Les Psaumes
Psaume 45 : Tu es le plus beau des fils de l'homme (Psaume 44 de la Vulgate)
Le Psaume 45 est le chant nuptial du Roi-Messie : « Tu es le plus beau des fils de l'homme. » Texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, la double numérotation, le sens des Pères et sa place dans la liturgie de 1962.

Le Psaume 45 est le chant des noces du Roi : « Tu es le plus beau des fils de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres. » La tradition chrétienne y a lu, d'un bout à l'autre, le Christ-Roi et son épouse — l'Église et la Vierge, la reine parée de l'or d'Ophir qui se tient à sa droite. Nous en donnons ici le texte complet dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, l'explication des versets les plus cherchés, le sens que les Pères y ont vu et sa place dans la liturgie traditionnelle.
Psaume 45 ou Psaume 44 ? La double numérotation
Il faut lever d'abord une confusion qui égare beaucoup de lecteurs, car deux psaumes se disputent le numéro 45. Tout tient à la façon de compter le Psautier. La numérotation hébraïque, suivie par la Bible de Fillion et par la plupart des Bibles modernes, appelle Psaume 45 ce chant nuptial qui commence par « De mon cœur jaillit un beau chant » — en latin « Eructavit cor meum verbum bonum ». Dans la numérotation de la Vulgate latine et de la Septante grecque, suivie par la liturgie romaine, ce même psaume porte le numéro 44. Psaume 45 (hébreu) = Psaume 44 (Vulgate) : c'est le psaume dont nous parlons ici.
Mais dans cette numérotation liturgique de la Vulgate, le numéro 45 désigne un autre psaume : « Dieu est notre refuge et notre force », celui du fleuve dont « les bras réjouissent la cité de Dieu ». Ceux qui cherchent le « psaume 45, le fleuve et ses bras » veulent en réalité ce psaume-là, que la numérotation hébraïque compte comme le 46 : nous lui consacrons une étude à part, le Psaume 46. Pour comprendre l'ensemble du Psautier et ses deux numérotations, voir notre guide des psaumes.
Le texte complet du Psaume 45 (traduction de l'abbé Fillion, 1895)
Psaume 45 (Vulgate 44)
Pour la fin, pour ceux qui seront changés, instruction des fils de Coré, cantique pour le Bien-aimé.
De mon cœur a jailli une excellent parole ; c'est que j'adresse mes œuvres à un Roi. Ma langue est comme le roseau du scribe qui écrit rapidement.
Vous surpassez en beauté les enfants des hommes ; la grâce est répandue sur Vos lèvres ; c'est pourquoi Dieu Vous a béni à jamais.
Ceignez-Vous de Votre glaive sur Votre hanche, ô très puissant.
Avec Votre gloire et Votre majesté, avancez, marchez victorieusement, et régnez, pour la vérité, la douceur et la justice ; et Votre droite Vous conduira merveilleusement.
Vos flèches sont aiguës ; les peuples tomberont sous Vous ; elles perceront le cœur des ennemis du Roi.
Votre trône, ô Dieu, est éternel ; le sceptre de Votre règne est un sceptre d'équité.
Vous avez aimé la justice, et haï l'iniquité ; c'est pourquoi, ô Dieu, Votre Dieu Vous a oint d'une huile d'allégresse d'une manière plus excellente que tous Vos compagnons.
La myrrhe, l'aloès et la casse s'exhalent de Vos vêtements, des palais d'ivoire ; de là Vous réjouissent
les filles des rois dans Votre gloire. La reine se tient à Votre droite, en vêtements tissus d'or, couverte de broderies.
Écoutez, ma fille, voyez, et prêtez l'oreille, et oubliez votre peuple et la maison de votre père.
Et le Roi sera épris de votre beauté ; car Il est le Seigneur votre Dieu, et on L'adorera.
Et les filles de Tyr, avec des présents, vous offriront leurs humbles prières, ainsi que tous les riches d'entre le peuple.
Toute la gloire de la fille du Roi est au dedans, quand elle est ornée de franges d'or,
couverte de broderies. Des vierges seront amenées au Roi après elle ; ses compagnes Vous seront présentées.
Elles seront présentées au milieu de la joie et de l'allégresse ; on les conduira au temple du Roi.
A la place de Vos pères, des fils Vous sont nés ; Vous les établirez princes sur toute la terre.
Ils se souviendront de Votre Nom de génération en génération. C'est pourquoi les peuples Vous loueront éternellement, et dans les siècles des siècles.
Le sens du Psaume 45 : le Roi et la Reine
Le titre attribue ce psaume aux fils de Coré, la famille de chantres du temple, et l'appelle « chant d'amour » : à la lettre, c'est l'épithalame d'un mariage royal. Mais l'Église n'y a jamais vu seulement des noces terrestres. Le psaume déborde son occasion : on n'adresse pas à un roi de la terre les paroles du verset 7, « Ton trône, ô Dieu, est établi pour toujours. » L'Épître aux Hébreux tranche la question en appliquant expressément les versets 7 et 8 au Fils de Dieu : « Ton trône, ô Dieu, subsiste dans les siècles des siècles… c'est pourquoi Dieu, ton Dieu, t'a oint » (Hébreux 1, 8-9). Le Roi de ce psaume est donc le Christ — l'Oint, le Messie — reconnu Dieu par l'Écriture elle-même. Tout le psaume est un portrait du Christ-Roi : sa beauté, son épée, son char, sa justice, son règne sans fin. Ce règne sans fin, le Psaume 47 le chante à son tour en Roi qui monte à son trône, acclamé de toutes les nations.
Saint Augustin, commentant ce psaume, y lit d'un bout à l'autre les noces du Christ et de l'Église. Le Roi s'avance pour combattre « pour la vérité, la douceur et la justice » ; ses flèches qui percent le cœur des peuples sont, chez les Pères, la parole de Dieu qui transperce et convertit ; et la reine placée à sa droite, « parée de l'or d'Ophir », est l'Église, l'épouse tirée de toutes les nations. À elle s'adresse l'ordre du verset 11 : « Oublie ton peuple et la maison de ton père » — quitte les idoles et le vieil homme pour appartenir au Roi.
« De mon cœur jaillit un beau chant » (verset 2)
Le premier vers, « De mon cœur jaillit un beau chant » — le « Eructavit cor meum verbum bonum » de la Vulgate —, est le débordement du chantre saisi par son sujet. Les Pères y ont entendu davantage : l'image du Père engendrant le Verbe, le « Verbe bon » qui jaillit de son cœur. Le psalmiste ajoute que sa langue est « comme le roseau rapide du scribe », l'instrument docile de ce que l'Esprit lui fait dire.
« Tu es le plus beau des fils de l'homme » (verset 3)
C'est le verset le plus cherché du psaume — le « psaume 45, 3 » que l'on cite si souvent : « Tu es le plus beau des fils de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres ; c'est pourquoi Dieu t'a béni pour toujours. » En latin, « Speciosus forma prae filiis hominum, diffusa est gratia in labiis tuis. » La tradition l'applique à la beauté du Christ — non d'abord celle du visage, mais celle de la grâce et de la vérité qui coulent de ses lèvres, lui qui parlait comme jamais homme n'avait parlé. Notons un point de numérotation : dans les Bibles qui ne comptent pas le titre comme premier verset, ce même vers est cité comme le verset 2 ; le contenu, lui, ne change pas.
« La reine est à ta droite » (verset 10)
« La reine est à ta droite, parée de l'or d'Ophir » — « Astitit regina a dextris tuis in vestitu deaurato. » Cette reine est l'Église, épouse du Christ ; mais la liturgie l'applique aussi, et par excellence, à la Vierge Marie, la première des rachetées, celle que son Fils a placée à sa droite dans la gloire. La fille du roi « toute resplendissante au-dedans » du verset 14 est lue des saints comme la beauté intérieure de l'âme fidèle et de Notre-Dame, dont le Magnificat est le chant. C'est ce psaume que l'Église met sur les lèvres de Marie-Reine.
Le Psaume 45 dans la liturgie traditionnelle
Dans le Bréviaire romain de 1962, le Psaume 44 de la Vulgate revient chaque semaine aux matines, dans le cursus des psaumes chantés au fil des jours ; ceux qui prient le bréviaire le redisent ainsi régulièrement. Mais c'est aux fêtes de la Sainte Vierge et au Commun des Vierges que ce psaume brille de tout son éclat. La liturgie y puise plusieurs de ses plus belles pièces de chant grégorien, que l'on cherche parfois comme « psaume 45 partition » :
- « Diffusa est gratia in labiis tuis » (verset 3) — graduel et offertoire des fêtes de Notre-Dame et du Commun des Vierges.
- « Specie tua et pulchritudine tua intende, prospere procede et regna » (verset 5) — graduel du Commun des Vierges.
- « Astitit regina a dextris tuis » (verset 10) — antienne des fêtes mariales, notamment à l'Assomption.
Dom Guéranger, dans L'Année liturgique, montre comment l'Église applique ces versets tantôt au Christ-Époux, tantôt à la Vierge-Reine, selon la fête. Le psaume des noces royales devient ainsi le psaume des noces de l'Agneau.
Comment prier le Psaume 45
La tradition en suggère les usages : pour adorer le Christ-Roi, en contemplant sa beauté, sa justice et son règne sans fin ; aux fêtes de la Sainte Vierge, pour honorer la Reine placée à la droite du Roi ; dans le combat spirituel, en demandant que le Roi « ceigne son épée » et fasse tomber les ennemis de l'âme. Le prier lentement, verset par verset, et l'achever comme fait l'Église par le Gloria Patri. Le Catéchisme de saint Pie X enseigne que Jésus-Christ, comme Dieu, est le maître et le roi de toutes choses, et que son règne n'aura pas de fin : le Psaume 45 est cette vérité faite chant.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 45 est-il aussi appelé Psaume 44 ?
À cause des deux numérotations. La numérotation hébraïque, suivie par la Bible de Fillion et les Bibles modernes, l'appelle Psaume 45 ; la Vulgate latine et la Septante grecque, suivies par la liturgie, l'appellent Psaume 44. C'est le même psaume, le « Eructavit cor meum », le chant des noces du Roi.
Le Psaume 45, est-ce celui du « fleuve » et de la cité de Dieu ?
Non, c'est une confusion de numérotation. Le psaume du « fleuve dont les bras réjouissent la cité de Dieu » est « Dieu est notre refuge et notre force », que la Vulgate compte comme Psaume 45 mais que la numérotation hébraïque compte comme 46. Voir notre étude du Psaume 46.
Que dit le Psaume 45, 3 ?
« Tu es le plus beau des fils de l'homme, la grâce est répandue sur tes lèvres ; c'est pourquoi Dieu t'a béni pour toujours » — en latin « Diffusa est gratia in labiis tuis ». La tradition y voit la beauté du Christ et la grâce qui coule de sa parole. Dans les Bibles qui ne comptent pas le titre, ce vers est cité comme le verset 2.
Que signifie le Psaume 45, 2 ?
« De mon cœur jaillit un beau chant ; je dis : Mon œuvre est pour un roi. » C'est le débordement du chantre inspiré. Les Pères y ont entendu aussi une figure du Père engendrant son Verbe, le « Verbe bon » qui jaillit de son cœur.
Qui est la reine à la droite du roi dans le Psaume 45 ?
C'est l'Église, épouse du Christ, et par excellence la Sainte Vierge, que son Fils a placée à sa droite dans la gloire. La liturgie chante ce verset, « Astitit regina a dextris tuis », aux fêtes mariales, notamment à l'Assomption.
Qui a écrit le Psaume 45 ?
Le titre l'attribue aux fils de Coré, la famille de chantres du temple : « Cantique des fils de Coré. Chant d'amour. » Comme pour tout le Psautier, l'auteur principal est l'Esprit Saint, qui a inspiré l'écrivain sacré pour chanter d'avance les noces du Christ-Roi.
Quand chante-t-on le Psaume 45 dans la liturgie ?
Au Bréviaire romain de 1962, il revient aux matines dans le cours de la semaine. Il fournit surtout les chants des fêtes de la Sainte Vierge et du Commun des Vierges : « Diffusa est gratia », « Specie tua », « Astitit regina ».
Pour prier le Psaume 45 et tout le Psautier, l'application Iter Fidei donne les psaumes, les prières traditionnelles et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier. Télécharger ici.
Sources. Psaume 45 : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion, édition 1895, sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Ps. xliv ; hébr. xlv). Texte latin et équivalence : Vulgate Clémentine, Psalmus 44. Le Roi reconnu Dieu : Épître aux Hébreux 1, 8-9 (Fillion), citant Ps. 44, 7-8. Lecture des noces du Christ et de l'Église : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Ps. 44. Usage liturgique : Breviarium Romanum (1962), psaume des matines ; Missale Romanum, Commun des Vierges et fêtes de la Bienheureuse Vierge Marie (graduels Diffusa est gratia, Specie tua, antienne Astitit regina). Application au Christ-Roi et à la Vierge : Dom Guéranger, L'Année liturgique. Doctrine sur la royauté du Christ : Catéchisme de saint Pie X (le Symbole, le règne de Jésus-Christ).