Les Saints
Saint Irénée de Lyon : vie, fête du 3 juillet et prière
Saint Irénée, évêque de Lyon et martyr, disciple de saint Polycarpe et adversaire des gnostiques : sa vie, son traité Contre les hérésies, son témoignage sur l'Église romaine, sa fête du 3 juillet au calendrier de 1962 et l'oraison du Missel.
Saint Irénée est le deuxième évêque de Lyon, mort vers l'an 202, disciple de saint Polycarpe et, par lui, héritier direct de l'enseignement de l'apôtre saint Jean. Il est l'auteur des cinq livres Contre les hérésies, qui ont réfuté le gnosticisme et posé les fondements de la théologie catholique sur l'Écriture, la tradition des Apôtres et la succession des évêques. Le calendrier traditionnel de 1962 le fête le 3 juillet comme évêque et martyr.
Qui était saint Irénée ?
Le Bréviaire romain résume sa jeunesse : « Irénée, né dans l'Asie proconsulaire non loin de la ville de Smyrne, se mit dès son enfance sous la conduite de saint Polycarpe, disciple de saint Jean l'Évangéliste et Évêque de cette Église de Smyrne. » Il naquit vers l'an 125, dans cette Asie Mineure où la mémoire des Apôtres était encore vivante. Il reçut une éducation soignée, qui lui donna une connaissance profonde de l'Écriture sainte et une bonne culture grecque. Polycarpe le marqua pour toujours : des années plus tard, Irénée disait se rappeler encore l'allure du saint évêque, le son de sa voix et les paroles par lesquelles il racontait ses entretiens avec saint Jean et avec d'autres qui avaient vu le Seigneur.
Après le martyre de Polycarpe, Irénée chercha encore à recueillir, auprès d'autres disciples des Apôtres, ce qu'ils avaient reçu ; il le grava dans sa mémoire pour l'opposer plus tard aux hérésies. Son nom même, Eirênaios en grec, signifie « pacifique », et ses frères de Lyon le lui rappelaient comme un programme : toute sa vie, il fut un artisan de paix dans l'Église.
Saint Irénée de Lyon : prêtre, puis évêque
Le prêtre de Lyon
Lyon était alors la grande ville commerçante de la Gaule, en relation constante avec les ports d'Asie Mineure par Marseille et la vallée du Rhône. Des chrétiens venus d'Orient y avaient fondé une Église, que gouvernait l'évêque saint Pothin, oriental comme Irénée. « S'étant rendu dans les Gaules, Irénée fut ordonné prêtre de l'Église de Lyon par l'Évêque Pothin », dit le Bréviaire, et il s'y montra, selon le mot des martyrs eux-mêmes, « le zélateur du testament du Christ ».
La mission auprès du pape Éleuthère
En 177 éclata à Lyon la grande persécution sous Marc-Aurèle. Les confesseurs emprisonnés, inquiets des troubles que la secte des montanistes causait dans les Églises d'Asie, confièrent à Irénée une lettre pour le pape saint Éleuthère, afin qu'il intervînt par l'autorité du Siège apostolique. Cette mission à Rome lui sauva la vie : pendant son absence, Pothin et plusieurs de ses compagnons furent martyrisés. À son retour, Irénée succéda à Pothin sur le siège de Lyon. Le pape Éleuthère est aujourd'hui commémoré au calendrier de 1962 le 26 mai, le jour de saint Philippe Néri.
L'évêque missionnaire
Son épiscopat fut une période de paix relative, qu'il employa à évangéliser. Le Bréviaire rapporte qu'en peu de temps, « par sa sagesse, sa prière et son exemple », il vit non seulement les habitants de Lyon mais ceux de beaucoup d'autres cités gauloises « rejeter l'erreur et la superstition et s'inscrire dans la milice chrétienne ». La tradition lui attribue l'envoi de missionnaires à Valence et à Besançon. Pour être compris de son peuple, ce Grec parlait habituellement la langue celtique du pays.
Le pacificateur de la querelle de Pâques
Vers la fin du IIe siècle, les Églises d'Asie célébraient Pâques le quatorzième jour de la lune, quel que fût le jour de la semaine, tandis que Rome et presque toute l'Église la fêtaient le dimanche. Le pape Victor menaça d'excommunier les Asiates. Irénée, qui suivait lui-même l'usage romain, intervint respectueusement : « faisant valoir l'exemple des Pontifes précédents, dit le Bréviaire, il l'amena à ne pas souffrir que tant d'Églises se séparassent de l'unité catholique à propos d'un rite qu'elles affirmaient avoir reçu par tradition ». Il rappelait que le pape Anicet et saint Polycarpe, en désaccord sur ce point, étaient pourtant restés en communion. La question de la date de Pâques, réglée plus tard à Nicée, est expliquée dans notre page quand est Pâques.
Contre les hérésies : l'œuvre de saint Irénée
L'œuvre majeure d'Irénée est un traité en cinq livres que l'on appelle Contre les hérésies (Adversus haereses). Écrit en grec vers 180, il ne nous est parvenu en entier que dans une ancienne traduction latine. Les gnostiques prétendaient détenir une connaissance secrète, réservée à des initiés, et enseignaient que le monde visible avait été fait non par Dieu mais par des puissances inférieures. Irénée commença par étudier patiemment leurs systèmes, puis il les exposa au grand jour, convaincu qu'une grande part de leur attrait tenait au secret : il voulait, selon son mot, « dépouiller le renard ». Il leur opposa ensuite l'enseignement des Apôtres et le texte de l'Écriture.
Contre eux, Irénée affirme l'unité du dessein de Dieu : un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre, qui est le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; un seul Christ, vrai Dieu et vrai homme, qui « récapitule » en lui toute l'histoire humaine pour la sauver. De lui vient la phrase célèbre du quatrième livre : Gloria enim Dei vivens homo, vita autem hominis visio Dei, « car la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu ». Sortie de son contexte, la première moitié a souvent été lue dans un sens humaniste ; Irénée dit au contraire que l'homme ne vit vraiment que par la vision de Dieu.
Ce traité a porté au gnosticisme du IIe siècle un coup dont il ne s'est pas relevé. Avec lui, Irénée a laissé à l'Église une règle de foi qui est déjà, en substance, celle du Credo.
La tradition apostolique et l'Église romaine
Pour savoir où est la vraie doctrine, Irénée ne renvoie pas à une illumination intérieure, mais à la succession des évêques établis par les Apôtres. Il donne la liste des évêques de Rome depuis saint Pierre et saint Paul, fondateurs de cette Église, jusqu'à Éleuthère, son contemporain. Le Bréviaire cite le passage le plus célèbre du troisième livre : l'Église romaine a « la garde fidèle, perpétuelle et très sûre de la tradition divine », et c'est pourquoi « il est nécessaire qu'avec cette Église, en raison de sa puissante primauté, s'accorde toute Église, c'est-à-dire les fidèles de tous les lieux ». Ce témoignage d'un évêque du IIe siècle, disciple d'un disciple de saint Jean, est l'un des plus anciens sur la primauté du pape.
Que dit saint Irénée sur la divinité de Jésus-Christ ?
Les gnostiques niaient que le Christ eût vraiment souffert : sa chair n'aurait été qu'une apparence. Irénée leur répond dans un passage que le Bréviaire lit en homélie au jour de sa fête : si le Christ n'a pas vraiment souffert, il nous tromperait en nous exhortant à porter ce qu'il n'aurait pas porté lui-même. « Mais parce que notre Seigneur, le seul vrai Maître, le vrai Fils de Dieu, est bon et patient, Verbe de Dieu le Père, il s'est fait le fils de l'homme. Il a lutté et il a vaincu […] il réparait par l'obéissance leur désobéissance. » Le même Verbe, vrai Fils de Dieu, s'est donc vraiment fait homme. C'est la foi que défendra plus tard contre les ariens saint Athanase.
Mort de saint Irénée et église Saint-Irénée de Lyon
La date de sa mort n'est pas connue avec certitude ; on la place communément vers l'an 202. Le Bréviaire, suivant une tradition de l'Église de Lyon, rapporte qu'il « obtint enfin la couronne du martyre » sous Septime Sévère, avec une foule de chrétiens qu'il avait conduits à la foi ; c'est pourquoi l'Église l'honore comme évêque et martyr. Des historiens, et Butler lui-même, jugent ce martyre mal attesté, faute de témoignage ancien.
Selon saint Grégoire de Tours, son corps fut déposé dans une crypte, sous l'autel de l'église alors dédiée à saint Jean, qui prit ensuite le nom de Saint-Irénée. Cette église se dresse encore à Lyon, dans le quartier qui porte son nom, au-dessus de sa crypte. Le tombeau du saint fut détruit par les calvinistes en 1562, et ses reliques semblent avoir alors disparu.
Fête de saint Irénée : le 3 juillet
Au calendrier de 1962, que suit Iter Fidei, la fête de saint Irénée, évêque et martyr, se célèbre le 3 juillet, comme fête de IIIe classe, en ornements rouges. Son culte est très ancien en Orient, mais la fête ne fut étendue à toute l'Église latine que sous Benoît XV, en 1922, et placée au 28 juin. Les rubriques promulguées en 1960 par Jean XXIII l'ont transférée au 3 juillet, le 28 juin étant occupé par la vigile des saints Pierre et Paul. Le calendrier réformé de 1969 l'a ramenée au 28 juin.
Prière à saint Irénée
L'oraison de sa fête au Missel romain
Cette oraison résume sa vie : il a combattu l'hérésie par la vérité et affermi la paix de l'Église.
Deus, qui beáto Irenǽo Mártyri tuo atque Pontífici tribuísti, ut et veritáte doctrínæ expugnáret hǽreses, et pacem Ecclésiæ felíciter confirmáret : da, quǽsumus, plebi tuæ in sancta religióne constántiam ; et pacem tuam nostris concéde tempóribus. Per Dóminum nostrum Jesum Christum, Fílium tuum : qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus, per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.
Dieu, vous avez accordé au bienheureux Irénée, votre Martyr et Pontife, de réprimer les hérésies par la vérité de sa doctrine et d'affermir la paix de l'Église : nous vous en supplions, donnez à votre peuple la constance dans la sainte religion, et à nos temps la paix. Par notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
La prière de saint Irénée pour ceux qui se sont égarés
Le Bréviaire de sa fête lit aussi cette page du traité Contre les hérésies, qui est une vraie prière pour les hérétiques :
Quant à nous, nous prions afin qu'ils ne demeurent point dans la fosse qu'ils ont eux-mêmes creusée, mais qu'enfantés légitimement à une nouvelle vie, ils se tournent vers l'Église de Dieu, et que le Christ soit formé en eux, et qu'ils reconnaissent l'Ordonnateur et le Créateur de cet univers pour seul vrai Dieu ainsi que Maître de tous. Nous demandons ces grâces pour eux, les aimant plus utilement qu'ils ne pensent s'aimer eux-mêmes.
Elle montre l'esprit de toute son œuvre : réfuter l'erreur sans haïr ceux qui la professent, par amour pour leur salut.
Les autres saints honorés au fil de l'année sont rassemblés dans notre calendrier des saints catholiques, mois par mois.
Questions Fréquentes
Qui était saint Irénée ?
Un Grec d'Asie Mineure, né vers 125 près de Smyrne, disciple de saint Polycarpe, devenu prêtre puis évêque de Lyon après le martyre de saint Pothin en 177. Il est l'auteur du traité Contre les hérésies et l'un des premiers Pères de l'Église.
Quelle est la date de la fête de saint Irénée ?
Au calendrier de 1962, saint Irénée est fêté le 3 juillet, comme fête de IIIe classe. Avant 1960, et de nouveau depuis le calendrier réformé de 1969, il est fêté le 28 juin.
Saint Irénée est-il un martyr ?
L'Église le fête comme évêque et martyr, et le Bréviaire rapporte qu'il reçut la couronne du martyre vers 202, sous Septime Sévère. Cette tradition n'est toutefois pas attestée par des documents anciens, et les historiens restent prudents.
Où se trouve la crypte de saint Irénée ?
À Lyon, sous l'église Saint-Irénée, dans le quartier du même nom, sur les hauteurs de la ville. Selon Grégoire de Tours, son corps y avait été déposé ; le tombeau fut détruit par les calvinistes en 1562.
Que dit saint Irénée sur l'Église romaine ?
Qu'elle garde fidèlement la tradition reçue des Apôtres Pierre et Paul et qu'en raison de sa « puissante primauté », toute Église, c'est-à-dire les fidèles de tous les lieux, doit s'accorder avec elle.
Que signifie « la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant » ?
C'est une phrase du quatrième livre de Contre les hérésies : « la gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, et la vie de l'homme, c'est la vision de Dieu ». Irénée veut dire que l'homme ne vit pleinement que par la vision de Dieu, et que Dieu est glorifié quand il donne cette vie.
Faut-il confondre saint Irénée et sainte Irène ?
Non. Irénée, dont le nom grec signifie « pacifique », est l'évêque de Lyon du IIe siècle ; sainte Irène est une autre sainte, dont le nom signifie « paix ».
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Sources. Bréviaire romain, fête de saint Irénée, évêque et martyr, leçons des deuxième et troisième nocturnes (homélie tirée de Contre les hérésies, livre III). Missel romain, oraison Deus, qui beato Irenaeo. Saint Irénée, Contre les hérésies, livres III et IV. Alban Butler, Vies des Pères, des martyrs et des autres principaux saints, à saint Irénée. Calendrier romain de 1962.