Les Psaumes
Psaume 115 : Non nobis, Domine (Vulgate 113) — texte et sens
Le Psaume 115 que vous cherchez est le second volet du Psaume 113 de la Vulgate, le Non nobis Domine. Texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), double numérotation, sens selon les Pères et usage aux Vêpres du dimanche.

Le Psaume 115 est le grand chant du Non nobis, Domine : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » C'est la prière qui refuse toute vanité et rend à Dieu seul l'honneur, en face de la vanité des idoles muettes. Un mot d'abord sur la numérotation, car elle égare beaucoup de lecteurs.
Psaume 115 ou Psaume 113 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez sous le nom de « psaume 115 » est, dans la numérotation traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, la seconde moitié du Psaume 113. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux manières de compter les psaumes.
Depuis le Psaume 9, la Vulgate compte un numéro de retard sur l'hébreu, parce qu'elle réunit en un seul deux psaumes que l'hébreu sépare. Arrivé ici, l'écart se resserre autrement : la Vulgate fond en un unique Psaume 113 deux psaumes que l'hébreu distingue — le In exitu Israel de Ægypto (hébreu 114) et le Non nobis Domine (hébreu 115). Notre Psaume 115 est donc le second volet du Psaume 113 de la Vulgate, à partir du verset 9 : « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. »
Retenez simplement : Psaume 115 (hébreu) = Psaume 113, seconde partie (Vulgate). Le premier volet, In exitu Israel, est ce que la tradition appelle proprement le Psaume 113. Dans cet article nous suivons le texte de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, et donnons partout l'équivalence, afin que le lecteur retrouve le psaume dans son bréviaire comme dans sa bible.
Le texte intégral du Psaume 115
Voici le texte français dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, la bible catholique classique de langue française. Fillion, comme la liturgie et la prière courante, rend le nom divin par le Seigneur.
Psaume 115 (Vulg. 113)
Que ce ne soit pas à nous, Seigneur, que ce ne soit pas à nous ; que ce soit à Votre Nom que Vous donniez la gloire,
pour faire éclater Votre miséricorde et Votre vérité ; de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu est dans le Ciel ; tout ce qu'Il a voulu, Il l'a fait.
Les idoles des nations sont de l'argent et de l'or, et l'ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche, et ne parlent point ; elles ont des yeux, et ne voient point.
Elles ont des oreilles, et n'entendent pas ; elles ont des narines, et ne sentent pas.
Elles ont des mains, et ne touchent pas ; elles ont des pieds, et ne marchent pas ; avec leur gorge, elles ne peuvent crier.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
La maison d'Israël a espéré au Seigneur ; Il est leur secours et leur protecteur.
La maison d'Aaron a espéré au Seigneur ; Il est leur secours et leur protecteur.
Ceux qui craignent le Seigneur ont mis en Lui leur espérance ; Il est leur secours et leur protecteur.
Le Seigneur S'est souvenu de nous, et Il nous a bénis. Il a béni la maison d'Israël ; Il a béni la maison d'Aaron.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, les petits et les grands.
Que le Seigneur vous comble de nouveaux biens, vous et vos enfants.
Soyez béni du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Le Ciel des cieux est au Seigneur, mais Il a donné la terre aux enfants des hommes.
Les morts ne Vous loueront point, Seigneur, ni tous ceux qui descendent dans l'enfer.
Mais nous qui vivons, nous bénissons Le Seigneur, dès maintenant et dans tous les siècles.
Et le même psaume en latin, dans la Vulgate, tel que l'Église le chante à l'office :
Psalmus 113 (pars altera)
Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam :
super misericordia tua et veritate tua ; nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
Deus autem noster in cælo ; omnia quæcumque voluit fecit.
Simulacra gentium argentum et aurum, opera manuum hominum.
Os habent, et non loquentur ; oculos habent, et non videbunt.
Aures habent, et non audient ; nares habent, et non odorabunt.
Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt ; non clamabunt in gutture suo.
Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis.
Domus Israel speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
Domus Aaron speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
Dominus memor fuit nostri, et benedixit nobis. Benedixit domui Israel ; benedixit domui Aaron.
Benedixit omnibus qui timent Dominum, pusillis cum majoribus.
Adjiciat Dominus super vos, super vos et super filios vestros.
Benedicti vos a Domino, qui fecit cælum et terram.
Cælum cæli Domino ; terram autem dedit filiis hominum.
Non mortui laudabunt te, Domine, neque omnes qui descendunt in infernum ;
sed nos qui vivimus, benedicimus Domino, ex hoc nunc et usque in sæculum.
Le sens du psaume selon les Pères
Ce psaume tient tout entier dans son premier mot : Non nobis. L'homme est toujours tenté de retenir pour lui la gloire de ce qu'il a reçu ; le psalmiste la rejette d'un même souffle et la reporte sur Dieu seul — « à cause de ta bonté, à cause de ta fidélité ». Saint Augustin, dans son commentaire sur ce psaume, voit là l'humilité même du chrétien, qui sait que tout bien vient d'en haut et que s'attribuer la gloire, c'est déjà retomber dans l'idolâtrie de soi.
Car le cœur du psaume est une raillerie de l'idole. Le contraste est frappant : notre Dieu est dans le ciel, tout ce qu'il veut il le fait ; les idoles, elles, « ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point ». Elles sont « ouvrage de la main des hommes » — l'homme adore ce qu'il a fabriqué. Et vient la sentence terrible : « Qu'ils leur ressemblent ceux qui les font ». Les Pères l'entendent au sens plein : l'idolâtre devient aussi aveugle, aussi sourd, aussi mort que sa statue. On ressemble toujours à ce qu'on adore. C'est l'exacte doctrine du premier commandement, qui interdit de servir des dieux étrangers.
Cette même moquerie des idoles muettes revient presque mot pour mot dans le Psaume 135, Simulacra gentium : les deux psaumes se répondent comme deux versants d'une seule vérité, la vanité de tout ce qui n'est pas Dieu. La seconde moitié du psaume ouvre alors la vraie voie : « La maison d'Israël a espéré au Seigneur ; Il est leur secours et leur protecteur. » Trois fois l'appel est lancé — au peuple, aux prêtres (la maison d'Aaron), à tous ceux qui craignent Dieu —, et trois fois revient la réponse : Il est notre secours. À l'idole impuissante s'oppose le Dieu qui bénit « les petits avec les grands » et « a fait les cieux et la terre ». Le dernier verset oppose les morts, qui ne louent plus, aux vivants qui bénissent le Seigneur « dès maintenant et à jamais » — la note même de l'action de grâces de l'homme arraché à la mort qu'est le psaume 116.
L'usage liturgique dans l'office de 1962
L'Église chante ce psaume chaque dimanche. Dans le bréviaire romain — le psautier de saint Pie X, en vigueur dans l'office de 1962 —, le Psaume 113, dont notre Psaume 115 forme la seconde partie, se chante aux Vêpres du dimanche, comme dernier des cinq psaumes de cette heure. C'est un des sommets de la semaine liturgique.
Le In exitu Israel et le Non nobis Domine y sont portés par une mélodie que la tradition réserve à ce seul psaume : le tonus peregrinus, le « ton pérégrin » ou voyageur, dont la teneur se déplace d'un verset à l'autre, image sonore du peuple en marche hors d'Égypte. Dimanche après dimanche, le fidèle qui prie l'office divin récite ainsi le Non nobis sans toujours savoir qu'il chante le « psaume 115 » : il est là, fidèlement, depuis des siècles. Le Non nobis Domine a aussi servi de longue date d'action de grâces après une victoire ou un bienfait, précisément parce qu'il refuse d'en garder la gloire pour l'homme.
Quand et comment prier le Psaume 115
Ce psaume convient à tout moment où l'âme veut remettre à Dieu ce qui lui revient. La tradition en suggère quelques usages.
- En action de grâces. Après un succès, une guérison, une épreuve traversée, dites Non nobis, Domine : non pas à nous, mais à ton nom la gloire. C'est le contraire exact de l'orgueil, et le cœur de toute prière de remerciement.
- Contre la tentation de l'idole. L'idole n'est pas toujours de pierre : l'argent, le pouvoir, l'image de soi sont les statues muettes de notre temps. Ce psaume les démasque et rappelle à qui appartient la confiance.
- Aux Vêpres du dimanche. Priez-le comme l'Église le prie, à sa place propre dans l'office, en unissant votre voix à celle de tout le corps du Christ.
- En latin, au moins le premier verset. Retenir « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam », c'est joindre sa prière à celle de l'Église de tous les siècles.
Priez-le lentement, en laissant chaque contraste porter : l'idole sourde et le Dieu qui écoute, la main de l'homme et la main qui a fait le ciel. Terminez, comme fait l'Église, par le Gloria Patri — car c'est exactement ce que dit le psaume : gloire au Père, et non à nous. Il trouve sa place parmi les psaumes que le chrétien fait siens jour après jour.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 115 est-il aussi appelé Psaume 113 ?
À cause des deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église depuis plus de quinze siècles — réunissent en un seul Psaume 113 deux psaumes que l'hébreu sépare : In exitu Israel (hébreu 114) et Non nobis Domine (hébreu 115). Le « psaume 115 » est donc la seconde partie du Psaume 113 de la Vulgate.
Que veut dire « Non nobis Domine » ?
C'est le premier verset du psaume en latin : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire. » C'est un refus de toute vanité : le fidèle rend à Dieu seul l'honneur de tout bien, au lieu de le garder pour lui.
De quoi parle le Psaume 115 ?
Il oppose le vrai Dieu, qui est dans le ciel et fait tout ce qu'il veut, aux idoles fabriquées par les hommes : elles ont une bouche et ne parlent point, des yeux et ne voient point. Puis il exhorte trois fois Israël à mettre sa confiance dans le Seigneur, seul secours et bouclier.
Quand l'Église chante-t-elle ce psaume ?
Dans le bréviaire romain traditionnel — le psautier de saint Pie X suivi par l'office de 1962 —, le Psaume 113, qui contient le Psaume 115, se chante aux Vêpres du dimanche, sur l'ancien tonus peregrinus.
Qui a écrit le Psaume 115 ?
Comme la plupart des psaumes, il est reçu dans la tradition sous le patronage de David et du recueil des fils d'Israël. Quel que soit l'auteur humain, le véritable auteur est l'Esprit-Saint, qui a inspiré toute l'Écriture.
Que signifie « qu'ils leur ressemblent ceux qui les font » ?
C'est l'avertissement central du psaume. Les Pères l'entendent ainsi : qui adore une idole aveugle et sourde devient lui-même aveugle et sourd. On ressemble toujours à ce qu'on adore — d'où l'urgence de n'adorer que le Dieu vivant.
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Sources. Texte français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, Psaume 113, 9-26 (Non nobis, Domine). Texte latin : Vulgata Clementina, Psalmus 113, 9-26 (Non nobis, Domine). Sens spirituel et raillerie des idoles : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 113. Usage liturgique aux Vêpres du dimanche et tonus peregrinus : Breviarium Romanum, psautier de saint Pie X. Doctrine sur le premier commandement et le culte dû à Dieu seul : Catéchisme du Concile de Trente, première partie, et Catéchisme de saint Pie X.