Les Psaumes
Psaume 34 : Goûtez et voyez (Psaume 33 de la Vulgate)
Le Psaume 34 est l'action de grâces de David délivré : Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, versets 18-19, sens des Pères et place dans la liturgie traditionnelle.

Le Psaume 34 est l'action de grâces de David délivré du danger : celui qui a crié vers Dieu et qui a été exaucé invite tous les humbles à en faire l'épreuve — « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon ». C'est aussi le psaume du verset le plus consolant du Psautier : « Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur brisé » (verset 19). Nous donnons ici le texte complet dans la Bible de Fillion, l'explication des versets les plus cités, le sens que les Pères y ont lu et sa place dans la liturgie traditionnelle.
Psaume 34 ou Psaume 33 ? La double numérotation
Le psaume que l'on cherche sous le numéro 34 est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine et de la Septante grecque —, le Psaume 33, qui commence par « Benedicam Dominum in omni tempore ». La numérotation hébraïque, suivie par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 34 ; la différence vient du regroupement de deux psaumes au début du Psautier. Psaume 34 (numérotation hébraïque) = Psaume 33 (Vulgate) : c'est le même psaume. La Bible de Fillion, faite sur la Vulgate, suit la numérotation hébraïque en indiquant l'équivalence — nous faisons de même. Pour comprendre l'ensemble du Psautier et ses deux numérotations, voir notre guide des psaumes.
Le titre du psaume le rattache à un épisode précis : « De David : lorsqu'il contrefit l'insensé en présence d'Abimélech » — la ruse de David chez les Philistins, racontée au premier livre de Samuel (chapitre 21), où le roi de Geth est nommé Achis, Abimélech étant entendu par les commentateurs comme le titre des rois philistins. Échappé de ce péril, David bénit Dieu ; tout le psaume respire cette gratitude. C'est un psaume alphabétique : chaque verset commence par une lettre de l'alphabet hébreu, dans l'ordre — Fillion imprime ces lettres, et nous les conservons.
Le texte complet du Psaume 34 (Bible de Fillion)
Psaume 34 (Vulgate 33)
De David, lorsqu'il changea son visage devant Achimélech, qui le renvoya, et qu'il s'en alla.
Je bénirai le Seigneur en tout temps ; toujours Sa louange sera dans ma bouche.
Mon âme mettra sa gloire dans le Seigneur. Que ceux qui sont doux entendent et se réjouissent.
Célébrez le Seigneur avec moi, et exaltons tous ensemble Son Nom.
J'ai cherché le Seigneur, et Il m'a exaucé ; et Il m'a tiré de toutes mes tribulations.
Approchez-vous de Lui, et vous serez éclairés ; et vos visages ne seront pas couverts de confusion.
Ce pauvre a crié, et le Seigneur l'a exaucé ; et Il l'a sauvé de toutes ses tribulations.
L'Ange du Seigneur environnera ceux qui Le craignent, et Il les délivrera.
Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. Heureux est l'homme qui espère en Lui.
Craignez le Seigneur, vous tous ses saints, car Il n'y a pas d'indigence pour ceux qui Le craignent.
Les riches ont été dans le besoin, et ont eu faim ; mais ceux qui cherchent le Seigneur ne seront privés d'aucun bien.
Venez, mes fils, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur.
Quel est l'homme qui désire la vie, et qui aime à voir d'heureux jours ?
Préservez votre langue du mal, et que vos lèvres ne profèrent pas la tromperie.
Détournez-vous du mal, et faites le bien ; recherchez la paix et poursuivez-la.
Les yeux du Seigneur sont sur les justes, et Ses oreilles sont ouvertes à leurs prières.
Mais le visage du Seigneur est sur ceux qui font le mal, pour exterminer leur mémoire de dessus la terre.
Les justes ont crié, et le Seigneur les a exaucés ; et Il les a délivrés de toutes leurs tribulations.
Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur affligé, et Il sauvera les humbles d'esprit.
Les tribulations des justes sont nombreuses, et le Seigneur les délivrera de toutes ces peines.
Le Seigneur préserve tous leurs os ; il n'y en aura pas un seul de brisé.
La mort des pécheurs est affreuse, et ceux qui haïssent le juste sont coupables.
Le Seigneur rachètera les âmes de Ses serviteurs, et tous ceux qui mettent leur espérance en Lui ne seront point frustrés.
Les versets les plus cités du Psaume 34
Une remarque sur les numéros de versets. Dans les Bibles françaises comme la Fillion, le titre de David compte pour le verset 1 ; les Bibles anglaises et plusieurs traductions modernes ne le comptent pas, si bien que chaque verset y recule d'une unité. Le célèbre « Psaume 34, 18 » des uns est donc le verset 19 des autres — c'est le même texte. Nous donnons les deux repères.
« Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur brisé » (verset 19, cité 34, 18)
C'est le verset le plus cherché du psaume, et l'un des plus consolants de toute l'Écriture : « Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur brisé, il sauve ceux dont l'esprit est abattu. » Dieu ne se tient pas loin de l'affligé ; il est près. Le psaume ne promet pas l'absence d'épreuve — le verset suivant dit le contraire — mais la présence de Dieu dans l'épreuve, et la délivrance à son heure. Joint au verset 18 (« Les justes crient, et le Seigneur les entend »), il forme la charte de la confiance chrétienne dans l'affliction. C'est la même confiance que chante le psaume 46, où Dieu est « notre refuge et notre force, un secours que l'on rencontre toujours dans la détresse ».
« Nombreux sont les malheurs du juste » (versets 20-21, cités 34, 19-20)
« Nombreux sont les malheurs du juste, mais de tous le Seigneur le délivre. Il garde tous ses os, aucun d'eux ne sera brisé. » Le psaume est lucide : la justice n'exempte pas de la souffrance ; elle garantit la délivrance finale. La tradition lit le verset 21 en regard du Calvaire : saint Jean atteste que les soldats ne rompirent pas les jambes de Jésus, « afin que s'accomplît l'Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé » (Jean 19, 36). Le juste par excellence dont Dieu garde tous les os, c'est le Christ en croix.
« L'ange du Seigneur campe autour de ceux qui le craignent » (versets 7-8)
« Ce pauvre a crié, et le Seigneur l'a entendu » (verset 7) : David parle de lui-même, et de tout pauvre qui crie. Puis vient l'image militaire du verset 8 : l'ange du Seigneur campe autour des fidèles, comme une armée retranchée autour d'une ville. C'est l'un des fondements scripturaires de la doctrine de la garde des anges, que le Catéchisme de saint Pie X résume en enseignant que Dieu a donné à chacun un ange pour le garder. Nous l'exposons dans notre article sur l'ange gardien.
« Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon » (verset 9, cité 34, 8)
Le verset le plus célèbre du psaume : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon » — en latin « Gustate et videte quoniam suavis est Dominus ». La bonté de Dieu ne se démontre pas d'abord, elle s'éprouve. Saint Pierre reprend ce verset pour les baptisés : « si vous avez goûté que le Seigneur est bon » (1 Pierre 2, 3). Les Pères y ont lu l'Eucharistie, où le goûter devient littéral : saint Cyrille de Jérusalem atteste que ce verset était chanté pendant la communion des fidèles, et saint Augustin, commentant ce psaume, y voit le Christ qui se porte lui-même en ses mains lorsqu'il institue le sacrement. Sur ce mystère, voir l'Eucharistie.
« Éloigne-toi du mal et fais le bien » (versets 12-17)
La seconde partie du psaume est une leçon de sagesse : « Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur » — cette crainte dont l'absence est, dans le psaume 36, la racine même du mal, quand « la crainte de Dieu n'est point devant les yeux » de l'injuste. Qui veut la vie doit garder sa langue du mal, « s'éloigner du mal et faire le bien, rechercher la paix et la poursuivre » (versets 14-15), car « les yeux du Seigneur sont sur les justes » (verset 16) — le même regard que chante le psaume 33, où « l'œil du Seigneur est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent en sa bonté ». Saint Pierre cite ce passage entier comme règle de vie chrétienne (1 Pierre 3, 10-12), et saint Benoît l'a placé au prologue de sa Règle, comme la question que Dieu pose à quiconque veut le servir.
Le Psaume 34 dans la liturgie traditionnelle
Dans le Bréviaire romain de 1962, le Psaume 33 de la Vulgate est chanté à Complies du mercredi, divisé en deux parties (versets 2-11 et 12-23) : avant de dormir, l'Église bénit Dieu « en tout temps » et se remet à l'ange qui campe autour de ceux qui le craignent. Ceux qui prient le bréviaire le retrouvent ainsi chaque semaine ; dans l'office monastique, la Règle de saint Benoît l'assigne aux vigiles du lundi.
À la messe, le verset 9 fournit l'antienne de communion du huitième dimanche après la Pentecôte au missel de 1962 : « Gustate et videte, quoniam suavis est Dominus : beatus vir, qui sperat in eo. » Cet usage est ancien : dès le IVe siècle, le chant du Gustate et videte accompagnait la communion des fidèles, comme en témoignent les catéchèses de Jérusalem. Le psaume de l'action de grâces de David est devenu le chant de table du festin eucharistique de la messe tridentine.
Comment prier le Psaume 34
La tradition en suggère les moments : dans l'affliction et l'abattement, pour les versets 18-19 — le cri du juste entendu, Dieu près du cœur brisé ; en action de grâces après une délivrance, comme David ; avant et après la communion, avec le Gustate et videte ; le soir, à la manière des Complies du mercredi, en union avec l'office de l'Église. Ceux qui cherchent un psaume de protection pour la nuit prieront aussi le Psaume 91, le Qui habitat des Complies du dimanche. Prier le psaume lentement, verset par verset, et l'achever par le Gloria Patri, comme fait l'Église.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 34 est-il numéroté 33 dans certaines Bibles ?
Parce qu'il existe deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme Psaume 33 ; la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 34. C'est le même psaume, le Benedicam Dominum in omni tempore.
Que dit le Psaume 34, 18 ?
Selon la façon de compter le titre, ce repère désigne « Les justes crient, et le Seigneur les entend » (verset 18 de la Fillion) ou, dans les numérotations qui ne comptent pas le titre, « Le Seigneur est près de ceux qui ont le cœur brisé, il sauve ceux dont l'esprit est abattu ». Les deux versets se suivent et disent la même chose : Dieu entend et délivre l'affligé.
Qui a écrit le Psaume 34 ?
David, selon le titre même du psaume : « De David : lorsqu'il contrefit l'insensé en présence d'Abimélech. » Il se rapporte à l'épisode du premier livre de Samuel (chapitre 21) où David, réfugié chez les Philistins, contrefait la folie pour échapper au danger. Comme pour tout le Psautier, l'auteur principal est l'Esprit Saint qui a inspiré l'écrivain sacré.
Que signifie « Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon » ?
Que la bonté de Dieu s'éprouve par l'expérience de la confiance : qui se réfugie en lui constate qu'il est bon. Saint Pierre applique ce verset aux baptisés (1 Pierre 2, 3), et la tradition l'a chanté à la communion dès les premiers siècles, y reconnaissant l'Eucharistie où le Seigneur se laisse goûter réellement.
Quand le Psaume 34 est-il chanté dans la liturgie traditionnelle ?
Au Bréviaire romain de 1962, il est chanté à Complies du mercredi, en deux parties. Au missel de 1962, son verset 9 est l'antienne de communion du huitième dimanche après la Pentecôte. Dans l'office bénédictin, la Règle de saint Benoît le place aux vigiles du lundi.
Faut-il lire le Psaume 34 dans la version Louis Segond ?
La version Segond est une traduction protestante. Le lecteur catholique dispose de la Bible de Fillion, traduction française approuvée par l'Église, faite sur la Vulgate avec l'équivalence de la Vulgate — c'est elle que nous citons ici intégralement.
Pour prier le Psaume 34 et tout le Psautier, l'application Iter Fidei donne les psaumes, les prières traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Psaume 34 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate (Ps. xxxiv ; Vulg. xxxiii). Incipit latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 33. Titre du psaume et épisode de David : 1 Samuel 21 (Fillion). Accomplissement au Calvaire : Jean 19, 36 (Fillion). Citations apostoliques : 1 Pierre 2, 3 et 3, 10-12 (Fillion). Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), Complies du mercredi (Ps. 33, 2-11 et 12-23) ; Missale Romanum (1962), communion du huitième dimanche après la Pentecôte (Ps. 33, 9) ; Règle de saint Benoît, prologue et répartition du Psautier. Chant du Gustate et videte à la communion : saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, V. Lecture eucharistique du psaume : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Ps. 33. Doctrine des anges gardiens : Catéchisme de saint Pie X.