Les Psaumes
Psaume 126, « Quand le Seigneur ramena les captifs de Sion » (Psaume 125 de la Vulgate)
Le psaume 126, le retour des captifs de Sion et le fameux verset « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse » : texte complet dans la Bible de Fillion, double numérotation, sens du verset 5, place aux vêpres de 1962 et manière de le prier.

Le psaume 126 — « Quand le Seigneur ramena les captifs de Sion, ce fut pour nous comme un songe » — est le chant du retour d'exil et de la joie de ceux que Dieu délivre : sept versets où l'Écriture passe des larmes de la captivité aux cris de joie de la moisson. C'est de lui qu'est tiré le verset le plus cherché, « Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse » (verset 5). Avant de le lire en entier, une précision s'impose, car elle explique presque toutes les confusions.
Psaume 126 ou psaume 125 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche en tapant « psaume 126 » porte, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le numéro 125. Il n'y a là ni erreur ni contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes, qui divergent d'une unité à partir du psaume 9, selon la façon de grouper certains cantiques.
La numérotation de la Vulgate est celle que l'Église a employée pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, dans son Bréviaire et dans les commentaires des Pères ; ce psaume y est le 125, qui s'ouvre en latin par In convertendo Dominus captivitatem Sion. La numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes, le compte comme 126. Donc : psaume 126 (numérotation hébraïque) = psaume 125 (Vulgate). C'est le même psaume, le même In convertendo. Les bibles modernes suivent la numérotation hébraïque : chez elles le psaume porte le numéro 126. Ce qui vaut ici vaut pour tout le Psautier : du psaume 10 au psaume 148, l'hébreu a une unité d'avance sur la Vulgate.
Le texte complet du psaume 126 (traduction Fillion)
Voici le psaume en entier, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate — la grande bible catholique française du chanoine chartrain. Ceux qui le cherchent dans la version Louis Segond retrouveront ici le même psaume dans une traduction catholique, faite sur le texte de la Vulgate par un prêtre de l'Église.
Psaume 126 (125 de la Vulgate)
Cantique des degrés. Quand le Seigneur ramena les captifs de Sion, nous fûmes tout à fait consolés.
Alors notre bouche fut remplie de chants de joie, et notre langue de cris d’allégresse. Alors on disait parmi les nations : Le Seigneur a fait de grandes choses pour eux.
Le Seigneur a fait pour nous de grandes choses ; nous en avons été remplis de joie.
Ramenez, Seigneur, nos captifs, comme un torrent dans le pays du midi.
Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l’allégresse.
Ils allaient et venaient en pleurant, tandis qu’ils jetaient leurs semences. Mais ils reviendront avec allégresse, chargés de leurs gerbes.
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante :
Psalmus 125
Cánticum gráduum. In converténdo Dóminus captivitátem Sion, facti sumus sicut consoláti.
Tunc replétum est gáudio os nostrum, et lingua nostra exsultatióne. Tunc dicent inter gentes : Magnificávit Dóminus fácere cum eis.
Magnificávit Dóminus fácere nobíscum ; facti sumus lætántes.
Convérte, Dómine, captivitátem nostram, sicut torrens in austro.
Qui séminant in lácrimis, in exsultatióne metent.
Eúntes ibant et flebant, mitténtes sémina sua. Veniéntes autem vénient cum exsultatióne, portántes manípulos suos.
Explication : le sens traditionnel du psaume
Le psaume regarde d'abord un fait précis : le retour des Juifs déportés à Babylone, que le roi Cyrus laissa rentrer à Jérusalem. La joie fut si grande qu'elle parut irréelle — « ce fut pour nous comme un songe » —, et les nations elles-mêmes durent reconnaître que « le Seigneur a fait pour eux de grandes choses ». Puis, au milieu de l'action de grâces, une prière s'élève encore : que Dieu achève le retour, « comme tu fais couler les torrents dans le Négeb », ce désert du sud où les oueds asséchés se remplissent d'un coup à la saison des pluies. C'est le renversement soudain des larmes en joie, de la sécheresse en eaux vives. On comprend pourquoi ce psaume répond, terme pour terme, au psaume 137, « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions » : là le chant de l'exil, ici le chant du retour.
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, lit sous la captivité de Babylone une captivité plus profonde : celle de l'âme retenue loin de Dieu par le péché et par cette vie mortelle. Le vrai retour, c'est la conversion, et au terme la résurrection, quand les rachetés rentreront dans la Jérusalem céleste. La joie du fidèle délivré, alors, sera bien « comme un songe » : le réveil dans la lumière après la nuit de ce monde. C'est un psaume d'espérance autant que d'action de grâces, où l'on redit que Dieu a fait pour nous de grandes choses.
« Ceux qui sèment dans les larmes » : le verset 5
Le verset 5 est le plus cherché et le plus cité du psaume, souvent avec le verset 6 qui le développe :
Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse. Ils vont, ils vont en pleurant, portant et jetant la semence ; ils reviendront avec des cris de joie, portant les gerbes de leur moisson.
L'image est celle du laboureur : on jette le grain en terre, geste pauvre et pénible, sans rien voir venir ; puis, la saison faite, on rentre chargé de gerbes. La tradition y a lu la loi de toute la vie chrétienne. Les larmes de la pénitence, les peines du travail, les fatigues du bien accompli sont la semence ; la moisson est la récompense promise. On rejoint la bénédiction que chante le psaume 128, où celui qui craint le Seigneur « se nourrit du travail de ses mains » et voit ses fils comme de jeunes plants d'olivier : là encore, la peine du labeur devient, sous la main de Dieu, une moisson. Saint Augustin applique la parole aux ouvriers de l'Évangile qui sèment dans les épreuves la parole de Dieu, et jusqu'aux martyrs dont le sang est semence — ils partent en pleurant, ils reviennent portant leurs gerbes, c'est-à-dire les âmes gagnées et la gloire reçue. La leçon rejoint celle du psaume 130, le De profundis, où le cri du fond de l'abîme se change en espérance : la nuit précède l'aurore, la semence précède la moisson, et Dieu ne laisse pas perdre les larmes semées pour lui.
Le psaume 126 dans la liturgie de 1962
Le titre du psaume, « Cantique des montées » (Canticum graduum), le range dans la collection des quinze cantiques des montées (psaumes 119 à 133 de la Vulgate), ces chants du pèlerinage que l'on faisait entendre en montant vers Jérusalem pour les grandes fêtes. Dans le Bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 125 de la Vulgate se chante aux vêpres du mardi, où il prend rang parmi les psaumes graduels répartis sur les vêpres de la semaine. L'Église remet ainsi devant Dieu, au fil des jours, la mémoire de ses délivrances passées et l'attente de la délivrance dernière. Aux mêmes vêpres du mardi se chante le psaume 125, « Ceux qui se confient dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion », autre cantique des montées où l'assurance de qui ne chancelle pas répond à la joie du retour.
Dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît (chapitre XVIII) assigne les psaumes 119 à 127 aux petites heures de Tierce, Sexte et None, du mardi au samedi : le In convertendo revient donc presque chaque jour sur les lèvres des moines, au cœur du travail. On peut suivre ces offices et vérifier la place exacte du psaume dans le Divinum Officium, qui restitue le Bréviaire traditionnel jour par jour. Le voisin immédiat de ce psaume, le psaume 127, « Si le Seigneur ne bâtit la maison », se chante quant à lui aux vêpres du mercredi.
Comment et quand prier le psaume 126
Ce psaume convient à toutes les heures, mais la tradition lui reconnaît des moments propres :
- Dans l'action de grâces, après une délivrance. Guérison, épreuve traversée, retour de la paix : on le prie pour redire, avec Israël rentré d'exil, « Le Seigneur a fait pour nous de grandes choses ; nous sommes dans la joie. »
- Dans l'épreuve qui dure, pour espérer la moisson. Quand on sème dans les larmes sans voir de fruit — un travail ingrat, une conversion attendue, une peine longue —, le verset 5 rend à l'âme la patience de celui qui sait que la récolte viendra.
- Pour une intention que l'on porte depuis longtemps. « Ramène, Seigneur, nos captifs, comme tu fais couler les torrents dans le Négeb » est la prière de ceux qui attendent de Dieu un retournement soudain.
On le prie lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. Sa force ne tient pas aux mots eux-mêmes, mais à la foi qu'ils portent : Dieu, qui a ramené les captifs de Sion, change encore les larmes en joie.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 126 est-il aussi appelé psaume 125 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie traditionnelle de l'Église, le comptent comme psaume 125 ; la numérotation hébraïque, suivie par les bibles modernes dont la Fillion, le compte comme 126. C'est le même psaume, le In convertendo Dominus captivitatem Sion.
Que signifie le verset 5 du psaume 126 ?
« Ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l'allégresse » (Fillion). C'est l'image du laboureur : le grain jeté en terre dans la peine lève en récolte au temps voulu. La tradition y lit la vie chrétienne — les larmes de la pénitence et du bien accompli sont la semence, et la joie promise en est la moisson.
De quoi parle le psaume 126 ?
Du retour des Juifs exilés à Babylone, que Dieu ramène à Jérusalem, et de la joie de cette délivrance. Les Pères y lisent aussi le retour de l'âme convertie et, au terme, la résurrection des rachetés dans la Jérusalem du ciel. C'est un psaume d'action de grâces et d'espérance.
Quand l'Église prie-t-elle le psaume 126 ?
Dans le Bréviaire romain de saint Pie X, en vigueur dans les livres de 1962, le psaume 125 de la Vulgate se chante aux vêpres du mardi, parmi les cantiques des montées. La Règle de saint Benoît le place aux petites heures, du mardi au samedi.
Quelle différence entre le psaume 126 de Fillion et celui de Louis Segond ?
C'est le même psaume de la même Écriture. La version Segond est une traduction protestante ; la Bible de l'abbé Fillion (1904) est la traduction catholique française de référence, faite sur la Vulgate avec l'approbation de l'Église. Nous citons toujours la Fillion, avec le latin de la Vulgate pour ancre.
Qui a écrit le psaume 126 ?
Son titre ne porte pas de nom d'auteur : il dit seulement « Cantique des montées ». Il appartient à la collection des psaumes du pèlerinage vers Jérusalem. La tradition attribue le Psautier dans son ensemble à David comme auteur principal, l'auteur véritable de toute l'Écriture étant l'Esprit-Saint.
L'application Iter Fidei réunit les psaumes dans la Bible de Fillion et en latin, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l'audio pour prier — le psaume 126 s'y trouve en français et en latin. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 126 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, Cantique des degrés (Vulg. 125). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 125 (In convertendo Dominus captivitatem Sion). Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 125. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911, en vigueur dans les livres de 1962), vêpres du mardi ; Règle de saint Benoît, chapitre XVIII.