Les Psaumes
Psaume 36 : la miséricorde de Dieu et la malice de l'homme (Psaume 35 Vulgate)
Le Psaume 36 que vous cherchez est le Psaume 35 de la Vulgate : le grand psaume qui oppose l'aveuglement du pécheur à l'immense miséricorde de Dieu. Texte intégral en français et en latin, sens traditionnel et usage liturgique.

Le Psaume 36 est le psaume qui met face à face deux abîmes : la malice de l'homme sans crainte de Dieu, et la miséricorde du Seigneur qui monte plus haut que les cieux. Un mot d'abord, car il y a de quoi hésiter : le Psaume 36 que l'on cherche dans la plupart des Bibles est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église, le Psaume 35. Ce n'est pas une contradiction, mais une double manière de compter les psaumes, que nous expliquons plus bas. Voici sans attendre le texte intégral, puis son sens et sa place dans la prière de l'Église.
Psaume 36 ou Psaume 35 ? La double numérotation
Le psaume que vous trouvez sous le nom de « psaume 36 » est, dans la numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque, le Psaume 35. L'Église catholique a compté les psaumes de cette façon pendant plus de mille cinq cents ans, dans sa liturgie, dans son bréviaire et dans les commentaires des Pères.
La différence tient à la manière de regrouper certains psaumes au début du Psautier : à partir du Psaume 9, la numérotation hébraïque (moderne) devance d'une unité celle de la Vulgate. Le même cantique est donc le 36e dans les Bibles hébraïques et le 35e dans la tradition latine. Nous suivons ici le texte et la numérotation de l'Église — Psaume 35 de la Vulgate —, tout en gardant le repère que vous cherchez. C'est le même psaume, qui commence en latin par Dixit injustus. Pour l'ensemble du Psautier, voir notre présentation des Psaumes.
Le texte intégral du Psaume 36
Nous donnons d'abord le texte français, dans la traduction de l'abbé Fillion sur la Vulgate — version catholique éprouvée, antérieure à toute réforme —, puis le latin de la Vulgate Sixto-Clémentine, ancre canonique de la prière de l'Église.
Psaume 35 (36)
Pour la fin, de David, serviteur du Seigneur.
L'injuste a dit en lui-même qu'il voulait pécher ; la crainte de Dieu n'est point devant ses yeux.
Car il a agi avec tromperie en Sa présence, afin que son iniquité se trouvât digne de haine.
Les paroles de sa bouche sont iniquité et tromperie ; il n'a point voulu devenir intelligent pour faire le bien.
Il a médité l'iniquité sur sa couche ; il s'est arrêté sur toute voie mauvaise, et il n'a pas eu de haine pour la malice.
Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel, et Votre vérité s'élève jusqu'aux nues.
Votre justice est comme les montagnes de Dieu ; Vos jugements sont un profond abîme. Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes.
Comme Vous avez multiplié Votre miséricorde, ô Dieu ! Mais les enfants des hommes espéreront, à couvert sous Vos ailes.
Ils seront enivrés de l'abondance de Votre maison, et Vous les ferez boire au torrent de Vos délices.
Car en Vous est la source de la vie, et dans Votre lumière nous verrons la lumière.
Étendez Votre miséricorde sur ceux qui Vous connaissent, et Votre justice sur ceux qui ont le cœur droit.
Que le pied du superbe ne vienne point jusqu'à moi, et que la main du pécheur ne m'ébranle pas.
C'est là que sont tombés ceux qui commettent l'iniquité ; ils ont été chassés, et ils n'ont pu se tenir debout.
Et le même psaume en latin, tel que l'Église le chante :
Psalmus 35
In finem. Servo Domini ipsi David.
Dixit injustus ut delinquat in semetipso : non est timor Dei ante oculos ejus.
Quoniam dolose egit in conspectu ejus, ut inveniatur iniquitas ejus ad odium.
Verba oris ejus iniquitas, et dolus ; noluit intelligere ut bene ageret.
Iniquitatem meditatus est in cubili suo ; astitit omni viæ non bonæ : malitiam autem non odivit.
Domine, in cælo misericordia tua, et veritas tua usque ad nubes.
Justitia tua sicut montes Dei ; judicia tua abyssus multa. Homines et jumenta salvabis, Domine,
quemadmodum multiplicasti misericordiam tuam, Deus. Filii autem hominum in tegmine alarum tuarum sperabunt.
Inebriabuntur ab ubertate domus tuæ, et torrente voluptatis tuæ potabis eos :
quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen.
Prætende misericordiam tuam scientibus te, et justitiam tuam his qui recto sunt corde.
Non veniat mihi pes superbiæ, et manus peccatoris non moveat me.
Ibi ceciderunt qui operantur iniquitatem ; expulsi sunt, nec potuerunt stare.
Le sens du psaume : la malice de l'homme et la miséricorde de Dieu
Tout l'enseignement du Psaume 36 tient dans un contraste. La première partie décrit le pécheur avec une précision terrible : « la crainte de Dieu n'est point devant ses yeux. » Voilà la racine de tout mal. L'injuste ne tombe pas d'un coup ; il médite l'iniquité jusque sur sa couche, choisit délibérément la voie mauvaise, refuse même de haïr la malice. Le péché commence dans la volonté qui congédie Dieu, et l'aveuglement suit la faute au lieu de la précéder. À rebours de cet impie qui « n'a pas eu de haine pour la malice », le psaume 38 fait entendre la voix du pécheur qui, lui, hait sa faute et l'avoue.
Puis, sans transition, le regard se lève. À l'homme replié sur sa ruse répond la grandeur de Dieu déployée sur toute la création : « Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel, et Votre vérité s'élève jusqu'aux nues. Votre justice est comme les montagnes de Dieu ; Vos jugements sont un profond abîme. » La malice de l'homme est mesquine et cachée ; la bonté de Dieu est haute comme le ciel, profonde comme l'abîme. C'est la logique même de la miséricorde divine, qui n'excuse pas le péché mais le domine infiniment.
Saint Augustin, dans ses commentaires sur les psaumes, lit ce cantique comme le passage de l'homme charnel à l'homme spirituel : celui qui n'a plus la crainte de Dieu s'enferme dans sa propre nuit, tandis que le juste boit à la source de la lumière. Cette lecture des Pères oriente le psaume vers le Christ, vraie Lumière, en qui seul nous voyons la lumière. Nous en disons davantage sur saint Augustin.
Les versets les plus connus du Psaume 36
Trois versets ont traversé toute la tradition, et ce sont eux que l'on retient d'ordinaire.
Le premier est le verset 6 : « Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel. » En latin, Domine, in cælo misericordia tua — une des grandes affirmations de la confiance chrétienne, que l'Église a placée en tête de l'office (voir plus bas).
Le deuxième est le verset 10 : « Car en Vous est la source de la vie, et dans Votre lumière nous verrons la lumière » — quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen. Les Pères y ont vu l'annonce de la vision de Dieu : ce n'est pas par une clarté étrangère que nous Le connaissons, mais par Lui-même, en son Fils. C'est l'un des versets les plus célèbres de tout le Psautier.
Le troisième est le verset 7, qui touche à la Providence : « Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes » — Dieu conserve et gouverne toutes ses créatures, jusqu'à la plus humble. Le Psaume 37, qui suit, reprend ce thème de la fausse prospérité des méchants et de la patience du juste.
L'usage liturgique : le Psaume 36 aux Laudes du jeudi
Dans le rite romain traditionnel, tel qu'il est fixé dans les livres de 1962, le Psaume 35 est chanté chaque semaine aux Laudes du jeudi (feria V). L'antienne qui l'encadre est tirée du psaume lui-même : Domine, in cælo misericordia tua — « Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel ». L'Église fait ainsi du verset 6 la clef de tout le psaume, et place cette confession de la miséricorde divine dans la prière du matin, à l'heure où l'on offre le jour à Dieu.
Ce psaume appartient donc à l'Office divin, le bréviaire que clercs et religieux récitent chaque jour. Le prier aux Laudes, c'est s'unir à la voix de l'Église entière qui, depuis des siècles, ouvre le jeudi en proclamant que la bonté de Dieu passe toute mesure.
Quand et comment prier le Psaume 36
La tradition en suggère quelques usages.
- Le matin, avec l'Église. C'est sa place liturgique propre : récité au réveil, il met la journée sous le signe de la miséricorde et de la lumière de Dieu.
- Devant le scandale du mal. Quand la malice des hommes semble triompher, le Psaume 36 rend la mesure : l'iniquité est basse et passagère, la justice de Dieu est haute comme les montagnes et sûre comme l'abîme.
- Pour désirer la lumière de Dieu. Le verset 10 en fait une prière de contemplation : voir la lumière dans Sa lumière, puiser à la source de la vie.
- En latin, au moins le verset 6. Retenir le Domine, in cælo misericordia tua, c'est prier avec les mots mêmes de l'antienne de l'Église.
Priez-le sans hâte, en laissant le contraste faire son œuvre : regarder en face la malice du péché — la sienne d'abord —, puis lever les yeux vers la miséricorde qui la dépasse. On termine, comme l'Église, par le Gloire au Père (Gloria Patri). Ce psaume tient sa place parmi les prières catholiques de chaque jour.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 36 est-il aussi appelé Psaume 35 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de mille cinq cents ans, le comptent comme Psaume 35. La numérotation hébraïque, plus récente et reprise par la plupart des Bibles modernes, le compte comme Psaume 36. C'est le même psaume, qui commence par Dixit injustus.
Qui a écrit le Psaume 36 ?
Le titre du psaume l'attribue à David, « serviteur du Seigneur ». C'est la lecture constante de l'Église. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifie « dans Votre lumière nous verrons la lumière » ?
C'est le verset 10, in lumine tuo videbimus lumen. Les Pères y voient que Dieu est à la fois la source de la vie et la lumière par laquelle on Le connaît : nous ne Le voyons pas par une clarté empruntée, mais en Lui-même, en son Fils, qui est la vraie Lumière du monde.
Où trouve-t-on le Psaume 36 dans la Bible ?
Dans le Livre des Psaumes, au milieu de l'Ancien Testament. Dans les Bibles de numérotation moderne c'est le Psaume 36 ; dans les Bibles catholiques traditionnelles, comme la Vulgate, c'est le Psaume 35, qui commence par Dixit injustus — « L'injuste a dit en lui-même ».
Quand l'Église chante-t-elle le Psaume 36 ?
Dans le rite romain de 1962, il est chanté chaque semaine aux Laudes du jeudi, avec l'antienne Domine, in cælo misericordia tua. Il appartient à l'Office divin du bréviaire. On peut le prier soi-même le matin, en s'unissant à cette prière de l'Église.
Quel est le verset le plus connu du Psaume 36 ?
C'est le verset 6, « Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel » (Domine, in cælo misericordia tua), que l'Église a choisi pour antienne. On cite aussi beaucoup le verset 10, « dans Votre lumière nous verrons la lumière », l'un des plus célèbres de tout le Psautier.
L'application Iter Fidei contient les psaumes, les prières et le calendrier de 1962, en latin et en français, avec l'audio pour prier chaque jour. Télécharger l'application.
Sources. Texte français du Psaume 35 : La Sainte Bible traduite par l'abbé Fillion sur la Vulgate (1895), Psaume 35, 1-13 (corpus Iter Fidei). Texte latin : Vulgate Sixto-Clémentine, Psalmus 35. Usage liturgique aux Laudes du jeudi et antienne Domine, in cælo misericordia tua : Breviarium Romanum, psautier de la feria V (rubriques de 1962). Sens traditionnel du psaume : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 35. Attribution à David et inspiration de l'Écriture : Catéchisme de saint Pie X.