Les Psaumes
Psaume 2 : le psaume du Christ-Roi (texte complet et sens catholique)
Le psaume 2 est le grand psaume messianique : les nations se soulèvent en vain contre le Seigneur et son Oint, car Dieu a établi son Roi sur Sion. Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), latin de la Vulgate, sens des Pères et usage à l'office et à la messe de 1962.

Le psaume 2 est le grand psaume royal du Messie : les nations et leurs rois se liguent en vain contre le Seigneur et contre son Oint, car Dieu a lui-même établi son Roi sur Sion et lui a dit « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui ». La tradition chrétienne, à la suite des Apôtres eux-mêmes, y lit d'un bout à l'autre le Christ, roi des nations, ressuscité et triomphant de ceux qui l'ont crucifié. Nous donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, le latin de la Vulgate, le sens qu'en donnent les Pères et sa place dans la liturgie de 1962.
Le psaume 2 dans la Bible : numérotation et place
Le psaume 2 ne pose aucune difficulté de numérotation : il porte le même numéro dans la Vulgate latine et dans la Bible hébraïque. L'écart d'un chiffre entre les deux comptes ne commence qu'au psaume 9 ; les huit premiers psaumes sont numérotés de la même façon partout. Le psaume 2 de votre Bible est donc bien le Psalmus 2 du bréviaire, celui qui commence en latin par Quare fremuerunt gentes.
Il forme, avec le psaume 1, le double portique du Psautier. Le psaume 1 oppose la voie du juste à celle de l'impie ; le psaume 2 élève le regard des individus aux nations, et montre le Christ-Roi dressé contre toute révolte. Beaucoup de manuscrits anciens les comptaient d'ailleurs comme un seul psaume, tant l'un appelle l'autre. À leur suite vient le psaume 3, et l'Église lit ces trois premiers psaumes comme un tout : la voie du juste, le Roi contre les nations, le juste endormi et relevé par Dieu.
Le texte complet du psaume 2 (traduction Fillion, 1895)
Voici le psaume entier dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), faite sur la Vulgate Sixto-Clémentine, le texte latin de l'Église.
Psaume 2
Pourquoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ont-ils formé de vains desseins ?
Les rois de la terre se sont levés, et les princes se sont assemblés contre le Seigneur et contre Son Christ.
Rompons leurs liens, et jetons loin de nous leur joug.
Celui qui habite dans les cieux Se rira d'eux, et le Seigneur Se moquera d'eux.
Alors Il leur parlera dans Sa colère, et Il les épouvantera dans Sa fureur.
Pour Moi, J'ai été établi Roi par Lui sur Sion, Sa montagne sainte, afin d'annoncer Son décret.
Le Seigneur M'a dit : Tu es Mon Fils ; Je T'ai engendré aujourd'hui.
Demande-Moi et Je Te donnerai les nations pour Ton héritage, et pour Ton domaine les extrémités de la terre.
Tu les gouverneras avec une verge de fer, et Tu les briseras comme le vase du potier.
Et maintenant, ô rois, comprenez ; instruisez-vous, juges de la terre.
Servez le Seigneur avec crainte, et réjouissez-vous en Lui avec tremblement.
Attachez-vous à la doctrine, de peur que le Seigneur ne S'irrite, et que vous ne périssiez hors de la voie droite.
Lorsque bientôt s'enflammera Sa colère, heureux tous ceux qui ont confiance en Lui.
Le psaume 2 en latin (Vulgate)
Et le même psaume dans la Vulgate, tel que l'Église le chante à l'office depuis des siècles :
Psalmus 2
Quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania ?
Astiterunt reges terrae, et principes convenerunt in unum adversus Dominum, et adversus Christum ejus.
Dirumpamus vincula eorum, et projiciamus a nobis jugum ipsorum.
Qui habitat in caelis irridebit eos, et Dominus subsannabit eos.
Tunc loquetur ad eos in ira sua, et in furore suo conturbabit eos.
Ego autem constitutus sum rex ab eo super Sion montem sanctum ejus, praedicans praeceptum ejus.
Dominus dixit ad me : Filius meus es tu ; ego hodie genui te.
Postula a me, et dabo tibi gentes haereditatem tuam, et possessionem tuam terminos terrae.
Reges eos in virga ferrea, et tamquam vas figuli confringes eos.
Et nunc, reges, intelligite ; erudimini, qui judicatis terram.
Servite Domino in timore, et exsultate ei cum tremore.
Apprehendite disciplinam, nequando irascatur Dominus, et pereatis de via justa. Cum exarserit in brevi ira ejus, beati omnes qui confidunt in eo.
Le sens traditionnel : le Christ-Roi contre les nations
Le psaume 2 est le premier des psaumes ouvertement messianiques, et c'est l'Écriture elle-même qui en fixe le sens. Réunis dans la prière après leur première persécution, les Apôtres l'appliquent au Christ : les rois de la terre et les princes ligués « contre le Seigneur et contre son Oint » sont Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et le peuple d'Israël, rassemblés contre le saint enfant Jésus (Actes 4, 25-27). Et quand saint Paul annonce la Résurrection, c'est ce psaume qu'il cite : « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui » est accompli le jour où Dieu ressuscite Jésus d'entre les morts (Actes 13, 33). Le psaume, en figure, dit tout le mystère de Pâques.
Saint Augustin, dans ses Commentaires sur les Psaumes, lit chaque verset du Christ. Le tumulte des nations est la fureur des bourreaux ; le rire de Celui qui est assis dans les cieux est la souveraine liberté de Dieu, que nulle révolte n'atteint ; « j'ai établi mon roi sur Sion » est la royauté du Christ qui n'a pas été détruite par la Croix mais manifestée par elle. Ce trône établi sur Sion est celui-là même que Dieu avait juré à David « pour toutes les générations » et que chante le psaume 89, le grand cantique de l'alliance. Quant au « aujourd'hui » de l'engendrement, les Pères y voient l'éternité même : dans le Fils il n'y a ni hier ni demain, mais un unique jour sans déclin, la génération éternelle du Verbe. Sur ce mystère de la personne du Fils, voir notre article sur saint Augustin, le plus grand commentateur du Psautier.
Le « sceptre de fer » et le « vase du potier » qui se brise disent la puissance irrésistible de ce Roi sur les nations : l'Apocalypse reprendra l'image pour le Christ qui régit les peuples (Ap 2, 27 ; 19, 15). C'est le même Roi-Messie que chante le psaume 45, dont le sceptre est cette fois « un sceptre d'équité » et le trône « établi pour toujours ». Et l'ordre final — « Servez le Seigneur avec crainte », « Baisez le Fils » — est l'appel adressé aux puissants de la terre à se soumettre au Christ. Le psaume 2 est ainsi, avant la lettre, le psaume de la royauté sociale du Christ-Roi : non pas un roi que l'on tolère au for privé, mais le Seigneur devant qui les rois eux-mêmes doivent plier.
Le psaume 2 à l'office et à la messe
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962, le psaume 2 est chanté à Matines du dimanche, au premier nocturne, entre les psaumes 1 et 3. Chaque semaine, le Psautier s'ouvre ainsi sur ces trois psaumes que la tradition lit ensemble. Sur la structure de l'office et la manière dont l'Église distribue les psaumes au long de la semaine, voir notre article sur le bréviaire.
Mais le psaume 2 tient aussi une place éclatante à la messe de la Nativité. L'introït de la messe de minuit de Noël est tiré de son verset central : « Dominus dixit ad me : Filius meus es tu, ego hodie genui te » — « Le Seigneur m'a dit : Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui ». Ce que le psaume chantait de loin, la nuit de Noël l'accomplit : le Fils éternel entre dans le temps. C'est le même verset que l'Église relit à Pâques comme parole du Ressuscité. Un seul psaume relie ainsi la crèche, la Croix et le tombeau vide, comme l'enseigne toute la tradition pascale.
Comment et quand prier le psaume 2
- Comme prière du Christ-Roi. Le prier, c'est adhérer à la royauté du Christ sur les nations et sur soi-même, et refuser avec les Apôtres que les puissances de ce monde aient le dernier mot.
- Devant le déchaînement du mal. Quand les hommes se liguent et que la cause de Dieu semble perdue, le psaume oppose une image : Celui qui est assis dans les cieux sourit. Rien de ce qui se trame contre Dieu ne l'atteint.
- À Noël et à Pâques. Le méditer avec l'introït de la messe de minuit et avec la Résurrection en fait une prière profondément liturgique, unie à ce que l'Église célèbre.
- En latin, au moins le premier verset. Retenir le Quare fremuerunt gentes et le Filius meus es tu, c'est prier avec la voix de l'Église de tous les siècles.
On le récite lentement, verset par verset, et l'on conclut, comme l'Église, par le Gloria Patri. Le Catéchisme du concile de Trente enseigne que le Christ règne sur toutes choses par droit de nature et de conquête ; le psaume 2 est cette royauté faite prière. Pour situer ce psaume dans l'ensemble du Psautier, voir notre guide sur les psaumes.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le psaume 2 ?
La tradition l'attribue à David, et les Apôtres le confirment : dans les Actes, ils citent ce psaume comme parole de Dieu dite « par la bouche de notre père David » (Actes 4, 25). Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument de l'auteur véritable, l'Esprit-Saint, qui a inspiré l'Écriture.
De quoi parle le psaume 2 ?
Les nations et leurs rois se révoltent contre le Seigneur et contre son Oint, mais leur complot est vain : Dieu a établi son Roi sur Sion et lui donne les nations en héritage. Le psaume s'achève sur un avertissement aux puissants — servir Dieu et rendre hommage au Fils — et sur une béatitude : heureux tous ceux qui mettent en lui leur confiance.
Qui est l'« Oint » du psaume 2 ?
« Oint » traduit l'hébreu Mashiah (Messie) et le grec Christos (Christ). Au sens premier, c'est le roi de Jérusalem, sacré par l'onction. Au sens plénier que donne le Nouveau Testament, c'est le Christ lui-même, le Roi-Messie contre qui se liguèrent Hérode et Pilate (Actes 4, 27).
Que signifie « Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui » ?
C'est la parole de Dieu le Père au Fils. Les Pères y lisent d'abord la génération éternelle du Verbe, où l'« aujourd'hui » désigne l'éternité sans passé ni futur. Saint Paul l'applique aussi à la Résurrection (Actes 13, 33), et l'Église en fait l'introït de la messe de minuit de Noël, où le Fils éternel entre dans le temps.
Le psaume 2 a-t-il un autre numéro dans la Bible catholique ?
Non. Contrairement au psaume 91, qui est le psaume 90 de la Vulgate, le psaume 2 porte le même numéro partout : la divergence entre numérotation hébraïque et numérotation de la Vulgate ne commence qu'au psaume 9. Le psaume 2 est le Psalmus 2 du bréviaire.
Quelle traduction du psaume 2 faut-il lire ?
La version « Louis Segond » répandue en ligne est une traduction protestante. Le catholique dispose de traductions faites sur la Vulgate, comme celle de l'abbé Fillion (1895), la Bible catholique française classique sur le texte latin de l'Église ; c'est elle que nous citons ici, avec le latin de la Vulgate qui demeure le texte de la liturgie.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 2 ?
Dans le Bréviaire romain selon les livres de 1962, le psaume 2 est chanté à Matines du dimanche, au premier nocturne, à la suite des psaumes 1 et 3. Son verset 7 forme en outre l'introït de la messe de minuit de Noël : Dominus dixit ad me, Filius meus es tu.
L'application Iter Fidei donne les psaumes et les prières traditionnelles en français et en latin, avec l'audio et le calendrier liturgique de 1962, pour prier le psaume 2 comme l'Église le prie. Télécharger ici.
Sources. Psaume 2 en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé L.-C. Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Ps 2, 1-13). Texte latin : Vulgate, Psalmus 2. Sens messianique et application aux Apôtres : Actes des Apôtres 4, 25-27 et 13, 33 (Fillion) ; Apocalypse 2, 27 et 19, 15. Sens spirituel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le psaume 2. Usage liturgique : Breviarium Romanum (psautier de saint Pie X, livres de 1962), Matines du dimanche ; introït Dominus dixit ad me de la première messe de la Nativité, Missale Romanum. Doctrine sur la royauté du Christ : Catéchisme du concile de Trente, première partie (articles du Symbole).