Les Psaumes
Psaume 116 : le texte intégral et son sens (Fillion)
Le psaume 116 que vous cherchez se répartit, dans la numérotation traditionnelle de la Vulgate, entre le psaume 114 et le psaume 115 : c'est l'action de grâces de l'homme délivré de la mort. Texte intégral (traduction Fillion 1895, sur la Vulgate), sens du verset 11, usage liturgique.

Le psaume 116 est l'action de grâces de l'homme que Dieu a arraché à la mort : « J'aime le Seigneur, parce qu'il exaucera la voix de ma prière... Car Il a délivré mon âme de la mort. » Une précision doit être donnée d'emblée, car elle déroute beaucoup de lecteurs : ce psaume 116 de la numérotation hébraïque correspond, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine —, à deux psaumes, le psaume 114 (Dilexi, quoniam) et le psaume 115 (Credidi). C'est le même chant, coupé en deux par la liturgie latine. Nous en donnons d'abord le texte complet, dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate.
Le texte intégral du psaume 116 (traduction Fillion)
Voici le psaume 116 selon la traduction de l'abbé Fillion (1895), établie sur la Vulgate. Les versets 1 à 9 forment, dans la Vulgate, le psaume 114 (Dilexi, quoniam) ; les versets 10 à 19 forment le psaume 115 (Credidi).
Alleluia : J'aime le Seigneur, parce qu'il exaucera la voix de ma prière.
Parce qu'il a incliné vers moi son oreille, je l'invoquerai tous les jours de ma vie.
Les douleurs de la mort m'ont environné, et les périls de l'enfer n'ont surpris. J'ai trouvé l'affliction et la douleur,
et j'ai invoqué le Nom du Seigneur : O Seigneur, délivrez mon âme.
Le Seigneur est miséricordieux et juste, et notre Dieu est compatissant
Le Seigneur garde les petits ; j'ai été humilié et il m'a délivré.
Rentre, ô mon âme, dans ton repos, car le Seigneur t'a comblée de biens.
Car Il a délivré mon âme de la mort, mes yeux des larmes, mes pieds de la chute.
Je plairai au Seigneur dans la terre des vivants.
J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé ; mais j'ai été dans une profonde humiliation.
J'ai dit dans mon abattement extrême : Tout homme est menteur.
Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'Il m'a faits ?
Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le Nom du Seigneur.
Je rendrai mes vœux au Seigneur devant tout Son peuple.
La mort de Ses saints est précieuse aux yeux du Seigneur.
Ô Seigneur, je suis Votre serviteur ; je suis Votre serviteur, et le fils de Votre servante. Vous avez rompu mes liens ;
je Vous sacrifierai une hostie de louanges, et j'invoquerai le Nom du Seigneur.
Je rendrai mes vœux au Seigneur en présence de tout Son peuple,
dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, Jérusalem.
Psaume 116 ou psaumes 114 et 115 ? La double numérotation
La numérotation qui compte ce chant comme le psaume 116 est la numérotation hébraïque, celle des bibles modernes. La numérotation de la Vulgate et de la Septante grecque — que l'Église latine a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans son bréviaire, sa messe et les commentaires des Pères — le divise en deux psaumes : le psaume 114, qui commence par « Dilexi, quoniam exaudiet Dominus » (« J'aime le Seigneur, car il exauce »), et le psaume 115, qui commence par « Credidi, propter quod locutus sum » (« J'ai confiance, alors même que je dis »).
Ce cas est particulier. Pour la plus grande partie du psautier, la Vulgate a simplement un numéro de retard sur l'hébreu, parce qu'elle a réuni deux psaumes en un seul au début du recueil. Ici, l'inverse se produit : la Vulgate coupe en deux un psaume que l'hébreu tient pour un. Aussi celui qui ouvre une bible catholique de numérotation traditionnelle et cherche le « psaume 116 » doit-il lire le psaume 114 pour les neuf premiers versets, et le psaume 115 pour la suite. C'est le même texte, la même prière. Sur ces variations de compte, nous renvoyons à notre présentation générale des psaumes.
Le sens du psaume 116 : l'action de grâces du racheté
D'un bout à l'autre, ce psaume est une action de grâces. Un homme a touché la mort — « les liens de la mort m'entouraient, et les angoisses du schéol m'avaient saisi » — ; il a crié vers Dieu ; Dieu l'a délivré. Que rendre au Seigneur pour un tel bienfait ? Le psalmiste ne peut s'acquitter ; il répond par la louange et par ses vœux tenus dans la maison de Dieu. C'est le même mouvement que le Non nobis Domine du psaume 115 : devant les bienfaits reçus, l'homme ne garde rien pour lui et reporte tout sur Dieu.
Saint Augustin y lit la voix de tout homme racheté par le Christ, arraché non seulement à la mort du corps mais à la mort de l'âme, qui est le péché. Le verset 15 — « La mort de Ses saints est précieuse aux yeux du Seigneur » — a nourri depuis les Pères la piété de l'Église envers les martyrs : leur mort n'est pas une perte, elle est précieuse devant Dieu. C'est pourquoi l'Église a fait de ce chant l'une de ses grandes prières pour les défunts, et l'une de ses prières de remerciement les plus pures.
La coupe du salut (verset 13)
Le verset 13 — « Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le Nom du Seigneur » (en latin Calicem salutaris accipiam) — a reçu dans la tradition chrétienne un sens eucharistique. La coupe du salut, chez les Pères, est la coupe même du Seigneur, le calice de son sang. À la messe traditionnelle, le prêtre prononce précisément ce verset avant de communier au précieux Sang : « Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné ? Je prendrai le calice du salut. » Le psaume 116 est ainsi entré au cœur du saint sacrifice ; nous y revenons dans notre article sur l'Eucharistie.
Psaume 116, verset 11 : « Tout homme est menteur »
Le verset le plus cherché de ce psaume est le verset 11 : « Je disais dans mon abattement : "Tout homme est menteur." » La formule surprend et se prête au contresens. Elle n'est pas un jugement amer sur le genre humain, encore moins une justification du mensonge.
Le psalmiste, éprouvé, a fait l'expérience que nul appui humain ne tient : les hommes déçoivent, promettent et manquent, et lui-même, livré à ses seules forces, est fragilité et inconstance. De cette épreuve il tire non pas le cynisme, mais l'humilité : Dieu seul est ferme, Dieu seul est véridique. Saint Paul reprend exactement cette parole : « Dieu est véridique, et tout homme menteur » (Épître aux Romains, III, 4, Fillion). L'homme est menteur non par nature — Dieu ne l'a pas créé tel — mais dès qu'il se sépare de la Vérité qui est Dieu ; rendu à la grâce, il redevient capable de vérité. Le verset 11 est donc une porte vers la confiance, non vers le mépris : celui qui a compris que « tout homme est menteur » cesse de s'appuyer sur les créatures pour se remettre entre les mains de Celui qui ne trompe jamais. On mesure ici pourquoi ce psaume compte parmi les prières puissantes de l'Écriture : il désarme l'orgueil.
L'usage liturgique du psaume 116 (Office et messe de 1962)
Dans l'Office divin, le psaume 116 tient une place double, à la mesure de sa division en deux psaumes latins.
Le psaume 114 (Dilexi, quoniam) ouvre les Vêpres de l'Office des morts : c'est le premier chant que l'Église élève sur ses défunts, la prière de l'âme délivrée qui marchera « dans la terre des vivants ». Il est naturel de le prier pour nos morts, comme le fait l'Église dans sa prière pour les défunts. Dans le psautier de saint Pie X, en vigueur en 1962, les psaumes 114 et 115 de la Vulgate se chantent en outre aux Vêpres du lundi, au fil de la semaine liturgique.
À la messe, comme on l'a vu, le verset 13 accompagne la communion du prêtre au calice ; et le verset 15, « Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus », revient au Commun des martyrs. Enfin, le psaume 116 appartient au groupe des psaumes 113 à 118 que la tradition juive nomme le Hallel, chanté à la Pâque : c'est cet ensemble que Notre-Seigneur et les Apôtres chantèrent au soir de la Cène, avant de sortir vers le mont des Oliviers — « après avoir chanté l'hymne » (saint Matthieu, XXVI, 30). Le psaume 116 fut ainsi sur les lèvres du Christ le Jeudi saint. On peut le prier à la suite du Hallel, avec le bref psaume 117, la louange de toutes les nations, et le psaume 118, le grand psaume pascal.
Quand et comment prier le psaume 116
Ce psaume convient d'abord à toute action de grâces après une délivrance : une guérison, un danger écarté, une épreuve traversée. Il donne les mots justes à qui veut remercier sans savoir comment : « Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'Il m'a faits ? » On le prie aussi comme action de grâces après la communion, en union avec le prêtre qui a élevé la coupe du salut ; comme prière pour les défunts ; et dans les jours d'abattement, où le verset 11 rappelle de ne s'appuyer sur nul homme, mais sur Dieu seul. Priez-le sans hâte, et concluez, selon l'usage de l'Église, par le Gloire au Père.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 116 correspond-il aux psaumes 114 et 115 ?
Parce qu'il existe deux numérotations. La numérotation hébraïque, celle des bibles modernes, le compte comme un seul psaume, le 116. La Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles, le divisent en deux : le psaume 114 (versets 1 à 9) et le psaume 115 (versets 10 à 19). C'est un seul et même chant.
Que signifie le verset 11 du psaume 116 (« Tout homme est menteur ») ?
Ce n'est pas un mépris des hommes, mais un acte d'humilité et de confiance. Éprouvé, le psalmiste constate qu'aucun appui humain ne tient et que lui-même, sans Dieu, est fragile et inconstant : Dieu seul est véridique. Saint Paul reprend cette parole : « Dieu est véridique, et tout homme menteur » (Romains, III, 4).
Qui a écrit le psaume 116 ?
La tradition de l'Église l'attribue au roi David, comme l'ensemble du psautier davidique. Le véritable auteur, en tout psaume, est l'Esprit Saint, qui a inspiré l'Écriture ; l'auteur humain n'en est que l'instrument.
Où trouver le psaume 116 dans la Bible ?
Dans le Livre des Psaumes (le Psautier), à l'Ancien Testament. Dans les bibles de numérotation moderne, c'est le psaume 116. Dans les bibles catholiques de numérotation traditionnelle, comme la Vulgate ou la traduction de l'abbé Fillion, il faut lire le psaume 114 (Dilexi, quoniam) puis le psaume 115 (Credidi).
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 116 ?
Le psaume 114 de la Vulgate ouvre les Vêpres de l'Office des morts ; dans le psautier de saint Pie X, les psaumes 114 et 115 se chantent aux Vêpres du lundi. À la messe, le verset 13 accompagne la communion du prêtre au calice, et le verset 15 revient au Commun des martyrs.
Que signifie « la coupe du salut » ?
C'est la coupe de la reconnaissance offerte à Dieu pour ses bienfaits. La tradition chrétienne y a lu un sens eucharistique : la coupe du salut est le calice du sang du Christ. Le prêtre prononce ce verset à la messe avant de communier au précieux Sang.
Le psaume 116 est-il un psaume d'action de grâces ?
Oui. D'un bout à l'autre, il rend grâce à Dieu d'avoir délivré de la mort celui qui l'a invoqué. C'est l'un des grands cantiques de reconnaissance de l'Écriture, et l'Église le met sur les lèvres de ceux qui remercient comme de ceux qui prient pour leurs morts.
L'application Iter Fidei donne les psaumes dans la traduction de l'abbé Fillion, l'ordinaire de la messe et le calendrier de 1962, les prières et l'Office, avec l'audio pour prier. Télécharger l'application.
Sources. Texte du psaume 116 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine, Psaume 114 (versets 1 à 9) et Psaume 115 (versets 1 à 10). Épître aux Romains, III, 4 (Fillion). Saint Matthieu, XXVI, 30 (Fillion). Sens patristique et commentaire des versets : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos (Commentaire sur les psaumes 114 et 115). Usage liturgique : Breviarium Romanum, Office des morts (Vêpres) et psautier de saint Pie X ; ordinaire de la messe romaine (communion du prêtre, Calicem salutaris accipiam). Doctrine sur l'inspiration de l'Écriture et le culte des saints : Catéchisme du concile de Trente (1566).