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Rupnik : vingt-deux lettres de religieuses versées au procès canonique en cours
Vingt-deux lettres inédites de religieuses de la Communauté Loyola sont versées au dossier du procès canonique du P. Marko Rupnik ; la tradition juge l'acte.

Deux semaines après la confirmation officielle, le 22 juillet, que le procès pénal canonique du P. Marko Rupnik est en cours, on apprend que vingt-deux lettres jusque-là non divulguées ont été versées au dossier. Écrites en 2000 par des femmes de la Communauté slovène Loyola, à la demande de leur supérieure, Sœur Ivanka Hosta, et adressées directement au P. Rupnik, elles sont conservées dans les archives de la communauté, aujourd'hui sous la garde de l'archidiocèse de Ljubljana. Sur une quarantaine de femmes invitées à écrire à l'occasion du Jubilé de 2000, vingt-deux y font état d'abus, selon des personnes proches du dossier ; le Vatican n'a pas décrit publiquement les pièces du procès.
Une seule ancienne sœur a accepté d'être identifiée : Fabrizia Raguso, aujourd'hui professeure de psychologie. « À Pâques 2000, Ivanka Hosta, supérieure de la Communauté Loyola, nous a contraintes à écrire une lettre à Marko Rupnik dans laquelle nous décrivions notre relation avec lui, ce qu'il nous avait fait, puis à lui pardonner », rapporte-t-elle ; elle se déclare victime d'un abus spirituel, non sexuel. Ancien jésuite, expulsé de son ordre en 2023, le P. Rupnik est accusé d'avoir abusé de plus de deux douzaines de femmes sur plusieurs décennies ; il nie tout acte répréhensible.
Fin 2018, une allégation parvenait aux jésuites : il aurait absous sacramentellement une femme après une relation sexuelle. Reconnu coupable de ce que le droit canon nomme l'« absolution d'un complice dans un péché contre le sixième commandement », il fut brièvement excommunié en mai 2020 ; l'affaire devint publique en décembre 2022, au moment où l'on apprenait la levée de cette excommunication par le pape François. La prescription fut ensuite levée, le collège des juges nommé en juillet 2025, et l'archidiocèse de Ljubljana a annoncé fin 2023 la dissolution de la Communauté Loyola, ordonnée par le Vatican.
Ses mosaïques ornent la chapelle Redemptoris Mater du Vatican, San Giovanni Rotondo, Lourdes, Fátima, la cathédrale de l'Almudena à Madrid et le sanctuaire national Saint-Jean-Paul II à Washington.
Ce que l'Église a toujours enseigné
Le sixième commandement, enseigne le Catéchisme du Concile de Trente, ne défend pas seulement l'adultère : selon saint Ambroise et saint Augustin, « ce Commandement porté contre l'adultère s'étend à tout ce qui est déshonnête et impur ». Il oblige plus gravement encore celui qui s'est voué à Dieu. Et le même Catéchisme rappelle ce qu'est le prêtre au tribunal de la pénitence : le ministre qui tient « le pouvoir d'absoudre », établi pour guérir les âmes du corps mystique du Christ. Absoudre sacramentellement sa propre complice dans le péché, c'est retourner contre sa fin même le tribunal de la miséricorde : un sacrilège, que la loi de l'Église range parmi les censures les plus graves.
La mesure
Sur ce point précis, le jugement n'est pas une opinion : l'Église a elle-même nommé le crime et l'a puni. L'absolution d'un complice profane le sacrement institué pour la rémission des péchés ; elle blesse d'un même coup la sixième loi et la sainteté de la pénitence. Quant aux abus allégués sur des âmes confiées à une direction spirituelle, s'ils sont établis, ils ajoutent à la faute contre la chasteté la trahison du berger.
Le Seigneur en a fixé la mesure : « si quelqu'un scandalise un de ces petits qui croient en Moi, il vaudrait mieux pour lui qu'on suspendît à son cou une de ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le plongeât au fond de la mer » (Mt XVIII, 6). Que ces œuvres demeurent exposées dans les plus grands sanctuaires n'efface rien : la beauté d'une mosaïque ne sanctifie pas la main qui l'a posée.
Le procès suit son cours ; le P. Rupnik nie, ses accusatrices maintiennent, et le Vatican n'a pas rendu publiques les pièces. Le fidèle n'a pas à devancer la sentence de l'Église. Il peut tenir deux choses ensemble sans les confondre : la présomption due à tout accusé, et la justice due aux victimes, que leur avocate, dans une lettre du 21 juillet au préfet du dicastère, disait « abandonnées et trahies ». La sainteté du sacrement ne dépend pas de la dignité du ministre ; le crime de celui qui en abuse n'en est que plus lourd. On tient à la foi telle que l'Église l'a toujours enseignée, et l'on prie pour la vérité comme pour les âmes blessées.
Sources. Catéchisme du Concile de Trente (1566), du sixième commandement (ch. XXXIV) et du sacrement de Pénitence, du ministre du sacrement (ch. XXIII) ; Évangile selon saint Matthieu, XVIII, 6 (Vulgate).