Les Psaumes
Psaume 94 : le Dieu des vengeances (psaume 93 de la Vulgate)
Le psaume 94 est le cri du juste opprimé qui remet sa cause au Dieu de justice, et qui trouve la paix : « tes consolations réjouissent mon âme ». Texte complet en français (Fillion) et en latin, sens traditionnel et usage au bréviaire de 1962.

Le psaume 94 est le cri du juste que l'on opprime : il remet sa cause au « Dieu des vengeances », au seul Juge de la terre, et de cet abandon naît une paix inattendue — « quand les angoisses s'agitent en foule dans ma pensée, tes consolations réjouissent mon âme » (Ps 94, 19). Nous en donnons ci-dessous le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, puis le latin de la Vulgate, avec son sens traditionnel et sa place dans l'Office divin. Mais un point de numérotation doit d'abord être éclairci, car sous le chiffre « 94 » se cachent deux psaumes différents.
Psaume 94 ou psaume 93 ? La double numérotation
Il existe deux manières de compter les psaumes, et le chiffre 94 est l'un des endroits où elles se séparent.
Dans la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes (Fillion, Segond), ce psaume porte le numéro 94 : c'est le « Dieu des vengeances », celui que nous donnons ici. Dans la numérotation de la Vulgate latine et de la Septante grecque — celle de la liturgie, du bréviaire et des Pères de l'Église —, ce même psaume porte le numéro 93, Deus ultiónum Dóminus. L'écart d'une unité vient d'un regroupement de psaumes au début du Psautier.
Un piège s'ajoute pour qui suit la traduction liturgique moderne (AELF), qui a gardé la numérotation de la Vulgate : dans cette numérotation, le « psaume 94 » désigne un tout autre chant, le Venite exsultémus, l'invitatoire qui ouvre chaque jour l'Office — en numérotation hébraïque, le psaume 95. En résumé :
- Psaume 94 (hébreu) = psaume 93 (Vulgate) : le « Dieu des vengeances », le présent article.
- Psaume 94 (Vulgate) = psaume 95 (hébreu) : le Venite exsultémus, l'invitatoire — un psaume différent.
Celui que l'on cherche en tapant « psaume 94 », surtout à cause de son verset 19, est bien le Deus ultiónum. Nous suivons ici la numérotation de Fillion (94), en donnant partout l'équivalence de la Vulgate (93).
Le texte complet du psaume 94 en français
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Louis-Claude Fillion (1895), établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine — le texte latin même de la liturgie de l'Église. Fillion le range sous le numéro de la Vulgate, Psaume XCIII, qui correspond au psaume 94 de l'hébreu.
Psaume 94 (Vulgate : 93)
Psaume de David, pour le quatrième jour après le sabbat : Le Seigneur est le Dieu des vengeances ; le Dieu des vengeances a agi avec une entière liberté.
Levez-Vous, ô Dieu, qui jugez la terre ; rendez aux superbes ce qui leur est dû.
Jusques à quand, Seigneur, les pécheurs, jusques à quand les pécheurs se glorifieront-ils ?
Jusques à quand tous ceux qui commettent des injustices se répandront-ils en des discours insolents, et proféreront-ils l'iniquité ?
Ils ont humilié Votre peuple, Seigneur ; ils ont opprimé Votre héritage.
Ils ont mis à mort la veuve et l'étranger, et ils ont tué les orphelins.
Et ils ont dit : Le Seigneur ne le verra pas, et le Dieu de Jacob n'en saura rien.
Comprenez, vous qui êtes stupides parmi le peuple ; insensés, apprenez enfin la sagesse.
Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-Il pas ? ou celui qui a formé l'œil ne verrait-Il pas ?
Celui qui reprend les nations ne vous convaincra-t-Il pas de péché, Lui qui enseigne la science à l'homme ?
Le Seigneur connaît les pensées des hommes ; Il sait qu'elles sont vaines.
Heureux l'homme que Vous avez Vous-même instruit, Seigneur, et à qui Vous avez enseigné Votre loi,
pour lui adoucir les jours mauvais, jusqu'à ce qu'on ait creusé une fosse pour le pécheur.
Car le Seigneur ne rejettera pas Son peuple, et Il n'abandonnera pas Son héritage ;
jusqu'à ce que la justice fasse éclater son jugement, et que tous ceux qui ont le cœur droit se tiennent auprès d'elle.
Qui se lèvera pour moi contre les méchants ? ou qui se tiendra auprès de moi contre ceux qui commettent l'iniquité ?
Si Dieu ne m'eût assisté, il s'en serait peu fallu que mon âme n'habitât le séjour des morts.
Si je disais : Mon pied a été ébranlé, Votre miséricorde, Seigneur, me soutenait.
Selon la multitude des douleurs de mon cœur, Vos consolations ont rempli de joie mon âme.
Le trône de l'iniquité Vous est-il attaché, à Vous qui rendez Vos commandements pénibles ?
Le méchants tendront des pièges à l'âme du juste, et condamneront le sang innocent.
Mais le Seigneur S'est fait mon refuge, et mon Dieu l'appui de mon espérance.
Et Il fera retomber sur eux leur iniquité, et Il les perdra par leur propre malice ; le Seigneur notre Dieu les perdra.
Le psaume 94 en latin (Vulgate)
Et le même psaume dans le latin de la Vulgate, tel que l'Église le chante au bréviaire :
Psalmus 93
Deus ultiónum Dóminus : Deus ultiónum líbere egit.
Exaltáre, qui júdicas terram : redde retributiónem supérbis.
Úsquequo peccatóres, Dómine, úsquequo peccatóres gloriabúntur ?
Effabúntur et loquéntur iniquitátem : loquéntur omnes qui operántur injustítiam ?
Pópulum tuum, Dómine, humiliavérunt : et hereditátem tuam vexavérunt.
Víduam et ádvenam interfecérunt : et pupíllos occidérunt.
Et dixérunt : Non vidébit Dóminus, nec intélleget Deus Jacob.
Intellégite, insipiéntes in pópulo : et stulti, aliquándo sápite.
Qui plantávit aurem non áudiet ? aut qui finxit óculum non consíderat ?
Qui córripit gentes non árguet : qui docet hóminem sciéntiam ?
Dóminus scit cogitatiónes hóminum, quóniam vanæ sunt.
Beátus homo quem tu erudíeris, Dómine : et de lege tua docúeris eum,
ut mítiges ei a diébus malis : donec fodiátur peccatóri fóvea.
Quia non repéllet Dóminus plebem suam : et hereditátem suam non derelínquet,
quoadúsque justítia convertátur in judícium : et qui juxta illam omnes qui recto sunt corde.
Quis consúrget mihi advérsus malignántes ? aut quis stabit mecum advérsus operántes iniquitátem ?
Nisi quia Dóminus adjúvit me, paulo minus habitásset in inférno ánima mea.
Si dicébam : Motus est pes meus : misericórdia tua, Dómine, adjuvábat me.
Secúndum multitúdinem dolórum meórum in corde meo, consolatiónes tuæ lætificavérunt ánimam meam.
Numquid adhǽret tibi sedes iniquitátis, qui fingis labórem in præcépto ?
Captábunt in ánimam justi : et sánguinem innocéntem condemnábunt.
Et factus est mihi Dóminus in refúgium : et Deus meus in adjutórium spei meæ.
Et reddet illis iniquitátem ipsórum : et in malítia eórum dispérdet eos : dispérdet illos Dóminus, Deus noster.
Le sens du psaume : le Dieu des vengeances
Le titre déconcerte : « Dieu des vengeances ». Il ne s'agit pas de la passion vindicative de l'homme, que l'Écriture défend — « la vengeance est à moi, dit le Seigneur » (Rm 12, 19). Il s'agit de la justice de Dieu, seul Juge, qui ne peut laisser triompher éternellement l'oppresseur. Le cri « Lève-toi, juge de la terre » attend le jour que chante le Cantate Domino, où toute la création tressaille « devant le Seigneur, car il vient... pour juger le monde avec justice ». Le psalmiste voit les puissants « écraser le peuple », « égorger la veuve et l'étranger », en disant : « Le Seigneur ne regarde pas. » Contre ce mensonge, le psaume oppose la plus simple des évidences : « Celui qui a planté l'oreille n'entendrait-il pas ? Celui qui a formé l'œil ne verrait-il pas ? » Dieu voit, Dieu entend, Dieu rendra. Aux insensés qui l'oublient, le psaume lance : « Comprenez donc, stupides enfants du peuple ! » — la même sommation que porte l'invitatoire du matin, quand l'Église supplie : « N'endurcissez pas votre cœur », de peur d'imiter ce « peuple au cœur égaré » qui n'a pas connu les voies de Dieu.
Saint Augustin, commentant ce psaume, prévient contre le contresens : demander à Dieu la vengeance, ce n'est pas souhaiter le mal de l'ennemi, mais désirer que la justice règne et que le mal soit détruit — car détruire le mal, c'est aussi la seule vraie miséricorde pour le pécheur, qui ne se convertit souvent que sous la correction. C'est le sens du verset central : « Heureux l'homme que tu instruis, Seigneur, et à qui tu donnes l'enseignement de ta loi » (Ps 94, 12). Le mot latin, erudíeris, dit une correction paternelle : Dieu châtie comme un père redresse, « pour l'apaiser aux jours du malheur ». Le fidèle apprend ici à ne pas envier la prospérité apparente des méchants, dont « la fosse est déjà creusée ». C'est la même remise du jugement à Dieu que dans le psaume 109, le psaume de Judas, où le juste trahi confie à Dieu la cause qu'il ne veut pas venger lui-même.
« Tes consolations réjouissent mon âme » : le psaume 94, 18-19
C'est au cœur de ce psaume rude que se trouve l'un des versets les plus doux du Psautier, celui que beaucoup cherchent seul : « Quand je dis : Mon pied chancelle, ta bonté, Seigneur, me soutient. Quand les angoisses s'agitent en foule dans ma pensée, tes consolations réjouissent mon âme » (Ps 94, 18-19).
Le mouvement est décisif. L'homme a commencé par crier contre l'injustice du dehors ; il découvre maintenant le combat du dedans — le pied qui glisse, les pensées qui se pressent en foule, l'angoisse qui déborde. Et à cette angoisse intérieure Dieu ne répond pas d'abord en changeant les circonstances, mais en visitant l'âme : consolatiónes tuæ, tes consolations. La multitude des soucis appelle la multitude des consolations. C'est pourquoi ce verset est devenu, dans la tradition, une prière des jours d'accablement : non pour que l'épreuve cesse, mais pour que la paix de Dieu la traverse. Il rejoint la confiance du psaume 91, le Qui habitat, et de tous les psaumes où l'âme trouve en Dieu son unique appui.
Le psaume 94 chanté : sa place dans la liturgie
Dans le bréviaire romain traditionnel — le psautier de saint Pie X, conservé dans le bréviaire de 1962 —, le psaume 93 de la Vulgate (notre psaume 94) est chanté à Prime, le samedi, l'une des « petites heures » de la journée. Son antienne est tirée du second verset : « Exaltáre, Dómine, qui júdicas terram » — « Lève-toi, Seigneur, juge de la terre. » Au seuil du jour où l'Église honore la Vierge et attend le repos du dimanche, le fidèle remet au Juge de la terre le poids des injustices du monde.
Cet usage est plus ancien encore. Le titre que la Vulgate et la Septante donnent au psaume est quarta sabbati, « pour le quatrième jour de la semaine » — le mercredi : c'était, dans le Temple, le psaume du mercredi, jour où la tradition juive puis chrétienne se souvient de la trahison qui allait livrer le juste par excellence. Quant au chant lui-même, le psaume 94 n'a pas de mélodie propre : comme tout l'Office, il se chante sur les tons psalmodiques du grégorien, la note de récitation avec sa cadence. Qui cherche une partition trouvera donc, non une composition isolée, mais ces tons du psautier, que l'on peut suivre jour après jour avec Divinum Officium, qui donne le bréviaire de 1962 en entier.
Fillion ou Louis Segond : quelle version du psaume 94 ?
Beaucoup cherchent le « psaume 94 Louis Segond ». La Segond est une traduction protestante du XIXe siècle qui suit, comme Fillion, la numérotation hébraïque : son psaume 94 est bien le « Dieu des vengeances ». Mais elle est privée des livres deutérocanoniques et de l'approbation de l'Église. Pour le fidèle attaché à la Tradition, la référence française est la Bible de Fillion, faite sur la Vulgate avec approbation ecclésiastique, et, pour la prière liturgique, le latin de la Vulgate — que suit la traduction de l'abbé Fillion citée ci-dessus. Attention enfin à la traduction liturgique de l'AELF, qui suit la numérotation de la Vulgate : son « psaume 94 » n'est pas ce psaume, mais l'invitatoire Venite exsultémus.
Quand et comment prier le psaume 94
Ce psaume est la prière de qui souffre l'injustice sans pouvoir se défendre. On le prie dans le sens même de la Tradition :
- Quand on est traité injustement. Devant la calomnie, l'oppression, le « tribunal de perdition qui fait le mal dans les formes légales », ce psaume remet la cause à Dieu au lieu de la reprendre par la vengeance personnelle.
- Dans l'angoisse intérieure. Répéter le verset 19 — « tes consolations réjouissent mon âme » — quand les pensées se pressent en foule.
- Comme acte de foi en la Providence. Le psaume affirme que Dieu voit et rendra. Le prier, c'est confesser la Providence divine qui gouverne toutes choses avec justice.
Priez-le sans hâte, et terminez comme l'Église le fait, par le Glória Patri. La force du psaume n'est pas dans une formule, mais dans Celui à qui il s'adresse : le Juge qui « est ma forteresse et le rocher où je m'abrite ».
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 94 est-il aussi appelé psaume 93 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par la liturgie de l'Église — le comptent comme psaume 93, Deus ultiónum. La numérotation hébraïque, suivie par Fillion et Segond, le compte comme 94. C'est le même psaume.
Que signifie le psaume 94, 19 ?
Le verset dit : « Quand les angoisses s'agitent en foule dans ma pensée, tes consolations réjouissent mon âme. » Il exprime que, face à la multitude des soucis intérieurs, Dieu console l'âme au-dedans : plus l'angoisse est grande, plus abondante est la consolation qu'il donne à qui se confie en lui.
Qui a écrit le psaume 94 ?
La tradition l'attribue à David, comme la plupart des psaumes ; le titre de la Vulgate le nomme « psaume de David, pour le quatrième jour de la semaine ». Quel que soit l'auteur humain, l'auteur véritable est l'Esprit-Saint, qui a inspiré toute l'Écriture.
Le psaume 94 est-il une prière contre les ennemis ?
Oui, mais au sens juste. Il ne demande pas la vengeance personnelle, que l'Évangile défend, mais que Dieu, seul Juge, rende justice à l'opprimé et confonde le mal. C'est une prière de confiance : « Le Seigneur est ma forteresse. »
Quand le psaume 94 est-il chanté ?
Dans le bréviaire de 1962, il est chanté à Prime le samedi, avec l'antienne « Exaltáre, Dómine, qui júdicas terram ». Selon son titre ancien (quarta sabbati), il était le psaume du mercredi dans le Temple.
Faut-il lire le psaume 94 dans la Bible de Fillion ou Louis Segond ?
Les deux suivent la même numérotation hébraïque, mais pour le fidèle catholique la référence est la Bible de Fillion, traduite sur les originaux avec l'approbation de l'Église. La Segond, protestante, est privée des livres deutérocanoniques.
Où trouver le psaume 94 dans la Bible ?
Dans le Livre des Psaumes, au milieu du Psautier. Dans les bibles de numérotation hébraïque (Fillion, Segond), c'est le psaume 94 ; dans les bibles de numérotation traditionnelle et à la liturgie, c'est le psaume 93, Deus ultiónum. Il appartient à la grande famille des psaumes de confiance dans la justice de Dieu.
L'application Iter Fidei donne la Bible de Fillion, les psaumes en français et en latin, l'Office et le calendrier de 1962, avec l'audio pour prier. Télécharger l'application.
Sources. Psaume 94 en français : La Sainte Bible commentée par l'abbé Louis-Claude Fillion (1895), traduction sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Psaume 93 de la Vulgate, versets 1 à 23). Texte latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 93 (Deus ultiónum Dóminus). Usage liturgique à Prime du samedi et antienne Exaltáre, Dómine : Breviarium Romanum, psautier de saint Pie X (constitution Divino afflatu, 1911), conservé au bréviaire de 1962. Titre quarta sabbati : superscription de la Vulgate et de la Septante. Sens du psaume et de la « vengeance » divine : saint Augustin, Enarratio in Psalmum XCIII. Doctrine de la Providence et de la justice de Dieu : Catéchisme de saint Pie X.