Les Psaumes
Psaume 10 : Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné ? (Psaume 9 de la Vulgate)
Le psaume 10 que vous cherchez est la seconde moitié du psaume 9 de la Vulgate, le cri Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné. Texte intégral en français (Fillion), sens traditionnel et usage aux Matines du dimanche.

Le psaume 10 est la prière de l'homme devant le triomphe apparent du méchant : il demande à Dieu pourquoi il semble se cacher au temps de la détresse, et il finit dans la certitude que le Seigneur juge et venge l'opprimé. Un point trouble d'abord celui qui le cherche, et il faut le dire tout de suite : le psaume 10 de la numérotation courante n'a pas de numéro propre dans la Bible de l'Église ; il forme, avec le psaume 9, un seul chant.
Psaume 10 ou psaume 9 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez en tapant « psaume 10 » ne correspond pas, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, à un psaume 9 tout entier, mais à sa seconde moitié. Là où les bibles hébraïques et modernes comptent deux psaumes, 9 et 10, la Vulgate n'en compte qu'un seul, le psaume 9. Notre psaume 10 en est la fin, les versets 22 à 39 du psaume 9 latin.
La raison n'est ni une erreur ni un caprice. Dans l'hébreu, les psaumes 9 et 10 forment ensemble un poème alphabétique, chaque strophe commençant par une lettre suivie de l'alphabet ; la Septante et la Vulgate y ont vu à bon droit un seul cantique et l'ont gardé uni. C'est de ce regroupement que vient l'écart d'un chiffre entre les deux numérotations pour la plus grande partie du Psautier. Donc : psaume 10 (numérotation hébraïque) = fin du psaume 9 (Vulgate). C'est le passage qui commence en latin Ut quid, Dómine, recessísti longe ? La même double numérotation se retrouve dans tout le Psautier, et le début de ce chant se lit dans le psaume 9, tandis que le psaume qui suit, Justus Dóminus, est le psaume 11 de la numérotation hébraïque.
Le texte intégral du psaume 10
Nous donnons le texte français dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, puis l'incipit latin de la Vulgate, ancre canonique de toute prière de l'Église.
Psaume 10 (fin du psaume 9 dans la Vulgate)
Pourquoi, Seigneur, Vous êtes-Vous retiré au loin, et dédaignez-Vous de me regarder au temps du besoin et de l'affliction ?
Tandis que l'impie s'enorgueillit, le pauvre est consumé. Ils sont pris dans les desseins qu'ils méditent.
Car le pécheur se glorifie des désirs de son âme, et le méchant est félicité.
Le pécheur a irrité le Seigneur ; à cause de la grandeur de sa colère, il ne se soucie de rien.
Dieu n'est point devant ses yeux ; ses voies sont souillées en tout temps. Vos jugements sont ôtés de devant sa face ; il dominera sur tous ses ennemis.
Car il a dit en son cœur : Je ne serai point ébranlé de génération en génération, je suis à l'abri du mal.
Sa bouche est pleine de malédiction, d'amertume et de tromperie ; sous sa langue sont la peine et la douleur.
Il est assis en embuscade avec les riches dans des lieux cachés, afin de tuer l'innocent. Ses yeux guettent le pauvre ;
il dresse des embûches en secret, comme un lion dans son repaire. Il se tient en embuscade pour enlever le pauvre, pour enlever le pauvre en l'attirant.
Il le terrassera dans son filet ; il se baissera, et il tombera lorsqu'il se sera rendu maître des pauvres.
Car il a dit en son cœur : Dieu a oublié ; Il a détourné Son visage, pour ne jamais voir.
Levez-Vous, Seigneur Dieu ; que Votre main s'élève : n'oubliez pas les pauvres.
Pourquoi l'impie a-t-il irrité Dieu ? C'est qu'il a dit en son cœur : Il ne S'en souciera pas.
Vous le voyez ; car Vous considérez la peine et la douleur, pour les livrer entre Vos mains. C'est à Vous qu'a été laissé le soin du pauvre ; Vous serez le protecteur de l'orphelin.
Brisez le bras du pécheur et du méchant ; on cherchera son péché, et on ne le trouvera pas.
Le Seigneur régnera éternellement et dans les siècles des siècles ; et vous, nations, vous disparaîtrez de Sa terre.
Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres ; Votre oreille a entendu la prière de leur cœur,
pour rendre justice à l'orphelin et à l'opprimé, afin que l'homme n'entreprenne plus de s'élever sur la terre.
Dans la Vulgate clémentine, telle que l'Église la chante, ce passage commence par le verset Ut quid, Dómine, recessísti longe, déspicis in opportunitátibus, in tribulatióne ? — « Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné, et détournes-tu les yeux au temps du besoin, dans la détresse ? »
Qui a écrit le psaume 10 ?
Le psaume 10 n'a pas de titre propre : il prolonge le psaume 9, dont le titre porte l'attribution à David — « Au maître de chant. Psaume de David. » C'est la lecture constante de l'Église, qui tient les deux moitiés pour un seul chant de David. Comme pour tous les psaumes, l'auteur humain n'est que l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture. On entend ici la voix du juste écrasé par l'orgueil du puissant, et qui, au lieu de se venger, remet sa cause à Dieu.
Le sens traditionnel : Dieu semble absent, mais il juge
Tout le psaume tient dans un contraste. D'un côté le méchant, qui prospère, qui opprime le pauvre comme un lion tapi dans son fourré, et qui dit dans son cœur les deux mots de tout orgueil : « Il ne punit pas » et « Il n'y a pas de Dieu ». De l'autre l'affligé, l'orphelin, le sans-défense, qui n'a pour recours que ce cri : Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné ? Le psaume ne feint pas d'ignorer le scandale ; il le pose devant Dieu et attend de lui la justice.
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, commente ces versets comme la fin du psaume 9 et y lit le combat des deux cités : l'impie qui nie la providence est la figure de tout ennemi de Dieu, et le silence apparent du Seigneur n'est pas oubli mais patience, qui laisse mûrir le jugement. Le Dieu qui se cache n'est pas absent ; il regarde la peine et la souffrance pour la prendre en main. Les derniers versets — rendre justice à l'orphelin et à l'opprimé — annoncent le jour où Dieu jugera les nations et où cessera l'effroi que l'homme inspire à l'homme. Ainsi saint Augustin rattache ce psaume à l'attente du jugement dernier, où le règne éternel de Dieu, proclamé au verset le Seigneur est roi à jamais, se manifestera pleinement.
Le méchant qui dit « il n'y a pas de Dieu » rejoint l'insensé des autres psaumes : la même parole revient dans le psaume 37, où l'âme se trouble de voir prospérer les impies, avant de comprendre leur fin. Le psaume 10 est de cette famille : la prière de qui souffre l'injustice sans perdre la foi que Dieu, à son heure, brisera le bras du méchant. Le psaume 12 fait entendre la même supplication contre l'arrogance des puissants, où Dieu promet de se lever à cause de l'oppression des affligés et du gémissement des pauvres.
L'usage liturgique du psaume 10 dans l'Office (1962)
Dans le Bréviaire romain traditionnel — celui du calendrier de 1962 —, le psaume 9 de la Vulgate, qui contient notre psaume 10, tient une place fixe aux Matines du dimanche.
Parce qu'il est long, ce psaume 9 y est partagé en plusieurs sections, et les deux dernières — celles qui correspondent au psaume 10 hébraïque — se chantent au troisième nocturne des Matines du dimanche, sous les antiennes Ut quid, Dómine, recessísti longe (« Pourquoi, Seigneur, t'es-tu éloigné ») et Exsúrge, Dómine Deus, exaltétur manus tua (« Lève-toi, Seigneur Dieu, que ta main s'élève »). Matines est l'office de la nuit, la longue veille de louange qui précède l'aurore : au seuil du dimanche, l'Église y met sur ses lèvres le cri de l'affligé et la certitude du jugement de Dieu.
Qui récite les Matines du dimanche prie donc le psaume 10 sans toujours le savoir : il est là, fidèlement, depuis des siècles, dans le Bréviaire, au cœur de la veille nocturne de l'Église.
Quand et comment prier le psaume 10
Ce psaume est la prière des heures où le mal semble avoir le dessus et Dieu se taire. On le prie avec fruit :
- Devant l'injustice et l'oppression, quand le fort écrase le faible et paraît impuni. Le psaume ne réclame pas la vengeance de nos mains, mais celle de Dieu : Brise le bras du méchant.
- Dans le scandale de la prospérité des méchants, quand la foi vacille à voir réussir ceux qui nient Dieu. Le psaume tient l'âme droite jusqu'à la certitude du jugement.
- Pour les sans-défense — le pauvre, l'orphelin, l'opprimé —, en les confiant à Celui qui vient en aide à l'orphelin et affermit le cœur des affligés.
Priez-le sans hâte, en vous arrêtant sur le renversement final, où la plainte devient proclamation : le Seigneur est roi à jamais. Terminez, comme fait l'Église, par le Gloria Patri. La force du psaume n'est pas dans les mots, mais en Celui à qui ils s'adressent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 10 est-il rattaché au psaume 9 ?
Parce que la Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église plus de mille cinq cents ans — comptent les psaumes 9 et 10 hébraïques comme un seul psaume, le psaume 9. Notre psaume 10 en est la seconde moitié, les versets 22 à 39. Dans l'hébreu, les deux forment ensemble un poème alphabétique, ce qui justifie leur union.
Quel est le psaume 10 dans la Vulgate ?
Il n'y a pas de « psaume 10 » distinct dans la Vulgate : le texte cherché sous ce numéro correspond à la fin du psaume 9 latin. Le psaume que la Vulgate appelle « psaume 10 » (Justus Dóminus) est, lui, le psaume 11 de la numérotation hébraïque.
Qui a écrit le psaume 10 ?
Le titre du psaume 9, dont le psaume 10 est la suite, l'attribue à David. C'est la lecture traditionnelle de l'Église. L'auteur humain est l'instrument de l'Esprit Saint, véritable auteur de toute l'Écriture.
Que signifie « Pourquoi, Seigneur, te tiens-tu éloigné » ?
C'est le cri du juste qui, devant le triomphe du méchant, éprouve Dieu comme absent. Saint Augustin l'entend non d'un vrai éloignement, mais de la patience de Dieu qui diffère le jugement. Le psaume répond lui-même : Dieu regarde la peine et la souffrance et rend justice à l'opprimé.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 10 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, il se chante aux Matines du dimanche, au troisième nocturne, comme fin du psaume 9, sous les antiennes Ut quid, Dómine, recessísti longe et Exsúrge, Dómine Deus. Matines étant l'office de la nuit, ce psaume ouvre le dimanche par la veille et la confiance dans la justice de Dieu.
Le psaume 10 est-il un psaume contre le mal ?
Oui, au sens où il porte devant Dieu le mal fait par l'homme et lui en demande la justice. Il ne prêche pas la vengeance personnelle mais l'abandon à Dieu, seul juge, qui brise le bras du méchant et règne à jamais. C'est la prière de l'opprimé qui garde la foi.
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Sources. Psaume 10 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Psaume 9, 22-39 de la Vulgate). Texte et incipit latin : Vulgate clémentine, Psalmus 9, Ut quid, Dómine, recessísti longe. Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, commentaire du psaume IX. Usage liturgique (Matines du dimanche, troisième nocturne, antiennes Ut quid, Dómine, recessísti longe et Exsúrge, Dómine Deus, exaltétur manus tua) : Breviarium Romanum, Psautier disposé sous saint Pie X, en vigueur dans le calendrier de 1962.