Les Psaumes
Psaume 6 : le premier psaume de la pénitence (texte complet)
Le psaume 6 est le premier des sept psaumes de la pénitence : « Seigneur, ne me punis pas dans ta colère ». Texte complet dans la Bible de Fillion, latin de la Vulgate, sens des Pères et place dans la liturgie de 1962.

Le psaume 6 est le premier des sept psaumes de la pénitence : le cri d'une âme accablée qui supplie Dieu de ne pas la juger dans sa colère, mais de la guérir par sa miséricorde — « Seigneur, ne me reprenez pas dans Votre fureur ». C'est la prière du pécheur qui pleure sur sa faute et se remet entre les mains de la bonté divine. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, le latin de la Vulgate, le sens qu'en ont dégagé les Pères et sa place dans la liturgie de 1962.
Le psaume 6 dans la Bible : numérotation et contexte
Le psaume 6 ne pose aucun problème de numérotation : il porte le même numéro dans la Vulgate latine et dans la Bible hébraïque. L'écart entre les deux manières de compter les psaumes ne commence qu'au psaume 9, que la Vulgate et la Septante grecque réunissent en un seul là où l'hébreu en fait deux ; les huit premiers psaumes sont numérotés de la même façon partout. Le psaume 6 de votre Bible est donc bien le Psalmus 6 du bréviaire, celui qui commence en latin par Domine, ne in furore tuo arguas me.
Son titre le rattache au chantre du Temple : « Au maître de chant. Sur les instruments à cordes. A l'octave. Psaume de David » (Ps 6, 1). Le psaume ne nomme aucun épisode précis de la vie de David ; il est la plainte de tout homme qui se sait coupable et malade, et que la tradition a placé en tête des sept psaumes de la pénitence — psaumes 6, 31, 37, 50, 101, 129 et 142 dans la numérotation de la Vulgate, dont le plus célèbre est le Miserere — le psaume 50 de la Vulgate, que la numérotation courante appelle psaume 51.
Le texte complet du psaume 6 (traduction de l'abbé Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate, le texte latin de la liturgie.
Psaume 6
Pour la fin, parmi les cantiques, psaume de David, pour l'octave.
Seigneur, ne me reprenez pas dans Votre fureur, et ne me châtiez pas dans Votre colère.
Ayez pitié de moi, Seigneur, car je suis sans force ; guérissez-moi, Seigneur, car mes os sont ébranlés.
Et mon âme est toute troublée ; mais Vous, Seigneur, jusques à quand… ?
Revenez, Seigneur, et délivrez mon âme : sauvez-moi à cause de Votre miséricorde.
Car il n'y a personne qui se souvienne de Vous dans la mort ; et qui donc Vous louera dans le séjour des morts ?
Je suis épuisé à force de gémir ; je laverai toutes les nuits mon lit de mes pleurs ; j'arroserai ma couche de mes larmes.
Mon œil a été troublé par la fureur ; j'ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.
Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité, car le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes.
Le Seigneur a exaucé ma supplication ; le Seigneur a agréé ma prière.
Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d'une vive épouvante ; qu'ils reculent promptement, et qu'ils soient bientôt confondus.
Le psaume 6 en latin (Vulgate)
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante à l'office depuis des siècles :
Psalmus 6
In finem, in carminibus. Psalmus David. Pro octava.
Domine, ne in furore tuo arguas me, neque in ira tua corripias me.
Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum ; sana me, Domine, quoniam conturbata sunt ossa mea.
Et anima mea turbata est valde ; sed tu, Domine, usquequo ?
Convertere, Domine, et eripe animam meam ; salvum me fac propter misericordiam tuam.
Quoniam non est in morte qui memor sit tui ; in inferno autem quis confitebitur tibi ?
Laboravi in gemitu meo ; lavabo per singulas noctes lectum meum : lacrimis meis stratum meum rigabo.
Turbatus est a furore oculus meus ; inveteravi inter omnes inimicos meos.
Discedite a me omnes qui operamini iniquitatem, quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.
Exaudivit Dominus deprecationem meam ; Dominus orationem meam suscepit.
Erubescant, et conturbentur vehementer, omnes inimici mei ; convertantur, et erubescant valde velociter.
Le premier des sept psaumes de la pénitence
Ce psaume ne demande pas d'échapper à la correction, mais de ne pas être corrigé dans la colère. Saint Augustin, dans ses Commentaires sur les Psaumes, l'entend ainsi : le pécheur ne dit pas « ne me reprends pas », il dit « ne me reprends pas dans ta fureur » — qu'il soit guéri, non foudroyé. La maladie des « os tremblants » est celle de l'âme ébranlée par la faute ; les larmes qui baignent la couche chaque nuit (v. 7) sont la componction, ce don des larmes que la Tradition a toujours tenu pour le signe d'un cœur vraiment contrit. Le psaume passe de la détresse à la certitude d'être entendu : « le Seigneur a exaucé la voix de mes larmes ». C'est le mouvement même de la pénitence, qui commence dans le gémissement et s'achève dans la paix. Ces mêmes images — les os consumés, les nuits de larmes — reviennent au psaume 102, autre psaume de la pénitence où l'affligé se sent défaillir et ne trouve d'appui que dans l'éternité de Dieu.
Le titre latin — pro octava, « à l'octave » — a nourri toute une lecture des Pères. Augustin y voit le huitième jour, celui qui suit les sept jours du temps : le jour du jugement et de l'éternité. Le pénitent implore donc la miséricorde maintenant, dans le temps, pour ne pas connaître la colère au jour où Dieu jugera. C'est pourquoi l'Église a fait du psaume 6 le premier de la file des sept psaumes pénitentiels, qu'elle prie avec le psaume 51 pour obtenir le pardon des péchés — ces psaumes que le fidèle porte naturellement sur ses lèvres avant la confession.
Le psaume 6 à l'office et en Carême
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962 (psautier de saint Pie X), le Psautier s'ouvre chaque dimanche à Matines par les psaumes 1, 2 et 3 ; le psaume 6 vient aussitôt après, à Matines du lundi, où le fidèle demande, dès l'entrée de la semaine, de n'être pas jugé dans la colère. Sur la structure de l'office, voir notre article sur le bréviaire.
Sa place la plus marquée reste toutefois le temps de la pénitence. Les sept psaumes de la pénitence — dont le psaume 6 ouvre la série — ont été récités des siècles durant pendant le Carême, en particulier aux vendredis de Carême, avec les litanies des saints, comme une supplication publique de l'Église pour la conversion des pécheurs. Les prier en ce temps, c'est s'unir à cette longue prière de pénitence que le peuple chrétien fait monter vers Dieu quarante jours durant.
Comment et quand prier le psaume 6
- Après une faute, avant de se confesser. C'est son usage propre : reconnaître qu'on est « sans force », demander la guérison de l'âme et remettre sa cause à la miséricorde. Il prépare le cœur au sacrement de pénitence, dans l'esprit de l'acte de contrition.
- Dans la maladie et l'épreuve du corps. Les « os tremblants » et le « trouble extrême » de l'âme font de ce psaume la prière de l'homme accablé, qui ne trouve d'appui qu'en Dieu.
- Pendant le Carême. Le prier avec les autres psaumes pénitentiels, seul ou en famille, est une manière ancienne et sûre d'entrer dans l'esprit de ce temps.
- Quand la nuit est lourde. « Chaque nuit ma couche est baignée de mes larmes » : le psaume est fait pour les heures où la faute ou la peine tiennent éveillé.
On le récite lentement, verset après verset, et l'on conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que Dieu ne rejette jamais le pécheur qui revient à lui avec un cœur contrit ; le psaume 6 est cette contrition faite prière. Pour situer ce psaume dans l'ensemble du Psautier, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 6 est-il un psaume de pénitence ?
Parce que toute sa substance est l'aveu d'un pécheur qui demande grâce : il se dit « sans force », les « os tremblants », l'âme dans un trouble extrême, et il implore la guérison au nom de la seule miséricorde de Dieu. La Tradition l'a placé en tête des sept psaumes de la pénitence, avant les psaumes 31, 37, 50, 101, 129 et 142 de la Vulgate.
Qui a écrit le psaume 6 ?
Le titre l'attribue à David (« Psaume de David »), et c'est la lecture constante de l'Église. Le psaume ne nomme pas de circonstance précise : il est la prière de tout pénitent. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument de l'auteur véritable, l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que veut dire « ne me punis pas dans ta colère » ?
Le pénitent ne demande pas d'échapper à toute correction, mais de n'être pas corrigé dans la fureur. Saint Augustin le résume : qu'il soit guéri, non foudroyé. C'est la prière de l'homme qui accepte la justice de Dieu mais se jette dans sa miséricorde.
Que signifie « à l'octave » dans le titre du psaume 6 ?
Le latin pro octava désigne d'abord un instrument ou un mode à huit cordes. Les Pères, saint Augustin en tête, y ont lu le huitième jour : celui du jugement et de l'éternité, après les sept jours du temps. Le pénitent demande la miséricorde maintenant, pour ne pas connaître la colère au dernier jour.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 6 ?
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962 (psautier de saint Pie X), le psaume 6 est chanté à Matines du lundi ; le dimanche, Matines s'ouvre par les psaumes 1, 2 et 3. Comme premier des sept psaumes de la pénitence, il a de plus été prié durant le Carême, notamment aux vendredis de Carême.
Quelle traduction du psaume 6 faut-il lire ?
La version « Louis Segond » que l'on trouve souvent en ligne est une traduction protestante. Le catholique dispose de la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate ; c'est elle que nous citons ici, avec le latin de la Vulgate qui demeure le texte de la liturgie.
L'application Iter Fidei donne les psaumes et les prières traditionnelles en français et en latin, avec l'audio et le calendrier liturgique de 1962, pour prier le psaume 6 comme l'Église le prie. Télécharger ici.
Sources. Psaume 6 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé L.-C. Fillion (1895), sur la Vulgate (Ps 6, 1-11). Texte latin : Vulgate, Psalmus 6. Sens spirituel et lecture de pro octava : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 6. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, livres de 1962), Matines du lundi (le dimanche, Matines s'ouvre par les psaumes 1, 2 et 3) ; sept psaumes de la pénitence récités au Carême. Doctrine sur la pénitence : Catéchisme du concile de Trente, partie II, du sacrement de pénitence.