Les Psaumes
Psaume 54 : texte complet, sens et prière (psaume 53 de la Vulgate)
Le psaume 54, Ô Dieu, sauve-moi par ton nom, est la prière confiante de David traqué par ses ennemis : psaume 53 dans la Vulgate, récité à l'office de Prime. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, sa signification chez les Pères et la manière de le prier.

Le psaume 54 est la prière confiante de David traqué par ses ennemis : "Ô Dieu, sauve-moi par ton nom, et rends-moi justice par ta puissance" (Ps 54, 3, Fillion). C'est un court psaume de supplication qui, du cri de détresse, passe en quelques versets à la certitude d'être secouru — "Voici que Dieu est mon secours". Dans la tradition catholique il porte le numéro 53 de la Vulgate, et l'Église le récite chaque jour à l'office de Prime. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, son sens selon les Pères, et la manière de le prier.
Psaume 54 ou psaume 53 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant "psaume 54" est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme —, le psaume 53. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de compter les psaumes.
La numérotation de la Vulgate, héritée de la Septante grecque, est celle que l'Église catholique a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, dans son bréviaire et dans les commentaires des Pères. Elle réunit en un seul deux psaumes du début du psautier, si bien qu'à partir du psaume 9 elle compte un numéro de retard sur la Bible hébraïque. Le psaume de David "Deus, in nómine tuo salvum me fac" y est donc le 53. La numérotation hébraïque, adoptée par la plupart des bibles modernes, le compte comme 54.
Ainsi : psaume 54 (numérotation hébraïque) = psaume 53 (numérotation de la Vulgate). C'est le même psaume, le même cri de David. Nous suivons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, qui compte ce psaume comme le 53 et en rappelle l'équivalence avec le 54 hébreu. Cette question de chiffres se retrouve dans la plupart des psaumes, et l'Église n'y a jamais vu qu'une différence de comptage, non de texte inspiré.
Le texte complet du psaume 54 (traduction de l'abbé Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine, la grande bible catholique française commentée verset par verset :
Psaume 54 (Vulgate 53)
Pour la fin, parmi les cantiques, instruction de David,
lorsque les habitants de Ziph vinrent dire à Saül : David n'est-il pas caché parmi nous ?
O Dieu, sauvez-moi par Votre Nom, et rendez-moi justice par Votre puissance.
O Dieu, exaucez ma prière ; prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche.
Car des étrangers se sont élevés contre moi, et des hommes puissants ont cherché à m'ôter la vie ; et ils n'ont point placé Dieu devant leurs yeux.
Mais voici que Dieu vient à mon aide, et que le Seigneur est le protecteur de ma vie.
Faites retomber les maux sur mes ennemis, et exterminez-les dans Votre vérité.
Je Vous offrirai volontairement des sacrifices ; et je célébrerai Votre Nom, Seigneur, parce qu'il est bon.
Car Vous m'avez délivré de toute affliction, et mon œil a regardé mes ennemis avec assurance.
Le titre attribue le psaume à David et le rattache à un épisode précis de sa vie : la trahison des Ziphéens. Réfugié dans le désert de Ziph pour fuir la persécution de Saül, David fut dénoncé par les habitants du lieu, qui allèrent dire au roi où il se cachait (1 Rois 23, 19 ; 26, 1). C'est du fond de cette détresse que jaillit la prière. Elle prolonge celle du roi David fuyant déjà Absalom dans le psaume 3, et respire la même confiance : traqué par les hommes, le juste ne s'appuie que sur Dieu.
Psaume 54 : signification et sens traditionnel
La signification du psaume 54 tient dans son mouvement. Il commence par un cri — "sauve-moi par ton nom" — et s'achève par une action de grâces anticipée, comme si le secours était déjà venu. Entre les deux, un seul appui : le nom de Dieu, sa puissance, sa vérité. C'est le même passage de la peur à la confiance qui anime le psaume 56, autre prière de David traqué : « quand je suis dans la crainte, je me confie en toi ». David ne demande pas d'abord d'être délivré, mais d'être jugé, c'est-à-dire reconnu innocent par Celui qui voit le fond des cœurs. Sa cause est juste ; il la remet à Dieu.
Deux mots portent tout le psaume. Le premier est le nom : "sauve-moi par ton nom". Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, observe que le salut vient du nom de Dieu, et que ce nom sous lequel les hommes sont sauvés est celui du Christ, "car il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes par lequel nous devions être sauvés". Le psaume du roi persécuté devient ainsi la prière du Christ trahi, livré par les siens comme David le fut par les Ziphéens. C'est cette lecture que saint Augustin a transmise à toute la tradition.
Le second est le secours : "Voici que Dieu est mon secours" (v. 6). Le verset bascule du danger à la paix sans transition, parce que la foi voit la délivrance avant qu'elle n'arrive. Ces mots mêmes — « Dieu est mon secours, le Seigneur est le soutien de mon âme » — l'Église les redonne comme antienne au psaume 55, où David, trahi par son ami, se remet pareillement entre les mains de Dieu. C'est pourquoi la tradition a rangé ce psaume parmi les prières de confiance et de protection contre l'ennemi, à côté du grand psaume 91. Le verset 7 — "il fera retomber le mal sur mes adversaires" — n'est pas un cri de vengeance : c'est la remise à Dieu du jugement, dont l'homme se dessaisit pour ne pas se faire justice lui-même.
Le psaume 54 à l'office de Prime
Il est un lieu où l'Église prie ce psaume presque chaque jour : l'office de Prime, la première des petites heures, récitée le matin après Laudes, au seuil du travail de la journée. Dans le bréviaire romain, le psaume 53 — "Deus, in nómine tuo salvum me fac" — ouvre la psalmodie de Prime aux jours de féries. Le psautier réformé par saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, le maintient à cette place : chaque matin ordinaire, avant les portions du long psaume 118, le chrétien commence par invoquer le nom de Dieu pour être sauvé. Le mercredi, cette même heure de Prime lui joint le psaume 52 de la Vulgate, le psaume 53 de l'insensé qui dit dans son cœur « il n'y a pas de Dieu ».
Le choix est éclairant. Prime est l'heure où l'on remet à Dieu le jour qui s'ouvre, avec ses dangers et ses tâches. Quoi de plus juste, au moment de partir au combat quotidien, que de prier avec David : "sauve-moi par ton nom, rends-moi justice par ta puissance" ? Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, rappelle que les heures de l'Office sanctifient le cours du jour et unissent le fidèle à la prière perpétuelle de l'Église ; le psaume 53 est cette confiance placée dès le matin. Celui qui découvre ici ce psaume tient donc l'une des plus anciennes prières du matin de la tradition, et il en trouvera la place exacte dans le bréviaire.
Psaume 54 dans la Bible Louis Segond
La Bible protestante de Louis Segond suit la numérotation hébraïque : elle range donc ce psaume sous le numéro 54, comme les bibles modernes. Le texte demeure le même cantique de David — "Ô Dieu, sauve-moi par ton nom" —, seule change la traduction. Pour la prière et l'étude selon la tradition, nous nous en tenons à la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate et reçue dans l'Église : c'est le texte que nous avons donné plus haut. Que l'on cherche "psaume 54 Louis Segond" ou psaume 53 de la Vulgate, il s'agit du même psaume ; la numérotation et la version diffèrent, non la parole inspirée.
Comment et quand prier le psaume 54
La tradition en suggère des usages précis :
- Le matin, au commencement du jour. C'est son lieu liturgique propre, à Prime. On confie à Dieu la journée et ses épreuves avant qu'elles ne viennent.
- Dans la persécution et la calomnie. Comme David dénoncé par les Ziphéens, celui qui subit l'injustice des hommes remet sa cause à Dieu plutôt que de se venger : "rends-moi justice par ta puissance".
- En temps d'angoisse ou de danger. Le psaume est court, et le verset 6 suffit à ramener la paix : "Voici que Dieu est mon secours, le Seigneur est le soutien de mon âme."
- Au moins le premier verset par cœur. "Ô Dieu, sauve-moi par ton nom" — une phrase suffit pour tout remettre à Dieu.
On le conclut, comme tout psaume dans l'usage de l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que la prière du chrétien s'appuie sur la confiance en la bonté de Dieu, qui écoute ceux qui l'invoquent ; le psaume 54 est cette doctrine faite prière.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 54 est-il aussi appelé psaume 53 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le comptent comme psaume 53. La numérotation hébraïque, reprise par les bibles modernes, le compte comme 54. C'est le même psaume de David, "Deus in nomine tuo".
Que signifie le psaume 54 ?
C'est la prière d'un juste persécuté qui remet sa cause à Dieu. David, trahi par les Ziphéens, demande d'être sauvé et jugé "par le nom" et "par la puissance" de Dieu, puis passe à la confiance : "Voici que Dieu est mon secours." Les Pères y ont lu la prière du Christ trahi par les siens.
Qui a écrit le psaume 54 ?
Son titre l'attribue à David : "Au maître de chant. Cantique de David", à l'occasion de la trahison des Ziphéens qui le dénoncèrent à Saül. La tradition le lit comme la prière du roi persécuté. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur principal le Saint-Esprit.
Le psaume 54 de la Louis Segond est-il le même que le psaume 53 catholique ?
Oui. La Bible Louis Segond suit la numérotation hébraïque (54), la Vulgate et la liturgie catholique suivent l'ancienne numérotation (53) : c'est le même psaume, "Ô Dieu, sauve-moi par ton nom". Seules la numérotation et la traduction changent.
À quel office l'Église chante-t-elle le psaume 54 ?
Au psaume 53 de la Vulgate est confié l'office de Prime, la première petite heure du matin. Le bréviaire romain le fait dire chaque jour de férie, et le psautier de saint Pie X, conservé dans l'édition de 1962, le maintient à cette place.
Quand faut-il prier le psaume 54 ?
Le matin, à l'exemple de l'Église qui le dit à Prime, pour confier la journée à Dieu ; et en tout temps de persécution, de calomnie ou d'angoisse, quand on veut remettre sa cause au Seigneur plutôt que de se faire justice soi-même.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la traduction de l'abbé Fillion, les prières traditionnelles, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier l'office chaque jour. Télécharger ici.
Sources. Psaume 54 (Vulgate 53) : La Sainte Bible, traduction et commentaire de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 53, 1-9. Texte latin : Vulgate, Psalmus 53 (Deus in nómine tuo salvum me fac). Épisode des Ziphéens : 1 Rois 23, 19 et 26, 1 (Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum, office de Prime (psautier de saint Pie X, édition 1962) ; Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique. Lecture patristique : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 53. Doctrine sur la prière : Catéchisme du concile de Trente, partie IV (De la prière).