Les Psaumes
Psaume 9 : action de grâces et jugement de Dieu (Vulgate 9)
Le Psaume 9 est l'action de grâces de David pour la victoire de Dieu, juste juge des nations et refuge de l'opprimé. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, double numérotation, sens des Pères et place dans la liturgie traditionnelle.

Le Psaume 9 est l'action de grâces de David après la victoire : celui que Dieu a délivré de ses ennemis chante le Seigneur qui « siège à jamais » et « juge le monde avec justice », et il proclame que « le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, et Son secours au temps du besoin et de l'affliction » (versets 8 et 10). C'est un psaume de louange confiante et de jugement, où la grandeur de Dieu répond à l'affliction de l'homme. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, l'explication de sa double numérotation, le sens que les Pères y ont lu et sa place dans la liturgie traditionnelle.
Psaume 9 hébraïque ou Psaume 9 de la Vulgate ? La double numérotation
Le Psaume 9 est le point précis où naît la fameuse différence de numérotation entre les Bibles. Dans la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des Bibles modernes et par la Bible de Fillion, le Psaume 9 est un psaume, et le Psaume 10 en est un autre. Mais la Septante grecque et la Vulgate latine — le texte de la liturgie de l'Église pendant plus de mille cinq cents ans — ont réuni ces deux psaumes en un seul, le Psaume 9 de la Vulgate, qui commence en latin par « Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo » (« Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur »).
De cette soudure vient tout le décalage : à partir d'ici et jusqu'au Psaume 146, la Vulgate compte un numéro de retard sur l'hébreu. Le Psaume 9 que l'on cherche aujourd'hui — notre Psaume 9 hébraïque — correspond donc à la première moitié du Psaume 9 de la Vulgate ; la seconde moitié est ce que l'hébreu appelle le Psaume 10. L'abbé Fillion suit la Vulgate en indiquant l'équivalence avec l'hébreu, et nous faisons de même. Pour comprendre l'ensemble du Psautier et ses deux manières de compter, voir notre guide des psaumes, et l'exemple voisin du Psaume 34, numéroté 33 dans la Vulgate.
Le texte complet du Psaume 9 (traduction de l'abbé Fillion)
Psaume 9 (première partie du Psaume 9 de la Vulgate)
Pour la fin, pour les secrets du fils, psaume de David.
Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur ; je raconterai toutes Vos merveilles.
En Vous je me réjouirai, et me livrerai à l’allégresse ; je chanterai Votre Nom, ô Très-Haut ;
parce que Vous avez fait retourner mon ennemi en arrière. Ils vont être épuisés, et ils périront devant Votre face.
Car Vous m’avez rendu justice, et Vous avez soutenu ma cause ; Vous Vous êtes assis sur Votre trône, Vous qui jugez selon le droit.
Vous avez châtié les nations, et l’impie a péri ; Vous avez effacé leur Nom à jamais, et pour les siècles des siècles.
Les glaives de l’ennemi ont perdu leur force pour toujours, et Vous avez détruit leurs villes. Leur mémoire a péri avec fracas ;
mais le Seigneur demeure éternellement. Il a préparé Son trône pour le jugement ;
et Il jugera Lui-même l’univers avec équité ; Il jugera les peuples avec justice.
Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, et Son secours au temps du besoin et de l’affliction.
Qu’ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent Votre Nom ; car Vous n’avez pas abandonné ceux qui Vous cherchent, Seigneur.
Chantez au Seigneur qui habite dans Sion : annoncez parmi les nations Ses desseins ;
car Celui qui recherche le sang versé S’est souvenu de Ses serviteurs ; Il n’a pas oublié le cri des pauvres.
Ayez pitié de moi, Seigneur ; voyez l’humiliation où mes ennemis m’ont réduit,
Vous qui me retirez des portes de la mort, pour que j’annonce toutes Vos louanges aux portes de la fille de Sion.
Je serai transporté de joie à cause du salut que Vous m’aurez procuré. Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles avaient faite. Leur pied a été pris dans le piège qu’elles avaient caché.
On reconnaîtra le Seigneur qui rend justice ; le pécheur a été pris dans les œuvres de ses mains.
Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer, et toutes les nations qui oublient Dieu.
Car le pauvre ne sera pas en oubli pour toujours ; la patience des pauvres ne périra pas à jamais.
Levez-Vous, Seigneur ; que l’homme ne triomphe pas ; que les nations soient jugées devant Votre face.
Seigneur, imposez-leur un maître, afin que les peuples sachent qu’ils sont hommes.
Le sens du Psaume 9 : l'action de grâces et le jugement de Dieu
Le psaume commence par la louange (« Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur ») et s'appuie tout entier sur une certitude : Dieu est un juge juste. David a vu ses ennemis reculer et tomber ; il en rend grâces non à sa propre force, mais au Seigneur qui « s'est assis sur son trône en juste juge » (verset 5). Ce trône ne passe pas : « mais le Seigneur demeure éternellement. Il a préparé Son trône pour le jugement » (verset 8). Le jugement des nations dans l'histoire annonce le jugement de tous les hommes à la fin des temps, que nous exposons dans notre article sur le jugement dernier.
Les Pères ont lu ce psaume à la lumière du Christ. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, s'arrête sur le titre du psaume — que la Vulgate portait comme « pour les choses cachées du Fils » — et y voit la mort et la divinité voilée du Fils de Dieu, puis sa victoire : les ennemis anéantis, l'impie retranché, le juste juge qui règne. La louange initiale devient ainsi celle de l'Église rachetée, et le jugement des nations, celui du dernier jour, où le Christ paraîtra sur son trône. Ce que Fillion rend par l'air obscur « Mort au fils » recouvre la même intuition : ce psaume de triomphe est traversé par la mort et la gloire du Fils.
Les versets les plus cherchés du Psaume 9
Une remarque sur les numéros. Dans la traduction de l'abbé Fillion, sur la Vulgate, le titre (« Pour la fin, pour les secrets du fils… ») compte pour le verset 1 ; plusieurs Bibles ne le comptent pas, si bien que chaque verset y recule d'une unité. Nous suivons la numérotation de Fillion.
« Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre » (versets 10-11)
C'est le cœur consolant du psaume : « Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, et Son secours au temps du besoin et de l'affliction. Qu'ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent Votre Nom ; car Vous n'avez pas abandonné ceux qui Vous cherchent, Seigneur. » En latin, « Et factus est Dominus refugium pauperi ». Connaître le nom de Dieu, dans la langue de l'Écriture, c'est le connaître lui-même ; et celui qui le connaît se confie en lui. Cette confiance du pauvre est la même que chante le Psaume 91, le Qui habitat de ceux qui s'abritent sous les ailes du Très-Haut. C'est la même assurance que confesse le Psaume 11, In Domino confido, la confiance du juste qui refuse de fuir loin de Dieu.
« Levez-Vous, Seigneur » (versets 20-21)
Le psaume s'achève par un cri : « Levez-Vous, Seigneur ; que l'homme ne triomphe pas ; que les nations soient jugées devant Votre face… afin que les peuples sachent qu'ils sont hommes. » C'est la prière du faible qui, devant l'orgueil des puissants, demande à Dieu de rappeler à l'homme qu'il n'est qu'un homme. L'humilité devant le jugement de Dieu est ici tout entière : le Seigneur seul est juge, et son heure viendra.
Le Psaume 9 dans la liturgie traditionnelle
Dans le Bréviaire romain de 1962, dont saint Pie X a réordonné le psautier par la constitution Divino afflatu (1911), le Psaume 9 de la Vulgate — notre Psaume 9 hébraïque et le Psaume 10 réunis — est chanté à Matines du dimanche. Long, il y est partagé en deux portions successives, selon l'usage du psautier pour les psaumes étendus. Ainsi, chaque semaine, l'Église ouvre la nuit du jour du Seigneur par ce « Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo », action de grâces qui répond au repos et à la résurrection du dimanche. Il y voisine avec le Psaume 8, la louange de la gloire divine que l'Église chante au même office de la nuit dominicale. Ceux qui prient le bréviaire le retrouvent à cette place ; on peut aussi le suivre jour par jour sur Divinum Officium, qui donne l'Office traditionnel en latin et en français.
Comment prier le Psaume 9
La tradition en suggère les usages. En action de grâces, après une délivrance ou une victoire, comme David : le psaume apprend à rapporter à Dieu ce qu'on serait tenté de mettre à son propre compte. Dans l'oppression et la détresse, pour les versets 10 et 11, en se réfugiant en Celui qui ne délaisse pas ceux qui le cherchent. Enfin, en regard du jugement : le psaume place devant les yeux le trône du juste juge, et il fait de la crainte de Dieu une prière d'humilité. Prier le psaume lentement, verset par verset, et l'achever comme fait l'Église, par le Gloria Patri, qui rapporte au Père, au Fils et au Saint-Esprit la louange de tout le Psautier.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 9 est-il numéroté différemment selon les Bibles ?
Parce que le Psaume 9 est l'endroit où naît le décalage. La Septante grecque et la Vulgate latine ont réuni en un seul psaume — leur Psaume 9 — ce que l'hébreu compte comme les Psaumes 9 et 10. De là vient que, du Psaume 9 au Psaume 146, la Vulgate compte un numéro de retard sur la numérotation hébraïque.
Le Psaume 9 hébraïque correspond à quoi dans la Vulgate ?
À la première moitié du Psaume 9 de la Vulgate, celle qui commence par « Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo ». La seconde moitié de ce Psaume 9 latin correspond au Psaume 10 de la numérotation hébraïque.
Qui a écrit le Psaume 9 ?
David, selon le titre même du psaume : « Psaume de David. » C'est la lecture constante de l'Église. Comme pour tout le Psautier, l'auteur principal demeure l'Esprit Saint, qui a inspiré l'écrivain sacré.
Que signifie le titre « Sur l'air Mort au fils » ?
C'est l'indication musicale du psaume, un air connu des chantres d'Israël, dont le sens littéral s'est perdu et que Fillion rend par « Mort au fils ». La Vulgate portait un titre voisin, « pour les choses cachées du Fils », où saint Augustin a lu une figure de la mort et de la victoire du Fils de Dieu.
Le Psaume 9 est-il un psaume de protection ?
C'est d'abord un psaume d'action de grâces et de jugement, mais il contient une des plus fortes paroles de confiance de l'Écriture : « Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, et Son secours au temps du besoin et de l'affliction » (verset 10). À ce titre, on le prie dans l'affliction, comme on prie les autres psaumes de confiance.
Quand le Psaume 9 est-il chanté dans la liturgie traditionnelle ?
Au Bréviaire romain de 1962, avec le psautier réordonné par saint Pie X, le Psaume 9 de la Vulgate est chanté à Matines du dimanche, où il est divisé en deux portions à cause de sa longueur.
Pour prier le Psaume 9 et tout le Psautier, l'application Iter Fidei donne les psaumes, les prières traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Psaume 9 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (première partie du Ps. ix de la Vulgate, correspondant au Ps. ix hébreu). Incipit latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 9 (Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo). Lecture christologique et sens du titre : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 9. Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), Matines du dimanche ; saint Pie X, constitution Divino afflatu (1911), sur la distribution hebdomadaire du Psautier. Doctrine du jugement et de la Providence : Catéchisme de saint Pie X.