Les Psaumes
Psaume 73 : le bonheur d'être uni à Dieu (Psaume 72 dans la Vulgate)
Le Psaume 73 que vous cherchez est le Psaume 72 de la Vulgate, le grand psaume d'Asaph sur le bonheur des méchants et la vraie félicité : texte intégral (Fillion 1895), sens des versets 73,26 et 73,28, usage liturgique et manière de le prier.

Le Psaume 73 est le grand psaume de la tentation devant le bonheur des méchants : le juste voit prospérer les impies, il chancelle, puis il entre dans le sanctuaire de Dieu et comprend enfin que son seul bien est d'être uni à Lui. C'est le psaume d'Asaph d'où viennent les deux versets les plus cherchés, le Psaume 73, 26 (« le rocher de mon cœur et mon partage, c'est Dieu à jamais ») et le Psaume 73, 28 (« être uni à Dieu, c'est mon bonheur »). Un point mérite d'être précisé d'emblée, car il déroute beaucoup de lecteurs.
Psaume 73 ou Psaume 72 ? La double numérotation
Le psaume que vous cherchez en tapant « psaume 73 » est, dans la numérotation liturgique traditionnelle de l'Église — celle de la Vulgate latine de saint Jérôme et de la Septante grecque —, le Psaume 72. Ce n'est ni une erreur ni une contradiction : il existe deux façons de numéroter le Psautier.
La numérotation grecque et latine, que l'Église a suivie pendant plus de mille cinq cents ans dans sa liturgie, son Bréviaire et les commentaires des Pères, compte ce psaume comme le 72, qui commence en latin par Quam bonus Israël Deus. La numérotation hébraïque, retenue par la plupart des bibles modernes, le compte comme le 73. L'écart d'une unité vient d'un découpage différent des premiers psaumes du recueil.
Donc : Psaume 73 (hébreu) = Psaume 72 (Vulgate et Septante). C'est le même chant. La traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate, que nous suivons ici pour le texte français, imprime la numérotation de la Vulgate (Psaume 72) en indiquant l'équivalence hébraïque. Ce psaume ouvre le troisième livre du Psautier et porte le nom d'Asaph, le maître de chœur du roi David.
Le texte intégral du Psaume 73 (Fillion 1895)
Voici le Psaume 73 dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate.
Psaume 73 (Vulg. 72)
Psaume d'Asaph.
Que Dieu est bon pour Israël, pour ceux qui ont le cœur droit !
Mes pieds ont été presque ébranlés, mes pas presque renversés,
parce que j'ai porté envie aux méchants, en voyant la paix des pécheurs.
Car la mort paraît les oublier, et leurs blessures ne durent pas.
Ils n'ont point de part au labeur des mortels, et ils ne sont pas frappés comme les autres hommes.
Aussi l'orgueil les a-t-il saisis ; ils sont couverts de leur iniquité et de leur impiété.
L'iniquité sort comme de leur graisse ; ils se sont abandonnés aux passions de leur cœur.
Leurs pensées et leurs paroles n'ont été que malice ; ils ont proféré hautement l'iniquité.
Ils ont ouvert leur bouche contre le Ciel, et leur langue a parcouru la terre.
C'est pourquoi mon peuple se tourne de ce côté, et on trouve en eux des jours pleins.
Et ils ont dit : Comment Dieu le sait-Il ? et le Très-Haut en a-t-Il connaissance ?
Voyez ces pécheurs qui abondent en tout en ce monde : ils ont acquis de nouvelles richesses.
Et j'ai dit : C'est en vain que j'ai purifié mon cœur, et que j'ai lavé mes mains parmi les innocents,
puisque j'ai été affligé tout le jour, et châtié dès le matin.
Si j'avais dit : Je parlerai en ce sens, j'aurais condamné la race de Vos enfants.
Je songeais à pénétrer ce secret ; la difficulté fut grande devant moi,
jusqu'à ce que je fusse entré dans le sanctuaire de Dieu, et que j'eusse compris ce que sera leur fin.
En vérité, ce sont des pièges que Vous avez placés devant eux ; Vous les avez renversés au moment même où ils s'élevaient.
Comment sont-ils tombés dans la désolation ? Ils ont disparu soudain ; ils ont péri à cause de leur iniquité.
Comme le songe de ceux qui s'éveillent, Seigneur, Vous réduirez au néant dans Votre cité leur image.
Parce que mon cœur s'est enflammé, et que mes reins ont été altérés,
j'ai été réduit au néant, et plongé dans l'ignorance.
Je suis devenu devant Vous comme une bête de somme, et cependant je suis toujours avec Vous.
Vous avez tenu ma main droite, et Vous m'avez conduit selon Votre volonté, et Vous m'avez reçu avec gloire.
Car qu'y a-t-il pour moi dans le Ciel ? et qu'ai-je désiré de Vous sur la terre ?
Ma chair et mon cœur ont défailli, ô Dieu, qui êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour l'éternité.
Car voici que ceux qui s'éloignent de Vous périront ; Vous avez résolu de perdre tous ceux qui se prostituent en s'éloignant de Vous.
Pour moi, c'est mon bonheur de m'attacher à Dieu, de mettre mon espérance dans le Seigneur Dieu ; afin de publier toutes Vos louanges aux portes de la fille de Sion.
De quoi parle le Psaume 73
Ce psaume est le traité le plus limpide de l'Écriture sur une épreuve que tout croyant connaît : le scandale de voir les méchants prospérer pendant que le juste souffre. Asaph l'avoue sans détour. À contempler le bonheur des impies, leur santé, leur richesse, leur insolence contre le ciel, son pied a « presque glissé ». Il en vient au bord du blasphème : « C'est donc en vain que j'ai gardé mon cœur pur. »
Le renversement se produit au verset 17 : « jusqu'à ce que j'aie pénétré dans le sanctuaire de Dieu, et pris garde à leur sort final. » Tant qu'Asaph jugeait sur les apparences de cette vie, il ne comprenait rien ; dès qu'il regarde la fin dernière, tout s'éclaire : la prospérité des méchants est un songe qui se dissipe au réveil de Dieu, ce Dieu qui se lève « pour faire justice » et « abat l'orgueil des puissants » au Psaume 76. Le psaume est la réponse de la foi au vieux scandale du mal, et il annonce déjà le jugement dernier où chacun recevra selon ses œuvres. Il est le frère du Psaume 37, « ne t'irrite pas à cause des méchants », qui traite le même sujet dans le premier livre du Psautier.
Le sens traditionnel selon les Pères
Saint Augustin, dans son Énarration sur le Psaume 72, fait de ce texte l'école de la patience. L'homme charnel, dit-il, mesure Dieu à la balance des biens temporels et se trouble ; l'homme spirituel, entré dans le sanctuaire, regarde la fin. Le sanctuaire, pour Augustin, c'est le lieu où Dieu enseigne le novissima, les fins dernières : là seulement la difficulté se résout. Ce que le juste croyait une brute — sa propre incompréhension — devient sagesse quand il cesse de convoiter la terre pour ne plus désirer que Dieu.
Les versets 23 à 26 forment le sommet. « Mais je serai à jamais avec toi : tu m'as saisi la main droite. » Le juste ne se tient pas debout par ses forces : c'est Dieu qui le retient. Et la conclusion, au verset 25, est l'un des actes de pur amour les plus dépouillés de tout l'Ancien Testament : « Quel autre que toi ai-je au ciel ? Avec toi, je ne désire rien sur la terre. » La tradition y a lu l'aspiration de l'âme qui, comme au Psaume 42, n'a plus soif que de Dieu seul. Toute cette confiance repose sur la doctrine de la divine Providence, qui gouverne le juste comme l'impie et rend à chacun selon sa fin.
Le Psaume 73, 26 et le Psaume 73, 28
Ce sont les deux versets que l'on cherche le plus, et à bon droit, car ils condensent tout le psaume.
Le Psaume 73, 26 — « Ma chair et mon cœur se consument : le rocher de mon cœur et mon partage, c'est Dieu à jamais » — est la prière de l'homme qui sent ses forces l'abandonner, dans la maladie, la vieillesse ou l'angoisse. Le corps défaille, mais Dieu demeure le roc et l'héritage. C'est un verset de consolation pour les mourants et pour tous ceux qui n'ont plus d'autre appui.
Le Psaume 73, 28 — « Pour moi, être uni à Dieu, c'est mon bonheur » — est le verset-conclusion, en latin Mihi autem adhaerere Deo bonum est. Il répond au « bonheur des méchants » du début : le vrai bien n'est pas dans les richesses qui passent, mais dans l'union à Dieu qui demeure. C'est la sentence que la vie spirituelle catholique a retenue comme devise : s'attacher à Dieu, mettre en Lui sa confiance, et de là raconter ses œuvres.
L'usage liturgique dans l'Office 1962
Dans le Bréviaire romain, le Psaume 72 (Vulgate) appartient à Matines, l'office de nuit, où il est chanté au cours de la semaine selon la distribution du Psautier ferial — le jeudi dans l'ordonnance traditionnelle des heures. Le fidèle qui récite l'Office divin selon les livres de 1962 le retrouve à sa place, parmi les psaumes d'Asaph du troisième livre — tout près du Psaume 77, l'autre grand cri d'Asaph que l'Église chante aux Matines du jeudi —, comme l'Église l'a toujours prié. Il rejoint les autres psaumes de confiance que la tradition met sur les lèvres du chrétien.
Quand et comment prier le Psaume 73
Ce psaume convient à des heures précises de la vie de l'âme :
- Quand le succès des méchants scandalise. Devant l'injustice qui triomphe et la vertu qui souffre, priez-le pour ne pas « fléchir » : la foi ne juge pas sur les apparences, mais sur la fin dernière.
- Dans la maladie et à l'approche de la mort. Le verset 26 est fait pour l'heure où la chair défaille : Dieu reste le roc et le partage à jamais.
- Comme acte d'amour pur. Récitez lentement les versets 25 à 28 pour renouveler le désir de Dieu seul, au-dessus de tout bien créé.
Priez-le sans hâte, en laissant chaque image se poser, et terminez comme le fait l'Église par le Gloria Patri. La force du psaume ne tient pas aux mots, mais à Celui vers qui ils montent.
Questions Fréquentes
Pourquoi le Psaume 73 est-il aussi appelé Psaume 72 ?
À cause de deux numérotations. La Vulgate latine et la Septante grecque — suivies par l'Église pendant plus de quinze siècles — le comptent comme Psaume 72. La numérotation hébraïque, plus récente, le compte comme 73. C'est le même psaume d'Asaph, Quam bonus Israël Deus.
Que signifie le Psaume 73, 28 ?
« Pour moi, être uni à Dieu, c'est mon bonheur » (en latin Mihi autem adhaerere Deo bonum est). C'est la conclusion du psaume : après avoir envié le bonheur des méchants, Asaph reconnaît que le seul vrai bien est de s'attacher à Dieu et de mettre en Lui sa confiance.
Que veut dire le Psaume 73, 26 ?
« Ma chair et mon cœur se consument : le rocher de mon cœur et mon partage, c'est Dieu à jamais. » C'est la prière de l'homme dont les forces déclinent : le corps s'épuise, mais Dieu demeure le roc, l'héritage et l'appui qui ne passe pas. La tradition en fait un verset de consolation pour les malades et les mourants.
Qui a écrit le Psaume 73 ?
Le titre l'attribue à Asaph, le maître de chœur établi par le roi David pour le chant du sanctuaire. C'est la lecture traditionnelle de l'Église. Comme pour tout le Psautier, l'auteur humain est l'instrument du véritable auteur, l'Esprit-Saint qui a inspiré l'Écriture.
De quoi parle le Psaume 73 ?
Du scandale de voir les impies prospérer pendant que le juste souffre. Le psalmiste chancelle, puis « entre dans le sanctuaire de Dieu » et comprend la fin des méchants : leur bonheur est un songe qui se dissipe. Il conclut que son unique bien est d'être uni à Dieu.
Où se trouve le Psaume 73 dans la Bible ?
Dans le Livre des Psaumes, au début du troisième livre du Psautier. La plupart des bibles modernes l'appellent Psaume 73 ; les bibles catholiques de numérotation traditionnelle, comme la Vulgate, l'appellent Psaume 72, commençant par Quam bonus Israël Deus.
L'application Iter Fidei offre la Bible de Fillion, les psaumes, les prières et le calendrier liturgique de 1962, avec l'audio pour prier chaque jour. Téléchargez-la ici.
Sources. Psaume 73 (Vulg. 72) en français : La Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion (1895), sur la Vulgate Sixto-Clémentine (Psaume 72, versets 1–28). Sens traditionnel : saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, Énarration sur le Psaume 72. Usage liturgique : Breviarium Romanum, distribution du Psautier ferial aux Matines. Doctrine de la Providence : Catéchisme de saint Pie X, sur la Providence de Dieu.