Les Psaumes
Psaume 107 : le cantique des rachetés (psaume 106 de la Vulgate)
Le psaume 107, Célébrez le Seigneur car il est bon, est le grand cantique d'action de grâce des rachetés — le psaume 106 de la Vulgate. Texte complet dans la Bible de Fillion, sens traditionnel et place dans l'office divin de 1962.

Le psaume 107 que vous cherchez est, dans la numérotation traditionnelle de l’Église, le psaume 106 de la Vulgate : le grand cantique d’action de grâce des rachetés, qui s’ouvre par « Célébrez le Seigneur, car Il est bon, car Sa miséricorde est éternelle ». Quatre fois il redit la même expérience — l’homme tombé dans la détresse crie vers Dieu, et Dieu le délivre. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l’abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, la double numérotation, le sens que lui ont donné les Pères et sa place dans l’office divin de 1962.
Psaume 107 ou psaume 106 ? La double numérotation
Il existe deux façons de compter les psaumes. La numérotation de la Vulgate latine de saint Jérôme — héritée de la Septante grecque — est celle que l’Église a suivie pendant plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères : elle compte ce psaume comme le 106, dont le premier mot latin est Confitemini Domino quoniam bonus. La numérotation hébraïque, adoptée par la plupart des bibles modernes, le compte comme le 107. L’écart vient d’un regroupement différent de deux psaumes au début du Psautier.
Donc : psaume 107 (numérotation hébraïque) = psaume 106 (Vulgate). C’est le même texte. La Bible de Fillion suit la numérotation hébraïque et le titre lui-même : « Psaume 107 (Vulg. CVI) ». Il ne faut pas le confondre avec le psaume voisin qui commence par les mêmes mots, le psaume 118 des hébreux, ni avec le grand Hallel, le psaume 136, dont chaque verset répète « car sa miséricorde est éternelle ».
Le texte complet du psaume 107 (traduction Fillion)
Voici le psaume entier dans la traduction de l’abbé Fillion (La Sainte Bible, 1895), faite sur la Vulgate, qui rend le nom divin par « le Seigneur » (Dominus), comme le chante la liturgie.
Psaume 107 (106 de la Vulgate)
Alleluia : Célébrez le Seigneur, parce qu’Il est bon et parce que Sa miséricorde est éternelle.
Qu’ils le disent ceux qui ont été rachetés par le Seigneur, ceux qu’Il a rachetés de la main de l’ennemi et rassemblés de tous les pays,
de l’orient et du couchant, du nord et de la mer.
Ils ont erré dans le désert, dans les lieux arides, sans trouver une ville où ils pourraient habiter.
Souffrant de la faim et de la soif, leur âme était tombée en défaillance.
Ils crièrent au Seigneur dans leurs tribulations, et Il les tira de leurs nécessités,
et Il les conduisit dans le droit chemin, pour les faire arriver à une ville qu’ils pussent habiter
Qu’ils célèbrent le Seigneur pour Sa miséricorde, et pour Ses merveilles en faveur des enfants des hommes,
car Il a rassasié l’âme épuisée, et Il a rempli de biens l’âme affamée.
Ils étaient assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, captifs, dans l’indigence et dans les fers,
parce qu’ils s’étaient révoltés contre les ordres de Dieu, et avaient méprisé le conseil du Très-Haut.
Leur cœur fut humilié par les travaux ; ils furent épuisés, et il n’y avait personne qui les secourût.
Ils crièrent au Seigneur dans leur tribulation, et Il les tira de leurs nécessités,
et Il les fit sortir des ténèbres et de l’ombre de la mort, et Il rompit leurs liens.
Qu’ils célèbrent le Seigneur pour Sa miséricorde, et pour Ses merveilles en faveur des enfants des hommes ;
car Il a brisé les portes d’airain, et rompu les verrous de fer.
Il les a retirés de la voie de leur iniquité ; car ils avaient été humiliés à cause de leurs injustices.
Leur âme avait en horreur toute nourriture, et ils étaient près des portes de la mort.
Et ils crièrent au Seigneur dans leur tribulation, et Il les tira de leurs nécessités.
Il envoya Sa parole, et Il les guérit, et les arracha à la mort.
Qu’ils louent le Seigneur pour Sa miséricorde, et pour Ses merveilles en faveur des enfants des hommes.
Qu’ils Lui offrent un sacrifice de louange, et qu’ils publient Ses œuvres avec allégresse.
Ceux qui descendent sur la mer dans des navires, et qui travaillent sur les vastes eaux,
ceux-là ont vu les œuvres du Seigneur, et Ses merveilles au milieu de l’abîme.
Il dit, et le souffle de la tempête se leva, et les flots de la mer furent soulevés.
Ils montent jusqu’au ciel, et descendent jusqu’aux abîmes ; leur âme défaillait parmi leurs maux.
Ils étaient troublés et agités comme un homme ivre, et toute leur sagesse était anéantie.
Et ils crièrent au Seigneur dans leur tribulation, et Il les tira de leurs nécessités.
Il changea la tempête en un vent léger, et les flots de la mer s’apaisèrent.
Ils se réjouirent de les voir apaisés, et Dieu les conduisit au port où ils voulaient arriver.
Qu’ils louent le Seigneur pour Ses miséricordes, et pour Ses merveilles en faveur des enfants des hommes.
Qu’ils L’exaltent dans l’assemblée du peuple, et qu’ils Le louent dans le conseil des vieillards.
Il a changé les fleuves en désert, et les sources d’eaux en un sol desséché,
et la terre fertile en plaine de sel, à cause de la malice de ses habitants.
Il a changé les déserts en nappes d’eaux, et la terre aride en eaux courantes.
Et Il y a établi les affamés, et ils y ont bâti une ville pour y habiter ;
ils ont semé des champs et planté des vignes, et recueilli des fruits abondants.
Ils les a bénis, et ils se sont multipliés extrêmement ; Il n’a pas laissé amoindrir leurs troupeaux.
Puis ils ont été réduits à un petit nombre, et accablés par l’affliction de leurs maux et la douleur.
Le mépris a été répandu sur les princes, et Il les a fait errer hors de la voie et en des lieux sans chemin.
Et Il a secouru le pauvre dans son indigence et multiplié les familles comme des troupeaux.
Les justes le verront et se réjouiront, et l’iniquité devra fermer la bouche.
Qui est sage pour prendre garde à ces choses, et pour comprendre les miséricordes du Seigneur ?
Les quatre délivrances : la structure du psaume 107
Le psaume est bâti comme une litanie de reconnaissance. Après l’invitation d’ouverture — « Célébrez le Seigneur, car Il est bon » —, il déroule quatre tableaux de détresse humaine, et à chacun la même issue.
- Les égarés du désert (versets 4 à 9), affamés et assoiffés, sans trouver de ville où habiter.
- Les prisonniers (versets 10 à 16), assis dans les ténèbres et les fers, châtiés d’avoir méprisé le conseil du Très-Haut.
- Les malades (versets 17 à 22), que leurs fautes ont conduits aux portes de la mort.
- Les marins (versets 23 à 32), pris dans la tempête, montant jusqu’aux cieux et retombant dans l’abîme.
Deux refrains reviennent à chaque scène et tiennent tout le psaume. Le premier dit la prière : « Dans leur détresse, ils crièrent vers le Seigneur, et il les délivra de leurs angoisses. » Le second dit la réponse due à Dieu : « Qu’ils louent le Seigneur pour sa bonté, et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme. » Les derniers versets (33 à 43) élargissent le regard : Dieu change le désert en source et abaisse les princes, car c’est lui qui gouverne l’histoire des hommes.
Le sens traditionnel du psaume 107 : le cantique des rachetés
Dès le second verset, le psaume nomme celui qui chante : « les rachetés du Seigneur, ceux qu’il a rachetés des mains de l’ennemi ». Saint Augustin, commentant ce psaume (Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 106), reconnaît dans ces rachetés l’Église, rassemblée des quatre points de l’horizon — « de l’orient et de l’occident, du nord et de la mer ». Les quatre détresses ne sont pas seulement des épisodes du peuple d’Israël ; elles figurent l’âme humaine perdue loin de Dieu : errante sans patrie, captive du péché, malade jusqu’à la mort, ballottée par la tempête. À chacune, le remède est un seul cri et une seule main tendue.
Le verset 20 donne la clef que la tradition a toujours lue au sens plénier : « Il envoya sa parole et il les guérit. » La Parole que Dieu envoie pour guérir, c’est son Verbe, la miséricorde faite chair. Le prisonnier qui s’était « révolté contre les oracles du Dieu » et que Dieu délivre pourtant est la figure du pécheur relevé : ce que le psaume chante d’un seul mouvement, le fidèle le reçoit dans la confession, quand Dieu « brise les portes d’airain » de l’âme enfermée. Le premier verset, « car sa miséricorde est éternelle », est l’acclamation même que reprend le psaume 118 et le grand Hallel : c’est le fil qui relie tous les psaumes d’action de grâce.
Le psaume 107 chanté : les matines du samedi
Ce psaume a toujours appartenu à l’office divin. Dans le bréviaire romain issu de la réforme de saint Pie X (1911), conservé dans le bréviaire de 1962, le psaume 106 de la Vulgate est chanté aux matines du samedi, avec les deux grands psaumes historiques qui le précèdent, dont le cantique de l’alliance (le psaume 104 de la Vulgate). En raison de sa longueur, il est réparti en trois portions — versets 1 à 14, 15 à 30, 31 à 43 —, et le verset chanté après la psalmodie reprend le verset 32 : « Qu’ils l’exaltent dans l’assemblée du peuple, et qu’ils le célèbrent dans le conseil des anciens. »
Le choix est parlant : au terme de la semaine, l’Église fait mémoire des délivrances reçues et rend grâce pour la bonté de Dieu. On peut suivre cet office chaque samedi dans la liturgie traditionnelle, par exemple avec Divinum Officium.
Comment prier le psaume 107
Ce psaume est la prière de l’action de grâce après une délivrance. La tradition le suggère particulièrement :
- Après une épreuve dont Dieu vous a tiré — maladie, danger, angoisse —, pour dire avec les rachetés : « il les délivra de leurs angoisses. »
- Après la confession, comme le prisonnier révolté que Dieu relève et dont il « brise les chaînes ».
- Pour ceux qui voyagent, qui naviguent ou qui souffrent, en confiant leur route à Celui qui « conduit au port désiré ».
- Le samedi, avec l’Église, en le priant comme elle le chante aux matines avant le dimanche.
On le prie lentement, en s’arrêtant à chaque refrain, et l’on conclut comme l’Église par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 107 est-il aussi appelé psaume 106 ?
À cause des deux numérotations du Psautier. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie de l’Église, le comptent comme psaume 106 (Confitemini Domino quoniam bonus) ; la numérotation hébraïque, suivie par la plupart des bibles modernes et par la Bible de Fillion, le compte comme 107. C’est le même psaume.
Que raconte le psaume 107 ?
C’est le cantique d’action de grâce des rachetés. Il décrit quatre détresses humaines — les égarés du désert, les prisonniers, les malades, les marins dans la tempête — et montre qu’à chaque fois, l’homme qui crie vers Dieu est délivré. Il s’achève en louant la bonté de Dieu qui gouverne toute l’histoire des hommes.
Qui a écrit le psaume 107 ?
Le psaume appartient au cinquième livre du Psautier et se rattache, comme l’ensemble des psaumes, à la tradition davidique. Comme pour tout le Psautier, l’auteur humain est l’instrument du véritable auteur, l’Esprit-Saint, qui a inspiré l’Écriture.
Quel est le refrain du psaume 107 ?
Il en a deux, qui reviennent à chacune des quatre scènes : « Dans leur détresse, ils crièrent vers le Seigneur, et il les délivra de leurs angoisses », puis « Qu’ils louent le Seigneur pour sa bonté, et pour ses merveilles en faveur des fils de l’homme. » Le premier verset donne le ton de tout le psaume : « car sa miséricorde est éternelle. »
Où le psaume 107 est-il chanté dans la liturgie traditionnelle ?
Dans le bréviaire romain de 1962 (psautier de saint Pie X), le psaume 106 de la Vulgate est chanté aux matines du samedi, réparti en trois portions, avec les psaumes 104 et 105. Le verset qui suit la psalmodie reprend son verset 32.
Quand prier le psaume 107 ?
Chaque fois que Dieu vous a délivré d’une épreuve : après une maladie, un danger, un voyage, ou après la confession. On peut aussi le prier le samedi avec l’Église, en action de grâce pour la semaine écoulée.
L’application Iter Fidei réunit les psaumes, les prières catholiques, le calendrier liturgique de 1962 et l’audio pour prier chaque jour. Télécharger ici.
Sources. Psaume 107 : La Sainte Bible, traduction de l’abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, psaume 106. Texte latin : Vulgate, Psalmus 106 (Confitemini Domino quoniam bonus). Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, 1911 ; rubriques de 1962), matines du samedi, psaume 106 réparti en trois portions. Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 106.