Les Psaumes
Psaume 71 : la prière de confiance et de la vieillesse (Psaume 70 dans la Vulgate)
Le Psaume 71 que vous cherchez est le Psaume 70 de la Vulgate, le « In te Domine speravi » : texte intégral (Fillion 1895), sens traditionnel, la prière de la vieillesse, l'usage liturgique et comment le prier.

Le Psaume 71 est la grande prière de confiance de l'homme qui a mis en Dieu son refuge depuis sa jeunesse et le supplie de ne pas l'abandonner au déclin de ses forces : « C'est en Vous, Seigneur, que j'ai espéré ; que jamais je ne sois confondu. » C'est le psaume de la vieillesse et de l'espérance persévérante, celui que la Vulgate ouvre par les mots In te, Domine, speravi. Un point mérite d'être précisé d'emblée, car il déroute beaucoup de lecteurs.
Psaume 71 ou Psaume 70 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez en tapant « psaume 71 » est, dans la numérotation liturgique traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le Psaume 70. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de numéroter le Psautier.
La numérotation grecque et latine, que l'Église a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères, compte ce psaume comme le 70, qui commence en latin par In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum. La numérotation hébraïque, retenue par la plupart des bibles modernes, le compte comme le 71. L'écart d'une unité vient d'un découpage différent des premiers psaumes du recueil.
Donc : Psaume 71 (hébreu) = Psaume 70 (Vulgate et Septante). C'est le même chant. La traduction de l'abbé Fillion, que nous suivons ici, numérote ce psaume selon la Vulgate (Psaume 70), tout en indiquant l'équivalence avec le numéro hébreu 71.
Le texte intégral du Psaume 71 (Fillion)
Voici le Psaume 71 dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, texte reçu par l'Église.
Psaume 71 (Vulg. 70)
Psaume de David, des fils de Jonadab, et des premiers captifs. C'est en Vous, Seigneur, que j'ai espéré ; que je sois pas à jamais confondu.
Dans Votre justice, délivrez-moi et secourez-moi Inclinez vers moi Votre oreille, et sauvez-moi.
Soyez-moi un Dieu protecteur et un asile fortifié, afin de me sauver ; car Vous êtes ma force et mon refuge.
Mon Dieu, tirez-moi de la main du pécheur, et de la main de celui qui agit contre la loi, et du pervers ;
car Vous êtes mon attente, Seigneur ; Seigneur, Vous êtes mon espérance depuis ma jeunesse.
Sur Vous je me suis appuyé dès ma naissance ; dès le sein de ma mère Vous êtes mon protecteur. Vous serez toujours le sujet de mes chants.
Je suis devenu pour beaucoup comme un prodige ; et Vous, Vous êtes un puissant secours.
Que ma bouche soit remplie de louanges, pour que je chante Votre gloire, et chaque jour Votre grandeur.
Ne me rejetez pas au temps de la vieillesse ; lorsque ma force se sera épuisée, ne m'abandonnez pas.
Car mes ennemis ont parlé contre moi, et ceux qui épiaient ma vie ont tenu conseil ensemble,
disant : Dieu l'a abandonné ; poursuivez-le et saisissez-le ; il n'y a personne pour le délivrer.
O Dieu, ne Vous éloignez pas de moi ; mon Dieu, voyez à me secourir.
Qu'ils soient confondus et réduits à néant, ceux qui en veulent à ma vie ; qu'ils soient couverts de confusion et de honte, ceux qui cherchent mon mal.
Mais moi, j'espérerai toujours, et j'ajouterai à toutes Vos louanges.
Ma bouche publiera Votre justice, et tout le jour Votre assistance salutaire. Ne connaissant pas la science humaine,
je contemplerai les œuvres puissantes du Seigneur ; Seigneur, je me rappellerai Votre justice, la Vôtre seule.
O Dieu, Vous m'avez instruit dès ma jeunesse, et je publierai Vos merveilles que j'ai éprouvées jusqu'à présent.
Et jusqu'à la vieillesse et aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m'abandonnez pas, jusqu'à ce que j'aie annoncé la force de Votre bras à toutes les générations à venir ; Votre puissance
et Votre justice qui atteint, ô Dieu, jusqu'aux cieux. Dans les grandes choses que Vous avez faites, ô Dieu, qui est semblable à Vous ?
Que de tribulations nombreuses et cruelles Vous m'avez fait éprouver ! Et Vous retournant, Vous m'avez rendu la vie, et Vous m'avez retiré des abîmes de la terre.
Vous avez fait éclater Votre magnificence, et, Vous retournant, Vous m'avez consolé.
Car je célébrerai encore, ô Dieu, Votre vérité au son des instruments ; je Vous chanterai sur la harpe, ô Saint d'Israël.
L'allégresse sera sur mes lèvres lorsque je Vous chanterai, et dans mon âme, que Vous avez rachetée.
Et ma langue annoncera tout le jour Votre justice, lorsque ceux qui cherchent mon mal seront couverts de confusion et de honte.
De quoi parle le Psaume 71 : la prière de la vieillesse
Ce psaume est la supplication d'un homme âgé, entouré d'ennemis, qui remonte le fil de toute sa vie pour y lire une seule fidélité, celle de Dieu. Il s'appuie sur Lui « depuis sa naissance », il l'a pris pour refuge « dès sa jeunesse », et c'est cette longue expérience qui fonde sa prière du soir de la vie : « Ne me rejette pas aux jours de ma vieillesse ; au déclin de mes forces ne m'abandonne pas. »
Deux mouvements se répondent. D'un côté, le péril : les ennemis conspirent, ils disent « Dieu l'a abandonné », ils guettent la chute du vieillard sans défense. De l'autre, l'espérance qui ne fléchit pas : « Pour moi, j'espérerai toujours ; à toutes tes louanges, j'en ajouterai de nouvelles. » Le psaume ne demande pas seulement d'être sauvé ; il demande de vivre encore assez pour transmettre la foi, « afin que je fasse connaître ta force à la génération future ». La confiance y prend le visage précis de l'âge : elle est la vertu de ceux dont le corps décline mais dont l'âme s'affermit. C'est le frère du Psaume 73, où le juste éprouvé finit par ne plus désirer que Dieu seul, et de ces psaumes de pure remise entre les mains de la divine Providence.
Le sens traditionnel selon les Pères
Saint Augustin, dans son Énarration sur le Psaume 70, entend dans ce chant la voix du Christ tout entier, la Tête et le corps. C'est d'abord Notre-Seigneur qui, dans sa Passion, se remet à son Père et voit ses ennemis dire « Dieu l'a abandonné ». C'est ensuite chaque membre de son corps, et singulièrement le fidèle parvenu à la vieillesse : car l'Église, dit Augustin, a ses vieillards comme ses enfants, et le vrai vieillissement est celui de l'homme intérieur qui « du jour au jour se renouvelle » tandis que l'homme extérieur se corrompt.
Le grand enseignement des Pères sur ce psaume est que l'espérance chrétienne ne repose pas sur nos forces, précisément parce qu'elles nous quittent. « Tu es mon rocher et ma forteresse » : l'appui n'est pas en nous, mais en Dieu, et il tient jusqu'au bout. La vieillesse, loin d'être l'abandon, devient le temps où cette vérité éclate, quand tout autre soutien a cédé.
« In te Domine speravi » : du Psaume 71 au Te Deum
Le premier verset — In te, Domine, speravi : non confundar in aeternum — est l'un des plus célèbres de tout le Psautier, car l'Église l'a placé au sommet de son plus grand cantique d'action de grâces. Le Te Deum s'achève exactement sur ces mots : « In te, Domine, speravi : non confundar in aeternum » — « en toi, Seigneur, j'ai espéré : je ne serai pas confondu à jamais. » Chaque fois que l'Église chante le Te Deum aux grandes fêtes, elle emprunte donc au Psaume 71 sa conclusion, faisant du psaume de la confiance la dernière parole de la louange.
Ce même verset ouvre aussi le Psaume 31 (Vulg. 30), In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum, son jumeau par l'incipit : deux psaumes qui commencent par le même acte d'abandon, preuve que l'Écriture connaît cette prière comme une formule de la foi.
« En ces jours-là fleurira la justice » : quel psaume ?
Beaucoup cherchent « psaume 71 » en pensant au verset « en ses jours fleurira la justice » (en latin florebit in diebus eius iustitia). Ce verset n'appartient pas au psaume que nous venons de lire : il vient du psaume royal Deus, iudicium tuum regi da, que la numérotation liturgique de la Vulgate appelle Psaume 71, et la numérotation hébraïque Psaume 72. C'est la confusion des deux comptages qui égare la recherche.
Autrement dit, selon le système de numérotation, « Psaume 71 » peut désigner deux chants différents : le Psaume 71 hébreu (= 70 de la Vulgate), In te Domine speravi, que traite cet article ; et le Psaume 71 de la Vulgate (= 72 hébreu), le psaume messianique du règne de justice, que l'Église chante à l'Épiphanie. Si c'est le verset « fleurira la justice » que vous cherchiez, c'est vers ce dernier qu'il faut se tourner.
Quand et comment prier le Psaume 71
Ce psaume convient à des heures précises de la vie de l'âme :
- Dans la vieillesse et à mesure que les forces déclinent. C'est sa prière propre : « Ne me rejette pas aux jours de ma vieillesse. » Récitez-le pour offrir l'âge, la faiblesse et la solitude, et pour demander la grâce de transmettre la foi jusqu'au bout.
- Quand on se sent abandonné ou attaqué. Devant la calomnie ou l'hostilité, le psaume oppose au « Dieu l'a abandonné » des ennemis l'espérance obstinée du croyant : « Pour moi, j'espérerai toujours. »
- Comme action de grâces pour toute une vie. Relisez-le en remontant, comme le psalmiste, jusqu'à votre jeunesse, pour reconnaître la fidélité de Dieu « depuis le sein maternel ».
Priez-le sans hâte, en laissant chaque image se poser. Dans le Psautier férial du Bréviaire romain, le Psaume 70 (Vulgate) est chanté à Matines, l'office de nuit, à sa place dans la semaine — et l'Église récite l'Office divin selon les livres de 1962 comme elle l'a toujours fait. Terminez, comme elle, par le Gloria Patri. La force du psaume ne tient pas aux mots, mais à Celui vers qui ils montent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 71 est-il aussi appelé Psaume 70 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles — le comptent comme Psaume 70. La numérotation hébraïque, plus récente, le compte comme 71. C'est le même psaume, celui qui commence par In te, Domine, speravi.
Que signifie « In te Domine speravi » ?
« En vous, Seigneur, j'ai espéré ; que jamais je ne sois confondu. » C'est le premier verset du Psaume 71 (Vulg. 70) et l'acte de confiance qui résume tout le psaume. L'Église en a fait le verset final du Te Deum, sa grande action de grâces.
De quoi parle le Psaume 71 ?
De la confiance en Dieu à travers toute une vie, et particulièrement dans la vieillesse. Un homme âgé, menacé par ses ennemis, supplie Dieu de ne pas l'abandonner au déclin de ses forces et lui rend grâce de l'avoir soutenu « depuis sa jeunesse ». C'est le psaume de l'espérance persévérante.
Le Psaume 71 parle-t-il de la vieillesse ?
Oui. Il en est la prière la plus explicite du Psautier : « Ne me rejette pas aux jours de ma vieillesse ; au déclin de mes forces ne m'abandonne pas. » La tradition en fait le chant du fidèle âgé qui offre sa faiblesse et demande de transmettre la foi à la génération future.
« En ces jours-là fleurira la justice » est-il dans le Psaume 71 ?
Non, pas dans celui-ci. Ce verset appartient au psaume Deus, iudicium tuum regi da, appelé Psaume 71 dans la numérotation de la Vulgate mais Psaume 72 dans la numérotation hébraïque. C'est la double numérotation qui prête à confusion.
Qui a écrit le Psaume 71 ?
La tradition l'attribue au roi David, dont la voix se reconnaît dans cette prière d'un vieillard fidèle. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint qui a inspiré l'Écriture.
Le Psaume 71 de la Bible Louis Segond est-il le même ?
Oui. La bible protestante de Louis Segond suit la numérotation hébraïque : son Psaume 71 est donc bien le même texte, celui que la Vulgate appelle Psaume 70. Pour la prière catholique, nous suivons ici la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate.
L'application Iter Fidei offre la Bible de Fillion, les psaumes, les prières et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier chaque jour. Téléchargez-la ici.
Sources. Psaume 71 (Vulg. 70) en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (corpus Iter Fidei, Psaume 70, versets 1–24). Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Énarration sur le Psaume 70. Verset final du Te Deum : In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum (Psaume 70, 1, Vulgate). Usage liturgique : Breviarium Romanum, distribution du Psautier férial aux Matines. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X, sur la Providence de Dieu.