Les Psaumes
Psaume 55 : texte complet, sens et prière (psaume 54 de la Vulgate)
Le psaume 55, la prière de David trahi par son ami, est le psaume 54 de la Vulgate : texte complet dans la Bible de Fillion, le sens des versets 22 et 23 (Remets ton sort au Seigneur), la lecture des Pères et l'usage à l'office de Tierce.

Le psaume 55 est la plainte d'un juste trahi par son ami le plus proche : "Car ce n'est pas un ennemi qui m'outrage : je le supporterais ... Mais toi, tu étais un autre moi-même, mon confident et mon ami" (Ps 55, 13-14, Fillion). Du cri de la peur — "Oh ! si j'avais les ailes de la colombe" — il s'élève jusqu'à la confiance de son verset le plus célèbre : "Remets ton sort au Seigneur, et il te soutiendra." Dans la tradition catholique il porte le numéro 54 de la Vulgate, et l'Église le prie chaque semaine à l'office de Tierce. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, la clé de sa numérotation, son sens selon les Pères et la manière de le prier.
Psaume 55 ou psaume 54 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant "psaume 55" est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme —, le psaume 54. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate, héritée de la Septante grecque, est celle que l'Église catholique a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, dans son bréviaire et dans les commentaires des Pères. Depuis le psaume 9, elle compte un numéro de retard sur la Bible hébraïque, qui a séparé en deux des psaumes que la Septante réunissait. Ce cantique de David, "Exaudi Deus orationem meam", y est donc le 54. La numérotation hébraïque, adoptée par la plupart des bibles modernes, le compte comme 55.
Ainsi : psaume 55 (numérotation hébraïque) = psaume 54 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, la même prière de l'homme trahi. Nous suivons ici, pour le texte français, la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, qui porte le numéro 54 tout en rappelant l'équivalence avec l'hébreu 55. Cette différence de chiffres se retrouve dans la plupart des psaumes et n'a jamais été, pour l'Église, qu'une affaire de comptage, non de texte inspiré. On la retrouve à l'identique dans le psaume 54 voisin, qui est le 53 de la Vulgate.
Le texte complet du psaume 55 (traduction Fillion, sur la Vulgate)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Louis-Claude Fillion (La Sainte Bible commentée, 1895), établie sur la Vulgate latine de saint Jérôme :
Psaume 55 (Vulgate 54)
Pour la fin, parmi les cantiques, instruction de David.
Exaucez, ô Dieu, ma prière, et ne méprisez pas ma supplication.
Écoutez-moi, et exaucez-moi. J'ai été rempli de tristesse dans mon épreuve, et le trouble m'a saisi
à la voix de l'ennemi, et devant l'oppression du pécheur. Car ils m'ont accusé de crimes, et dans leur colère ils m'ont affligé.
Mon cœur s'est troublé au dedans de moi, et les terreurs de la mort sont tombées sur moi.
La crainte et le tremblement m'ont saisi, et les ténèbres m'ont enveloppé.
Et j'ai dit : Qui me donnera des ailes comme à la colombe, pour que je puisse m'envoler et me reposer ?
Voici que je me suis éloigné en fuyant, et j'ai demeuré au désert.
J'attendais là Celui qui m'a sauvé de l'abattement de l'esprit et de la tempête.
Perdez-les, Seigneur, divisez leurs langues ; car j'ai vu l'iniquité et la contradiction dans la ville.
Jour et nuit l'iniquité fait le tour de ses murs ; au milieu d'elle sont le travail
et l'injustice. L'usure et la tromperie ne quittent point ses places publiques.
Car, si mon ennemi m'avait maudit, je l'aurais supporté. Et si celui qui me haïssait avait parlé de moi avec insolence, peut-être me serais-je caché de lui.
Mais toi, qui ne faisais qu'un avec moi, mon conseiller et mon ami ;
toi qui avec moi partageais les doux mets de ma table : nous marchions avec tant d'union dans la maison de Dieu !
Que la mort fonde sur eux, et qu'ils descendent tout vivants dans l'enfer. Car l'iniquité est dans leurs demeures, en eux-mêmes.
Mais moi j'ai crié vers Dieu, et le Seigneur me sauvera.
Le soir, le matin et à midi, je raconterai et j'annoncerai mes misères, et Il exaucera ma voix.
Il délivrera en paix mon âme de ceux qui s'approchent pour me perdre ; car ils étaient en grand nombre contre moi.
Dieu m'exaucera, et Il les humiliera, Lui qui est avant tous les siècles. Car il n'y a point de changement en eux, et ils ne craignent pas Dieu.
Il a étendu Sa main pour leur rendre ce qu'ils méritaient. Ils ont souillé Son alliance ;
ils ont été dissipés par la colère de Son visage, et Son cœur s'est approché. Ses discours sont plus doux que l'huile ; mais ils sont en même temps comme des flèches.
Jette ton souci sur le Seigneur, et Lui-même Il te nourrira ; Il ne laissera pas le juste dans une éternelle agitation.
Mais Vous, ô Dieu, Vous les conduirez jusque dans l'abîme de la mort. Les hommes sanguinaires et trompeurs n'arriveront point à la moitié de leurs jours ; mais moi, j'espérerai en Vous, Seigneur.
Que signifie le psaume 55 ?
Le titre attribue le psaume à David et le range parmi ses cantiques de détresse. La tradition le rapporte au temps où le roi, déjà vieux, fut chassé de Jérusalem par la révolte d'Absalom, son propre fils, trahison à laquelle s'ajouta celle d'Achitophel, son conseiller intime passé à l'ennemi (2 Rois 15-17). C'est la blessure particulière de ce psaume : non l'attaque d'un adversaire déclaré, mais la traîtrise d'un ami.
Le psaume avance en trois temps. D'abord la peur : le cœur qui tremble, les terreurs de la mort, le désir de fuir "comme la colombe" pour trouver le repos au désert. Puis la plainte contre la ville livrée à la violence et contre l'ami parjure, celui qui partageait la table et la prière — "nous allions avec la foule à la maison de Dieu" — et qui a rompu son alliance. Enfin la remise confiante à Dieu : "Pour moi, je crie vers Dieu, et le Seigneur me sauvera." Comme dans le psaume 3, autre prière du roi David traqué par les siens, la détresse ne se referme jamais sur elle-même : elle débouche sur la confiance. On retrouve ce même passage de la peur au chant dans le psaume 57, où David, caché dans la caverne, s'écrie enfin : « Mon cœur est affermi... je chanterai ».
Le psaume 55 chez les Pères : la prière du Christ trahi
Les Pères ont lu ce psaume comme la prière du Christ à l'approche de sa Passion. Le verset 14 — "Mais toi, tu étais un autre moi-même, mon confident et mon ami" — a été rapporté d'un commun accord à Judas, l'apôtre qui trempait la main au même plat que le Seigneur et qui le livra d'un baiser. Ce que David souffrit d'Achitophel, le Christ le souffrit de son disciple ; le psaume passe ainsi de la figure à la réalité qu'elle annonçait, et sa place naturelle est aux jours de la Passion.
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, donne à ce psaume son commentaire le plus célèbre. Il voit dans les "ailes de la colombe" du verset 7 le désir de l'âme de s'élever vers le repos de Dieu, porté par l'Esprit qui apparut sous la forme d'une colombe ; fuir au désert, ce n'est pas déserter le combat, mais chercher en Dieu l'unique asile. La colombe reparaît jusque dans le titre du psaume 56, « Sur la Colombe muette des pays lointains », autre cri de David traqué qui met en Dieu toute sa confiance. Et sur le verset 23, "Remets ton sort au Seigneur", saint Augustin enseigne que le fidèle doit déposer entre les mains de Dieu tout le poids de son inquiétude, sûr que Celui qui l'a créé le soutiendra. C'est la même confiance en la Providence que saint Pierre reprendra : "Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous" (1 Pierre 5, 7, Fillion).
Psaume 55, 22 et 23 : « Remets ton sort au Seigneur »
Deux versets de ce psaume sont cherchés pour eux-mêmes, sous les références "psaume 55 22" et "psaume 55 23". Ils forment le sommet du cantique, le passage de la plainte à l'abandon :
Remets ton sort au Seigneur, et il te soutiendra ; il ne laissera pas à jamais chanceler le juste. Et toi, ô Dieu, tu les feras descendre dans la fosse de perdition ; ... Pour moi, je mets en toi ma confiance.
Une remarque sur les chiffres. Ce verset — "Remets ton sort au Seigneur" — est cité tantôt comme le verset 22, tantôt comme le verset 23. La différence tient à ce que l'on compte ou non le titre du psaume. La Bible de Fillion et le texte hébreu comptent la suscription "Au maître de chant ... Cantique de David" comme premier verset : ce cantique de confiance y est donc le verset 23, et "Et toi, ô Dieu, tu les feras descendre" le verset 24. Beaucoup de bibles et de références en ligne, qui ne numérotent pas le titre, les décalent d'un rang et les citent comme versets 22 et 23. C'est le même texte : seule change la façon de compter, exactement comme pour la double numérotation du psaume lui-même.
Le sens, lui, ne change pas. Après avoir crié sa peur et dénoncé la trahison, le psalmiste ne se venge pas : il "remet" — littéralement, il jette — tout son fardeau sur Dieu et laisse à Dieu le jugement. C'est pourquoi la tradition a fait de ce verset l'une des grandes paroles de confiance de l'Écriture, proche des psaumes de protection : non une formule contre le malheur, mais l'acte par lequel le juste cesse de porter seul ce qu'il ne peut porter.
Le psaume 55 à l'office de Tierce
Il est un lieu où l'Église prie ce psaume chaque semaine : l'office de Tierce, la petite heure du milieu de la matinée, dans le bréviaire romain. Le psautier réformé par saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, chante le psaume 54 de la Vulgate le mercredi (feria IV) à Tierce, réparti en deux portions — versets 2-16 puis 17-24 —, à la suite du psaume 53. L'antienne du jour, "Deus adjuvat me, et Dominus susceptor est animæ meæ" ("Dieu est mon aide, et le Seigneur le soutien de mon âme"), donne d'avance la clé du psaume : au cœur de l'épreuve, Dieu soutient celui qui se remet à lui.
Le choix est éclairant. Tierce est l'heure de la matinée où le travail bat son plein, où le chrétien affronte les hommes et leurs contradictions. Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, rappelle que les heures de l'Office sanctifient le cours du jour et unissent le fidèle à la prière perpétuelle de l'Église ; le psaume 54 place au milieu de la matinée la remise confiante de sa cause à Dieu. Celui qui en découvre ici le texte tient l'une des prières du bréviaire que des générations de clercs et de moines ont récitée avant lui.
Comment et quand prier le psaume 55
La tradition en suggère des usages précis :
- Dans la trahison et l'amitié blessée. C'est le psaume propre de celui qui a été livré par un proche. Il permet de nommer la blessure devant Dieu sans se venger, et de lui remettre le jugement.
- En temps de peur et d'angoisse. Les versets 5 à 7 — le cœur qui tremble, le désir des "ailes de la colombe" — donnent des mots à l'âme envahie par la crainte, et la tournent aussitôt vers l'unique refuge.
- Pour se décharger d'un fardeau trop lourd. Le verset 23, "Remets ton sort au Seigneur, et il te soutiendra", est à réciter et à retenir par cœur : c'est le geste même de la confiance.
- Aux jours de la Passion. Uni au Christ trahi par Judas, on prie ce psaume durant la Semaine sainte, en pensant à Celui qui souffrit de l'ami parjure sans cesser de remettre sa cause au Père.
On le conclut, comme tout psaume dans l'usage de l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière du chrétien repose sur la confiance en la bonté de Dieu, qui écoute et soutient ceux qui l'invoquent ; le psaume 55 est cette doctrine faite prière.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 55 est-il aussi appelé psaume 54 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 54. La numérotation hébraïque, reprise par les bibles modernes, le compte comme 55. C'est le même psaume de David, "Exaudi Deus orationem meam".
Que signifie « Remets ton sort au Seigneur » (psaume 55, 22) ?
C'est l'appel à déposer sur Dieu tout le poids de son inquiétude au lieu de le porter seul ou de se venger. Le juste jette son fardeau sur le Seigneur, sûr d'être soutenu. Saint Augustin y voit l'abandon confiant à la Providence, que saint Pierre reprendra : "Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis" (1 Pierre 5, 7).
Le verset « Remets ton sort » est-il le 22 ou le 23 ?
Les deux, selon que l'on compte ou non le titre du psaume. La Bible de Fillion et le texte hébreu numérotent la suscription comme premier verset : ce cantique y est le verset 23. Les bibles qui ne comptent pas le titre le citent comme verset 22. Le texte est identique.
Qui a écrit le psaume 55 ?
Son titre l'attribue à David : "Au maître de chant ... Cantique de David". La tradition le rattache à la révolte d'Absalom et à la trahison d'Achitophel, le conseiller intime du roi. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur principal le Saint-Esprit, qui l'a inspiré.
Le psaume 55 parle-t-il de Judas ?
Selon la lecture des Pères, oui. Les versets 13 et 14 — "Mais toi, tu étais un autre moi-même, mon confident et mon ami" — sont rapportés à Judas, qui partageait la table du Seigneur et le livra. Ce que David souffrit d'un ami parjure, le Christ le souffrit de son disciple.
À quel office l'Église prie-t-elle le psaume 55 ?
Au psaume 54 de la Vulgate est confié l'office de Tierce, la petite heure du milieu de la matinée. Le psautier de saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, le fait chanter le mercredi, réparti en deux portions, à la suite du psaume 53.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la Bible de Fillion, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier l'office chaque jour. Télécharger ici.
Sources. Psaume 55 (Vulgate 54) : La Sainte Bible commentée, traduction de l'abbé Louis-Claude Fillion (1895), sur la Vulgate, Psaume 54, 1-24. Texte latin : Vulgate, Psalmus 54 (Exaudi Deus orationem meam). Contexte historique (révolte d'Absalom, trahison d'Achitophel) : 2 Rois 15-17 (Fillion). Lecture patristique et versets 7, 14 et 23 : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 54. Écho néotestamentaire du verset 23 : 1 Pierre 5, 7 (Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum, office de Tierce du mercredi, avec l'antienne Deus adjuvat me (psautier de saint Pie X, édition 1962) ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique. Doctrine sur la prière : Catéchisme du concile de Trente, partie IV (De la prière).