Les Psaumes
Psaume 64 : la prière contre les pièges des méchants (texte complet)
Le psaume 64 (psaume 63 de la Vulgate) est la prière de David contre les complots secrets des méchants : Ô Dieu, écoute ma voix. Texte intégral selon Fillion, sens des Pères et usage à Matines du mercredi dans le bréviaire de 1962.

Le psaume 64 est la prière de l'innocent que les méchants poursuivent de leurs complots secrets : Ô Dieu, écoute ma voix, quand je fais entendre mes plaintes ; défends ma vie contre un ennemi qui m'épouvante. Ce que la plupart des Bibles appellent aujourd'hui psaume 64 est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église, le psaume 63 de la Vulgate. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate, l'explication de la double numérotation, le sens qu'en donnent les Pères, sa place à l'office de 1962 et la manière de le prier contre les pièges des méchants.
Le texte complet du psaume 64 (traduction Fillion, 1895)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate Sixto-Clémentine, l'une des Bibles catholiques françaises classiques.
Psaume 64 (Vulg. LXIII)
Pour la fin, psaume de David.
Exaucez, ô Dieu, ma prière lorsque je Vous implore ; délivrez mon âme de la crainte de l'ennemi.
Vous m'avez protégé contre l'assemblée des méchants, contre la multitude de ceux qui commettent l'iniquité.
Car ils ont aiguisé leurs langues comme un glaive, et ils ont tendu leur arc, chose amère,
pour percer de flèches l'innocent dans l'obscurité.
Ils le perceront soudain, et ils n'éprouveront aucune crainte ; ils se sont affermis dans leur résolution perverse. Ils se sont concertés pour cacher des pièges ; ils ont dit : Qui les verra ?
Ils ont inventé des crimes ; ils se sont épuisés dans une profonde recherche. L'homme pénétrera au fond de son cœur,
et Dieu sera exalté. Les blessures qu'ils font sont comme celles des flèches des petits enfants,
et leurs langues ont perdu leur force en se tournant contre eux-mêmes. Tous ceux qui les voyaient ont été remplis de trouble,
et tout homme a été saisi de frayeur. Et ils ont annoncé les œuvres de Dieu, et ils ont compris Ses actes.
Le juste se réjouira dans le Seigneur, et espérera en Lui ; et tous ceux qui ont le cœur droit se féliciteront.
En latin, le psaume s'ouvre par Exaudi, Deus, orationem meam cum deprecor, incipit sous lequel le bréviaire l'a toujours chanté.
Psaume 64 ou psaume 63 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez sous le nom de « psaume 64 » porte, dans la Vulgate latine de saint Jérôme et dans la Septante grecque, le numéro 63. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de compter les psaumes. La numérotation grecque et latine, celle dont l'Église s'est servie plus de quinze siècles dans sa liturgie, son bréviaire et les commentaires des Pères, réunit en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Du psaume 10 au psaume 113, la Vulgate compte donc un numéro de retard sur l'hébreu.
Ainsi : psaume 64 (numérotation hébraïque) = psaume 63 (Vulgate). C'est le même psaume, qui commence en latin par Exaudi, Deus, orationem meam cum deprecor. Que vous ouvriez une Bible catholique (Fillion) ou une Bible protestante (Louis Segond), le numéro 64 relève de la numérotation hébraïque et désigne ce même texte ; nous suivons ici la traduction catholique de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate. Cette double numérotation traverse tout le psautier : la différence tient au comptage, jamais aux paroles inspirées. Elle est la même qui fait du psaume voisin, le psaume 63, le psaume 62 de la Vulgate.
Le sens traditionnel : saint Augustin et les Pères
Les Pères ont lu ce psaume dans le Christ. La voix de l'innocent visé « dans l'ombre » par les flèches des méchants est celle de Jésus, poursuivi par le conseil secret de ceux qui voulaient sa mort alors qu'il était sans péché. Saint Augustin, dans son commentaire des psaumes (Enarratio in Psalmum LXIII), lit tout le psaume comme la Passion : les langues aiguisées « comme un glaive » sont les faux témoins ; les flèches lancées « à l'improviste, sans rien craindre » sont les paroles de mort décochées contre l'Agneau ; et le retournement soudain — « les traits de leur langue retombent sur eux » — annonce la ruine qui frappa ceux qui l'avaient condamné.
Il s'arrête sur le verset qui suit : « Tous les hommes sont saisis de crainte, ils publient l'œuvre de Dieu. » Ce que les méchants avaient tramé en secret, Dieu l'a changé en salut manifesté à tous : la Croix, complot des hommes, est devenue l'œuvre de Dieu proclamée par toute la terre — cette même invitation à « contempler les œuvres de Dieu » que lance le psaume 66 à la terre entière. Telle est la loi que dessine le psaume : le mal ourdi dans l'ombre se retourne contre son auteur, et le dessein de Dieu triomphe de la ruse des hommes.
Le psaume 64 contre les pièges des méchants
Beaucoup cherchent ce psaume comme prière « pour annuler les pièges des méchants », et le texte lui-même en donne la raison. Son cœur est la description de la conjuration : des hommes qui « se concertent pour tendre leurs pièges », qui « aiguisent leurs langues comme un glaive » et frappent l'innocent « dans l'ombre », persuadés que nul ne les voit — « Qui les verra ? ». Contre cette machination cachée, le psaume n'oppose pas une riposte humaine, mais un seul recours : Dieu.
Et la réponse tombe d'un coup, au verset 8 : « Mais Dieu a lancé sur eux ses traits : soudain les voilà blessés. » Ceux qui tendaient le piège y tombent ; « les traits de leur langue retombent sur eux ». Ce n'est pas une formule magique pour « retourner » un sort, mais l'acte de foi de l'homme qui, se sachant visé sans l'avoir mérité, remet sa cause à Dieu et attend de Lui seul que la calomnie et le complot se défassent d'eux-mêmes. En ce sens le psaume 64 rejoint les grands cris de David traqué, comme le psaume 59, « Délivre-moi de mes ennemis », ou le psaume 140, « Délivre-moi, Seigneur, de l'homme méchant » ; il est l'une des armes du psautier dans la prière de protection contre les ennemis de l'âme et du corps.
Le psaume 64 dans l'office de 1962 : Matines du mercredi
Dans le psautier de saint Pie X (1911), tel que le bréviaire de 1962 le conserve, le psaume 63 de la Vulgate est chanté à Matines le mercredi (Feria IV), au cours de la psalmodie ferial qui répartit tout le psautier sur les sept jours de la semaine. Il y voisine avec le psaume 61 — le psaume 62 de nos Bibles, également chanté à Matines du mercredi. Ainsi, chaque semaine, dans la nuit qui précède le jour, l'Église fait sienne la prière de l'innocent cerné par le complot des méchants ; celui qui récite l'Office divin prête sa voix à cette plainte confiante et attend, avec David, que Dieu « lance sur eux ses traits ».
Quand et comment prier le psaume 64
Ce psaume est la prière de qui se sait injustement visé et refuse de se faire justice lui-même. La tradition l'emploie de plusieurs manières :
- Sous la calomnie et le complot. Quand des paroles aiguisées « comme un glaive » frappent dans l'ombre, il met des mots sur l'angoisse et la remet à Dieu, seul juge des cœurs, dont « l'intérieur de l'homme est un abîme ».
- Devant la peur des ennemis. Son premier verset demande : « défends ma vie contre un ennemi qui m'épouvante. » On le prie dans l'inquiétude d'une menace que l'on ne maîtrise pas.
- Contre les tentations cachées. Les Pères ont vu dans les flèches décochées « dans l'ombre » les assauts secrets de l'ennemi des âmes ; en ce sens le psaume 64 rejoint les psaumes de confiance, tel le psaume 91, le « Qui habitat » de la protection divine.
Priez-le sans hâte, et terminez comme le fait l'Église, par le Gloire au Père (Gloria Patri). La force du psaume n'est pas dans les mots, mais en Celui à qui ils s'adressent : le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Dieu, par sa Providence, veille sur toutes choses et les gouverne. Le psaume 64 est cette foi faite prière.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 64 est-il aussi appelé psaume 63 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles — le comptent comme psaume 63, parce qu'elles réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. La numérotation hébraïque, reprise par la plupart des Bibles modernes, le compte comme 64. C'est le même psaume, Exaudi, Deus, orationem meam.
Qui a écrit le psaume 64 ?
Le titre l'attribue à David : « Au maître de chant. Psaume de David. » C'est la lecture constante de l'Église. Comme pour tout psaume, l'auteur humain n'est que l'instrument du véritable auteur, l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture.
Que signifie le psaume 64 « pour annuler les pièges des méchants » ?
Le psaume décrit des hommes qui « se concertent pour tendre leurs pièges » contre l'innocent, puis le retournement voulu par Dieu : « les traits de leur langue retombent sur eux ». Le prier n'est pas jeter un sort, mais remettre à Dieu une cause injuste, sûr que le mal ourdi dans l'ombre se défait de lui-même sous sa main.
Le psaume 64 est-il une prière de protection ?
Oui. D'un bout à l'autre il demande d'être défendu « contre les complots des malfaiteurs » et « contre un ennemi qui épouvante ». Mais ce n'est pas une formule de vengeance : l'orant proteste son innocence et attend de Dieu seul la délivrance. La tradition en fait une prière de confiance dans la persécution injuste.
Où trouver le psaume 64 dans la Bible ?
Dans le livre des Psaumes (le Psautier), à l'Ancien Testament. Dans les Bibles de numérotation hébraïque — Fillion moderne, Louis Segond — c'est le psaume 64 ; dans les Bibles de numérotation traditionnelle et au bréviaire, c'est le psaume 63 de la Vulgate, qui commence par Exaudi, Deus, orationem meam cum deprecor.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 64 ?
Dans le bréviaire de 1962, selon le psautier de saint Pie X, le psaume 63 de la Vulgate est chanté à Matines le mercredi (Feria IV), dans la psalmodie qui récite tout le psautier chaque semaine. C'est le moment que l'Église lui a assigné dans le cours de l'office.
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Sources. Texte français : La Sainte Bible commentée, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 63 de la Vulgate, versets 1-11 (corpus Iter Fidei, bible-fillion). Incipit latin : Vulgate Clémentine, Psalmus 63, Exaudi, Deus, orationem meam cum deprecor. Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Enarratio in Psalmum LXIII. Usage liturgique : Breviarium Romanum, psautier de saint Pie X (1911), Matines du mercredi (Feria IV), livres de 1962. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X.