le foyer, la famille, l'œuvre d'une vie, et enfin l'âme elle-même. Le verset ne condamne pas le travail — l'homme doit bâtir et veiller — mais l'orgueil qui prétend réussir sans Dieu. La sentinelle veille en vain si le Seigneur ne garde pas la cité : la même leçon que chante le psaume 121, où celui qui garde Israël ne sommeille ni ne dort.
« Les enfants sont un héritage du Seigneur » (verset 3)
Le troisième verset est le cœur consolant du psaume : ecce hæreditas Domini, filii. Les enfants ne sont pas un poids ni un hasard, mais un don et une récompense — un héritage qui vient de Dieu et non des seules forces des parents. La tradition y a toujours lu la dignité de la vie reçue et transmise sous le regard de Dieu, et c'est ce verset que l'on redit dans la prière pour la famille.
Le psaume 127 et le mariage
C'est à cause du verset 3 que le psaume 127 revient si souvent dans les mariages : un psaume qui bénit la maison bâtie par Dieu et les enfants reçus comme un héritage convient exactement à ceux qui fondent un foyer. Il faut cependant savoir que la messe de mariage du missel de 1962 chante, elle, un psaume voisin : le graduel Uxor tua sicut vitis abundans — « Ton épouse sera comme une vigne féconde, tes fils comme de jeunes plants d'olivier » — est tiré du psaume 127 de la Vulgate, le Beati omnes qui timent Dominum, que la numérotation hébraïque compte comme psaume 128. Les deux psaumes, le Nisi Dominus et le Beati omnes, se répondent : l'un dit que Dieu bâtit la maison, l'autre décrit le bonheur de la maison qui craint Dieu.
Le psaume 127 dans la liturgie de 1962
Le Nisi Dominus appartient au groupe des quinze cantiques des montées (psaumes 119 à 133 de la Vulgate), que les pèlerins d'Israël chantaient en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 126 de la Vulgate est chanté aux vêpres du mercredi, où il ouvre la série des psaumes graduels répartis sur les vêpres de la semaine. Aux mêmes vêpres du mercredi monte le psaume 129, « Ils m'ont opprimé dès ma jeunesse », autre cantique des montées où le juste persécuté remet sa cause à la justice de Dieu. L'Église remet ainsi son travail entre les mains de Dieu au milieu de la semaine, en redisant que sans lui l'on bâtit en vain. Pour situer ce cantique parmi les autres, voir notre guide sur les psaumes.
Comment et quand prier le psaume 127
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Au commencement d'une œuvre, d'un travail, d'une entreprise. On le récite pour placer d'emblée son labeur sous la bénédiction de Dieu, sans quoi il resterait vain.
- Pour un foyer, un mariage, une famille. Le verset des enfants « héritage du Seigneur » en fait la prière naturelle de ceux qui fondent ou portent une maison.
- Dans l'inquiétude et le surmenage. Quand on se lève avant le jour et qu'on mange le pain de la douleur, redire que Dieu donne le repos à son bien-aimé remet l'âme à sa place.
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots mais à la foi qu'ils portent : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, conserve et gouverne toutes choses. Le psaume 127 est cette doctrine devenue prière.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 127 est-il aussi appelé psaume 126 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle, le comptent comme psaume 126 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 127. C'est le même psaume, le Nisi Dominus ædificaverit domum.
Que signifie « Si le Seigneur ne bâtit la maison » ?
Que tout travail humain — bâtir un foyer, garder une ville, veiller et peiner — reste vain sans la bénédiction de Dieu. Le verset ne condamne pas l'effort, mais l'orgueil qui prétend réussir seul. Il invite à remettre son œuvre entre les mains de la Providence.
Le psaume 127 parle-t-il vraiment des enfants ?
Oui. Le verset 3 dit : « C'est un héritage du Seigneur que des enfants ; le fruit des entrailles est une récompense. » Les enfants y sont présentés comme un don de Dieu et une bénédiction, non comme un fardeau — ce qui explique l'usage de ce psaume dans les familles et les mariages.
Le psaume 127 est-il un psaume de mariage ?
On le choisit souvent pour les mariages, à cause de la maison bâtie par Dieu et des enfants reçus en héritage. La messe de mariage de 1962 chante toutefois le psaume voisin Beati omnes qui timent Dominum (psaume 127 de la Vulgate, 128 en hébreu), le graduel « Ton épouse sera comme une vigne féconde ».
Qui a écrit le psaume 127 ?
Son titre l'attribue à Salomon, le fils de David qui bâtit le Temple de Jérusalem — ce qui s'accorde avec le thème de la maison édifiée par Dieu. Comme pour tout le Psautier, l'auteur véritable est l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Quelle différence entre le psaume 127 de Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La version Segond est une traduction protestante ; la traduction de l'abbé Fillion (1895) est une traduction catholique faite sur la Vulgate latine, le texte que l'Église a prié pendant des siècles. Nous citons ici la traduction de Fillion.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 127 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 127 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate Sixto-Clémentine. Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 126 (Nisi Dominus ædificaverit domum). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 126. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mercredi ; graduel de la messe des époux, Missale Romanum. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X.