Actualités
Dix ans après Amoris laetitia, Léon XIV rouvre le dossier de la famille
Léon XIV a ouvert au Vatican une rencontre à huis clos pour les dix ans d'Amoris laetitia, rouvrant la question des divorcés remariés et de l'accès aux sacrements.

Le 7 octobre 2026, dans la salle Paul VI, s'est ouverte au Vatican une rencontre d'une semaine réunissant les représentants des conférences épiscopales du monde et des Églises orientales catholiques, convoquée par Léon XIV pour le dixième anniversaire d'Amoris laetitia. Tenue à huis clos jusqu'au 14 octobre, elle rouvre l'examen de la pastorale de la famille.
L'Église n'a jamais eu à inventer sa doctrine sur le mariage : elle l'a reçue. Le lien qu'un homme et une femme contractent validement et consomment est indissoluble jusqu'à la mort, car « ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas » (Mt XIX, 6). De là une conséquence qu'aucun attendrissement pastoral n'abroge : celui qui, tenu par un premier mariage, en contracte un autre du vivant de son conjoint demeure dans un état objectivement contraire à la loi divine, et ne peut être admis aux sacrements tant qu'il y persévère.
Saint Paul avertit que recevoir le Corps du Seigneur indignement, c'est « se rendre coupable du Corps et du Sang du Seigneur » (I Co XI, 27). La loi divine ne connaît pas de degrés : un précepte oblige tous les hommes de la même manière, et aucune « gradualité » ne change en bien ce qu'il défend.
C'est à cette aune que se mesure ce qui vient de s'ouvrir. Cent quatre-vingt-sept personnes y prennent part : les représentants des conférences épiscopales et des quinze Églises orientales catholiques de droit propre, vingt-deux invités du pape et cinq familles figurant les cinq continents. S'exprimant en anglais, le pape a demandé aux pasteurs de se mettre « à l'école de l'écoute » des familles et a relevé « une distance croissante entre la manière dont sont vécus le sexe et l'intimité et la vision chrétienne du mariage ».
Une première méditation a été donnée par une religieuse dominicaine, qui a traité de la « loi de gradualité » en la disant présente tant dans Familiaris consortio que dans Amoris laetitia. Un des cardinaux chargés de l'accueil a déclaré que générer des familles solides et authentiquement chrétiennes est la condition d'une Église vivante et enracinée dans l'Évangile. La rencontre doit se clore non par un nouveau document ni par un synode, mais par un simple rapport de synthèse.
L'enjeu est lu de façons opposées. D'un côté l'on y voit la reprise d'un terrain laissé en litige par le règne précédent : l'ouverture, en certains cas, de l'accès des divorcés remariés aux sacrements au chapitre VIII et à la note 351 d'Amoris laetitia, les cinq dubia présentés en septembre 2016 par les cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner et restés sans réponse formelle, les bénédictions de couples de même sexe. De l'autre l'on y lit la continuité du pape régnant avec son prédécesseur, et l'on pronostique que confirmer cet enseignement fera « beaucoup de mécontents ».
Les comptages eux-mêmes divergent, de cent quinze conférences épiscopales représentées à cent onze présidents présents. Nous ne trancherons pas une querelle de pronostics : rien n'a été décidé, aucun acte n'a été posé, et une réunion à huis clos qui s'achève sur un rapport ne modifie pas la loi. Ce qui est en cause n'est pas l'issue d'un débat, mais le fait même de rouvrir, dix ans après, ce que la doctrine tenait pour clos bien avant.
Sources. Évangile selon saint Matthieu, XIX, 6, et première épître de saint Paul aux Corinthiens, XI, 27-29 (Vulgate) ; Catéchisme du Concile de Trente (1566), des sacrements de mariage et de l'Eucharistie ; Concile de Trente, session XXIV, du sacrement de mariage ; Pie XI, encyclique Casti connubii (1930).